Du côté d'Instagram #3

Je viens de vérifier, je n'ai pas fait de petite revue Instagram de toute l'année 2017, la dernière remonte à novembre 2016. Je lis beaucoup de critiques envers ce réseau, notamment à cause de toute cette histoire d'algorithme, mais personnellement je m'en fous pas mal, ça n'a pas changé ma vie (peut-être parce que je n'ai que 350 abonné.e.s... Ouais, et bah tu vas faire quoi ?). J'aime bien les nouveautés régulières, genre depuis cette semaine on peut se poser des questions carrément pas anonymement à l'instar de cette saloperie de Curious Cat, et ça fait bien râler sous prétexte que les gens s'en tamponnent... Bah OK les gars, continuez de vous en foutre, c'est bien, qu'est-ce que vous voulez qu'on vous dise ? Moi j'aime bien que tout soit centralisé sur Instagram, ça m'a permis de désinstaller Snapchat par exemple. Et puis j'adore stalker les control freaks qui appliquent le même filtre et les mêmes réglages sur chaque photo, c'est fascinant. Allez, on suit qui ?



"Streetstyle historique" comme l'indique la bio de ce compte, écoutez je crois qu'on ne peut pas être plus clair. Quelques exemples pour la forme :






Les Femmes pellicules est le projet Instagram de Mathilde, la créatrice de la newsletter Women Who Do Stuff. Il s'agit tout simplement de mettre en avant le travail de femmes photographes d'hier et d'aujourd'hui.

Photo 1 : Sally Mann (1988) - Photo 2 : Susan Meiselas (1976) - Photo 3 : Carrie Mae Weems (1990)



Charly est une artiste tatoueuse qui sévit chez Les Vilains Bonhommes à Nantes et, bon sang, je trouve son travail fantastique. J'aimerais vraiment beaucoup me faire tatouer par elle un de ces quatre.




Cette jeune femme exquise s'appelle Jerina Kivistö, elle est illustratrice et finlandaise. J'aime son art, j'aime ses photos sympathiques et j'aime aussi ses stories (elle parle anglais), je la trouve hyper choucarde.




Voici une autre artiste scandinave mais d'un tout autre genre, il s'agit de la suédoise Christine Linde qui nous propose des œuvres bien darkos comme je les aime entre autres selfies et scènes de vie quotidienne.

HollySiz @ festival R. Pop, La Roche-sur-Yon.

Je me souviens, il n'y a pas si longtemps (en 2013 si j'en crois les sources du puissant Internet) débarquait HollySiz en débardeur, derbies et lèvres rouges dans le clip de Come Back To Me et si j'étais acculée par mes à priori que j'estime aujourd'hui ridicules, j'avais malgré tout été fort enchantée par son déhanchement naturel. J'ai un passif avec la danse, je déteste danser, je suis toujours raide comme une brique lors d'un concert, aussi mouvementé soit-il, mais je sais apprécier la joie dans le corps d'une personne qui ne peut s'empêcher de se mouvoir avec frénésie.
Évidemment, à l'époque (et encore aujourd'hui ?) on s'est dépêché de la présenter comme Cécile Cassel, alias la sœur et la fille de, la petite dernière, comme si nous, le public, étions incapables d'apprécier le talent de cette chanteuse à la hauteur de ce qu'elle est à même de nous proposer. Mais quitte à vivre dans une société patriarcale, autant que cela soit profitable (on appelle ça la réappropriation).
Toujours est-il qu'en 2013, à part avoir eu Come Back To Me qui me trottait dans le crâne parfois plusieurs heures durant, je ne suis pas allée plus loin dans mon écoute. Et puis il y a environ deux semaines, HollySiz est venue en concert gratuit à 800 mètres de chez moi dans le cadre du festival R. Pop. Ça aurait été trop bête de passer à côté, d'autant plus qu'on a pu l'interviewer pour Le Réseau Urbain de Graffiti avant le concert (interview que vous pouvez écouter ici, à partir d'1"40). Enfin quand je dis on, moi je suis arrivée en retard et je n'ai pas posé de question car je buvais ses paroles. Le fait est que je me suis encore retrouvée telle une petite fille devant une très belle dame, à la différence près que je sais désormais fermer la bouche afin de ne plus gober les mouches. Oui mais elle est si belle et si intéressante, aussi ! Elle m'a fait la bise, vous vous rendez compte ?!

Photo de David Fugère. Ses autres photos d'HollySiz ici.

Le temps de retrouver mes esprits et d'avaler un morceau avec mes acolytes, il était temps de la voir jouer. Et là, fichtre, elle a débarqué sur scène avec un slim rouge à paillettes. Plus tard, elle a retiré son sweat blanc et se trouvait en-dessous un t-shirt tout aussi rouge et pailleté, c'était fantastique ! Au-delà de ça je cherche à vous décrire l'énergie qui s'est dégagée de son show tout entier mais j'ai du mal : c'était mouvementé as fuck, cette personne ne fait que danser et sauter partout, elle n'est jamais essoufflée. Ça clignote de tous les côtés, ça bat le rythme comme s'il n'y avait pas de lendemain et ça exorcise tout ce que vous voulez, j'ai pris une grosse claque dans ma gueule. En plus elle est très drôle, ce qui ne gâche rien (un exemple ici aux Vieilles Charrues en 2014). Perso, je suis tombée amoureuse, comme ça c'est dit.

A ce jour deux albums sont sortis, My Name Is en 2013 et Rather Than Talking en début d'année, ma préférence va vers ce dernier, co-écrit avec Yodelice (Maxim Nucci et Xavier Caux), que je trouve plus percutant (je ne suis pas à l'abri de changer d'avis et de me réveiller un matin en préférant finalement le premier album, ça m'est déjà arrivé un million de fois).


A vif.

J'ai envie d'écrire ce billet depuis un certain temps mais je voulais attendre le bon moment, comme s'il y avait un temps plus opportun pour dire les choses mais ce doit être encore une de mes croyances à la con. Et encore, en m'apprêtant à cliquer sur publier je suis loin d'être sereine, même si ce qu'il m'arrive n'est pas un secret de polichinelle. Rien n'y personne ne m'oblige à le faire, c'est peut-être un besoin que je me crée. Peut-être aussi (enfin surtout) que je devrais arrêter d'avoir honte et de me planquer. Je ne sais pas si ça peut servir à quelque chose, si ce n'est à m'aider à formuler ce que je suis incapable de verbaliser correctement et peu importe qui me lit ou ne me lit pas (ce n'est pas comme si j'étais une influenceuse aux milliers de vues), je me dis simplement que ce qui va suivre peut expliquer des choses. Pensez que c'est du voyeurisme ou un manque de pudeur, ça m'est complètement égal car je suis arrivée à un stade où des choses bien plus importantes me préoccupent que l'avis négatif des gens.

Mon cerveau est une prison et je suis enfermée dedans. Je suis l'heureuse (lol) détentrice d'une maladie qui s'appelle dépression. J'ai été diagnostiquée peu avant mon 18e anniversaire et un peu par-dessus la jambe, c'était il y a 14 ans et jusqu'à cette année, je n'ai rien fait pour aller mieux. On se dit que c'est passager, que des fois ça ne va pas trop mais que d'autres fois ça ne va pas si mal, après tout il y a plus malheureux sur cette planète de furieux, et puis de toute façon j'ai tout pour être heureuse alors de quoi je me plains. Je ne me sais malade que depuis que j'ai commencé une psychothérapie avec un psychiatre (à raison d'une séance par semaine depuis fin janvier) parce que c'est la première fois de ma vie que je suis confrontée à quelqu'un de sérieux par rapport à ça. Je peux vous dire que ça change un peu la vie de prendre conscience que "faire un petit effort" ne vous sort pas de vos névroses pourries, même si j'ai encore des convictions nulles sur ce sujet : j'ai l'impression de ne pas essayer d'aller mieux alors que c'est complètement con puisque je vais voir un psy, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.

Déjà, il faut commencer par faire la distinction entre la dépression et la déprime (j'en ai déjà parlé) parce que ça n'a rien à voir. Chaque personne est différente mais globalement, quand on est dépressif.ve, on tourne au ralenti. On n'a plus le goût de rien, on se sent comme la dernière des merdes et on a envie de crever un jour sur deux (parfois c'est tous les jours, comme je vous le dis ça dépend des gens). D'ailleurs, parfois on y arrive. La déprime, c'est passager, c'est un coup de mou. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas y faire attention, bien au contraire, mais on finit par reprendre le dessus. La dépression empêche de faire ça, elle nous maintient dans un état de dépréciation constant. Rien n'est bien, rien n'est beau, rien n'est possible, tout est inutile et sans intérêt. Personnellement, ça me fout la rage. Mais une rage intérieure, c'est-à-dire que j'ai une voix en moi qui hurle en permanence et qui est ultra vénère alors que mon enveloppe corporelle est un gros caca mollasson qui fusionne avec le canapé. Alors oui, je suis allée bosser tous les jours ("Pourtant tu n'es pas amorphe !" m'a dit ma cheffe.) et même que des fois je sors boire des coups, voir des concerts, mais c'est parce que je traverse des phases. J'alterne entre une phase pendant laquelle j'ignore mon mal être, je suis blasée de tout mais ça ne m'empêche pas de sociabiliser (il ne faut cependant pas trop m'en demander non plus, je reste une personne introvertie), et une phase pendant laquelle je dois absolument faire le vide, ne voir personne et me concentrer sur le fait de ne pas m'ouvrir les veines. Je ne parle de ma dépression que par écrit parce qu'il est hors de question d'aborder les choses avec mes ami.e.s (je ne parle pas de ma famille, très réduite par ailleurs, car ce n'est absolument pas envisageable pour un milliard de raisons), déjà ça pète l'ambiance et ensuite on ne connaît jamais à l'avance les réactions des gens. Je me considère suffisamment comme un boulet sans avoir besoin d'en rajouter.
En octobre dernier j'ai vécu un mini traumatisme : je suis allée voir une médecin différente de mon médecin traitant parce que j'avais vraiment très envie de me foutre en l'air et ça m'a fait assez baliser pour réagir. Le simple fait de dire que je n'allais pas fort m'a fait me sentir ridicule (alors qu'il n'y a pas de raison mais mon cerveau est un petit merdeux) et la doc a immédiatement positionné ses sourcils en accent circonflexe juste avant de me prescrire anti-dépresseurs et somnifères. Je n'ai jamais voulu prendre de médicaments, je suis effrayée par les effets secondaires et je n'ai pas envie de procéder à un temps d'ajustement ("Ah bah oui mais tu cherches aussi."). En sortant abasourdie de son cabinet, je me suis machinalement dirigée vers la pharmacie. La préparatrice a lu mon ordonnance, s'est subitement mise à chuchoter puis m'a également fait le coup des sourcils. Je suis sortie bien plus énervée que triste par le comportement de ces deux femmes, à croire que j'avais une maladie honteuse. Et c'est justement un problème récurrent, je généralise mais quand les gens vous savent dépressif.ve, ils ne peuvent pas s'empêcher de vous regarder de la même façon que les deux femmes sus-citées, ou bien de vous prodiguer des conseils à la con ("Sors prendre le soleil, ça va aller mieux !") ou encore d'être méchants sur votre condition dès que vous avez le dos tourné, cette façon qu'on a de vous prendre pour un.e glandeur.se qui ne fait aucun effort. Si vous voulez mon avis de principale concernée, le comportement à adopter face à un.e dépressif.ve est le suivant : restez vous-mêmes et si on ne vous demande rien, ne dites rien, c'est mieux. De toute façon, la dépression, vous ne pouvez pas savoir ce que c'est tant que vous ne l'avez pas vécue vous-mêmes.

Mon petit truc à moi, c'est que je me sens coupable. Coupable de marcher dans la rue, coupable d'entrer dans un magasin ou un café, coupable d'avoir des ami.e.s et des activités, coupable de respirer. Je ressens un malaise permanent et j'ai le sentiment d'avoir ma place nulle part, j'ai un syndrome de l'imposteur sur ma propre existence. J'ai été malmenée par plein de gens au cours de ma vie, c'est la faute à pas de chance et ça a nourri petit à petit mon mal-être. Mon principal souhait ? M'annuler. Je rêve d'un hard reboot. J'ai développé tout un tas de névroses : les crises d'angoisse, une période d'agoraphobie et un trouble du comportement alimentaire, toutes disparues comme elles sont arrivées, du jour au lendemain. J'ai la constante sensation d'une enclume au fond de la mer qui serait reliée à ma cheville, et je synchronise mon souffle en fonction de la marée. J'ai peur de me noyer.

J'ai longtemps vécu sur mes batteries de secours mais dorénavant je n'ai plus de jus. Zéro énergie. Je ne tends plus la main, j'évite les gens dans ma condition parce que je ne les supporte plus. J'ai besoin de repos alors oui, j'ai frappé à la porte d'un psychiatre. C'est la chose la plus difficile que j'ai faite de toute ma vie et c'est une souffrance monumentale ("Vous avez des raisons d'aller mal." m'a-t-il dit avec décontraction). Je voulais le faire depuis des années mais décrocher le téléphone pour ça est d'une difficulté sans nom. En plus, il fallait tomber sur quelqu'un de bien... mais de ce côté-là j'ai eu de la chance (si vous avez des questions sur comment faire, n'hésitez pas à me demander, je vous dirai comment j'ai procédé). Mon psy est la seule et unique personne au monde à connaître l'intégralité de mes pensées et de ma vie toute entière, je suis très étonnée de la "facilité" avec laquelle je lui dis les choses, jamais je ne pourrais faire ça avec quelqu'un d'autre. Et donc lui et moi nous voyons une fois par semaine et ce n'est pas de trop. Parfois il me soulage grâce à son recul et ses explications de mes rêves, parfois je sors de son cabinet en rogne, d'autres fois encore complètement anéantie, mais j'apprécie grandement son flegme et son absence totale de pitié, il me parle normalement. Le plus compliqué dans cette psychothérapie est d'accepter d'où viennent tous mes problèmes. J'avais déjà une petite idée mais c'était la partie émergée de l'iceberg, je n'aurais jamais imaginé le quart de ce que mon psy m'apprend sur moi-même. C'est vraiment super dur.

Je ne sais pas si je suis à mi-parcours ou moins, ou plus, tout ce que je peux dire c'est que ça fait 6 mois et que je souffre. Je suis incapable de préférer savoir tout ce que je sais désormais ou bien si j'étais mieux avant. Je ne sais pas si je vais guérir un jour ou si je dois apprendre à vivre avec. Je suis toujours envahie par les idées noires et je n'arrive pas à m'en dépêtrer. Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, merci Socrate.

C'est une photo que j'ai prise il y a deux ans et que j'aime bien, parce que j'aime bien photographier la mer.

Qu'est-ce qu'on écoute ? #1

Je n'ai pas parlé musique depuis un certain temps, pourtant j'ai bien des choses à dire sur bien du monde. Je vais vous faire une petite playlist digeste, histoire de reprendre sur des bonnes bases.


Unamerican, Dead Sara

Si vous ne me connaissez que via ce blog, vous ne le savez peut-être pas mais Dead Sara est l'un de mes groupes préférés au monde. Après deux albums (Dead Sara en 2012 et Pleasure To Meet You, formidable album, en 2015) et deux EP (The Airport Sessions en 2008, remasterisé en 2016, et The Covers en 2017), un nouvel EP vient d'arriver, Temporary Things Taking Up Space. Unamerican en est extrait, mais aussi Heaven's Got A Back Door que j'écoute en boucle. Emily Armstrong est clairement mon héroïne !



Out The Window, Confidence Man

Je n'aurais jamais cru un jour aimer ce genre de groupe, c'est pop à m'en faire devenir épileptique, mais il me fascine. Il nous vient de Brisbane en Australie et ils ont mis le feu aux Trans Musicales de Rennes l'année dernière. C'est musicalement très intéressant et j'aime bien leurs influences années 1990, ça me rend nostalgique. Leur premier album, Confidence Music For Confident People (ce titre est parfait) est sorti en avril.



Strange Things, Marlon Williams

Marlon Williams est un néo-zélandais de 27 ans qui vient d'une autre époque. Je l'ai entendu pour la première fois dans Wild Wild Country, une série documentaire sur Netflix à propos d'une secte hindouiste installée aux États-Unis dans les années 1980. Il a sorti un premier album, Hello Miss Lonesome, plutôt axé country (au vu du titre : non mais sans blague), dont Strange Things est extrait, mais son second, Make Way For Love, est un peu différent. Bon, de toute façon, quoi qu'il fasse c'est forcément bien, ce garçon est une pépite, un peu dans la veine de Bror Gunnar Jansson et William Z. Villain, voyez.


I Have Been To The Mountain, Kevin Morby

A l'instar de Marlon Williams, j'ai entendu ce gars-là dans Wild Wild Country (la playlist de ce documentaire est fantastique). Ce titre se trouve sur l'album Singing Saw paru en 2016. Je me le suis très vite procuré en vinyle. Toutefois, il y a eu Harlem River en 2013 et Still Life en 2014, et puis City Music en 2017. Kevin Morby n'a que 30 ans et il sort des albums à la vitesse de l'éclair, mais vas-y, nous t'en prions.


Indifference, Girls In Hawaii

Finalement, dans cette playlist, on a des filles pop et énervées et des mecs plutôt mélancoliques, c'est rigolo comme ça définit parfaitement mes choix musicaux. Girls In Hawaii, c'est comme Dead Sara, je ne peux pas vivre sans eux. Je retourne d'ailleurs les voir en concert pour la troisième fois à la fin du mois parce que c'est ça qu'on veut. Nocturne, leur quatrième album, est sorti l'année dernière et il est magique. Everest (2013) reste l'un de mes albums préférés au monde, au point qu'il a fortement inspiré l'un de mes tatouages, on en est là. Un amour infini pour ces garçons et merci à la Belgique d'héberger d'aussi grands talents.

L'Éducation nationale m'a tuée.

Avez-vous déjà essayé d'écrire un quelconque texte avec une lettre manquante sur votre clavier d'ordinateur ? Je vous devance et je suis d'accord avec vous : tout dépend de la lettre. Moi, c'est la lettre T. Ça pourrait être pire, mon clavier aurait pu se transformer en clavier lipogrammique en E, mais je me sers quand même beaucoup du T car je connais mes conjugaisons (entre autres). Alors voilà, je vais devoir investir dans un clavier indépendant puisque voir photo et je n'ose pas y aller à la super glu.


Je suis (de nouveau) au chômage. Enfin ! Non pas que la situation me ravisse, loin de là, mais j'étais assez pressée de terminer mon CDD. Je ne vais pas y aller avec le dos de la cuillère, en 32 ans sur cette planète, ma vie n'a jamais été aussi compliqué qu'en 2018 (et même depuis l'automne 2017). J'imagine que ça m'apprendra à cumuler les expériences, à savoir un travail qui me rend maboule et une psychothérapie super vnr. Quelle idée, franchement.
Quand j'ai fini mon contrat d'assistante d'éducation dans le meilleur lycée du monde, je suis partie avec tellement de tristesse que je n'avais pas l'intention de reprendre le même boulot dans un autre établissement. Je savais pertinemment qu'il ne s'agirait jamais des mêmes ambiances et façons de travailler. J'ai donc repoussé mes obligations jusqu'au dernier moment et j'ai atteint la fin de mes droits de chômage, deux années complètes que j'ai dédiées au bénévolat à la radio et à ma remise en question souvent violente. Je n'ai passé qu'un mois sans revenus, grâce au bouche à oreille j'ai trouvé un remplacement de surveillante éducatrice dans un collège privé. Ça ne m'a pas enchantée mais il faut bien bouffer et j'avais l'expérience nécessaire. Sauf que si j'avais su à l'avance comment ça allait se passer, je me serais barrée en courant sans même me retourner.

Je doute avoir encore le recul nécessaire, mon contrat s'est terminé la semaine dernière, mais j'ai quand même eu l'occasion de faire un bilan complet des huit derniers mois. Bien des choses m'ont gavée, tant et si bien que j'ai du mal à trouver quelque chose de positif, si ce n'est qu'on ne m'y reprendra plus. Il serait malvenu de ma part de blâmer chaque élément, c'est l'association d'un tout qui m'a pourri la vie. Je ne pense pas exagérer, je crois m'être retrouvée au bord (très, très près) du burn out. Je n'ai jamais été mise en arrêt (et n'ai jamais demandé à le faire) à cause de ma dépression, et si je peux éviter de tenir au courant mes supérieur.e.s et collègues ça m'arrange, je ne tiens pas à ce que les regards sur moi soient biaisés. A ce sujet je n'invente rien, je l'ai déjà expérimenté et c'est extrêmement désagréable. Je développerai dans un prochain billet. J'ai donc tenu pendant huit mois en cumulant quelques emmerdes, mon boulet permanent à la cheville d'une part, et aussi le retour des maladies : longues bronchites, rhino-pharyngites et grippe une fois par mois, impossible d'y couper quand on arrive dans l'éducation (ou qu'on y revient après une longue période), la gelée royale est impuissante. J'ai également accumulé une fatigue extraordinaire alors oui, les faiblesses mentale et physique était totales même si ça me gave de l'admettre.
Des bases très compliquées pour faire face à un public de collégien.ne.s, des enfants de 9 à 16 ans avec des profils de tous horizons : les "classiques", les SEGPA, les précoces, les dyslexiques, les handicapé.e.s et un petit peu de mixité sociale, j'ai tout vu. Cependant, peu importe à quelle catégorie ces gosses appartiennent, ils ont des points communs : ils crient, s'agitent et s'insultent. Ils ont absorbé le peu d'énergie et de patience que j'avais.

Je suis arrivée dans ce collège à la rentrée des vacances de la Toussaint. J'ai débarqué chez ces mômes, dans leur antre, j'étais une étrangère parmi une équipe pédagogique installée depuis plusieurs dizaines d'années pour la majorité. J'allais être testée, c'est la base. Je n'étais cependant pas un lapin de six semaines : ni trop jeune, ni débutante et avec mes certitudes (même-si-le-collège-c'est-différent-du-lycée-tu-vas-voir). A la fin de mon tout premier jour, je suis rentrée chez moi en pleurant. J'ai tout de suite compris que j'allais en chier sévèrement, je débitais tellement de larmes que je n'arrivais pas à m'arrêter. Je ne voulais plus y retourner, je souhaitais tout annuler.
J'ai dû réussir à faire dire à mon cerveau que huit petits mois n'étaient pas la mer à boire (en fait si mais bon) puisque j'ai franchi la ligne d'arrivée. Sur les rotules et avec la langue qui pendait depuis le mois de décembre, mais j'ai tenu. En fait il m'a surtout suffit d'une petite phrase prononcée de manière totalement décontractée par mon psy il y a un peu plus de deux mois alors que j'étais à bout, il m'a simplement dit que j'étais capable de tenir jusqu'à la fin. Je ne sais pas si je dois ressentir de la fierté ou non (bof) mais une chose est sûre, je ne veux plus jamais ressentir ça.

C'est un fait indéniable, j'ai été incapable de m'adapter aux collégien.ne.s. Une année scolaire même pas complète ne suffit certainement pas à s'y faire, si j'avais dû rester travailler là-bas ça m'aurait pris des années (je n'ai pas la foi, ni le courage, ni la patience). A moins que ça ne soit une vocation, il faut tout changer : adapter son vocabulaire ("Madame, ça veut dire quoi ce mot ?"), ne pas tourner autour du pot, aller droit au but, établir une discipline intraitable, punir et ne pas se contenter de menacer. C'est de cette façon qu'on commence et il ne faut surtout pas lâcher trop de lest parce que les collégien.ne.s sont des animaux sauvages et féroces, quand ils sentent l'odeur du sang c'est terminé. Figurez-vous que je me suis retrouvée en conflit avec une élève de cinquième à la fin de l'année, je me demande d'ailleurs comment on peut loger tant d'insolence dans un si petit corps. Lorsqu'une de mes collègues lui a demandé pourquoi elle avait ce comportement avec moi, elle lui a carrément répondu qu'elle se savait supérieure à moi et que j'étais faible. Elle a employé ces mots exacts. A 12 ans.

Moi qui prône plutôt l'éducation positive, je me suis retrouvée dans la position d'un vigile ou d'une gardienne de prison, à finir par hurler sur des gamins qui n'ont rien demandé. S'il existe des enfants mal élevé.e.s, il ne s'agit pourtant que d'un tout petit pourcentage dans un seul établissement mais ce sont des enfants chronophages. J'ai détesté chaque minute où je me retrouvais seule à surveiller une salle remplie de 50 à 80 mômes qui avaient envie de tout sauf d'être en étude (on les comprend, d'autant plus quand ils s'y retrouvent plusieurs fois dans une même journée). Je voulais être dans l'accompagnement et le relationnel, comme au lycée, je n'ai que très peu pu les aider à faire leurs devoirs parce que c'était la discipline qui primait. Impossible d'accorder du temps. J'ai été déboussolée quand j'ai compris que les élèves se fichaient totalement de leurs camarades, leur demander de faire le silence par respect pour les copain.ine.s qui veulent bosser n'a strictement aucun impact. Aujourd'hui je me pose la question : étaient-ils égoïstes ou bien est-ce parce que c'est moi qui ordonnais ?

La guerre, ça n'a été quasiment que ça entre les élèves et moi. J'étais d'ailleurs foutue dès ma première semaine de boulot, je me suis faite détester et ça m'a minée. Je ne faisais pas ce job pour qu'on m'adore mais je ne voulais pas pour autant qu'on me haïsse. Je voulais apporter quelque chose, semer des graines, à la place j'ai donné des coups d'épée dans l'eau pendant huit mois.

Le collège dans son ensemble est-il la bouche de l'enfer ? Clairement, oui. Je ne connais pas une seule personne qui a adoré ces années scolaires. Je me suis moi-même souvent fait la réflexion : mon propre passage au collège s'est très bien passé, comment est-ce possible ? C'est très simple, j'ai subi le harcèlement scolaire à l'école primaire. Alors à partir de la sixième, je me suis toujours greffée aux groupes des plus populaires. Pendant quatre ans, mes différent.e.s ami.e.s m'ont servi de paravent et m'ont protégée sans s'en rendre compte (quelques séances de psy pour analyser ça, je ne vous le cache pas). Dans la cour de récré du collège, la violence est perpétuelle. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu des insultes à base de sale victime, sale chômeur, gros pédé, salope, pute et tutti quanti. Les gamin.e.s qui restent toujours seul.e.s parce qu'il.elle.s sont rejeté.e.s par des groupes pour des raisons fallacieuses. C'est abominable d'observer tout ça avec ses yeux d'adulte et de se rendre compte qu'on n'arrive pas à changer la donne malgré tous les efforts qu'on fait. Je n'ai pas de solution à proposer si ce n'est l'éducation, encore faut-il que tout le monde s'y mette.

Bilan des courses, je suis usée jusqu'à la corde. J'ai développé une intolérance maximale au bruit et j'ai commencé à prendre des somnifères pour dormir. Je ne veux plus jamais travailler dans un collège de toute ma vie, ce n'est bon ni pour moi, ni pour les élèves. Nous ne nous comprenons pas. Je n'ai pas la fibre et j'ai une admiration incroyable pour celles et ceux qui l'ont.