vendredi 6 septembre 2019

La meute qui ressuscite à la pleine lune.

Je n'ai pas vraiment passé mon été à lire. C'est à priori la meilleure période pour tout un tas de gens, les vacances et le temps devant soi... et bien pas pour moi. Je déteste lire sur la plage, petit endroit sympathique où j'ai passé mon temps à nettoyer les merdes des touristes je me rends régulièrement parce que je n'habite pas très loin. Je ne sais jamais comment m'installer, je finis par avoir mal aux coudes, je mets toujours du sable partout, ça me gonfle rapidement. Le reste du temps j'ai autre chose à faire, boire des bières en étant bien accompagnée (ou seule, c'est bien aussi) ou réfléchir au sens de la vie tout en transpirant à grosses gouttes. Les vacances d'été sont aussi faites pour reposer son cerveau. Je m'apprête à vous parler de trois de mes dernières lectures - que des meufs ! - dont aucune ne dépasse les 200 pages. Parce que ces temps-ci, j'ai la flemme.


La Meute, de Sarah Koskievic
éditions Plon, 166 pages

Quatrième de couverture : "Elles n'ont ni le même âge ni les mêmes passions mais un lien indéfectible les unit. Elles n'ont rien à faire ensemble et, pourtant, elles traversent les décennies côte à côte, chacune à son rythme. Elles ont dû se résoudre à admettre que leur amitié n'est ni évidente ni facile mais qu'en bien des points elle surpasse toutes les histoires d'amour. Elles sont six : Olivia, Romane, Elly, Isadora, Louise et Rosalie. Vous allez les aimer. Vous allez aimer les détester. Elles sont la meute."

Sans la suivre, je savais qui était l'autrice avant la publication de ce roman grâce à son compte Twitter, je connaissais donc à peu près sa plume (elle pige pour plusieurs rédactions). Pour commencer, je trouve la couverture vraiment hideuse. J'ai bien compris que l'illustration était une métaphore, c'est-à-dire la Sainte Trinité baise/alcool/coke, la grande gueule de l'héroïne et l'image véhiculée par son gang de copines, mais bon. Le résumé ne m'a pas plus convaincue, je déteste qu'on m'enjoigne à adorer détester un personnage, on n'est pas dans une émission de télé-réalité. Toutefois, ce qui m'a le plus embêtée avec ce roman, c'est que je l'ai trouvé bien trop court pour ce qu'il avait à dire. Je ne demande pas à lire des briques, mais ça signifie dans ce cas précis une grande superficialité. L'autrice nous présente six femmes, la moindre des choses serait que leur psychologie soit plus approfondie. Il n'y a qu'Olivia, l'héroïne (narratrice un chapitre sur deux), qu'on arrive à peu près à cerner. J'ai l'impression que tout a été brodé autour de la fin qui est brutale (qu'on peut facilement voir venir), comme si l'autrice avait eu cette idée en premier. Alors on peut aussi dire que le roman entier est brutal, l'écriture même est brutale, et ce n'est pas dit de manière péjorative, mais au bout de quelques pages du vocabulaire utilisé limité, ça devient lassant. C'est dommage parce que j'ai bien perçu le talent d'écriture de Sarah Koskievic, elle est totalement maîtrisée, elle ne laisse pas vraiment la place au hasard et peut-être qu'elle ne voulait rien de superflu. Ensuite, et là c'est totalement personnel, je m'aperçois que je n'aime pas trop les romans très ancrés dans notre époque moderne. Je n'aime pas lire autant de références à notre quotidien technologique, musical, etc., j'y vois un manque de neutralité qui m'ennuie. Enfin, je dois vous dire que les clichés parisianistes m'insupportent. Même les quelques principes féministes reportés dans ce roman m'ont saoulée parce que je les ai trouvés fins comme du gros sel, amenés tels des gros sabots en téflon. Pas besoin d'être autant m'as-tu-vue, personne ne va te retirer ton badge.


La Femme qui ressuscite, vies d'Anastasia Romanov, de Nadia Oswald
éditions Le Nouvel Attila, 141 pages

Quatrième de couverture : "Février 1920. Une jeune fille se réveille amnésique dans le lit d'une clinique de Berlin après s'être jetée dans le fleuve. Le mystère autour de son identité commence, en même temps qu'une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Est-ce Anastasia Romanov, la dernière survivante du clan Romanov épargnée par les bolchéviques... ou Anna Anderson, l'ambitieuse petite paysanne kachoube qui réussit, sa vie durant, à donner le change auprès des familles impériales de la planète en se faisant passer pour la défunte princesse ? L'héroïne reconstruit sa mémoire et son identité... mais sont-ce bien les siennes ?"

Un cauchemar. J'aurais dû faire attention à ce qui suivait le résumé sur la quatrième de couverture, il était écrit qu'il s'agissait du premier roman de son autrice "servi par une prodigieuse langue baroque", ce qui a totalement anéanti ma hype autour d'un tel sujet. Je suis d'ailleurs en train de vous parler d'un livre que je n'ai pas pu terminer tant c'était difficile. Un tel lyrisme est d'un ennui mortel alors oui, c'est une belle écriture, mais incompréhensible. Après toutes les lectures chiantes que j'ai dû me farcir au cours de ma scolarité, j'ai décidé d'arrêter ça, ça me donne l'impression d'être stupide. Nadia Oswald a passé les premiers chapitres que j'ai lus à faire des digressions poétiques d'une rare pénibilité, c'était pompeux, lourd et nuageux, on dirait que l'autrice s'est regardée écrire. J'avais ressenti la même chose en ouvrant (et refermant aussi sec) mon seul et unique François Bégaudeau (L'ancien régime) et, avec une autre dimension bien plus crâneuse encore, en lisant L'Éternel de Joann Sfar. La lecture est censée être un plaisir alors peut-être que je réessaierai un jour mais en attendant, je n'ai vraiment plus le temps pour ces conneries. Mais je suis fâchée et frustrée quand même.


La Lune est un roman, histoire, mythes et légendes, de Fatoumata Kebe
éditions Slatkine & Cie, 190 pages

Quatrième de couverture : "Le plus ancien calendrier lunaire remonterait à 18.000 ans, peint par les premiers artistes du paléolithique, à Lascaux. Au plus loin que porte la mémoire écrite des hommes, on parle de la Lune. Elle est à l'origine de tous les mythes, de toutes les religions. Elle est restée la même depuis que l'humanité existe. Permanente, rassurante, inquiétante aussi, la Lune change de forme, de couleurs, fait gonfler l'océan, pousser les plantes et danser les farfadets. Déesse ou dieu, on l'a depuis toujours vénérée, écoutée. La Lune parle, elle dit le temps. Le temps qui passe, le temps qu'il fait. Elle rythme et dirige la vie de l'humanité. La Lune est un roman."

Je propose qu'on arrête enfin de déconner et qu'on parle de choses sérieuses. Fatoumata Kebe est une tête, elle est titulaire d'un doctorat d'astronomie et d'un master de mécanique des fluides. Elle a également été formée au département d'ingénierie spatiale de l'université de Tokyo. Elle nous fume tou.te.s. Je voulais absolument ce bouquin après avoir écouté Fatoumata Kebe en parler sur France Inter parce que moi aussi la Lune me passionne depuis super longtemps. Ce livre c'est donc la base, il y a à l'intérieur tout ce qu'on doit savoir sur notre satellite. C'est évidemment un ouvrage de vulgarisation et tant mieux parce que je ne suis pas une flèche, d'ailleurs l'autrice m'a perdue plusieurs fois sur des passages les plus techniques, il faudra sans doute que je les relise. On y apprend tout ce à quoi la Lune est corrélée en physique, Histoire, mythologie, philosophie, astrologie, etc. et les chapitres sont extrêmement courts, ils ne dépassent généralement pas trois pages. Le seul reproche que je pourrais faire à ce livre, c'est son style d'écriture. J'ai parfois eu l'impression d'être prise pour une enfant de 5 ans, même si c'est sans doute nécessaire quand on veut me parler d'attraction, de force et compagnie parce que je n'écoutais pas trop en classe de seconde. Cela dit, sans essayer pour autant de me mettre dans ses chaussures, expliquer autant de choses à des novices quand on a un tel bagage scientifique dans le cerveau, j'imagine que ça ne doit pas être forcément aisé. Ça me rappelle quand on essayait de m'expliquer les maths quand j'avais 14 ans.

jeudi 5 septembre 2019

Le crachin breton n'existe pas.

J'essaie de me fabriquer une nouvelle vie. J'ai beau (n')avoir (que) 33 ans, j'ai l'impression que mon existence a été scindée en trois parties. Comme si j'étais un Pokemon qui avait évolué (cette métaphore parlera à certain.e.s). L'évolution suggère l'amélioration, or je suis bien incapable de dire si je suis plus et mieux. J'ai d'abord été une enfant et une adolescente plutôt extravertie et pas tellement timide, toujours la goule en chemin. Je riais aussi beaucoup et aujourd'hui je me demande comment c'est possible, il faut croire qu'un boomerang met un temps fou à nous revenir en plein ventre. Puis il y a eu ma vie de jeune adulte pendant laquelle j'ai essayé de garder la tête hors de l'eau tout en faisant une succession de mauvais choix. Et j'ai eu 30 ans, j'ai décidé que j'en avais marre de toutes ces conneries et j'ai pris le taureau par les cornes. Mais c'est dur. Très.

Selon mon expérience personnelle, j'ai décrété que cette plage était la plus belle du monde. Le sable fin et blanc, l'eau turquoise, la falaise et les propriétaires chanceux des maisons qui ont vue sur ce paysage.

Je suis l'opposée de l'enfant que j'étais. Finis les sourires gratuits, terminées les robes à fleurs, exit l'extraversion. Je sais très bien que je suis dans le contrôle permanent de mon image : me vêtir de noir n'est pas anodin mais que voulez-vous, j'aime la discrétion. Je ne veux plus me faire remarquer, à tel point que c'est devenu pathologique et ça me dessert dans mon quotidien. J'ai créé ma micro-entreprise au début de l'été, imaginez-vous bien comme je galère un tantinet à me mettre en avant (j'en parlerai davantage si je comprends un jour comment me vendre et avoir confiance en mon travail). La vérité, c'est que j'ai passé ma vie entière à tenter d'être la fille parfaite tout en étant consciente de la déception engendrée par ma simple existence, allez lutter contre ça. Enfin c'est en cours. Oui mais c'est long et du temps, au risque d'être rabat-joie, on n'en a pas tant que ça.

J'ai assisté à la traversée de ce funambule de l'extrême, j'y ai vu une métaphore de ma vie (mais sans le legging Pacman du monsieur).

Je pourrais arrêter de voir les choses comme des vérités immuables, à commencer par le temps qu'il fait en Bretagne. Enfant, j'ai passé un certain nombre d'étés dans le Finistère avec mes parents ou juste ma mère et sa copine mère célibataire. Je ne suis pas vraiment sûre d'en avoir gardé des bons souvenirs. J'ai associé la région au mauvais temps, sûrement à cause de l'inondation de ce camping, et qui pourrait m'en vouloir ? J'imagine cependant que la pluie n'est qu'un détail quand on a une famille heureuse. Toujours est-il que je n'ai pas remis les pieds dans le Finistère depuis plus de vingt ans (j'aurais pu dire en Bretagne au sens large si je n'avais pas fait une halte à Saint-Malo il y a quelques temps). Jusqu'à cette année.

Quand j'étais enfant et en vacances plus au Nord avec mes parents, un autre enfant est tombé avec son vélo d'une falaise similaire. Je me souviendrai toujours de l'hélicoptère qui est venu le chercher.

En août, je suis partie trois jours autour de Quimper à faire notamment le tour de la presqu'île de Crozon et il a fait un temps splendide doublé d'une incroyable chaleur (j'ai brûlé). Je ne me souvenais pas que le coin puisse être aussi beau, c'est bête. La fabrication d'une nouvelle vie passerait donc également par la mise à jour de certains souvenirs. Une averse a eu lieu tandis que j'étais assise dans une crêperie à ingérer une crêpe baignant dans son caramel au beurre salé et j'ai compris que l'adage "En Bretagne, il ne peut que sur les cons." était vérifiable. Finalement, je suis peut-être une meuf cool.

jeudi 16 mai 2019

Les mathématiques.

Comme je suis à la recherche de ma vérité intérieure et en plein bilan de mes compétences psychologiques depuis seize (s.e.i.z.e) mois (le temps file à une de ces vitesses, je vous jure), je suis amenée à me poser moult questions sur moult sujets, sujets subjectivo-autocentrés, cela va de soi. Un truc m'a récemment torpillé les neurones alors que je n'y avais pas prêté attention jusqu'alors, et tout ça à cause d'un rêve. Voyez-vous, il y a quelques nuits j'ai rêvé que j'étais de nouveau en classe, en première littéraire comme au temps jadis. Nous étions en cours de mathématiques et les tables étaient disposées en U. La prof, une femme rousse qui ressemblait à Fred Courtadon et qui n'avait rien à voir avec mon prof de l'époque (un très gentil monsieur qui, hélas, postillonnait beaucoup et avait sans cesse le bouton de chemise ouvert au niveau du nombril) nous a dispensé un cours de travaux manuels à base d'œufs de Pâques à décorer. Je me suis alors insurgée parce que nous étions en cours de maths ! Ce n'est pas parce que nous étions en première littéraire qu'on ne devait pas avoir un cours de maths digne de ce nom * ! Et la prof me regardait d'un air dépité.

Je rumine depuis plusieurs jours. Le fait est que j'étais nulle en maths mais ça n'a pas toujours été le cas. Ça n'a jamais été ma matière préférée mais je me débrouillais et comme pour tout, je faisais le strict minimum (j'en faisais vraiment le moins possible pour une matière qui ne m'intéressait pas). Pas par fainéantise, simplement à quoi bon ? Je n'ai jamais recherché l'excellence mais j'aurais pu l'atteindre si seulement je faisais mes devoirs et révisais mes leçons, je n'avais pas beaucoup d'efforts à faire. Bien sûr, il y avait des matières dans lesquelles il était plus facile de se démarquer que d'autres mais en ce qui concernait les mathématiques, j'ai eu des résultats loin d'être honteux jusqu'à mon arrivée en troisième. Cette année-là, j'ai eu la pire prof du monde. Vous savez bien, on en a toutes et tous eu un.e comme ça. La peau de vache vieille comme Hérode qui ne fait pas de cadeau, celle-là même qui se fout du bien-être de ses élèves et qui les terrorise, les saque, les pourrit jusqu'à les annihiler. La réputation de cette vieille bique la précédait, chaque collégien.ne croisait les doigts à la rentrée scolaire pour ne pas l'avoir. Manque de pot, je me la suis farcie ma dernière année, celle du brevet. Elle a tellement déglingué mon niveau que j'ai subi quatre (q.u.a.t.r.e) heures de cours particuliers par semaine et elle a dit à ma mère que je n'avais pas ma place en enseignement général (double insulte envers moi-même et l'enseignement professionnel, vieille saloperie). Ma moyenne a fait une chute vertigineuse, entre 0 et 2, et si les notes négatives étaient permises, j'en aurais été l'ambassadrice. Étrangement, ma moyenne en maths est remontée à 10 lorsque ma prof a été en arrêt pour une histoire de cor au pied et remplacée par une autre, bien plus pédagogique. On apprenait alors les vecteurs et c'est la seule partie du programme que j'ai comprise.

J'en étais sûre, je détestais les maths mais j'ai eu mon brevet avec un glorieux 8/20 dans cette matière et j'ai atterri en seconde générale malgré les remontrances. Manque de chance pour la deuxième année consécutive, je suis encore tombée sur un prof dédaigneux. La différence, c'est que lui n'en avait strictement rien à foutre. Ça a donc posé un problème à personne que je me transforme en branleuse, me positionne au fond de la salle, balance des boulettes de papier en diagonale parfaite (nulle en maths, vous dis-je) et fasse sonner les portables de mes camarades pour rigoler (ah ça, on riait bien). Avoir 0 était même devenu un jeu mais attention, il ne fallait pas rendre copie blanche, c'était trop facile. Je faisais l'effort de répondre aux questions et développer les équations mais il m'arrivait de noter une bonne réponse sans le faire exprès, c'est comme ça que la moyenne passait de 0 à 0.5, c'est con. Mes parents n'ont jamais fait état de tout ça, de toute façon j'étais à peu près bonne ailleurs et me destinais à une première littéraire, c'était la réelle foire à neuneu. J'en étais tellement fière.

Aujourd'hui ça me rend triste parce que j'ai de réelles difficultés. C'est à se demander si je n'ai pas la phobie des chiffres, je ne comprends rien, je ne sais même pas rendre la monnaie en comptant à l'envers (j'aimerais d'ailleurs vraiment qu'on cesse d'essayer de m'apprendre). Je ne détestais pas les mathématiques, on avait seulement décrété que j'étais nulle alors j'y ai adhéré. Et comme ma mère était "nulle en maths" aussi en son temps, alors tout était normal. C'était subversif. Je n'étais sûrement pas si nulle en mathématiques, j'adore quand les choses s'expliquent et quand les boîtes s'imbriquent, ça me fait du bien. J'adorais aussi la physique, c'était l'une de mes matières préférées. Toutefois j'avais pris tellement de retard que j'étais complètement découragée. Je disais que j'étais nulle et que j'en avais rien à foutre, c'était plus simple.

Moralité, j'aurais pu être bonne en maths et bien les vivre, ça ne dépendait pas de grand chose. Je crois donc être en mesure de dire que si un.e élève, quel que soit son âge, dit qu'il.elle est nul.le dans une matière, c'est que ça cache un truc. Donnez de l'attention.

https://www.desfemmes.fr/litterature/mileva-einstein-une-vie/

* Oui, à mon époque, c'est-à-dire en 2004/2005, il y avait encore des cours de mathématiques en première littéraire.

jeudi 9 mai 2019

Ma petite crypte rien qu'à moi.

Nous allons mourir. C'est ainsi, c'est la vie. On nous apprend à craindre la mort grâce à cet adage simple : "Profite de la vie !" qui sous-entend qu'une fois au bout du tunnel, si nous n'avons pas réalisé une liste de tâches, notre vie aura été gâchée. Or, il y a des milliards de façons de profiter de la vie et il n'est pas nécessaire d'avoir fait le tour du Pérou à vélo ou nagé avec des raies manta, peu importe ce que le premier citoyen du monde auto-proclamé vous dira. Existe-t-il un juge des vies réussies et gâchées quelque part ? Et bien oui, il est partout et parfois plusieurs, c'est peut-être un membre de votre famille, un ami, un citoyen du monde à la con ou bien Dieu. Heureusement pour moi, je suis athée, c'est déjà ça de moins à gérer.

La mort me rend sarcastique parce qu'elle est très présente autour de moi. Elle est sur des photos, dans les murs et des évocations, elle est bien sûr dans mes souvenirs mais aussi dans ceux qu'on m'a implanté de force alors qu'ils ne m'appartiennent pas. La peine de ces autres incapables de faire leur deuil est devenue la mienne. Ça s'est accumulé et j'ai fini par accrocher à mes chevilles les boulets de mes ancêtres. Je me suis transformée en éponge au fil des années et je suis la seule à vouloir que ça s'arrête et à prendre mes responsabilités. Je n'ai jamais rien demandé et pourtant je suis gouvernée par des fantômes dont certains sont encore semi-vivants, ils aspirent mon énergie vitale comme des vampires et je vis dans le noir. C'est d'ailleurs ma (non-)couleur préférée. J'ai été mise au monde pour servir de ghost trap.
 
Si j'étais joueuse, je dirais que je suis L'Élue ; l'auguste réceptacle des amertumes passées et des ombres persistantes (c'est ce que je vais écrire sur mon CV). On ne me comprend pas, je pense donc être légitime dans ma quête de tranquillité. Je me demande à quoi mon sang a été mélangé, c'est comme si j'avais été frappée d'une malédiction à la naissance, un truc qui ressemble au mythe de la Tour de Babel. J'essaie de faire l'effort de n'en vouloir à personne mais c'est difficile quand on me manque de respect depuis toujours.

Je m'octroie le droit de rire de la mort sous toutes ses formes, même quand elle est souhaitée, même si ça met mal à l'aise, même si ça fait peur. C'est la seule façon de dédramatiser ce qui me traumatise depuis Mathusalem et ça me donne un peu de pouvoir sur les choses. Je me vois imposer des drames à tout bout de champ quand mon cœur réclame la légèreté d'être, découle alors une enclume à la place de mon cerveau. Je suis si épuisée que je n'ai pas la force de faire des choix, d'autant plus quand ils me concernent, j'ai peur de tout et surtout du moindre coup d'œil. A chaque fois que j'essaie, mon démon personnel, nourri par ses ancêtres, me rattrape et me donne un coup de batte de baseball dans les genoux.
 
 
D'aucuns diront que c'est ridicule. Et bien c'est fort possible.

jeudi 18 avril 2019

La vie et ses duos : Simone et Raoul, Chloé et Lucie, et cetera.

Depuis que j'ai poussé les portes de la radio associative où je suis bénévole, j'ai déjà entendu une réflexion sur la synergie qui s'opère entre Chloé et moi. Cette réflexion est heureusement rare et sans mauvaise intention mais elle a eu le mérite de m'interpeller. Je ne lui donne aucunement raison mais me sentant parfois influençable, je me suis demandé pourquoi des gens pouvaient avoir une telle image de notre duo et, surtout, pourquoi ils restaient convaincus de leur idée malgré l'éclairage que je leur fournissais. J'ai donc évoqué la question avec mon rendez-vous hebdomadaire, il a confirmé qu'il n'y avait aucun problème et m'a même aidée à cerner des preuves. Avec le recul, je ne pense pas en avoir eu réellement besoin mais ça m'a permis d'apporter de l'eau à mon moulin.
Chloé et moi animons toutes les deux une émission de radio qui demande plus de travail qu'une simple présentation, il faut du contenu : actualités, sujets divers et variés, musique et interviews, c'est une veille quotidienne. Pendant la diffusion de l'émission, il faut savoir utiliser la console parce que nous sommes notre propre régie. Il y a aussi l'alimentation des réseaux sociaux parce qu'on doit vivre avec notre temps si on veut un minimum de visibilité. Et puis les interviews ne se font pas toutes seules, il faut démarcher les autorités compétentes et une fois qu'elles ont approuvé, préparer des questions pas trop connes et faire un montage audio. Dans ces exercices, Chloé et moi sommes parfaitement complémentaires et, de mon point de vue, les choses se font naturellement. Nous n'avons pas la même personnalité : Chloé est avenante, extravertie, elle a un culot qui est parfois nécessaire dans ce milieu et si elle n'a pas préparé une interview en amont, elle est capable de trouver un sujet de discussion au débotté, rebondir parfaitement sur la réponse à une question et reformuler immédiatement si besoin. Quant à moi, je suis plus en retrait car, sans être spécialement timide, je suis l'introvertie de la bande. J'ai besoin de passer un certain temps sur la préparation d'un sujet, une interview par exemple, parce que ça me rassure et je suis incapable d'improviser. Je ne dis pas que l'inverse est vrai pour Chloé mais en ce qui me concerne, je déteste me faire remarquer, c'est aussi pour ça que je trouve mon compte à la radio : être entendue sans être vue. Peut-être que Chloé a besoin de plus, c'est pour ça qu'elle excelle dans la présentation d'événements parallèles ou bien dans le théâtre. Elle sait y faire avec les relations publiques, moi ce n'est pas mon truc. Il n'y a jamais eu aucun malaise entre nous, jamais aucun problème, et la communication est optimale. Je souhaite notre symbiose à tous les groupes de travail.
Or, j'ai cru comprendre qu'il y a des personnes que ça défrise. On pense que je n'ai pas ma place, que je suis bouffée. Et bien non. Je vous le dis haut et fort : l'harmonie est totale. J'aimerais bien qu'on me croie, je n'ai pas besoin d'être sauvée. Bosser avec Chloé est une joie immense et je lui dois beaucoup.


Plus tôt je parlais de preuves et le fait d'avoir interviewé Simone Ringer (chanteuse du groupe Minuit) toute seule la semaine dernière en est une. Chloé a déjà réalisé plusieurs interviews sans moi mais pour moi, c'était la première fois. Je l'ai fait parce que cette rencontre-là me tenait à cœur mais en réalité ma voix intérieure me hurlait de ne surtout pas y aller. L'anxiété est une abjection. J'ai donc travaillé pendant des heures : écouter et réécouter l'album (Vertigo, 2018) et l'EP (éponyme, 2015) de Minuit, lire plusieurs interviews, rédiger et réécrire mes questions pas trop connes pour être pertinente et ne pas passer pour une imbécile. J'ai embarqué mon support moral sous le bras et parfois, une simple présence suffit à calmer les nerfs. L'interview s'est très bien passée (évidemment !) et la discussion avec Simone Ringer était très intéressante. J'ai eu face à moi une jeune femme drôle et pleine d'assurance, extrêmement sympathique. Un sourire qui transmet sa joie de vivre, elle m'a dit qu'elle était bien dans sa peau et ça m'a fait un bien fou. Elle ne portait pas encore sa tenue de scène (comprendre ici qu'elle était en semi-pyj' pour la citer) mais elle rayonnait quand même. C'est incroyable comme elle ressemble à sa mère, la fabuleuse Catherine Ringer, sa voix, son visage, sa gestuelle. Il en va de même pour Raoul Chichin, son petit frère et guitariste du groupe, qui, lui, m'a fait énormément penser à son père, Fred Chichin. C'est normal, les chiens ne font pas des chats. Toutefois, dans ce cas présent, c'est pour moi une explosion de joie. J'ai toujours adoré les Rita Mitsouko, c'est un groupe unique qui a inventé tellement de choses et, selon moi, Catherine Ringer est l'une des plus belles voix féminines qui existent. Pour tout vous dire, j'ai trouvé les enfants aussi charismatiques que leurs parents, il y a donc quelque chose dans le sang.

Et pourtant, musicalement, les disques de Minuit ne m'ont pas fait forte impression. Si j'apprécie beaucoup le revival des années 80 à la sauce funk-disco-rock, j'attendais bien plus du live. Je n'ai donc pas été déçue parce que j'ai reçu une énorme patate en pleine tête. Entre leurs morceaux, ils ont intégré des reprises de Donna Summer, des Bee Gees et de Gloria Estefan (j'ai d'ailleurs largement préféré leur version de Dr Beat à l'originale), ainsi qu'un riff de Pink Floyd. J'ai roulé du cul et des épaules, chose suffisamment rare pour être signalée. Il y a également un petit plus que j'adore voir en concert, c'est une introduction. La salle toute noire, le gros néon Minuit qui s'allume et la musique et le chant qui arrivent progressivement, ça a tendance à faire monter ma tension (dans le sens positif du terme). Enfin, si Minuit comporte quatre membres (Joseph Delmas et Klem Aubert pour les deux autres) et s'il y a finalement six personnes sur scène, le duo Simone et Raoul est particulièrement fascinant. J'ai adoré comment le frère regarde sa sœur, une certaine admiration s'est échappée.

Une chose est sûre, je garderai un excellent souvenir de cette journée. J'ai réussi à m'en sortir à peu près dans un exercice qui me terrifie, face à une femme que j'aime beaucoup. Je ne sais pas si je suis prête à recommencer une interview seule de sitôt parce qu'il faut être honnête, c'est épuisant.

Ce billet est finalement un énorme teasing mais sachez que vous pourrez écouter l'interview de Simone Ringer dans Les Fines Gueules jeudi 25 avril à 18h (elle sera disponible en podcast dès le lendemain). Vous m'en direz des nouvelles...