mardi 13 novembre 2018

Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n'avez pas pu brûler.

Elle n'a jamais vraiment disparu mais j'imagine que vous n'ignorez pas la nouvelle popularité de la sorcellerie. Aujourd'hui ce mot englobe tout un tas de mouvements différents et je suis subjuguée par leur ampleur actuelle. Quand j'étais môme, j'étais persuadée que les religions et spiritualités finiraient par disparaître, selon moi elles n'avaient aucun rapport possible avec notre société moderne. J'ai longtemps vécu dans la haine pure et simple de toutes les religions, même si désormais je m'en fous totalement. C'est un peu pareil avec les autres formes de spiritualité, chacun.e fait ce qu'il.elle veut, tant qu'on m'épargne le prosélytisme. Et pourtant, vers 13 ou 14 ans, mon amie d'enfance et moi, mues par notre visionnage de ce merveilleux film qu'est The Craft (VF : Dangereuse Alliance), nous amusions à jeter et fabriquer des sorts grâce à des magazines spécialisés trouvés chez le marchand de journaux. C'est d'ailleurs à cette même période que j'ai commencé à me vêtir essentiellement de noir, et c'est toujours le cas quinze ans plus tard. Le noir est un état d'esprit à part entière, la plupart des couleurs et, pire, les imprimés, me brûlent la rétine, je devrais  d'ailleurs aborder le sujet un de ces jours.


La sorcellerie, c'est comme le féminisme, c'est là depuis un moment. Les voix se sont fait davantage entendre à différentes périodes, ou peut-être étions-nous plus prompt.e.s à les écouter. Quand Olympe de Gouges a écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791, moins de dix ans auparavant, en Suisse, on exécutait pour sorcellerie sa dernière représentante européenne, Anna Göldin. Avant nous, plusieurs facteurs laissaient supposer qu'une femme était une sorcière et méritait le bûcher : des activités hors du commun, connaître les herbes médicinales, avoir les cheveux roux, un chat noir qui traîne dans les environs... Peut-être que ces femmes jetaient vraiment des sorts, allez savoir. Peut-être aussi et surtout que les hommes et les religieux aimaient avoir le contrôle de toute une population, notamment les femmes ces sales pêcheresses, mais je ne suis ni historienne, ni anthropologue.

En 1968, des féministes new-yorkaises socialistes ont fondé le Women's International Terrorist Conspiracy from Hell (W.I.T.C.H.) afin de lutter pour la libération des femmes. Ces activistes effectuaient des actions théâtrales, aussi s'habillaient-elles entièrement en noir, clairement comme des sorcières de la pop culture. Le mouvement a été ravivé en 2016 à Portland et aujourd'hui, en France, on retrouve le Witch Bloc qui reprend les mêmes codes et a commencé par se soulever contre la réforme du code du travail français.
We are the granddaughters of the witches you couldn't burn, nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n'avez pas pu brûler. Les femmes se battent depuis tellement longtemps pour leurs droits, il est normal qu'on se réapproprie la figure de la sorcière, que celle-ci soit réhabilitée. La sorcellerie est politique mais de plus en plus de femmes assument leur spiritualité et se présentent comme des sorcières au sens premier du terme. J'aime d'ailleurs beaucoup l'allure de Misty Day, la sorcière hippie fan de Stevie Nicks (que j'adore également) dans la saison 3 d'American Horror Story, c'est tout à fait l'image que je me fais de la sorcière moderne.

A gauche : Stevie Nicks. A droite : Lily Rabe dans le rôle de Misty Day.

Se faire traiter de sorcière est censé être une insulte dans la bouche d'un homme blessé dans sa masculinité mais je crois que c'est plutôt à prendre comme un compliment. Rendez-vous compte, ça fait des milliers d'années qu'on considère les femmes comme de la merde et qu'on les accuse de tous les maux, et pourtant elles sont toujours là, prêtes à botter des culs. Nous devons notre survie à nos utérus prêts à engendrer des mâles vengeurs (la boucle de l'enfer). S'il faut se faire qualifier de sorcière parce qu'on demande à être payées autant que les hommes, ça me va et je réponds merci. Ce qui me questionne davantage, c'est qu'il est arrivé plusieurs fois que des activistes assimilées à des sorcières s'adonnent à leur art le plus pur lors de leurs actions. Elles se sont réunies le mois dernier à New York pour jeter des sorts contre cette ordure méprisable qu'est Brett Kavanaugh. Plusieurs féministes que je suis sur Twitter se sont moquées. On ne se fout pourtant pas des activistes qui dénoncent par le biais de l'art, alors pourquoi le ferait-on ici ? J'imagine que les sorcières qui ont publiquement maudit Brett Kavanaugh ne croient pas dur comme fer en l'efficacité directe de leur méfait, je crois surtout qu'il faut voir ça comme une forme d'avertissement : attention les gars, les féministes vous marquent à la culotte et vous n'allez pas vous en sortir aussi facilement. Et puis les filles, personne ne vous demande de respecter une sororité parfaite mais s'il vous plaît, faites un effort et ayez le respect que nos genre et sexe méritent.

Tiens, ça me rappelle mon dernier contrat de travail. Je déjeunais chaque jour avec un collègue d'une beauferie abyssale. Quand j'ai prononcé le mot sororité au détour d'une conversation, j'ai dû lui expliquer la signification et il s'est foutu de ma gueule. La bêtise, je crois que c'est le plus compliqué à gérer dans toutes ces histoires de féminisme.

dimanche 11 novembre 2018

WAX, de KT Tunstall.

J'ai commencé à rédiger un billet sur le sujet qui arrive mais au bout de 800 mots, je me suis rendu compte que j'avais déjà exprimé mes sentiments et mon expérience personnels par rapport à KT Tunstall un nombre incalculable de fois, que ce soit sur ce blog ou sur mes réseaux sociaux. La monomanie c'est ça. J'assume d'autant plus la mienne que la profonde subjectivité qui nous incombe en ce qui concerne la musique peut me faire perdre tout sens commun quand on ne parle pas de KT Tunstall correctement. J'ai écouté le podcast d'une émission de RTL2 datant de septembre qui a dit n'importe quoi : KT Tunstall effectuerait "un retour" avec son album WAX (sorti le 5 octobre), ses précédentes œuvres seraient passées inaperçues en France (je cite) et, en plus, elle aurait eu le culot de signer la B.O. d'un film plutôt mauvais (Bad Moms, avec Mila Kunis, je cite toujours). Pour enfoncer le clou, on ne se souviendrait que de Black Horse and the Cherry Tree. L'animatrice radio a soulevé un problème dont elle fait elle-même partie : si on ne parle pas des artistes, on ne va pas les connaître. Peut-être que si on élargissait son champ de vision, surtout si parler de musique est notre métier (et quel métier magnifique !), alors on éviterait de dire des grosses conneries. Mais bon, ce que j'en dis...

KT Tunstall n'est pas en train d'effectuer un retour avec WAX puisque son album précédent, KIN, est sorti en 2016. Ces deux-là font d'ailleurs partie d'une trilogie : soul (KIN), body (WAX) and mind. De plus, six albums studio sont parus depuis 2004 et l'arrivée fracassante de Black Horse and the Cherry Tree, et je ne compte même pas les différents albums live, acoustiques et autres EP. Ce genre de critique est donc assez désagréable quand on sait que KT Tunstall est la meilleure autrice, compositrice et interprète qui soit (et oui, il faut vous y faire). Plus sérieusement, WAX est fabuleux. Si chaque texte, chaque musique sont écrits depuis quinze ans avec le cœur, ce qui transparaît avec ce dernier album est carrément le dépôt de son âme sur la table (je ne sais pas comment vous dire les choses autrement). Ce sentiment était déjà amorcé avec KIN, un album positif qui donne la pêche (selon moi, le titre Everything Has Its Shape est le meilleur exemple avec ses accents Beach Boys). C'est une incarnation joyeuse de son autrice. Il faut dire que trois ans auparavant était sorti Invisible Empire // Crescent Moon, un album acoustique folk-rock d'une incroyable beauté mais plus noir puisqu'il évoquait la mort physique de son père et symbolique de son mariage.

WAX continue dans la lancée de KIN, en exposant sa vulnérabilité et ses choix de vie assumés. L'album est plus rock que tout ce qu'elle a fait jusqu'à présent, et il est aussi diablement sensuel. KT Tunstall est une femme de 43 ans qui se revendique féministe, elle ne veut pas d'enfants et elle prend conscience qu'elle peut être sexy et que c'est hyper cool. Sur WAX on retrouve encore ses influences musicales, ça m'a frappée avec Poison In Your Cup qui, même si cette chanson a été écrite il y a longtemps, m'a rappelé Fleetwood Mac. Et puis il y a évidemment cet hommage à David Bowie avec The Night That Bowie Died, c'est aussi triste que c'est beau (Bowie étant mon autre monomanie).
Le féminisme badass de KT Tunstall nous est jeté au visage et ça me fait énormément plaisir. Elle a été une précurseuse dans l'utilisation de pédales pour sa guitare, notamment la fameuse Wee Bastard, pédale looper qui sert à faire des boucles. Je ne dis pas que les musiciennes n'en utilisent pas, mais peu d'entre elles sont mises en avant avec ce genre d'effets. Et puis il faut regarder le clip de Hard Girls avec Melanie C. (Sporty Spice, et oui) et désormais le tout frais Human Being qui met en scène les quatre autres femmes constituant son groupe (Charlotte Hatherley, avec qui elle a déjà travaillé, Hinako Omori, Cat Myers et Cheryl Pinero) et Eccaia Sampson, 8 ans, avec ses nunchakus. Tout ça est beaucoup trop fantastique ! J'aime tout.



vendredi 9 novembre 2018

Not Dead.

La mort, c'est une vaste plaisanterie pleine d'amertume. Personne ne peut y échapper mais on essaie toujours quand même, des fois que. Elle nous fout la trouille parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a après (si tant est qu'il y ait quelque chose) et on a peur d'une mort violente, douloureuse et prématurée. On s'entête à la percevoir comme un événement des plus moroses, tout ça à cause de notre société judéo-chrétienne si austère. Quand j'avais 13 ou 14 ans, j'avais une peur panique de mourir. J'en étais au point où je n'arrivais plus à m'endormir le soir parce que j'avais peur de ne pas me réveiller le lendemain. C'était totalement irrationnel, je n'avais aucune raison de mourir pendant la nuit, j'étais en pleine santé. Peu avant mes 18 ans, j'ai très fortement envisagé le suicide parce que je savais pertinemment que la mort ne pouvait certainement pas faire aussi mal que ma vision de la vie et de moi-même. Ces idées tenaces m'ont retraversée plusieurs fois depuis lors. Au début de l'été, je me suis fait tatouer la phrase Not dead sur l'avant-bras. C'est une chanson de Girls In Hawaii qui me touche particulièrement mais c'est aussi une façon de me souvenir que je suis toujours là. Et puis vous savez quoi ? Quand je serai morte, parce que ce jour arrivera, ce tatouage deviendra de l'humour par l'absurde (et j'adore l'humour). J'ai envie de me réconcilier avec la mort parce que je crois qu'après elle survient le néant absolu. Je pense qu'il est beaucoup plus facile de mourir quand on croit en un paradis quelconque ou en la réincarnation (et d'autres trucs mystiques encore). La géniale Taous Merakchi explique dans son podcast Mortel, dont le premier épisode est sorti aujourd'hui, que sont les endeuillé.e.s qui souffrent le plus de la mort. Bah oui, quand tu es mort, tu es mort. Je suis une psychothérapie depuis plusieurs mois et j'ai appris il y a trois semaines que je n'avais toujours pas surmonté le deuil d'une amie proche survenu il y a sept ans. Je pensais que j'avais mis trois ans à l'encaisser mais finalement ce n'est toujours pas terminé. Je m'en suis partiellement rendu compte en vivant de nouveau la mort d'une amie d'enfance l'année dernière. Je pense avoir réussi le deuil de celle-ci puisque sa mort ne m'a obsédée que quelques semaines. Parfois, la peur de mes 14 ans me revient en pleine face comme un uppercut : et si je mourrais soudainement, sans préavis ? Que se passerait-il ? Est-ce que les gens seraient tristes ? En combien de temps feraient-ils mon deuil ? Deux jours ? Trois semaines ? Sept ans ? A chaque fois que j'ai voulu mourir, c'est parce que je recherchais la paix de l'esprit (je la cherche toujours), un besoin plus que nécessaire de faire taire les bruits et s'allonger dans le noir, comme pour faire passer une migraine ophtalmique. J'ai aussi cette envie irrationnelle de tout annuler (m'annuler) pour tout recommencer, ma vie entière est un faux départ perpétuel : réagir autrement, répondre ça plutôt qu'autre chose, éviter les coups, rendre les insultes, larguer les démons sur le bord de la route. Alors que ça n'a aucun sens, le destin n'existe pas et pourtant rien de ce qui s'est passé n'aurait pu se dérouler autrement. La thérapie essaie de faire passer la pilule mais l'ampleur du chantier est telle que je ne la mesure que maintenant, alors pour l'instant on attend que ça passe.

Je vous parlais plus haut du podcast de Taous Merakchi (alias Jack Parker), Mortel. Je ne suis pas facilement impressionnable, blasée notoire que je suis, mais ceci me retourne.

lundi 5 novembre 2018

Théâtre : Polaroïd et Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux d'Yves Baot.

Le 11 juin 2017, je vous écrivais que j'avais une culture théâtrale qui se trouvait sous le niveau de la mer. Je vous racontais aussi mon très mauvais souvenir à propos d'une mise en scène de ma professeure de français de troisième d'Antigone de Jean Anouilh où je "jouais" Ismène. J'utilise des guillemets parce que ce n'était pas facile du tout, j'aime bien lire du théâtre, j'aime aussi en voir mais je déteste faire la comédienne. La scène et moi, on n'est pas complices, ça me vient sûrement de ce gala de danse quand j'avais 7 ans, je portais un costume de coquelicot en crépon, j'étais beaucoup trop grande et je n'avais rien à faire ici. Ou alors était-ce cette pièce sur Christophe Colomb, à l'école primaire, où je "jouais" un garde avec sa lance qui devait rester immobile et silencieux sur le bord de la scène avec le regard tourné vers les coulisses ? Les traumatismes sont tenaces.


Le 11 juin 2017, je vous écrivais à propos de Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux, la première pièce d'Yves Baot parue chez Édilivre. La quatrième de couverture dit ceci :
Le Bataclan, un 13 novembre au soir... Histoires croisées de 13 personnages au cœur du tumulte et de l'horreur. Futurs imbriqués où le désir restera le dernier ressort de la vie qui va... Et qui gagne... Et ce Nocturne de Chopin, obsessionnel comme une berceuse étrange, accompagnera chacun vers son destin.
La pièce est composée de 6 scènes, chacune mettant en avant un ou deux personnages différents (seuls les binômes interagissent ensemble) pour atteindre le nombre final de 13 (porte bonheur s'il en est). Il y a plusieurs fils rouges qui traversent les scènes, l'horreur du Bataclan bien sûr, puisque c'est le thème de fond, mais aussi Chopin, dont la musique est la bande originale, et l'un des 13 personnages (je ne vous dis évidemment pas qui c'est, ce n'est pas le genre de la maison). Chaque scène fait référence à un épisode de la mythologie grecque et l'auteur suggère par ailleurs une mise en scène en fonction. Il se trouve que j'ai connu sa fille et qu'elle était très calée en mythologie grecque, j'imagine que les chiens ne font pas des chats...
La pièce fait 60 pages, je l'ai lue d'une traite. Je l'ai beaucoup aimée, elle va droit à l'essentiel et pourtant chaque personnage est exploité de sorte à avoir une réelle profondeur. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer ce qu'un•e rescapé•e du Bataclan ressentirait en lisant cette pièce, à mon sens il y a dedans de la joie triste et de l'amertume, j'avais la gorge serrée.


Un an après la publication de Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux, Yves Baot a réitéré en publiant sa seconde pièce, Polaroïd :
Trois personnages sont là, présents, face à nous, en quête d'eux-mêmes, devant la brutalité d'un secret de famille, fantôme historique relié à une lointaine immigration des Balkans, partiellement oubliée à ce jour... Mais cette photo, vieillie, usée, que l'on ressort des mémoires, donnera-t-elle un éclairage nouveau à ce passé familial bouleversé ?
Les 9 scènes de cette pièce sont habitées par 3 personnages : Claudine, Dominique et Alain, sœurs et frère. Claudine est l'aînée et a aussi la fonction de cheffe de famille, les parents sont morts et elle s'occupe de sa sœur ; Dominique est la cadette et a un sérieux problème de mémoire ; Alain est le petit frère, le petit dernier qui se plaint d'être pris pour un idiot alors qu'il est peut-être simplement infantilisé (est-ce un mécanisme de protection de la part de ses aîné.e.s ?). La musique est toujours présente et l'auteur suggère ici Emir Kusturica ou Goran Bregovic afin de rappeler le secret de famille personnifié, présent mais en même temps si loin. C'est d'ailleurs ce que cette pièce raconte de manière très subtile et imbriquée : un mystère familial qui se présente sous la forme de souvenirs, souvenirs ne parvenant pas à être remémorés par l'enfant du milieu, souvenirs cachés sur des photos, dans des boîtes, les on-dit et la musique de genre. Si les principaux instigateurs ne sont plus, ces souvenirs ont-ils alors vraiment existé ? N'a-t-on pas besoin d'une preuve ? C'est le chat de Schrödinger. C'est aussi ce que laisse penser la maladie d'Alzheimer qui est, selon moi, une forme de mort vivante, à quoi bon rester en vie si c'est pour tout oublier, ne plus savoir qui on est, ne plus rien dissocier ? Ce sont les souvenirs qui nous maintiennent en vie. Rien de pire que de ne plus se rappeler.
Et bien des deux, c'est ma pièce préférée. Sans doute parce qu'elle m'a le plus touchée, ça doit être à cause des secrets de famille et des souvenirs qui se font la malle, je connais des gens à qui ça arrive (genre ma grand-mère) et c'est quelque chose qui me turlupine.

Ancien instituteur, Yves Baot fait du théâtre amateur depuis de nombreuses années (j'ai d'ailleurs eu l'occasion de le voir jouer), il a co-créé la Compagnie des Transports et s'appuie sur le théâtre du Passeur au Mans. Au printemps, Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux a reçu le prix de l'Auteur sans Piston 2018 des Pays de la Loire (assez fan du nom de ce prix, j'adore l'humour) et sera jouée à Bordeaux et en Seine-et-Marne par des compagnies locales qui ont obtenu les droits. Quant à Polaroïd, elle sera montée au Mans entre 2019 et 2020.

dimanche 4 novembre 2018

La Belle et la Bête : Elodie Frégé et André Manoukian en concert jazz.

Je suis parfois amenée à faire des choses (un peu) surprenantes et me rendre à un concert de jazz en fait partie. C'est un style que je n'écoute absolument pas et que je connais encore moins. J'ai toutefois eu l'occasion d'aller voir et écouter le duo Elodie Frégé / André Manoukian, dits La Belle et la Bête ou l'histoire d'un pianiste éternellement amoureux d'une chanteuse inaccessible, dans le cadre du festival vendéen Les Hivernales. Je ne suis pas sûre qu'il soit nécessaire de les présenter, on connaît bien la superbe Elodie Frégé, véritable poète à la voix fantastique, et André Manoukian qui, au-delà de son rôle de juré à Nouvelle Star et de son incorrigible prose sexuellement explicite, est quand même un putain de musicien qui pourrait parler des heures durant de gammes pentatoniques sans que je m'ennuie.

© Khortege

Tous les deux vont super bien ensemble, ils ont lancé cette formation dont je vous laisse écouter les raisons via cette interview d'Elodie Frégé que nous avons réalisée pour notre émission de radio. On vient pour écouter des torch songs, ces chansons inhérentes au jazz qui parlent d'un amour perdu ou à sens unique, de relations cramées et autres afflictions amoureuses. Elodie Frégé, réincarnation de Rita Hayworth, et André Manoukian interprètent ainsi Cry Me A River, popularisée par Julie London en 1955, ou encore My Funny Valentine, standard de jazz tirée de la comédie musicale Babes In Arms (1937) et interprétée plus tard par Chet Baker (en 1952), Ella Fitzgerald (en 1956) ou encore Rickie Lee Jones (en 1982), j'en passe et des meilleures (quoique non, les meilleures sont citées ici). Quelques chansons en français aussi avec, entre autres, La Ceinture, titre d'Elodie Frégé sorti en 2006 sur son album Le jeu des 7 erreurs (écrit par elle-même ainsi que Benjamin Biolay et Keren Ann). Et puis les chansons sont entrecoupées d'anecdotes jazzy d'André Manoukian, subtilités qu'on a déjà pu entendre sur France Inter si on est un.e fidèle auditeur.rice, et c'est passionnant.

Je connais évidemment quelques classiques mais ce que j'ai le plus apprécié dans ce concert, c'est l'accessibilité. J'aime apprendre et ce n'est jamais aussi intéressant que quand les professeur.e.s sont eux.elles-mêmes captivé.e.s. Je suis une passionnée de musique et je sais que je n'aurai jamais assez d'une vie entière pour combler mes lacunes, aussi l'occasion a été saisie ici (j'ai même pu faire la bise à Elodie Frégé à la fin du concert, le rêve de toute une vie).

Des nouvelles dates sont prévues les mois à venir mais quitte à parler de ma région, sachez qu'Elodie Frégé et André Manoukian reviennent dans le coin le 27 avril 2019, à Olonne-sur-Mer.

https://www.youtube.com/watch?v=7Us2-arhrR4
Et ces photos-là, c'est moi qui les ai prises.