Séries #6 - Stand up et hanteries.

Du temps devant moi, j'en ai à revendre et pourtant j'allume assez peu Netflix en ce moment. J'essaie de ne plus m'éparpiller dans trop de séries parce que je perds le fil, j'ai donc décidé de consommer responsable et de ne plus me forcer à regarder quelque chose qui m'emmerde, j'abandonne désormais au milieu d'une saison s'il faut, je m'en fous. Vous voyez, par exemple, je ne suis pas loin de laisser tomber The Bold Type en pleine saison 2 parce que je commence à m'ennuyer (toute aussi bienveillante cette série soit-elle). Les trois séries dont je vais vous parler ici, je les ai adorées et je pense qu'elles méritent qu'on en parle.


The Marvelous Mrs Maisel


Sur le papier, il n'était pas forcément dit que j'apprécie cette série mais il a suffit d'une bande-annonce pour me convaincre. Je suis à la bourre parce que les 8 épisodes de la première saison (une deuxième est prévue) ont été diffusés il y a un an sur Amazon Prime et je ne l'ai regardée que le mois dernier. L'histoire se déroule en 1958 dans l'Upper West Side à New York. Midge Maisel est issue d'une famille riche et s'est mariée avec un homme qui l'est tout autant. Ils ont deux enfants, habitent un luxueux appartement, vivent une vie de couple normal des années 50, c'est-à-dire que monsieur travaille dans l'entreprise de son oncle et madame est femme au foyer. Le moins que l'on puisse dire est que Midge est dévouée à Joel. Ce dernier est d'ailleurs aspirant comédien et se produit en stand up le soir dans un bar. Sauf qu'il est mauvais. Dès le premier épisode, il quitte femme et enfants pour se jeter dans les bras de sa secrétaire et, bien qu'elle essaie de garder la face, Midge se rebiffe et il se trouve qu'elle a beaucoup plus de talent que son époux.
C'est évidemment une série qui fait cringer sur les conditions des femmes mais c'est aussi super drôle, et j'ai un coup de cœur tout particulier pour le personnage de Susie.


The Sinner


La première saison de cette série est disponible sur Netflix mais pas encore la seconde. D'ailleurs, les deux sont indépendantes même si elles se répondent. Dans la première saison, Cora Tanetti (Jessica Biel) commet un meurtre mais on ne sait pas pourquoi. Elle est suivie par le détective Harry Ambrose (Bill Pullman) qui cherche à comprendre comment une jeune femme bien sous tout rapport en arrive à donner autant de coups de couteau à un pauvre type qui passait par là. J'ai littéralement bingewatché parce que je ne pouvais pas faire autrement, de toute façon il n'y a que 8 épisodes, ça va vite. Il y a beaucoup de suspense et l'idée est de se mettre dans la peau de la tueuse, autrement dit on n'arrive pas à la détester. La saison 2 part sur la même base, c'est toujours Bill Pullman qui enquête mais sur une autre affaire. Il s'agit ici d'un enfant de 13 ans jugé pour le meurtre de deux adultes. Même thématique : comment peut-on le détester ? Il apparaît que les gens ne meurent pas de la main d'une seule personne mais que tout le monde est surtout victime d'une succession de situations.


The Haunting of Hill House


En ce qui concerne cette série-là, je suis un peu menteuse parce que je l'ai tout juste commencée à l'heure où j'écris ces lignes. Je me permets d'en parler quand même parce qu'elle réunit tout ce que j'adore : une famille bizarre, une  maison ancienne hantée, des secrets, bref, à priori rien d'original. Les épisodes ne cessent de jongler entre l'enfance des cinq protagonistes, frères et sœurs, et leur vie d'adultes marqués par les événements étranges qui se sont déroulés dans cette fameuse maison hantée. C'est plutôt violent mais c'est tout ce dont je rêvais pour cette période de l'année. Les personnages sont très profonds, je trouve incroyable l'aura de la mère (jouée par Carla Gugino) et j'ai un attrait spécial pour Theodora. Je prépare d'ailleurs un prochain billet dans lequel je vais réunir quelques petites choses à voir et lire pour se mettre un peu dans une ambiance gothico-plaisante, sans doute aurais-je fini The Haunting of Hill House d'ici là (sur Netflix également).

Les mots sont importants.

Vous savez, moi je ne suis pas contre l'humour mais j'ai quand même changé mon fusil d'épaule il y a peu. J'ai longtemps été la partisane du fait qu'on pouvait rire de tout comme une grosse débile mais en fait non. J'ai définitivement intégré cet adage : l'humour, c'est rire avec ; rire de, c'est de l'humiliation. Je trouve désormais bien plus intéressant de faire des blagues sur les oppresseurs et les puissants parce que chacun son tour. C'est comme l'utilisation d'un vocabulaire adéquat pour parler des choses, qu'elles soient futiles ou non. Nous avons la chance d'avoir une langue extrêmement riche et j'ai beau avoir plus de 30 ans, j'apprends encore des mots chaque jour. Chacun son délire mais en ce qui me concerne, j'aime bien faire l'effort de réfléchir à la tournure d'une phrase et c'est souvent l'avantage de l'écrit, on peut prendre le temps de dire les choses d'une certaine manière.

Énormément de personnes sont amenées à écrire pour être lues, quelle que soit l'audience, notamment sur un blog et/ou les réseaux sociaux (je pense surtout à Twitter et Facebook). Je crois que ces gens-là ont une certaine responsabilité, d'autant plus à l'heure où l'information voyage à la vitesse de la lumière. Ça commence évidemment par sa propre relecture, je crois qu'on nous le répète suffisamment tout au long de notre scolarité. Ne pas le faire relève de la politique de l'autruche. Par exemple, quand j'étais en terminale, je relisais très peu mes dissertations de philo parce que je savais pertinemment que j'avais écrit des grosses conneries. Or, un article de blog qui n'est pas relu avant sa publication, ça se voit. Je ne parle pas nécessairement des fautes d'orthographe ni de la maîtrise de la syntaxe car nous ne sommes pas toutes et tous sur le même pied d'égalité. En revanche, la distinction des fautes de frappe et des répétitions est à la portée de (presque) tout le monde (j'inclue dans ce "tout" les personnes sans aucun trouble de type dyslexie, par exemple). Mais ce n'est vraiment pas très grave, on n'est pas journalistes.


Ce qui me gêne davantage, ce sont des termes spécifiques employés à tort et à travers, souvent pour parler de quelque chose de futile. Je vais évoquer un exemple concret, il s'agit d'un échange avec une blogueuse mode influente qui s'est déroulé une heure avant l'écriture de ce billet.
Je suis cette blogueuse depuis de nombreuses années parce que j'aime son style. Je m'attarde très rarement sur les textes accompagnant les photos, c'est vrai, je viens dans le but précis de regarder des fringues. Le dernier post de cette blogueuse m'a interpellée parce qu'il est titré ainsi : "Schizophrénie automnale". J'ai immédiatement grincé alors j'ai lu attentivement le texte qui accompagne les photos. Il est globalement écrit que nous vivons ces temps-ci une période de fluctuation des températures (je dois dire que c'est souvent le cas en octobre, c'est le principe des saisons), qu'on ne sait plus trop comment s'habiller (c'est vrai, d'ailleurs) et puis aussi, je cite : "La schizophrénie automnale typique : froid le matin, chaud l'après-midi." Ah. Elle insiste, donc. Comme ma mère m'a toujours appris qu'on pouvait tout dire à tout le monde mais qu'il fallait le faire en étant polie, je me suis permis de laisser un commentaire à cette blogueuse. J'ai commencé par dire bonjour, puis j'ai dit que la schizophrénie était une maladie mentale et qu'elle n'avait pas besoin d'être citée de manière futile dans un blog mode, les mots sont importants, et j'ai conclu par bonne journée.
Visiblement, j'ai commis l'erreur de ma vie. Elle m'a répondu quelques minutes après en m'indiquant que j'attaquais là sa personne et son métier. Selon elle, elle ne faisait qu'un simple jeu de mots. Je lui ai répondu à mon tour en lui disant qu'il ne fallait pas voir ici d'attaque personnelle (comme si je n'avais que ça à faire) et qu'il était important de prendre du recul.

Je suis navrée qu'elle n'ait ressenti que de la condescendance de ma part. Mais ce qui me navre davantage, c'est de ne voir aucun problème dans le fait de dénaturer une maladie mentale. D'autant plus que le mot schizophrénie est utilisé à tort et à travers dans les conversations, les articles de blogs, de journaux, sur les réseaux sociaux, c'est très souvent revenu. En plus, on ne sait même pas ce que c'est : être schizophrène, c'est perdre le contact avec la réalité et ne pas s'en rendre compte (ça s'appelle l'anosognosie). C'est une succession de troubles psychotiques tels que les hallucinations, la pensée qui bug totalement, le fait d'entendre des voix, etc. A dissocier du trouble dissociatif de l'identité. Non, être schizophrène n'est pas être deux (ou trois, ou mille) dans sa tête et ne plus savoir comment se saper en automne.

Notre blogueuse s'est donc fendu d'une petite curiosité, elle est allée voir mon blog (je signe toujours mes commentaires, je suis polie, je vous dis). Elle m'a de nouveau répondu :


Elle fait ici référence à mon article sur Ariane qui apparaît sur la première page à l'heure où j'écris ces lignes. Ce commentaire est éloquent et prouve une chose : elle a lu mon texte en diagonale et s'est permis de donner un avis (bâclé) dans le but d'infirmer mes propos de départ. Manque de chance, c'est ridicule. Je ne commenterai donc pas ceci davantage parce que je pense que mon billet sur Ariane était suffisamment clair quant à ma position sur un sujet qui me touche directement (oui, pardon de ne parler que de ce que je connais).

Pour conclure, la blogueuse a effacé notre échange de ses commentaires mais elle a laissé le terme "schizophrénie" dans son titre et son corps d'article. Elle a le droit de supprimer mon passage, je n'ai aucun problème avec ça, c'est son espace, elle est libre. Sa réaction globale n'a pas manqué de me consterner, aussi je lui souhaite simplement de réaliser un jour qu'elle a écrit une grosse connerie et qu'il ne s'agit pas d'une attaque personnelle pour se donner de l'importance que de le lui faire remarquer.

Sarah Klang.

Je ne sais pas trop ce qui s'est passé cet été, j'ai découvert plein d'artistes super chouettes grâce à Instagram. J'ai une aversion toute particulière pour les publicités nulles qui s'intercalent toutes les trois publications, j'ai beau cliquer sur "annonce non pertinente", apparaissent encore et toujours des publicités nulles, c'est un fléau. Sauf quand il s'agit d'un post sponsorisé d'un.e artiste que je ne connais pas et dont la bande-son m'invite à y prêter plus d'une oreille.

Sarah Klang, photo d'Anna Svanberg (source)
C'est notamment le cas de Sarah Klang. Elle a 26 ans, vient de Göteborg, en Suède, et se définit elle-même comme étant the saddest girl in Sweden (= la fille la plus triste de Suède). Sa musique est une forme de pop folk légèrement influencée par de la country. Elle peut potentiellement faire pleurer mais c'est tellement doux et joli que, si ça permet d'évacuer, c'est plutôt cool. Je peux difficilement m'empêcher de la comparer à First Aid Kit puisqu'elles sont toutes un peu dans le même mouvement.

Je ne lis ni ne comprends pas le suédois, aussi il m'est difficile de trouver des informations sur Sarah Klang, néanmoins je peux vous dire qu'elle a sorti en début d'année un premier album qui s'appelle Love In The Milky Way, j'ai d'ailleurs très envie de l'acheter, ainsi qu'une petite tripotée de singles : Sleep, qui l'a fait connaître en 2016, Strangers, Let Me On Fire, Lover (2017) et Mind (2018). Mon petit cœur a complètement fini de fondre quand je l'ai vue reprendre Make Your Own Kind Of Music de Mama Cass dans l'émission (toujours suédoise) På Spåret.

Si vous voulez la voir en concert, à moins que vous ne soyez en Suède ces prochaines semaines, ça risque d'être compliqué, sauf si vous faites un crochet par Berlin le 4 décembre ou Copenhague le 6 décembre. J'aimerais vraiment beaucoup la voir débarquer à La Roche-sur-Yon un jour, ça me ferait bien plaisir (on a le droit de rêver).

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Ariane, 36 ans, et sa meilleure vie.

Bien qu'aujourd'hui soit un jour très spécial (le nouvel album de KT Tunstall vient de sortir), je n'avais pas l'intention de m'épancher sur ce blog parce que j'ai la flemme de tout depuis plusieurs jours. Cependant, il y a une chose qui arrive souvent à passer par-dessus, c'est ce mélange sec et acide de consternation et d'agacement qui ne s'évaporera que le jour où j'aurais enfin décidé de faire une retraite spirituelle en Inde (jamais, donc).

Ce constergacement n'arriverait peut-être pas si  je ne passais pas autant de temps sur Internet. Internet est formidable, il y a tout sur Internet. Tout, oui, c'est un peu le problème. Je suis un être humain, la première chose que je fais quand je sors d'un sommeil peuplé de rêves ridicules et assommants qui me font mal au dos (je vous jure qu'il y a une relation de cause à effet), c'est de regarder mes réseaux sociaux sur mon téléphone avant même de poser un pied par terre. Et oui, triste vie de millennial digital native diront celles et ceux né.e.s avant 1980. Bref, j'ai atterri sur Facebook. J'ai trouvé dans ma timeline la vidéo d'un média pure player dont le leitmotiv est "raconter des histoires de gens qui ont décidé de changer le cours de leur vie." OK, vu. La vidéo en question nous présentait Ariane, 36 ans, ex-cheffe de produit dans la mode qui a fait un burn out et est ensuite devenue journaliste historique chez France Télévisions.

Wow, d'accord, je vous le concède, ça fait beaucoup d'informations. J'ai regardé entièrement et enregistré dans ma mémoire ce témoignage de 13 minutes et je passe mon temps à l'analyser depuis que je suis sortie de mon plumard. Ariane, 36 ans, semble épanouie et c'est super cool pour elle, c'est tout le mal qu'on peut souhaiter à n'importe qui. Ariane a aussi fait un burn out et c'est moins cool, elle raconte qu'elle a pris conscience, en pleine réunion, de la vacuité de sa vie et a tout bonnement abandonné son poste pour partir vivre chez sa grand-mère en province. Elle y est restée six mois pendant lesquels la dépression l'a consumée. Elle a fini au RSA alors qu'elle a connu l'opulence mais elle a fini par se relever en lisant des philosophes tels que Spinoza, Platon et Épictète. Elle a écrit un livre historique (l'Histoire est sa passion) qui s'allie à une sorte de quête personnelle, et puis elle a été embauchée par Stéphane Bern. Je résume mais c'est à peu près ça.

Ariane abandonnée par Thésée, 1774, par Angelica Kauffmann

C'est formidable de changer de vie comme ça, de péter une pile mais de se relever comme une guerrière ! Alors pourquoi suis-je aussi amère ? Je suis saoulée parce que l'histoire d'Ariane est glamour. Dans la vraie vie, le glamour n'existe pas, la vraie vie c'est de la merde et je compare mon expérience à la sienne, que faire d'autre ? Ce pure player m'oblige à le faire. Il me jette à la gueule le témoignage extraordinaire d'Ariane et m'expose ce message subliminal : quand on veut, on peut. Ça revient d'ailleurs à la question du mérite qui est un sujet parallèle. La philosophe Chantal Jaquet a dit sur France Culture (je vous ai dit que je passais beaucoup de temps sur Internet) que le mérite est une construction politique destinée à conforter l'ordre social en insistant sur les capacités personnelles des individus. Il était surtout question ici de la politique française actuelle mais je trouve que ça se vérifie dans ce genre de cas : tu ne mérites de t'en sortir que si tu fournis l'effort pour, si tu acceptes d'être en dépression alors tu seras en dépression toute ta vie, seul.e.s les braves ont la clef du Paradis. Ariane a lu Épictète et Ariane témoigne, Ariane donne l'exemple. Merci Ariane.

Ben non, pas merci Ariane. Ariane et moi, on n'a pas la même vie. Elle en a chié, jamais je ne supposerais le contraire. Elle a aussi raison sur un point que je n'ai pas encore évoqué, elle explique qu'on ne doit pas se définir par rapport au travail (soit le contraire de ce que nous serine Emmanuel Macron) et j'ai tendance à penser pareil. Sauf que moi, je n'ai jamais pu faire d'économies grâce à mon job de cheffe de produit payé 5000 balles par mois, je n'ai que 200€ sur mon compte épargne, somme arrivée là grâce à ma prime de fin de CDD au mois de juin. J'ai la chance de toucher le chômage car je n'ai jamais abandonné mon poste rémunéré au SMIC mais hey, je ne dois pas me plaindre, je mérite ma situation car je n'ai validé aucun diplôme après mon bac. Je ne fais aucun effort, les gars.

Je vous avoue que moi aussi j'aimerais bien écrire un livre. Je ne sais pas dans quelles conditions Ariane a été publiée mais à priori ça s'est bien passé pour elle puisqu'elle a pu faire sa promotion sur les plateaux télé. J'ai envie de féliciter Ariane car ce n'est pas toujours facile de se faire éditer quand on propose un premier manuscrit, à fortiori quand on est une femme (encore aujourd'hui, oui). J'aimerais bien changer de vie, aussi. M'épanouir quelque part, passer de ronce à rose. Au lieu de ça je suis complètement aigrie, j'envie ces vies que je n'aurai jamais alors que je devrais me contenter d'accepter mon quotidien tel qu'il est, accepter que peu de choses sont prévisibles. Dans les faits, dans quelques mois je ne pourrai plus payer ma maison et j'ai une peur panique de reprendre le travail. Ça m'angoisse tant et si bien que je dois postuler depuis une semaine sur une offre d'emploi qui recherche clairement quelqu'un comme moi mais je me sens juste incapable de faire face au public qui me concerne (des adolescents). Je suis littéralement traumatisée par ma dernière expérience professionnelle et ça me fait tellement suer de l'écrire que j'ai cessé d'écrire cette phrase au milieu pour aller manger des Chocapic.
Je n'ai pas de grand-mère en Poitou-Charentes chez qui je peux me réfugier et j'ai une pression constante sur mes épaules : va mieux, travaille et vis. Je vous emmerde.

Ariane, c'est la fille mince qui dit aux filles grosses de s'accepter telles qu'elles sont. Elle a eu des complexes parce que tout le monde en a, mais maintenant ça va mieux alors elle se permet de vous donner son avis sur la question. Bien sûr que changer de vie est la clef du bonheur quand on estime que celle qu'on a est pourrie, mais c'est réservé à une élite. Ariane dit qu'il faut trouver son truc parce qu'il n'existe pas de mode d'emploi pré-établi de la meilleure vie, moi ça fait dix ans que je cherche.

Pour voir le témoignage d'Ariane, 36 ans, qui vit sa meilleure vie, c'est ici.

La sélection du mois #7 (septembre 2018)

Je suis la première à râler quand les gens râlent à propos des saisons. Qu'il fasse un soleil radieux, qu'il tombe une pluie diluvienne, qu'il neige, qu'il grêle, qu'il vente, qu'il fasse une chaleur suffocante ou un froid de gueux, ou bien une température entre les deux, les gens râlent. Et moi aussi. Je râle quand j'ai les pieds gelés (du 1er octobre au 30 avril), quand il neige (trois jours par an maximum), quand il pleut plusieurs jours d'affilée et que je suis obligée de sortir (souvenez-vous janvier 2018, un enfer), et je râle surtout quand les gens sont pressés d'être en automne alors que nous sommes mi-juillet. Je comprends qu'on aime l'automne, moi aussi je l'aime bien (mais ma saison préférée est le printemps) parce qu'il y a de jolies couleurs, de belles lumières et de la butternut à mettre dans le risotto. Le climat a beau péter une durite par notre faute, on a encore la chance d'avoir quatre saisons alors je pense qu'on peut toutes les apprécier le temps qu'elles durent et ne pas être trop pressé.e.s de les voir arriver puis repartir (enfin sauf l'hiver).


   FOLKLORE & MYSTICISME

• Je ne crois pas en toutes ces choses mystiques que l'humain a bien voulu créé au fil des siècles mais ça ne m'empêche pas d'en apprécier le folklore. J'aime bien les boules de cristal, je trouve ça joli, mais je sais pertinemment qu'on ne peut pas y voir l'avenir. Je ne réfute rien, je veux bien tout admettre à partir du moment où on me le prouve, je ne suis pas aussi nihiliste que j'en ai l'air. Je pars du principe que chacun.e ses méthodes pour tenter d'alléger son quotidien, du moment qu'il n'y a ni prosélytisme, ni des sommes d'argent complètement folles disséminées. C'est pourquoi j'ai bien aimé cet article de Victoria (Mango & Salt) sur son rapport aux pierres. La passion des cailloux sans leur trouver toutes les propriétés les plus abracadabrantes. Moi aussi j'aime bien ça mais je pense sincèrement que ça ne sert strictement à rien, si ce n'est à trouver ça joli.

La sorcellerie revient à la mode et ça me plaît beaucoup parce que j'y vois le féminisme le plus brut. Je suis toutefois très fâchée de retrouver des kits de sorcière dans les grandes enseignes (chez Séphora par exemple) mais le féminisme washing a encore de beaux jours devant lui. Les petites choses sorties ou ressorties en ce mois de septembre :
  • Sur Simonae, un entretien avec Isabelle Cambourakis, l'éditrice qui a lancé en 2017 la collection Sorcières regroupant des écrits féministes sur tout un tas de sujets.
  • Mona Chollet a sorti son nouvel ouvrage, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, qui rencontre un succès fou. Je ne l'ai pas encore acheté mais ça ne saurait tarder. A lire également, cet article sur Libération de Catherine Calvet et Anaïs Morvan.
Comment l'astrologie est-elle devenue un outil de résistance féministe ? Passionnant article de Sophie Laroche sur Cheek qui revient sur l'astrologie d'un point de vue sociologique. "La psychologie ou la psychiatrie notamment, sont des domaines qui ont littéralement été créés par des hommes pour comprendre la psyché. L'astrologie est un moyen différent de se comprendre et de s'envisager." Il n'est évidemment pas question de croire que Mercure en rétrograde a une influence sur notre humeur au lieu d'autres choses bien concrètes, toutefois il est important de comprendre comment il est possible de s'appuyer sur des éléments d'apparence mystique pour se connaître soi-même. Une autre forme de psychologie, en somme. Appelez ça du développement personnel si vous voulez.



   BODY POSITIVISME

• Tous les corps sont beaux et devraient l'être dans la tête de chacun.e, on aurait ainsi beaucoup moins de complexes. Si le mouvement body positive a été repris par des fit girls qui nous cassent les pieds parce qu'il a d'abord été créé par et pour des femmes aux corps dits hors norme, il est important d'apprendre à laisser les autres tranquilles tout en se foutant la paix à soi-même. C'est pourquoi je vous invite à lire l'article sincère de ma copine Mélanie qui a posé devant l'objectif de Solhaan.

• Sur un corps il y a aussi les cheveux et qui d'autre qu'une femme peut ressentir une pression liée à sa chevelure, elle-même supposément liée à sa féminité ? La norme (je la déteste vraiment celle-là) veut que les cheveux les plus beaux soient longs, épais et souples, surtout pas gras, surtout pas secs, surtout pas trop courts, pas trop longs non plus, et alors gare à ton matricule si tu oses te raser la tête. Si tu n'as plus de cheveux, tu n'es plus une femme. Les malades apprécieront. A lire, donc, cet article d'Anne-Lise : Foutez-nous la paix avec (nos) mes cheveux !

• J'ai trouvé cette vidéo de Coline très cool. Toutes les femmes sont soumises à la validation d'autrui (des hommes qui se croient systématiquement juges et des femmes conditionnées) alors qu'on s'en tamponne de votre avis (surtout si on ne vous l'a pas demandé), à fortiori quand on s'expose sur Internet. A quel moment cette exposition est-elle une invitation au grand déballage de n'importe quoi ? Pourquoi, sous prétexte qu'on montre son corps de quelque façon que ce soit sur Internet, devrait-on accepter les critiques sur le physique (entre autres) ? Non mais franchement.



   LES ÉMOTIONS

Je suis colère, donc je suis. Excellent article d'Aude Lorriaux sur Slate à propos des femmes et de leurs émotions. "Il restait encore un endroit où l'on se méfiait des émotions comme de la peste : du côté de la sphère féministe. Précisément parce que les femmes ont longtemps été renvoyées à leurs émotions, pour les discréditer. Comparer les femmes à des pleurnicheuses émotives est un grand classique de la misogynie, utilisé par exemple en politique contre des adversaires féminins [...]. La raison est forcément du côté des hommes, les émotions, du côté des femmes."


Je suis une féministe extrémiste, par Madame Sourire. Combien de fois ai-je entendu des femmes dire qu'elles étaient féministes mais pas comme ces extrémistes, là ? Je le disais moi-même il y a dix ans, comme s'il était honteux d'être féministe, d'une part, et d'être assimilée à un groupe de femmes, d'autre part. Mais c'est quoi l'extrémisme féministe ? Refuser de se faire prendre pour une quiche dès que possible ? Reprendre systématiquement ses potes masculins dès qu'ils disent une connerie ? Ne plus payer une place de cinéma pour aller voir un film de Roman Polanski ? Dans ce cas, soyons toutes extrémistes, la complaisance ça saoule.


   MISCELLANÉES

• En Pologne, des archéologues ont découvert les tombes de vampires présumés, soit des squelettes enterrés avec la tête coupée et placée entre les jambes. Il s'agissait ici d'une technique slave pour que les vampires ainsi décapités ne sortent pas de leur tombe. A lire sur National Geographic.

• Une fois n'est pas coutume, Kreestal nous fait découvrir quelque chose de passionnant, à savoir ici l'art de Mina Mond entre surréalisme, mysticisme et naïf noir.

• C'est malheureusement terminé mais jusqu'au 25 septembre, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé proposait un cycle de films muets réalisés par des femmes. Il aura fallu attendre 2018 pour qu'elles soient réhabilitées...

Sur ce super site qu'est Deuxième Page, Buffy Mars nous propose 5 livres féministes pour affronter l'année.

• Si vous avez deux heures devant vous, Iggy Pop nous parle ici de David Bowie et c'est évidemment très cool (en anglais).

Iggy Pop et David Bowie en 1977 sur la tournée The Idiot.


   LE MOT DE LA FIN

Je termine par de la musique parce que ça manquait un peu. Gloire à Mai Lan et son Pumper psychédélique (Autopilote, 2018).