Bror Gunnar Jansson (+ William Z Villain) @ Fuzz'Yon, La Roche-sur-Yon.

Le blues, vaste sujet. Il faut croire que j'ai attendu de vieillir un peu pour en écouter. Bien que ça ne soit pas mon genre de prédilection au départ, je me surprends à aimer ça de plus en plus. Evidemment, le niveau de ma culture se situe au-dessous de la mer mais j'essaie d'apprendre quand l'occasion se présente. C'est pour cette raison que je me suis rendue à un plutôt drôle de concert hier soir, avec une joie non feinte. Il s'agissait de Bror Gunnar Jansson et de William Z Villain en première partie.

Bror Gunnar Jansson

Bror Gunnar Jansson est un chanteur de blues suédois qui aime beaucoup Johnny Lee Hooker. Sur scène, il joue tout seul de la guitare et de la batterie, en chaussettes mais tiré à quatre épingles. C'est-à-dire qu'on est sur du cravate-chemise-veston-chapeau, type années 20, vous voyez. L'homme est assez froid de prime abord, d'autant qu'il a des traits plutôt anguleux et un regard exprimant diverses choses selon sa direction et la lumière. Il n'interagit pas vraiment avec le public et il semble jouer dans un cadre plutôt strict. J'ai cru comprendre que ça pouvait en gêner certain-e-s, mais moi j'ai adoré ça. Un moment, j'ai perdu la notion du temps tellement je me suis sentie hypnotisée, j'ai eu l'impression d'être le serpent du charmeur. La déconnexion se fait aussi par son souci du détail : le son, sa voix, le petit verre de whisky pour s'hydrater et sa façon de saluer le public à la fin du concert. Ce monsieur est très impressionnant.

Il a sorti deux albums : Bror Gunnar Jansson en 2012 et Moan Snake Moan en 2014, ainsi que deux EP : And The Great Unknown part I et part II sortis cette année.



La première partie a donc été assurée par William Z Villain et je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai vu. Multi-instrumentiste également et avec encore plus de mérite parce qu'il avait le bras droit en écharpe, c'est le genre d'homme insupportable parce qu'il est aussi drôle que talentueux. Il a une si jolie voix qui raconte de fort bonnes histoires, c'est extrêmement agréable. J'ai lu quelque chose d'assez juste à son sujet, qu'il "alterne entre grand n'importe quoi et émotion la plus intense". Alors oui, voilà, c'est ça en fait. Moi je le trouve vraiment kiki.

Allez ici pour en voir un peu plus. Et là aussi. Oh et lisez cet article, ma foi.

We love you Chris Cornell.

Je ne sais pas ce que l'univers cherche à nous faire passer comme message lorsqu'il nous abreuve littéralement d'une pluie continue, grise et froide un jeudi matin de mai et nous impose en plus la disparition de Chris Cornell. J'ai la fâcheuse tendance à allumer mon smartphone avant même de sortir du lit, c'est une très mauvaise habitude. Je consulte rapidement les réseaux sociaux, il est donc d'une facilité déconcertante de commencer la journée par une mauvaise nouvelle. Deuxième fois, après David Bowie, que le coup de massue accable ma mélomanie, je suis vraiment triste.

La chanson qui nous revient en premier est évidemment Black Hole Sun (Superunknown, 1994), le tube interplanétaire de l'époque Soundgarden, une des légendes du grunge avec laquelle beaucoup de gens de ma génération ont grandi. Puis c'est une référence qui traverse les âges et se transmet à celles et ceux d'après, pour ainsi ne jamais vraiment mourir. C'est le pouvoir immuable de la musique.

J'ai vu Chris Cornell en concert au Zénith de Nantes en 2009 alors qu'il assurait la première partie de Lenny Kravitz. Il venait de sortir l'album Scream, aux antipodes de ce qu'il avait pu produire jusqu'alors en solo, avec Temple of the Dog, Soundgarden ou Audioslave. J'ai pris ce jour-là une des nombreuses claques de ma vie, même si elle fut tardive.

Un homme avec un talent inconditionnel et une voix fantastique, il manque déjà.

Crédit : Justin Borucki

Être cadrée ou se laisser porter.

Je souffre d'une pathologie qui mériterait très sérieusement d'être soignée par un-e professionnel-lle de santé mais qui est bien trop ignorée à mon goût : la désorganisation, le manque de rigueur, le cerveau qui vrille en permanence dès qu'il se passe un peu trop de choses dans une journée. Je ne sais pas comment on pourrait appeler ça, je n'ai jamais fait de latin ni de grec, aussi je suis incapable de trouver une racine correcte et de m'en dépatouiller.

Il m'en faut extrêmement peu (pour le commun des mortels, j'imagine) pour me sentir submergée. Je me dis parfois qu'il me faudrait un coach humain qui soit derrière mon dos toute la journée afin de m'obliger à gérer ma vie à peu près sereinement mais comme je manque aussi de patience et que, selon l'homme qui partage ma vie, je ne supporte pas l'autorité, je l'enverrais sûrement péter au bout de 24 heures.

En fait je me trouve plutôt étonnante. Lorsque je travaillais comme assistante d'éducation, bien que mon cerveau se retrouvait parfois embrouillé par mon sens naturel de la désorganisation, j'accomplissais mes tâches plutôt bien, voire dans l'ordre, parfois à l'aide de post-it, parfois non, et ça roulait. Depuis que je suis au chômage, c'est-à-dire depuis 20 mois, c'est la débandade. On ne peut pas vraiment dire que je croule sous des obligations multiples mais comme je n'ai plus aucun cadre, je fais n'importe quoi. Je n'arrive pas à avoir deux journées semblables. C'est-à-dire que je :
- suis incapable de me lever chaque jour à la même heure
- suis incapable de me coucher chaque soir à la même heure
- ne sais pas être constante dans mes humeurs
- suis incapable de suivre un plan, une to-do list ou, pire, un bujo
- suis (presque) incapable de ne pas effectuer mes tâches au dernier moment

Cela a donc des répercussions sur ma façon de répondre aux messages de mes amis (je peux répondre tout de suite comme mettre un temps fou), d'alimenter ce blog, de gérer les choses à faire puisque j'agis très régulièrement sur un coup de tête et jamais quand je l'ai prévu, et par extension ma concentration est la plupart du temps sous le niveau de la mer. Lors d'un surplus d'informations, je bug littéralement et j'ai besoin de quelques secondes de méditation pour remettre mes neurones en place, me donnant ainsi parfois l'impression d'être une parfaite abrutie.

Je n'ai pas de solution et je ne sais pas si je peux m'améliorer. Je pense que je suis née comme ça mais que ça ne s'arrange pas en vieillissant. Parallèlement je suis légèrement maniaque, j'éprouve une réelle satisfaction à voir les choses propres, bien rangées et logiquement organisées. A l'inverse de tout ça, j'apprécie le concept de routine parce que je n'aime pas trop les surprises et qu'on m'impose des choses, des rendez-vous au dernier moment, ça me perturbe et me contrarie vraiment, j'ai besoin de me préparer psychologiquement quand ça ne dépend pas de moi.

Au final, je ne sais pas si je dois vivre dans un cadre permanent avec le risque d'y péter une durite ou si je dois me laisser porter. 

Tu sais ce que j'en fais de ton Miracle Morning ?

Il est 23h45 au moment où je commence à écrire ces lignes et je n'avais pas du tout prévu de terminer ma soirée de cette façon. J'avais plutôt envie d'aller dormir puisque j'essaie tant bien que mal depuis quelques semaines de me coucher de bonne heure. Oui, selon moi il est tôt, je ne me couche habituellement jamais avant 2h du matin (en moyenne). Je suis donc plutôt ici à écrire parce que je n'arriverai pas à m'endormir avant d'avoir expulsé mon agacement.

Aujourd'hui, j'ai lu l'article de trop concernant le Miracle Morning. Mais si, vous savez, c'est cette recette magique qui consiste à se lever en moyenne une heure plus tôt chaque matin afin de faire une journée en plus de votre journée normale censée commencer à une heure décente (encore que là, chacun voit midi à sa porte, 7h est une heure qui me froisse). Vous vous réveillez donc à 5h30 du matin et votre vie devient meilleure.
Entendons-nous, si cela fonctionne pour vous et que vous êtes heureux-ses, je suis contente pour vous. Oui, vraiment. Aussi, cet article est complètement gratuit mais j'en ai quand même ma claque de ces conneries.

La dernière fois où j'étais déjà réveillée à 5h du matin, je crois que c'était pour aller à l'aéroport. En plus c'était un retour de vacances, la joie n'était donc pas au rendez-vous. Et c'était il y a dix ans. En revanche, je me suis couchée un tas de fois à cette heure sans même avoir fait la fête ni travaillé de nuit : j'ai juste eu l'outrecuidance de passer la nuit chez moi en pyjama à écouter le silence (ou de la musique), écrire ou lire un bouquin. D'ailleurs, quand j'ai un livre entre les mains, j'évite comme la peste le sujet du développement personnel. Je ne supporte pas qu'une personne que je ne connais pas m'explique par a+b quel comportement je dois adopter pour bien faire les choses (selon elle). Apparemment, il existe un ouvrage d'un certain Olivier Rolland qui s'intitule Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études. C'est quoi ce délire ? Est-ce véritablement une chance de rater ses études ? J'ai raté les miennes ! Je n'ai aucun diplôme, aucun métier et je suis au chômage depuis 18 mois. Ce livre, vous pouvez vous le mettre où je pense, je ne veux même pas en entendre parler.


J'ai lu plusieurs billets de blogs qui vantent les mérites du Miracle Morning et de toute cette vie parfaite qui en découle. Parfaite sur Internet et les réseaux sociaux, je suis tout à fait consciente que ces blogueuses (je n'ai lu que des femmes sur le sujet) font parfois des tâches de gras sur le plan de travail de leur cuisine, du moins je l'espère très fort. Le coup de grâce m'a été donné par une auteure qui est heureuse, et nous ne devrions retenir que cela. Toutefois, elle se réveille à 5h45 chaque matin. C'est un problème. Ses premiers gestes : se jeter de l'eau froide sur le visage (c'est un problème), commencer un brin de ménage (c'est un problème) et boire un verre d'eau tiède citronnée (c'est un problème en plus d'être dégueulasse). Après ça, elle fait du sport. Je connais des gens très bien qui font du sport de bonne heure le matin, je ne juge pas. Mais c'est un problème parce le petit-déjeuner n'arrive qu'1h30 après tout ceci. Personnellement, je suis incapable de mettre un pied devant l'autre avant d'avoir avalé une tasse de thé noir et si, en plus, je devais me farcir toutes ces activités avant de manger, il me faudrait m'enfiler une dizaine de tartines beurrées. Non, ici la blogueuse avale du muesli. Le muesli aussi c'est dégueulasse, c'est donc encore un problème.

Pour moi, un véritable Miracle Morning c'est quand j'arrive à dormir sans que mes chats ou les raclements de chaise de mon voisin ne viennent me réveiller. C'est quand je réussis à faire une nuit d'au moins huit heures parce que mes gélules de mélatonine ont fait effet. C'est quand je ne me trouve pas plus laide que la normale quand je me regarde dans le miroir. C'est quand il fait beau, que je me réveille de bonne humeur, sans mal de tête, et qu'il me reste encore du thé vénitien. Je suis très heureuse quand j'arrive à me réveiller à 9h mais tant que c'est avant midi, je considère que ma journée n'est pas perdue, même si je n'ai rien de prévu. Je passe mes journées en "tenue d'intérieur" (imaginez ce que vous voulez), je ne me maquille certainement pas et même que des fois, j'ai les cheveux gras. J'envoie le développement personnel et les pensées de gratitude se faire foutre avec une joie non feinte, je fais du sport un jour sur treize et je mange parfois gras, parfois sain, parfois végétarien, parfois non, même que ces jours-ci se trouvent dans ma cuisine des avocats du Chili et des bananes de République Dominicaine. Et je m'en bats les reins, écoutez.

J'en ai plus que plein le fion de lire et de voir des modèles de perfection qui sont happy dans le nom de leur blog et leur vie, et le revendiquent, c'est lisse. J'ai envie de les pincer. Je pourrais les éviter du regard mais je dois être un peu masochiste, je suis un être humain (surtout curieuse). Honnêtement, ces gens me fatiguent et me peinent à la fois, je ne peux pas croire que des rituels pareils puissent être pérennes. En fait ça me dépasse, je n'ai pas l'impression qu'il soit si compliqué dans les faits d'être soi-même et d'arrêter de forcément se plier à une mode complètement barjot. C'est malheureux quand on se rappelle de cette étude qui explique que travailler avant 10h est une torture, on ne peut décemment pas se concentrer avant cette heure alors ne me faites pas croire que faire tous vos trucs, aussi personnels soient-ils, est efficace absolument chaque matin. Arrêtez cette vie de communiste, vous allez nous faire un burn out. A quoi ressemblent vos soirées en vous couchant à 21h alors que vous êtes rentré-e-s du boulot à 19h ? Non, vous, vous préférez vous lever à 5h du mat' juste pour boire de l'eau tiède sans manger une seule tartine, je suis hyper déçue. Vous n'avez même pas 30 ans, vous me faites réellement flipper.

Alors voilà, vous avez gagné. Vous me collez des angoisses terribles si vous possédez un blog blanc et/ou pastel avec une bannière comportant le mot "happy", des fleurs et une police cursive (vous êtes tellement à faire ça, c'est encore un problème), plusieurs articles avec tant de façons et d'astuces pour arriver à faire ceci ou cela (arrêtez de faire des listes et écrivez des putains de phrases avec sujet-verbe-complément et du vocabulaire, bordel, voire des gros mots, personne ne vous en voudra, MERDE), des articles remplis de mots en anglais pour être stylé-e (laissez cela aux gens-de-la-comm' par pitié), des conseils de chiotte pour harmoniser un feed Instagram, ET CÆTERA. Si vous voulez mon avis, vous n'écoutez pas assez de rock'n'roll.


(Oui, c'est bien Mila Kunis quand elle avait tout juste 18 ans)

Cinéma #14 et Brimstone, un western dans un thriller.

Le soir où je suis allée voir Split dans mon petit cinéma de quartier que j'aime tant, il y avait dans l'autre salle le film Brimstone, de Martin Koolhoven et dont je n'avais jamais entendu parler. Intriguée par l'affiche, le casting et le synopsis, il ne m'en fallait pas davantage pour me convaincre de le voir (vous me direz, j'étais déjà quasiment au max).

Brimstone est une co-production internationale : un réalisateur néerlandais avec une fort jolie petite moustache, des contributeurs de l'ombre de la même nationalité mais aussi français et danois, et des acteurs toujours néerlandais ainsi qu'anglo-saxons et américains. Parmi ces derniers et dans les rôles principaux, on retrouve Dakota Fanning, désormais majeure et vaccinée (j'ai dû croire qu'elle resterait enfant toute sa vie) et Guy Pearce, qui a la faculté de souvent jouer dans de très bons films (et séries). Il y a également Carice Van Houten et Kit Harringon (Melisandre et Jon Snow dans Game of Thrones), tout comme la fort mignonne à croquer Ivy George (Amabella dans l'excellente série Big Little Lies).


L'histoire se passe au XIXème siècle dans l'Ouest des États-Unis. La jeune Liz (Dakota Fanning) vit tranquillement avec son mari et ses enfants, c'est la sage-femme de la ville. Lors de la messe hebdomadaire, un prêcheur (Guy Pearce) débarque et c'est la panique.

Comme je n'ai rien lu au sujet du film avant de le regarder, j'ai d'abord cru à une histoire de sorcellerie parce qu'en français, "brimstone" veut dire "soufre". J'étais dans le faux mais pas tant que ça, je n'ai pas été déçue : il est véritablement question ici de malédiction. Il s'agit d'un très long (2h30) thriller terriblement sinistre et glaçant construit en quatre parties montées dans le désordre, le film ne commence pas tout à fait par la fin et ne se termine pas vraiment par le début. Liz est le personnage central, on la voit à différentes époques de sa vie. Le prêcheur est l'un des pires enfoirés jamais vus au cinéma. Plusieurs sujets sont mis en lumière : la condition des femmes (trigger warning), celle des communautés hollandaises très religieuses immigrées, la notion de destin, de fatalité, c'est une œuvre malsaine, sadique, perverse, extrêmement violente, vraiment choquante. A ces mots, vous devez croire que je n'ai pas aimé le film mais il en est tout autrement car en plus d'être esthétiquement d'une grande beauté, il est magistral.
On m'en a parlé et j'ai effectivement lu quelques lignes à ce sujet, le film est accusé de complaisance envers les violences faites aux femmes. Je l'ai personnellement trouvé plutôt féministe même si les agressions sont multiples et d'une grande barbarie (d'où le trigger warning). La rébellion est dans le cœur de Liz, de celui de ses "collègues", mais aussi malgré tout dans celui d'Anna (Carice Van Houten). Elles ont finalement toutes plus ou moins le même destin, peut-être discutable pour certains, mais intransigeant.