jeudi 17 janvier 2019

Pourquoi éduquer vos enfants de façon féministe est important.

Hier, lors de mon petit tour quasi quotidien sur la plateforme Hellocoton (mi-portail, mi-réseau social, une partie de la blogosphère majoritairement féminine y est recensée et des blogs sont mis en avant chaque jour selon des catégories) j'ai été très surprise de constater qu'un certain billet de blog a été placé à la une dans la catégorie famille. Volontairement racoleur ou non, le titre est : "Ma crainte de l'impact des dérives du féminisme sur l'éducation de mon fils." J'ai lu la suite et j'en ai tiré plusieurs conclusions.

Il s'agit ici d'un blog essentiellement porté sur la maternité sur lequel l'autrice, trentenaire et mère d'un petit garçon de presque 2 ans, évoque ses méthodes d'éducation.

Commençons par analyser le titre parce qu'il y a énormément de choses à dire. L'autrice insinue que le féminisme connaît des dérives. Or, quelles sont-elles ? On peut très vite s'apercevoir que ces fameuses "dérives" sont véhiculées par des anti-féministes, des masculinistes, l'extrême-droite, les traditionalistes, etc. Ces gens entendent par là qu'une femme qui cherche à s'émanciper du patriarcat s'égare. On croit, à tort, que les droits sont largement acquis parce que nous vivons en France et qu'en Occident, il n'y a plus aucun problème. Les féministes se battent depuis des siècles (que dis-je, des millénaires) pour être considérées comme les égales des hommes, des choses essentielles ont effectivement été acquises mais le combat est loin d'être terminé. Nous avons peut-être le droit de vote mais je vous rappelle que nous sommes toujours payées 24 % de moins que les hommes (je ne vais pas vous faire un topo complet sur le monde du travail parce que j'essaie d'être concise, mais sachez que c'est un vrai sujet) et que beaucoup trop de gens croient encore que si une femme a été violée, c'est forcément à cause de la tenue qu'elle portait. Nous ne pouvons pas comparer notre société à celle d'un autre pays (les Émirats Arabes Unis par exemple, puisque c'est celui qui tombe le plus souvent) parce que les modes de vie divergent (culture, politique, etc.). Il faut donc cesser.

L'autrice a peur. A priori, elle craint que les exemples de mon paragraphe précédent influent sur l'éducation de son fils. Il doit y avoir une croyance populaire dans l'air, les gens imaginent qu'une éducation féministe obligerait les garçons à porter des jupes et à jouer à la poupée. Les plus bas du front ont peur qu'ils deviennent homosexuels (quand le sexisme s'allie à l'homophobie). Déjà, il est très réducteur de penser qu'une jupe et une poupée sont des attributs nécessairement et forcément féminins. L'idée d'une éducation féministe est, si on cible vos fils, de les élever de façon à respecter les filles et à ne pas adhérer aux injonctions à la virilité. Ne pas être supérieurs aux filles du simple fait qu'ils sont des garçons. Des exemples concrets : le consentement (quand une fille dit non, c'est non), laisser ses enfants jouer avec ce qu'ils veulent (poupées ou camions, qu'est-ce que ça peut bien faire ?), leur montrer que les tâches ménagères doivent être partagées entre les femmes et les hommes, qu'il n'est pas avilissant pour un homme de passer l'aspirateur, ne pas diviser le monde en rose et bleu, etc.

Ensuite, l'autrice écrit des paradoxes. Son fils a récemment reçu en cadeau une petite cuisine et elle trouve ça très bien (moi aussi). Il faut savoir que celles et ceux cité.e.s plus haut qui parlent de "dérives" sont les premier.e.s à s'insurger de ce type de jouet pour un garçon. Je tiens à rassurer notre blogueuse, elle a l'esprit suffisamment ouvert pour ne pas considérer les "dérives" (je lui suggère donc de modifier son titre). De plus, elle écrit être pour l'égalité des sexes. Alors tout va bien ? Pas tant que ça...

L'autrice s'émeut du mot en lui-même, féminisme, à cause de sa racine qui vient du mot femme. Et bien oui, mais c'est un mouvement (au sens large) qui désigne les femmes, soyons cohérent.e.s ! Il est probable que le mot en lui-même, au départ un néologisme, nous vienne du philosophe Charles Fourier (1772-1837). Il aurait été mis en circulation au début du XIXe siècle, la date exacte est incertaine (sans doute est-ce 1837) (source). Toujours est-il qu'il est question ici de se battre pour nos droits au lieu d'être considérées comme des plantes vertes. Les plus frileux.ses préfèrent parler d'égalité alors que c'est exactement la même chose, il faut arrêter d'avoir peur d'un mot. Les mots existent pour désigner les choses, il va falloir vous y faire.

Oui, les différences physiques entre une femme et un homme existent (mais comparez Gwendoline Christie et Danny DeVito, vous verrez qu'on peut jouer à ce petit jeu très longtemps). Toutefois, il faut cesser de traiter les femmes comme des incapables. Elles peuvent aussi porter des charges lourdes et ouvrir un bocal de cornichons. Elles peuvent exercer un métier qu'on estime être un métier d'homme (alors que les métiers d'homme n'existent pas). Quant aux hommes, ils ne vont pas soudainement perdre leur paire de testicules (apparemment c'est ici que se situe la masculinité, la vraie) s'ils s'occupent de leurs enfants ou de celles et ceux des autres, ou encore s'ils exercent le métier de secrétaire. S'ils évoquent une fragilité quant à ces activités, c'est que ce sont des connards adeptes d'un masculinisme crasse qui croit aux "dérives" du féminisme. Je vous renvoie donc vers mon premier paragraphe.
Quant au sexisme envers les hommes, ça n'existe pas. Je comprends bien que vous vouliez que si, mais non. Pour une raison très simple : nous vivons dans une société patriarcale, elle est régie par et pour les hommes. Les femmes n'y sont pas valorisées puisqu'on les tue, viole, harcèle, agresse, contrôle, méprise, objectifie, paye moins, etc. Des exemples avec des chiffres : 96 % des violeurs sont des hommes, 91% des victimes de viol sont des femmes (source). A ne pas confondre avec les injonctions à la virilité. Je rappelle que contrairement au féminisme, le machisme tue chaque jour.

Revenons à notre blogueuse. Elle dit avoir peur que son fils se sente fautif de ce manque d'égalité entre les sexes. Je comprends, la plupart du temps on veut protéger ses enfants, c'est humain. Pourtant, l'éducation est primordiale. A elle seule, cette phrase suffit à contredire le titre du billet. Si on éduque son fils dans le respect des filles et des femmes, il ne se sentira pas concerné par la misogynie puisqu'il ne s'en servira jamais pour se faire une place dans la société.

C'est par l'éducation qu'on s'en sort. Les femmes n'en sont d'ailleurs pas exemptées puisque en plus de subir le patriarcat, elles peuvent avoir une misogynie intériorisée (je pense ici à notre blogueuse). Ça paraît incohérent mais souvenez-vous qu'on a vu des homosexuel.le.s aux côtés de La manif pour tous. Il faut juste cesser d'attribuer à la nature tout et n'importe quoi. Dame Nature n'a jamais demandé aux hommes de porter des très grosses boîtes pleines de cailloux en roulant des mécaniques (on pourrait d'ailleurs se pencher sur la thèse, soumise à la polémique, de l'anthropologue Priscille Touraille sous la direction de Françoise Héritier, sur le dimorphisme sexuel de taille, mais je ne suis pas spécialiste).

Je sais qu'il est très tentant de déballer ses opinions dès que possible, nous le faisons toutes et tous (je ne suis pas la dernière). Toutefois il est absolument nécessaire de se documenter. Oui, même si on écrit sur son blog. Ce matin, j'ai interpellé Hellocoton sur Twitter au sujet de la mise en une de l'article de cette blogueuse. J'ai trouvé ça fortement inopportun et des gens (que des mecs, vous pensez bien) ont débarqué dans mes mentions avec les mots-clés "liberté d'expression", "censure" et "#JeSuisCharlie". Hellocoton m'a répondu qu'il était normal de soumettre au débat des positions contraires, le site mettant aussi parfois en avant des billets à vocation féministe (plus ou moins militants selon les autrices). Voyez-vous, je ne suis pas d'accord avec ça et je trouve même que c'est dangereux. Je crois que la vie des femmes n'a pas a être soumise au débat, tout comme le droit à l'avortement ou encore le mariage entre homosexuel.le.s. De plus, il n'est pas question de censure, au fond l'autrice écrit bien ce qu'elle veut sur son blog, ici présent son texte ne contrevient à aucune loi, il n'est pas question de révoquer son droit à l'écriture. Les mots sont importants, je ne sais pas combien de fois il faudra le répéter avant que ça soit définitivement compris.

La statue Fearless Girl (Kristen Visbal, 2017) face au Taureau de Wall Street (Arturo Di Modica, 1989), bronze, New York.

vendredi 4 janvier 2019

Un gentleman à Moscou, d'Amor Towles.

En 2018, j'ai réussi à lire vingt livres et j'ai lu de tout : surtout des romans (allant de 150 à 700 pages), mais aussi un recueil de nouvelles, une pièce de théâtre, deux bandes dessinées, des mémoires, de la poésie, des lettres ou encore un beau livre (vous pouvez me retrouver sur Goodreads). C'est un nombre qui peut paraître dérisoire pour beaucoup mais auparavant, si je finissais un ou deux romans au cours de l'année, c'était un véritable exploit. Je lisais pourtant énormément quand j'étais plus jeune, je ne sais pas pourquoi j'ai fait cette longue pause. Je reprends désormais plaisir à la lecture, ce n'est pas un mal.

Je ne sais pas comment ça se passe chez vous mais moi, souvent, je me sens bête. Dans le cas qui va nous occuper ici, ce sentiment dure peu de temps puisque j'accepte volontiers de me remettre en question et de changer d'avis. Je m'exprime souvent un peu trop vite, c'est un problème, il faudrait que je réfléchisse davantage, mais mettons cela sur le compte d'une spontanéité innée. Voyez-vous, quand je commence un livre, j'ai la fâcheuse tendance à vouloir le finir même s'il m'ennuie dès les premières pages. Sa lecture peut donc parfois prendre un temps fou (allant jusqu'à plusieurs mois, déjà que je lis très lentement à la base). C'est un comportement assez curieux en ce qui me concerne puisque j'ai l'habitude de ne jamais terminer ce que je commence mais soit. Je ressens une forte culpabilité si je ne vais pas au bout d'un bouquin. Objectivement c'est plutôt con, notre temps est précieux, pourquoi le gâcher avec ce qui nous ennuie ? D'autant que j'ai connu des déconvenues avec, notamment, L'Éternel de Joann Sfar (450 pages d'enfer) et Dracula l'immortel de Dacre Stoker (500 pages terrifiantes) qui m'ont fait perdre des heures que jamais je ne récupèrerai. Cet automne, j'ai acheté en librairie un livre posé là parmi d'autres, il m'a pourtant sauté aux yeux à cause de sa magnifique couverture noire et dorée au style art déco. Le titre m'a plu, la quatrième de couverture aussi, je suis donc repartie avec.


Il faut dire que je suis plutôt faible : j'adore ce qui brille, les beaux objets et la Russie, il n'en fallait pas plus pour me convaincre. Sur la photo, la couverture est abimée et j'en suis navrée, j'aurais dû l'immortaliser (comme si un livre avait besoin d'un appareil photo pour être éternel...) avant de le triturer mais je ne pense jamais à faire ça (je dois sans doute être une blogueuse en carton). J'ai placé le livre devant une carte de la Russie qui, à priori, représente le territoire en 1907 et que j'ai trouvée en vide grenier. Ce n'est pas vraiment raccord avec l'histoire du livre puisque celle-ci se situe sous Lénine puis Staline (un indice sur la couverture toutefois) mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai ajouté ce mini globe en laiton acheté à Saint-Pétersbourg quand j'avais 16 ans.
Et donc ma bêtise sus évoquée réside dans l'erreur que j'ai faite en me plaignant des cent premières pages d'Un gentleman à Moscou d'Amor Towles sur Twitter. J'ai osé dire que c'était super chiant. J'ai honte. J'ai dû prendre peur, je ne me suis pas suffisamment laissée aller, j'ai peut-être eu du mal à entrer dans l'histoire, je ne sais pas ce qui s'est passé (j'ai dû oublier car ce roman est d'une rare perfection).
Au début des années 1920, le comte Alexandre Ilitch Rostov, aristocrate impénitent aux manières aussi désuètes qu'irrésistibles, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le compte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le sémillant comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l'hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée - officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski -, des diplomates étrangers de passage - dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d'esprit, et de vodka -, une belle actrice inaccessible - ou presque -, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie soviétique. Mais, plus que tout autre, c'est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.
Trois décennies durant, le comte vite retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les événements politiques de l'URSS.
Remise dans le contexte rapide : après la révolution de 1917, la famille impériale a été fusillée l'année suivante et il n'était pas hyper bien vu d'être aristocrate (un peu comme chez nous un siècle et demi auparavant, voyez). En lisant ce roman, j'avais un peu peur d'une prise de position impérialiste et anticommuniste (l'auteur, Amor Towles, est américain) mais en fait pas du tout. Il n'y a aucune prise de position pour quoi que ce soit, c'est juste une histoire excellemment bien racontée avec une solide documentation. L'hôtel Metropol existe réellement et on apprend bien des choses sur le fonctionnement de l'URSS (en place de décembre 1922 à décembre 1991). L'histoire est donc centrée sur le comte Alexandre Ilitch Rostov, depuis sa condamnation le 21 juin 1922 jusqu'en 1954, un an après la mort de Staline. C'est un personnage fabuleux parce qu'il accepte effectivement son sort sans discuter, il est condamné à l'âge de 32 ans et à perpétuité pour avoir écrit un poème antirévolutionnaire. La résidence surveillée dans un hôtel de luxe, quoique désormais dans une chambre de neuf mètres carrés et non plus dans sa suite, est évidemment moins difficile que de finir dans un camp de travail forcé. Il agit sans rébellion selon son ancienne classe sociale, c'est un homme élégant et aussi profondément gentil. Bien qu'il s'agisse d'un huis clos, on assiste à la transformation totale, sociale et politique, de la Russie. Pour ce faire, Amor Towles, formidablement traduit par Nathalie Cunnington, manie une plume extrêmement fine et gracieuse, avec de l'humour aussi, il écrit à la manière d'un dandy, ce qu'est le comte Rostov de toute façon. Je ne vous cache pas que ça m'a rappelé les manières d'Oscar Wilde et c'est loin d'être désagréable.

Du coup, faut-il lire Un gentleman à Moscou d'Amor Towles, resté 57 semaines dans la liste des best-sellers du New York Times ? Et bien oui. Ne faites pas comme moi, attendez d'avoir lu quelques pages avant de râler. J'ai adoré ce roman merveilleusement écrit et je suis d'autant plus contente qu'une adaptation télévisée est prévue par et avec Kenneth Branagh, le meilleur d'entre tous.

dimanche 30 décembre 2018

Pour 2019, on va arrêter de jouer les équilibristes.

La tradition de fin d'année veut qu'on en fasse un bilan subjectif, ça fleurit partout et je dois dire que ça m'intéresse assez peu, à moins que je ne vous connaisse personnellement. J'ai pris l'habitude de ne plus regarder mon année dans le rétroviseur parce que je ne peux pas m'empêcher de ne retenir que le négatif, c'est mon petit côté pessimiste. Pour cette année qui vient de s'écouler, je crois que je suis censée trouver positif le fait que je me sois enfin prise en main mais je manque de recul. J'ai une psychothérapie de presque un an dans la vue et elle me fait autant de bien qu'elle me décalque. Je vois entre elle et moi une relation d'amour-haine, je ne sais pas si c'est normal. Je mets un point d'honneur à ne manquer aucun rendez-vous hebdomadaire, c'est ma priorité absolue, et pourtant je suis souvent sortie de là avec une humeur de chien oscillant entre la haine pure et simple de mon psychiatre et mon soulagement profond quant à nos conversations (alors dans ces cas-là, je le trouve super génial (ça ne doit pas être une profession facile)).

J'ai beau avoir la dépression tenace depuis de nombreuses années, des idées aussi négatives (souvent) que morbides (parfois) tout en ayant l'impression d'être la personne la plus blasée de cette planète, je commence peut-être à croire ce qu'on essaie de me dire depuis si longtemps : que je suis fortiche. Je prends sans doute conscience que j'ai la peau dure et que mon caractère de merde m'aide beaucoup, il faut dire que je ne supporte pas qu'on me prenne pour une imbécile et que, si ma colère notoire tend à se résoudre, j'ai une sainte horreur de l'injustice. Je veux bien faire preuve d'un tant soit peu de résilience mais je suis prête à accepter de ne jamais guérir si je peux apprendre à vivre avec la dépression. Nous sommes d'accord pour dire que c'est quelque chose qui vous change à jamais, ça ne sert à rien de se faire des illusions. De toute façon, je suis à priori née avec et si on prend en considération mon bagage génétique, j'ai l'impression d'être  la gardienne d'une tradition familiale (à la con) dont je suis la seule à saisir les tenants et aboutissants.

Et puis j'ai voulu ignorer une partie de ma personnalité qui avait l'air évidente pour d'autres. Tellement évidente que j'ai le sentiment que ces autres ont vécu avec sans s'en émouvoir et que j'ai la sensation de la découvrir à 32 ans. C'est une partie de moi-même qui aurait fait sa première apparition lorsque j'étais enfant et qui s'est transformée en spectre discret, jusqu'à ce qu'elle pointe le bout de son nez à des instants donnés. Ma passion pour la compréhension des choses m'a poussée à lire tout un tas de trucs pour mieux comprendre le monde et celles et ceux avec qui j'interagis. J'ai aussi eu droit à des réflexions, les premières sont entrées par une oreille en sortant par l'autre, certaines fois j'ai souri, et puis quand celles-ci ont fini par se mêler à mes lectures, ma lutte pour me connaître et ma prise de conscience, j'ai commencé à me poser des sérieuses questions. Ça n'a pas changé ma vie mais ça la dénoue. Elle aurait sans doute pu être différente mais ça ne m'énerve pas. C'est comme ça. Je dois juste m'en accommoder et faire attention à ma manière d'échanger avec les autres : je me suis beaucoup justifiée quand on m'a si souvent reproché de prendre les autres pour des abruti.e.s alors que je dois être honnête, je l'ai fait. Ce n'est pas une fierté et c'est bien sûr un sentiment biaisé. Évidemment, je l'ai fait sans le vouloir parce que j'ai un égo sous le niveau de la mer, je ne suis supérieure à personne. Je ressentais le besoin qu'on fonctionne comme moi, peut-être par paresse intellectuelle et manque de patience, peut-être est-ce un mécanisme de défense, allez savoir.

Alors pour 2019, je ne sais pas, apprendre à m'écouter et à me faire confiance serait sans doute un début.


mardi 18 décembre 2018

Les meilleurs albums de 2018.

Puisque l'heure est aux bilans et que je n'ai pas envie de m'éterniser sur cette année que j'ai trouvée bien nulle du début à la fin, j'ai décidé plutôt de vous dresser une liste chronologique, subjective et non exhaustive des très bons albums et EP qui sont sortis cette année. Je fais même mieux que ça, je vous dresse une liste d'artistes féminines. Je me suis dit qu'on parlait bien assez comme ça des mecs, il suffit, place au véritable sexe fort de cette planète. J'ai truffé ce billet de liens car je me suis restreinte à une seule vidéo par artiste, ça m'a un peu frustrée. N'hésitez pas à partager vos découvertes en commentaires !

Je souhaitais illustrer ce billet avec Sister Rosetta Tharpe, notre mère à toutes.

Radyo Siwèl de Mélissa Laveaux

On parle de Mélissa Laveaux partout et c'est normal. Son troisième album, Radyo Siwèl, est sorti en tout début d'année et mérite qu'on s'y attarde longuement parce que c'est un disque folk-blues d'une grande beauté. Entièrement chanté en créole, il célèbre la culture haïtienne et, notamment, les chants de résistance du début du XXe siècle quand Haïti était sous domination américaine. Née à Montréal de parents immigrés d'Haïti, Mélissa Laveaux s'inspire de femmes multiples : Martha Jean-Claude pour la musique créole, Joni Mitchell pour la folk ou encore Nina Simone et Billie Holiday pour le jazz. Écoutez-la, elle est magique.



Love In The Milky Way de Sarah Klang

Sarah Klang vient de Suède, de Göteborg plus précisément. Love In The Milky Way est son tout premier album et il s'inscrit volontairement dans une veine ultra folk et super tranquille, c'est même un peu country sur les bords. Elle se revendique comme étant "the saddest girl in Sweden" ("la fille la plus triste de Suède"), c'est clairement un concept. Super joli concept.



Dirty Computer de Janelle Monáe

Je me dois d'être honnête, j'écoute assez peu Janelle Monáe. Je ne suis pas réceptive à l'intégralité de son travail mais, grâce à ses sonorités funk, j'ai adoré l'album Electric Lady, sorti en 2013, sur lequel on trouve son fabuleux duo avec Erykah Badu. J'admire énormément cette femme pleine de ressources. PYNK est le deuxième single de Dirty Computer, sorti en avril, et le clip est formidable : une ode à tous les vagins du monde. Merci Janelle.



Temporary Things Taking Up Space (EP) de Dead Sara

Il est question ici de l'un de mes groupes actuels préférés. Il s'est formé il y a près de dix ans mais seuls deux albums sont sortis à ce jour : Dead Sara en 2012 et Pleasure To Meet You en 2015 (que j'ai écoute un nombre incalculable de fois). Pour ce nouvel EP, le quatuor californien s'est transformé en trio, il s'agit notamment d'Emily Armstrong au chant avec sa voix naturellement pétée (j'aime cette femme, je vous le dis) et de Siouxsie Medley à la guitare. Chaque disque est différent, Dead Sara est complètement hard rock et Pleasure To Meet You s'est un poil adouci. Temporary Things Taking Up Space est davantage dans la veine du cadet, tout aussi énergique et avec, surtout, un son très travaillé. Vraiment, je les adore.



Childqueen de Kadhja Bonet

Il était temps que cet album voit le jour (son EP, The Visitor, était sorti en 2016). Comme beaucoup, sans doute, j'ai entendu Kadhja Bonet pour la première fois avec Honeycomb et il s'est clairement passé quelque chose. Une voix comme une caresse qui teinte une soul sophistiquée aux accents sixties. Elle est multi-instrumentiste : flûtiste, violoniste, guitariste, percussionniste, cette femme est surdouée (elle vient d'une autre planète, elle le dit elle-même). Je ne saurais vraiment dire ce que sa musique provoque en moi, j'ai l'impression que si le paradis existait, c'est la musique de Kadhja Bonet qui nous bercerait pour l'éternité (écoutez sa reprise de Remember The Rain si jamais je n'ai pas été suffisamment convaincante).



Shame On You (EP) de Bang Bang Romeo

Bang Bang Romeo est un trio britannique mené par Anastasia Walker, une chanteuse de (seulement) 22 ans qui a beaucoup de coffre (et en fait usage sans nous accabler (oui, je peux être sensible)). Musicalement, ça ne révolutionne peut-être pas le genre, c'est un groupe qui revendique son appartenance au mouvement alternatif mais c'est de toute façon très anglais. Et moi, souvent, j'aime bien ce que font les Anglais. Leur album, A Heartbreaker's Guide To The Galaxy, sortira le 14 juin 2019 et est déjà disponible à la pré-commande. Un vinyle coloré est prévu, ça me fait de l'œil, j'adore ça. D'ici là honte à toi, en tout bien tout honneur.



Victoire du Prince Miiaou

Bien que je la connaisse depuis plusieurs années, Le Prince Miiaou est mon coup de cœur de cette fin d'année. Je l'ai vue en concert début décembre et on a pu l'interviewer juste avant, c'était passionnant. Victoire est un album électro-rock, le cinquième de cette artiste, auto-produit comme les quatre précédents (albums indies-rock). Ce disque est fascinant (en plus d'être un très bel objet si vous l'acheter en vinyle), je lui trouve quelque chose de brutal et percutant, tout le monde devrait l'écouter.



WAX de KT Tunstall

J'ai déjà fait un billet de blog détaillé sur cet album que j'attendais comme le Messie, aussi je ne peux que vous inviter à sa (re)lecture.



On The Ice de Lizzies

Lizzies est un groupe espagnol exclusivement féminin au son heavy metal, bien à l'ancienne. Je ne sais pas quoi vous dire de plus, c'est du hard rock clairement inspiré de ce qui se faisait de mieux entre les années 1970 et 1980, elles sont comme les filles des Runaways, le groupe de Joan Jett. C'est efficace, énervé et puissant, je veux les voir au HellFest.



Un air de fête de Corine

Je dois admettre que, venant de ma part, ceci sort de nulle part. Corine a d'abord sorti deux EP : Fille de ta région vol. 1 et vol.2, vous avez donc sans doute déjà vu passer Il fait chaud et son (vraiment super) chouette duo avec Juliette Armanet (que j'aime beaucoup), Épopée solaire. Alors ici, on est clairement sur quelque chose de kitsch, mais dans le bon sens du terme. Disons que, déjà, pour choisir de se faire appeler Corine (qui est plutôt le prénom de nos mamans), soit il faut être née comme ça (au risque de me répéter, c'est rare pour une femme de ma génération), soit il faut une bonne dose de dérision. Ici, Corine est un personnage, pas une parodie. C'est une ode pailletée à la variété clubbing-disco des années 1970, et même que ça groove. Corine me met de bonne humeur et, parfois, c'est tout ce que je demande.

jeudi 13 décembre 2018

C'est la Sainte-Lucie, bitches.

Le 13 décembre, c'est le jour de la Sainte-Lucie. Si je me fiche royalement de l'origine chrétienne de nos saint.e.s ancêtres (en l'occurrence ici, sainte Lucie de Syracuse était, à priori, une martyre qui aurait péri sur un bûcher avec une épée dans la gorge après avoir été violée et s'être arraché les yeux, vraiment, quelle histoire délicieuse), j'aime l'idée que cette fête marque le début des festivités de Noël dans le nord de l'Europe (mais aussi en Italie et en Croatie), surtout en Suède, et c'est la lumière qui est célébrée. Le prénom Lucie vient du latin lux, qui veut dire lumière. C'est joli, vous ne trouvez pas ? C'est mon prénom.

Superbe et profonde photo d'illustration provenant d'une banque d'images. Son autrice s'appelle Kristine Weilert.
J'étais pressentie pour m'appeler Mathilde. Un veto a toutefois été prononcé dans la famille à cause de la chanson de Jacques Brel, il était insensé que je porte le prénom d'une chanson interprétée par un type pas spécialement apprécié. Si j'étais mystique, je dirais que ce jour-là, j'ai été maudite. Parce que je m'appelle Lucie et que je n'ai connu que dix ans de tranquillité musicale.
En CE1, l'institutrice a parlé de Lucy d'Éthiopie à toute la classe. Les regards se sont immédiatement tournés vers moi, les rires ont fusé, et ça a été le début de ma descente dans les enfers du harcèlement scolaire. C'est tout de même un comble que cette chère australopithèque ait été prénommée ainsi à cause d'une chanson. Lucy In The Sky With Diamonds des Beatles (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, 1967) passait sur la BBC le jour où les archéologues époussetaient les os. Pour rappel, Lucy, ou Dinqnesh en éthiopien, n'était pas homo sapiens puisqu'elle était australopithèque (australopithecus afarensis), en gros c'était un singe entièrement velu qui marchait debout toutefois. Objectivement, c'est plutôt cool. Mais enfin moi, j'ai du mal à être objective. Lucy-Dinqnesh étant clairement un singe, mes camarades de classe ont donc commencé à m'appeler Lucie le singe, puis le singe tout court.

Comme les planètes étaient visiblement alignées dans les années 1990, Pascal Obispo a sorti sa chanson fameuse en 1996, puis ces trous de balle d'Alliage ont remis le couvert avec Lucy Don't Cry en 1997. Ces années-là, j'étais encore à l'école primaire, Alliage avait donc plus de succès dans la cour de récré que Pascal Obispo. Mes congénères ont passé beaucoup trop de leur temps libre à réécrire les paroles de la chanson du boys band et on chantait Lucie le singe en lieu et place de Lucy Don't Cry. Ah ça, je ne pleurais pas, aucun risque que je leur montre mes émotions à ces sales bâtards. Ces conneries ont duré beaucoup trop longtemps à mon goût mais, selon mon psy, c'est parce que j'étais une enfant déprimée que j'attirais les moqueries. Je vous expliquais dans ce billet que les enfants sont des animaux sauvages, une fois qu'ils sentent l'odeur du sang, c'est cuit.

Ce qui devait arrivé arriva, j'ai profondément détesté mon prénom. Au collège, j'ai brièvement demandé à mes copines de m'appeler Joy (parce que pourquoi pas) et puis à force (ça a pris du temps) d'avoir entendu çà et là que mon prénom était super joli et constatant finalement que seul.e.s les petit.e.s con.ne.s de l'école communale avaient décrété ma déshumanisation, j'ai appris à aimer mon prénom. Que dis-je, à l'adorer. C'est l'unique morceau d'égo que je possède, au point de m'être fait tatouer un symbole de la lumière sur la poitrine (ouais, carrément). Toutefois, comme je ne suis pas à une contradiction près, je me sens évidemment super terne et je m'habille essentiellement en noir. Vous savez, si le noir est noir, c'est parce qu'il absorbe toutes les couleurs de la lumière qu'il reçoit. Le blanc, lui, la diffuse. Vous pensez bien qu'on mon fort intérieur, je me dis que je ne mérite pas mon prénom même s'il est mon identité propre.

Alors bonne fête de la lumière à toutes les Lucie et à toutes celles parmi vous qui irradient (les autres également). Peut-être qu'un jour, moi aussi je serai radieuse.



P.S. : cessez de chanter dès qu'une Lucie se présente à vous, ce n'est pas subversif, ce n'est pas agréable, ça nous donne envie de vous arracher les cordes vocales à mains nues.