mardi 16 juillet 2019

Les derniers tsars, le docu-fiction vite expédié de Netflix

Il y a quelques jours, j'ai lu sur Twitter : "Les derniers tsars sur Netflix c'est vraiment de la merde, ne regardez pas." (à une vache près). Ma première réaction a été : "Quoi ? Comment ? Une histoire de tsar sur Netflix ? Vite, je fonce !" et, au vu du titre de l'œuvre, il n'y avait pas beaucoup de doute permis sur le sujet abordé. Les derniers tsars sur Netflix est un docu-fiction de six épisodes sur le contexte politique et familial ayant abouti à la révolution de 1917 et à l'exécution de la famille impériale l'année suivante.

J'ai commencé à me passionner pour l'histoire russe en entrant au lycée où j'avais choisi d'apprendre la langue. Si je suis aujourd'hui bien incapable de soutenir une conversation, ça ne m'a pas empêchée de lire quelques bouquins sur la politique et la dynastie Romanov au fil des années. Parce que, vraiment, c'est fascinant. Malgré les mauvaises critiques de Twitter, ma curiosité l'a emporté et j'ai foncé sur Netflix. J'ai d'abord été déçue qu'il s'agisse d'un docu-fiction, ce n'est pas un format que j'apprécie. Soit on fait une bonne fiction, soit on réalise un bon documentaire. Et ici le propos est imprécis et affreusement bâclé. J'aurais vraiment apprécié une bonne série bien tournée avec un bon casting... et sans erreurs.

Les vrai.e.s Romanov : Maria, Olga et Tatiana en haut, Alexandra et Nicolas II au milieu, Anastasia à droite et Alexis en bas.


Synopsis et les faits, les vrais

La série débute avec la mort du tsar Alexandre III et le couronnement de son fils Nicolas II. Le mariage de ce dernier avec Alix de Hesse, future Alexandra Fedorovna, a lieu deux semaines après. On voit cela comme un mauvais présage parce que l'arrivée de la tsarine suit un cercueil (ah, le pouvoir des prémonitions...). Le couple impérial a cinq enfants, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et le tsarévitch Alexis, atteint d'hémophilie. On cache d'ailleurs la condition du petit au peuple afin de ne faire flipper personne (il est l'avenir à cause de cette saloperie de loi salique (en réalité semi-salique en Russie)). C'est alors que survient Grigori Raspoutine, un paysan reconverti en moine mi-sectaire, mi-pervers, qui exerce son influence sur la famille Romanov et notamment sur Alexandra, persuadée qu'il peut guérir son fils. Lassé de son omniprésence, le prince Félix Ioussoupov (lié aux Romanov par le mariage) l'assassine, non sans mal, en 1916. Peu de temps après c'est la débandade, la révolution arrive à coups de bottes dans les tronches, la famille impériale est arrêtée, séquestrée puis fusillée le 17 juillet 1918. En parallèle, nous suivons Anna, patiente d'un hôpital berlinois en 1925 qui semblerait être Anastasia Romanov. Ça alors, que de mystère (insérer ici une petite musique de mystère).

Le docu-fiction explique tout ça aussi rapidement que je viens de l'écrire. Je l'ai trouvé très cheap et les acteurs ne m'ont pas du tout convaincue. Il n'est même pas question du manque de ressemblance physique puisque, soyons honnêtes, mettons une barbe bien taillée à n'importe quel type et il peut jouer le rôle de Nicolas II. J'ai été choquée de voir l'acteur arborer un énorme tatouage de dragon sur le bras droit, je me suis dit qu'on avait définitivement voulu transformer le dernier tsar en premier hipster mais j'étais ignorante. Nicolas II s'est réellement fait tatouer au Japon en 1891. Il est donc sans nul doute le premier hipster de l'Histoire.

Mais des erreurs stupides apparaissent çà et là, notamment l'apparition du mausolée de Lénine sur une image censée représenter Moscou en 1905. Je ne vous apprends rien, Lénine est mort en 1924. D'autres grossièretés sont évoquées ici et c'est un vrai problème, la vocation d'un docu-fiction est d'être historiquement impeccable. L'accent est toutefois mis sur l'incompétence totale de Nicolas II en tant qu'empereur. Cet homme ne voulait pas être tsar. Il a passé sa carrière à prendre des mauvaises décisions, conduisant ainsi à plusieurs millions de morts parmi son peuple (et ce dès le jour de son couronnement, la bonne ambiance). Il a eu beau abdiquer (en son nom et au nom de son fils), sa famille et lui n'ont jamais percuté la réalité du terrain. Comme le dit la seule experte russe du programme : le choc pour un type qui se croyait consacré par Dieu. Les bolchéviks étaient, certes, vraiment super énervés mais Nicolas II est en partie responsable du sort de sa famille.

C'est con parce que la famille s'entendait vachement bien. Anastasia et Nicolas II ici qui font des blagues.


Le massacre et l'imposture

L'exécution des Romanov est absolument tragique même si en France, on s'y connaît bien en matière de mises à mort royales. Les enfants avaient entre 14 et 23 ans. Il a longtemps, très longtemps, encore aujourd'hui d'ailleurs, été question de la potentielle survie d'Anastasia, qui avait 17 ans lors de la fusillade. Ce fantasme n'a cessé de grossir avec la sortie du bois de nombreuses jeunes femmes qui clamaient être Anastasia Romanov. Pourquoi ? Comment ? Entre autres parce qu'Olga, Tatiana, Maria et Anastasia avaient cousu des pierres précieuses à l'intérieur de leurs sous-vêtements afin de les cacher, c'est tout ce que la famille a pu garder de ses possessions. On a donc pensé qu'elles avaient agi comme gilets pare-balles. Or, on oublie que la famille a été exécutée dans une cave sans aucune échappatoire et que les corps ont été dissous à la chaux vive avant d'être enterrés dans la forêt de Ekaterinbourg. Personne n'aurait pu survivre à un tel massacre. Je reste fascinée par le générique d'une autre série, The Romanoffs. L'association de la musique à cette exécution est incroyable. Cette série est à voir même si j'ai trouvé les épisodes affreusement inégaux (celui avec Christina Hendricks est, selon moi et de loin, le meilleur), certains sont même inutiles. Mais enfin ça a le mérite d'exister.

Anna Anderson est l'imposteuse la plus célèbre. Elle s'appelait en réalité Franziska Schanzkowska et après une tentative de suicide, elle s'est fait passer pour la grande-duchesse Anastasia. Des analyses ADN ont prouvé une dizaine d'années après sa mort qu'elle n'avait aucun lien avec la famille impériale. Analyses ADN également effectuées au début des années 1990 sur les premiers corps des Romanov exhumés mais il manquait ceux d'Alexis et d'Anastasia. On les a finalement retrouvés en 2007 et les ossements supposés d'Anastasia se sont avérés être ceux de Maria. Et bien vous savez quoi ? Ces tests ADN sont continuellement contestés, aussi bien par des historiens que par la gendarmerie française (oui, oui). Alors si vous voulez mon avis, on n'aura jamais fini d'en entendre parler.

Anna Anderson. Ressemblance avec Anastasia Romanov : zéro absolu.


Est-ce qu'on regarde Les derniers tsars ?

L'enfer est pavé de bonnes intentions alors oui, vous pouvez... En gardant à l'esprit les erreurs commises, ça vous évitera de les ressortir en société et de passer pour un gland si vous avez en face de vous quelqu'un de mieux renseigné. Au-delà de ça, cette série vulgarise pas trop mal le contexte politique et sociétal même si elle le survole atrocement. Disons que cela permet de suivre à peu près sans se farcir un énorme pavé indigeste (personne ne blâmera qui que ce soit ici). En revanche, ne regardez pas ce docu-fiction si vous êtes fans de l'imposture Anastasia, pour cela il y a le dessin-animé (totalement fantasmé mais hyper cool au demeurant).

Les faux.sses Romanov. Une autre erreur : la famille a été exécutée avec quatre de ses serviteurs et non pas un seul comme montré ici.

vendredi 28 juin 2019

HellFest édition 2019.

Ah OK, excusez-moi, je viens de saisir que mon dernier billet date du 16 mai et en plus, il n'était pas très intéressant. Ces derniers temps je dois composer avec des nouveautés qui me demandent une organisation personnelle loin d'être innée et j'ai du mal à me concentrer sur plusieurs tâches à la fois. J'ai aussi toujours cet éternel problème qui est de transformer mes idées en actions alors dans le doute, je ne fais rien (et je doute chaque jour). Comment voulez-vous que je trouve le temps de publier des idioties sur ce blog ? En plus on n'est pas aidé.e, il a toujours été difficile d'écrire sur un blog pour les raisons suivantes : avant 2010 c'était la honte, après il y a eu l'avènement des blogs mode (sujet que je n'ai jamais abordé) et désormais, plus personne ne lit les blogs "à cause" des réseaux sociaux et des threads sur Twitter. Si des internautes cliquent encore sur mon lien que je dispatche çà et là, qui parmi eux lit mes billets en entier ? Ce n'est même pas une critique puisque j'ai tendance à agir de la même façon, je lis en diagonale. Je tente de lutter contre ça mais je n'ai jamais eu une attention très développée. Aujourd'hui, les blogs mode et déco existent encore mais s'il peut aussi être question de lifestyle (un terme à la con qui englobe tout et n'importe quoi si vous diversifiez vos sujets pourvus qu'ils soient admis comme superficiels puisque vous êtes des femmes), l'uniformisation de la blogosphère est en marche (je découvre l'eau chaude, je sais) et c'est usant. C'est partout le même contenu, le même design, la même typo, les mêmes petits fleurs, les mêmes conseils moisis pour faire pareil. J'ai essayé de me fondre dans le moule mais je n'y suis pas arrivée, je ne me sentais pas moi-même (croyez bien que ça aussi, être "soi-même", c'est un sacré concept). Je n'ai plus le temps pour ces conneries, je vais conserver mon fond noir, continuer de bannir les petites fleurs printanières, cesser de suivre des conseils débiles d'écriture établis sous je ne sais quelle autorité et ne pas corriger mes jurons (parce que merde). Enfin à la base, je ne me suis pas connectée ici pour développer tout ça. Non, moi je veux vous parler du HellFest en fait.


Tout le monde connaît désormais ce festival de musiques dites extrêmes (j'adore ce terme, ça m'éclate) dont la quatorzième édition s'est déroulée le weekend dernier. C'est la deuxième année de suite où je m'y rends sous les couleurs de mon émission de radio. Le projet était d'aller à la rencontre des festivalières pour récolter leurs impressions quant à la diversité de la programmation mais aussi pour savoir pourquoi elles venaient au HellFest et depuis combien de temps. Le résultat est très intéressant et il est à écouter ici.
C'est d'ailleurs un vrai sujet. Saviez-vous que pour l'édition 2019, sur la totalité des groupes programmés, une petite vingtaine de musiciennes seulement étaient présentes contre plus de 700 musiciens ? Interviewés l'année dernière à ce propos, les organisateurs justifient le choix de la qualité et pensent qu'il y a, de toute façon, plus d'hommes que de femmes dans ce milieu. Ce qui me bute le plus dans cette histoire, c'est que c'est sûrement vrai. Il y a toutefois de plus en plus de femmes à jouer et de plus en plus de groupes exclusivement féminins, et il y a aussi énormément de femmes fans de metal. Cependant, sur environ 160.000 personnes à fréquenter le festival sur les trois jours, 75 % sont des hommes et 25 % sont des femmes. Les choses évoluent, je reste optimiste même si j'aimerais que ça aille bien plus vite. En tout cas, cette année, le groupe lauréat du tremplin The Voice of Hell est composé de quatre femmes, les Fallen Lillies.

Je suis venue au HellFest la toute première fois en 2007, c'était la deuxième édition du festival, puis en 2011. J'y suis ensuite retournée l'année dernière et j'ai été impressionnée par les nouveautés, mes souvenirs étaient soudainement devenus bien pâles. Tant d'hectares, tant de scènes, tant de groupes, tant de propreté, tant de beauté et... tant de gens sympas. Je suis plutôt du genre introverti et je déteste la foule, le bruit, la chaleur, la poussière, mais pas au HellFest. C'est peut-être très con pour quelqu'un qui n'y a jamais mis les pieds mais ce lieu peut avoir un réel effet bénéfique sur les gens. Les gens sont de bonne humeur, polis et gentils, je me surprends à discuter, même furtivement, avec des inconnu.e.s sans aucun problème. Je sais que beaucoup pensent comme moi et notamment des femmes. Cependant, j'ai fait une pause sur Instagram pendant l'écriture de ce billet (la concentration, tout ça) et je suis tombée sur le post d'une fille qui évoque des agressions sexuelles qui se seraient passées cette année, et dénoncées dans un groupe sur Facebook. Je ne peux pas dire que ça me surprenne, à vrai dire j'ai surtout été étonnée que les femmes puissent se sentir en sécurité, étonnée mais ravie. J'ai donc fini par me sentir bien moi-même, n'ayant subi personnellement aucun outrage. Toutefois je vois bien comment mon accompagnante se fait régulièrement alpaguer par des morts de faim, tout gentils métalleux soient-ils. Ça va du scannage complet du corps aux réflexions plus ou moins lourdingues (notamment de la part de membres du staff l'année dernière) en passant par une demande express de bisou. Geste qui n'a pas été forcé malgré le refus mais voilà, on peut tout de même se permettre de relativiser le civisme des 75 %.

Enfin, parlons musique. Voici mon petit bilan subjectif :

ME FIRST & THE GIMME GIMMES : j'ai découvert sur place ce groupe de punk californien qui existe depuis vingt-cinq ans mais je n'aime pas trop le punk, je ne pouvais pas savoir. Cela dit, ce concert était très cool parce qu'il s'agit ici d'un cover band (c'est-à-dire qu'ils font des reprises de tout un tas de trucs, genre ça ou ça) et chaque membre portait une très belle chemise jaune tirant sur l'or, ça a mis du soleil dans mon cœur. Last but not least, il y avait une femme à la guitare qui, à priori, venait de débarquer dans le groupe mais je n'arrive pas à trouver davantage d'informations sur elle, c'est très agaçant. Bref, je les réécouterai très certainement, ne serait-ce que pour leur formidable reprise d'Uptown Girl.

SUM 41 : la dernière fois que j'ai écouté ce groupe, ça devait être à cette époque où on achetait des singles physiques et tout le monde trouvait ça normal. Je possédais donc naturellement celui de In To Deep. Finalement j'ai aimé le punk - certes canadien ici - à un moment de ma vie mais j'ai complètement arrêté après 2001. Je ne savais donc pas dans quelles conditions j'allais retrouver Sum 41. Honnêtement, je m'attendais à des vieux mecs sur le retour très imbibés et en fait non, c'était vraiment bien. Deryck Whibley avait tout d'un type super gentil et content d'être là, ça s'est entendu dans sa musique.

ZZ TOP : je ne crois pas que je serais allée un jour sciemment à un concert de ZZ Top mais le fait d'être sur place en même temps qu'eux m'a vraiment emballée. Ces vieux barbus sont un souvenir d'enfance et des chansons connues par cœur, une petite madeleine de Proust si j'ose dire. Je ne suis pourtant pas fichue de citer un seul titre d'album, j'ai simplement en mémoire du blues, des guitares en peau de lapin (fausse... enfin j'espère), le Hot rod et leur passage éclair dans Retour vers le futur III. C'est très kitsch mais c'est aussi très kiffant.

KISS : je me suis suffisamment exprimée là-dessus sur les réseaux sociaux mais je vais insister quand même, ce concert-là était plus que formidable. J'ai lu quelques critiques négatives que je ne comprends pas. Faut-il être une réelle fine bouche pour ne pas s'apercevoir de la générosité d'un tel show (qui, certes, ne se renouvelle pas beaucoup à priori). J'aime beaucoup Kiss, ce groupe est la parfaite incarnation du rock que j'adore, mais je ne m'attendais à rien de particulier parce que je dois sans doute être un peu naïve. Samedi soir, j'ai soudainement eu 5 ans de nouveau : une arrivée du groupe par les airs, des effets pyrotechniques incessants, Gene Simmons qui crache du (faux) sang, des feux d'artifice bien amenés, des confettis et puis des serpentins, Paul Stanley, mon idole, et sa tyrolienne (alors qu'il a 67 ans et a déjà été opéré de la hanche, quel don de soi), je ne sais pas ce qu'il nous fallait de plus. Ah si, un fabuleux "Kiss loves you HellFest" sur chaque écran géant entourant les mainstages avec un feu d'artifice par-dessus. J'ai été totalement conquise, ça a été le meilleur moment de mon weekend. Je les aime trop.


Le reste en bref : j'ai trouvé le concert de Mass Hysteria intéressant mais trop corpo dans le domaine militant, ça m'a saoulée. J'ai rapidement vu Dropkick Murphys, au moins jusqu'à ma chanson préférée, et puis après c'est vrai que c'est souvent pareil. J'ai découvert Fu Manchu qu'il faudra que j'approfondisse un de ces quatre parce que le visuel full 70's m'a évidemment attiré l'œil. J'ai dîné pendant Ultra Vomit, déjà vus deux fois par le passé, et c'est toujours un régal. Je n'ai définitivement aucune attirance pour la musique de Gojira mais je reconnais volontiers leur perfection sur bien des points. Et puis Within Temptation attendrit toujours mon cœur parce que je les ai beaucoup écouté.e.s quand j'avais tout juste 20 ans.

jeudi 16 mai 2019

Les mathématiques.

Comme je suis à la recherche de ma vérité intérieure et en plein bilan de mes compétences psychologiques depuis seize (s.e.i.z.e) mois (le temps file à une de ces vitesses, je vous jure), je suis amenée à me poser moult questions sur moult sujets, sujets subjectivo-autocentrés, cela va de soi. Un truc m'a récemment torpillé les neurones alors que je n'y avais pas prêté attention jusqu'alors, et tout ça à cause d'un rêve. Voyez-vous, il y a quelques nuits j'ai rêvé que j'étais de nouveau en classe, en première littéraire comme au temps jadis. Nous étions en cours de mathématiques et les tables étaient disposées en U. La prof, une femme rousse qui ressemblait à Fred Courtadon et qui n'avait rien à voir avec mon prof de l'époque (un très gentil monsieur qui, hélas, postillonnait beaucoup et avait sans cesse le bouton de chemise ouvert au niveau du nombril) nous a dispensé un cours de travaux manuels à base d'œufs de Pâques à décorer. Je me suis alors insurgée parce que nous étions en cours de maths ! Ce n'est pas parce que nous étions en première littéraire qu'on ne devait pas avoir un cours de maths digne de ce nom * ! Et la prof me regardait d'un air dépité.

Je rumine depuis plusieurs jours. Le fait est que j'étais nulle en maths mais ça n'a pas toujours été le cas. Ça n'a jamais été ma matière préférée mais je me débrouillais et comme pour tout, je faisais le strict minimum (j'en faisais vraiment le moins possible pour une matière qui ne m'intéressait pas). Pas par fainéantise, simplement à quoi bon ? Je n'ai jamais recherché l'excellence mais j'aurais pu l'atteindre si seulement je faisais mes devoirs et révisais mes leçons, je n'avais pas beaucoup d'efforts à faire. Bien sûr, il y avait des matières dans lesquelles il était plus facile de se démarquer que d'autres mais en ce qui concernait les mathématiques, j'ai eu des résultats loin d'être honteux jusqu'à mon arrivée en troisième. Cette année-là, j'ai eu la pire prof du monde. Vous savez bien, on en a toutes et tous eu un.e comme ça. La peau de vache vieille comme Hérode qui ne fait pas de cadeau, celle-là même qui se fout du bien-être de ses élèves et qui les terrorise, les saque, les pourrit jusqu'à les annihiler. La réputation de cette vieille bique la précédait, chaque collégien.ne croisait les doigts à la rentrée scolaire pour ne pas l'avoir. Manque de pot, je me la suis farcie ma dernière année, celle du brevet. Elle a tellement déglingué mon niveau que j'ai subi quatre (q.u.a.t.r.e) heures de cours particuliers par semaine et elle a dit à ma mère que je n'avais pas ma place en enseignement général (double insulte envers moi-même et l'enseignement professionnel, vieille saloperie). Ma moyenne a fait une chute vertigineuse, entre 0 et 2, et si les notes négatives étaient permises, j'en aurais été l'ambassadrice. Étrangement, ma moyenne en maths est remontée à 10 lorsque ma prof a été en arrêt pour une histoire de cor au pied et remplacée par une autre, bien plus pédagogique. On apprenait alors les vecteurs et c'est la seule partie du programme que j'ai comprise.

J'en étais sûre, je détestais les maths mais j'ai eu mon brevet avec un glorieux 8/20 dans cette matière et j'ai atterri en seconde générale malgré les remontrances. Manque de chance pour la deuxième année consécutive, je suis encore tombée sur un prof dédaigneux. La différence, c'est que lui n'en avait strictement rien à foutre. Ça a donc posé un problème à personne que je me transforme en branleuse, me positionne au fond de la salle, balance des boulettes de papier en diagonale parfaite (nulle en maths, vous dis-je) et fasse sonner les portables de mes camarades pour rigoler (ah ça, on riait bien). Avoir 0 était même devenu un jeu mais attention, il ne fallait pas rendre copie blanche, c'était trop facile. Je faisais l'effort de répondre aux questions et développer les équations mais il m'arrivait de noter une bonne réponse sans le faire exprès, c'est comme ça que la moyenne passait de 0 à 0.5, c'est con. Mes parents n'ont jamais fait état de tout ça, de toute façon j'étais à peu près bonne ailleurs et me destinais à une première littéraire, c'était la réelle foire à neuneu. J'en étais tellement fière.

Aujourd'hui ça me rend triste parce que j'ai de réelles difficultés. C'est à se demander si je n'ai pas la phobie des chiffres, je ne comprends rien, je ne sais même pas rendre la monnaie en comptant à l'envers (j'aimerais d'ailleurs vraiment qu'on cesse d'essayer de m'apprendre). Je ne détestais pas les mathématiques, on avait seulement décrété que j'étais nulle alors j'y ai adhéré. Et comme ma mère était "nulle en maths" aussi en son temps, alors tout était normal. C'était subversif. Je n'étais sûrement pas si nulle en mathématiques, j'adore quand les choses s'expliquent et quand les boîtes s'imbriquent, ça me fait du bien. J'adorais aussi la physique, c'était l'une de mes matières préférées. Toutefois j'avais pris tellement de retard que j'étais complètement découragée. Je disais que j'étais nulle et que j'en avais rien à foutre, c'était plus simple.

Moralité, j'aurais pu être bonne en maths et bien les vivre, ça ne dépendait pas de grand chose. Je crois donc être en mesure de dire que si un.e élève, quel que soit son âge, dit qu'il.elle est nul.le dans une matière, c'est que ça cache un truc. Donnez de l'attention.

https://www.desfemmes.fr/litterature/mileva-einstein-une-vie/

* Oui, à mon époque, c'est-à-dire en 2004/2005, il y avait encore des cours de mathématiques en première littéraire.

jeudi 9 mai 2019

Ma petite crypte rien qu'à moi.

Nous allons mourir. C'est ainsi, c'est la vie. On nous apprend à craindre la mort grâce à cet adage simple : "Profite de la vie !" qui sous-entend qu'une fois au bout du tunnel, si nous n'avons pas réalisé une liste de tâches, notre vie aura été gâchée. Or, il y a des milliards de façons de profiter de la vie et il n'est pas nécessaire d'avoir fait le tour du Pérou à vélo ou nagé avec des raies manta, peu importe ce que le premier citoyen du monde auto-proclamé vous dira. Existe-t-il un juge des vies réussies et gâchées quelque part ? Et bien oui, il est partout et parfois plusieurs, c'est peut-être un membre de votre famille, un ami, un citoyen du monde à la con ou bien Dieu. Heureusement pour moi, je suis athée, c'est déjà ça de moins à gérer.

La mort me rend sarcastique parce qu'elle est très présente autour de moi. Elle est sur des photos, dans les murs et des évocations, elle est bien sûr dans mes souvenirs mais aussi dans ceux qu'on m'a implanté de force alors qu'ils ne m'appartiennent pas. La peine de ces autres incapables de faire leur deuil est devenue la mienne. Ça s'est accumulé et j'ai fini par accrocher à mes chevilles les boulets de mes ancêtres. Je me suis transformée en éponge au fil des années et je suis la seule à vouloir que ça s'arrête et à prendre mes responsabilités. Je n'ai jamais rien demandé et pourtant je suis gouvernée par des fantômes dont certains sont encore semi-vivants, ils aspirent mon énergie vitale comme des vampires et je vis dans le noir. C'est d'ailleurs ma (non-)couleur préférée. J'ai été mise au monde pour servir de ghost trap.
 
Si j'étais joueuse, je dirais que je suis L'Élue ; l'auguste réceptacle des amertumes passées et des ombres persistantes (c'est ce que je vais écrire sur mon CV). On ne me comprend pas, je pense donc être légitime dans ma quête de tranquillité. Je me demande à quoi mon sang a été mélangé, c'est comme si j'avais été frappée d'une malédiction à la naissance, un truc qui ressemble au mythe de la Tour de Babel. J'essaie de faire l'effort de n'en vouloir à personne mais c'est difficile quand on me manque de respect depuis toujours.

Je m'octroie le droit de rire de la mort sous toutes ses formes, même quand elle est souhaitée, même si ça met mal à l'aise, même si ça fait peur. C'est la seule façon de dédramatiser ce qui me traumatise depuis Mathusalem et ça me donne un peu de pouvoir sur les choses. Je me vois imposer des drames à tout bout de champ quand mon cœur réclame la légèreté d'être, découle alors une enclume à la place de mon cerveau. Je suis si épuisée que je n'ai pas la force de faire des choix, d'autant plus quand ils me concernent, j'ai peur de tout et surtout du moindre coup d'œil. A chaque fois que j'essaie, mon démon personnel, nourri par ses ancêtres, me rattrape et me donne un coup de batte de baseball dans les genoux.
 
 
D'aucuns diront que c'est ridicule. Et bien c'est fort possible.

lundi 29 avril 2019

Je croyais la mode du miracle morning morte et enterrée.

Comme la vie n'est qu'une affaire de modes, je pensais naïvement que l'une d'elles était passée. Je ne voyais plus d'articles inspirés circuler çà et là, je me suis donc crue débarrassée de cette injonction à la con qu'est le "miracle morning". J'avais déjà écrit un billet sur mon aversion du phénomène il y a des mois de cela, billet qui n'est plus en ligne mais qui a eu son petit succès en son temps (à remettre en perspective avec la notoriété de mon blog qui est fort modeste). Parler ici d'injonction n'est pas exagéré puisqu'on essaie de nous faire croire, à coups de développement personnel savamment maîtrisé, que la solution ultime à la productivité existe et qu'elle réside dans le fait de nous lever le matin à une heure indécente pour faire des trucs. On nous enjoint à effectuer une double journée, dont la première se déroulera entre 5h et 7h et qui sera supposée nous aider à mieux supporter la deuxième. Voire la troisième, si vous êtes une femme avec une vie de famille et que vous êtes chargée mentalement à en crever le plafond.

Selon les expériences des différent.e.s blogueur.se.s qui nous expliquent comment ça marche, nous devons ainsi mettre notre réveil plus tôt que d'habitude et avoir l'amabilité d'être de bonne humeur. Pour ce faire, nous effectuons une séance de yoga ou de méditation, nous buvons d'une traite un verre d'eau chaude coupée à du citron (c'est détox car nous sommes toxiques) et nous notons quelques lignes dans notre journal de gratitudes. Après cela, notre cerveau est d'attaque pour fournir à notre boss (même si nous sommes notre propre chef.fe) toute notre productivité. C'est à se demander si le concept de "miracle morning" n'a pas été inventé par Emmanuel Macron lui-même afin de devenir une parfaite illustration de la start-up nation.

Faites du yoga, méditez, buvez de l'eau de chaude ou écrivez ce que vous voulez, là n'est pas la question. Ce qui m'ennuie profondément, c'est qu'on nous fasse croire que c'est le remède à tout, d'autant plus avant que le soleil ne se lève. Cette énorme blague nous vient de Hal Elrod, un californien optimiste qui en a fait un livre. De nos jours, on publie vraiment n'importe quoi alors un bouquin de plus ou de moins sur le marché, ne soyons pas bégueules. Elrod revient de loin, il a eu un très grave accident de voiture à 20 ans et il a profité de sa longue convalescence pour remettre en question la vie et la société, ce que nous pouvons toutes et tous faire à un moment donné (clef ou pas). Le point de départ est la chasse à l'épanouissement et je rejoins cela aisément dans le sens où ça peut se transformer en réel besoin.

https://pixabay.com/fr/users/langll-822640/?utm_source=link-attribution&utm_medium=referral&utm_campaign=image&utm_content=1090672

Comme beaucoup de choses et notamment dans le cadre du développement personnel au sens large, cessons de prendre des concepts pour des vérités absolues. Sur ce blog écrit à six mains (trois jeunes femmes adeptes de fitness et de nourriture saine), il y a un billet intitulé : « 5 raisons de devenir un(e) lève-tôt ». Le titre suffirait à me faire quitter la page immédiatement, n'étant pas une lève-tôt moi-même. Me lever de bonne heure est une réelle souffrance physiologique (je me suis suffisamment forcée depuis des années pour m'en rendre compte) et je ne suis pas seule dans ce cas, chaque organisme fonctionne différemment. Il y a donc les personnes du matin et celles du soir, je fais partie des secondes. Or, dans ce cas, il peut être très difficile de trouver du travail parce que la société considère qu'une journée type se déroule entre 8h et 18h, à moins que vous ne fassiez les 2x8. Vous n'arrivez pas à vous lever le matin ? Vous êtes une bien belle feignasse. Quant à l'idée de s'endormir à 22h, pardonnez-moi mais mon corps refuse simplement.
Revenons au blog des trois autrices. Ledit billet explique pourquoi il est nécessaire de gagner du temps puisqu'on ne voit que par le prisme de l'embauche très matinale. Bien sûr, comment faire autrement ? On ne peut pas, à moins d'exercer une activité qui vous permet de choisir votre emploi du temps (si tel est le cas, merci de partager votre secret en commentaire). A partir de cet état de fait, le concept de "miracle morning" est une injonction totalement injuste, on ne trouve pas de livre similaire sur le "miracle evening".

En vous levant à 5h du matin, « Vous bénificierez d'un potentiel créatif plus accru. » écrivent les blogueuses. C'est faux, ma propre créativité s'exprime le soir, à la nuit tombée. A la sortie du lit, quelle que soit l'heure, je peux régulièrement avoir des envies de meurtre car tout n'est qu'agression, et quand je suis réveillée très tôt, je suis bonne à rien l'après-midi. Que faire de ces heures "perdues" ? J'ai bien essayé de manger des fruits mais ça ne fonctionne pas mieux. Quid de ma productivité ? Ne me faites pas croire que je suis le seul contre-exemple de cette fumisterie. « Répétez-vous chaque matin que c'est pour votre bien. » peut-on lire encore. Je ne suis pas psychiatre mais je crois que si nous nous sentons obligé.e.s de nous répéter cette phrase quotidiennement, c'est que quelque chose ne va pas. Mon passage préféré reste la conclusion : « A vous de choisir si vous préférez dormir ou profiter des opportunités qui s'offrent à vous ! »... quelle violence ! Franchement, ne déconnez pas avec votre sommeil. S'il vous plaît.

De mon point de vue de trentenaire qui n'a pas d'autre diplôme qu'un bac littéraire et qui n'a fait que des jobs alimentaires en alternant avec des périodes de chômage, le boss final de l'épanouissement est de ne plus avoir envie de mourir dès qu'on sort de sous la couette. J'ai juste besoin de prendre le temps de boire ma tasse de thé, telle est mon unique exigence. Je ne me sens pas obligée de crier au monde que le thé est indispensable à la productivité et qu'il faut entre 45 et 60 minutes pour l'ingérer afin que le monde moderne ne s'écroule pas. L'expérience m'a appris que les deux principes fondamentaux à avoir sont d'apprendre à s'écouter et dormir. A partir de là, organisez-vous comme vous le souhaitez.

« L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. » dit-on. C'est faux et ce n'est pas parce que je suis du soir que je resterai sur le bord de la route.