Rover @ Stereolux, Nantes.

Ça fait désormais 4 ans que je clame à qui veut l'entendre que j'adore Rover. Je ne me rappelle pas les circonstances de ma première écoute mais son premier album m'avait alors tellement subjuguée que Rover est devenu l'un de mes artistes favoris. J'aime tout chez lui : son style, sa musique, son attitude, son identité, c'est transcendant. Je l'ai déjà vu en concert il y a 3 ans, la veille de mon dernier déménagement, et c'était magnifique. J'ai réitéré la semaine dernière, au Stereolux à Nantes. Il a sorti un deuxième album l'année dernière, Let It Glow, dont le style est globalement différent du premier. Il est très influencé rock 70's alors que le premier album est beaucoup plus aérien. Entièrement enregistré en analogique, quand j'écoute le vinyle j'ai l'impression d'être transportée dans une autre époque.


Premièrement, je découvrais le Stereolux (salle de concert se situant sur l'Île de Nantes, là où se trouve notamment le gros éléphant pour vous situer) et j'ai été surprise par la taille du lieu. En entrant, je me suis retrouvée tout de suite devant la scène et j'ai d'abord été attirée par la hauteur de la salle par rapport à sa taille globale, puis j'ai remarqué les balcons. C'est aussi immense qu'intimiste, c'est dingue. Pendant le concert, le son était au top, autant vous dire que j'étais en joie.

La première partie a été assurée par Irina Von Brazil que je ne connaissais pas. C'est un chouette groupe de rock indé de Nantes (un vivier musical pour citer Rover lui-même). Musicalement, ils se situent entre Radiohead et Archive et ça tombe bien parce que je n'aurais pas mieux dit. Du coup c'était une chouette découverte et je tâcherai de les écouter plus amplement.

Quant à la prestation de Rover, comment vous dire... Il est toujours difficile pour moi de commenter le concert d'un artiste que j'adore parce que si je m'écoutais, cet article ne serait rédigé que d'onomatopées. A chaque fois, je suis comme une enfant qui découvre la vie. Disons que je me suis sentie littéralement envahie par sa musique et la mise en scène. Le charisme de cet homme est tel qu'il en est époustouflant. Il a une façon de jouer Tonight et Remember, du premier album, en live qui me fout une pêche d'enfer, et cette tournée-ci est dotée d'un musicien en plus sur scène, ils sont donc quatre et ça envoie du lourd. Et pourtant, vous savez, il n'y a rien de très original si on s'arrête purement et simplement sur les accords choisis pour les compositions... comme quoi ça ne pose aucun problème ! Ça m'arrive rarement mais quand le concert s'est terminé, je n'avais pas vu le temps passer et j'en voulais encore, je pouvais tenir deux heures de plus sans faiblir. Bon, pardon, tout ça est très décousu mais je voudrais y retourner là, maintenant.

Bref, j'ai adoré mais je pense que vous l'avez bien compris. Toujours est-il que ce soir, il est en concert à l'Olympia à Paris et il sera possible de le suivre en direct grâce à Culturebox ! Vous n'aurez qu'à cliquer sur ce lien à partir de 20h50. Enjoy !

Crédit photo : Nico Brunet, trouvée sur ce blog avec une interview de Rover de 2012 fort cool.

Lissie.

L'émission de radio que je co-anime chaque semaine est l'opportunité de mettre les femmes en avant grâce à des actions et des projets, ouvertement féministes ou non, et on en profite aussi pour diffuser de la musique essentiellement féminine avec une artiste ou un groupe par émission. Il n'y a pas vraiment d'autres règles, on peut aussi bien parler d'artistes reconnues comme essayer d'en faire découvrir. La semaine dernière, on a évoqué Lissie et je l'aime tellement que c'est l'occasion de développer.


Lissie, de son vrai nom Elisabeth Maurus, est née en 1982 à Rock Island, Illinois, USA. C'est une autrice, compositrice et interprète cataloguée dans les styles country, folk et rock et à raison parce qu'elle mélange tout ça, parfois en même temps, parfois non. Je sais qu'en France, on est assez frileux en ce qui concerne la musique country, on a Dolly Parton, le quadrille et le Stetson devant les yeux mais je vous rassure, ça a vachement évolué depuis. Je ne suis cependant pas là pour chanter les louanges de la musique country, aussi moderne soit-elle, parce que je n'aime de toute façon pas ça. Et pourtant j'adore Lissie. Je vais vous expliquer pourquoi.

Bien qu'elle ressemble tellement à Sandrine Kiberlain (j'aime bien Sandrine Kiberlain, sauf en tant que chanteuse), je suis d'abord tombée amoureuse de sa voix. Puissante, un peu éraillée, cassée mais sans abuser des cassures (ce qui est insupportable), elle a un style rock et simple de meuf badass, j'adore ça. A ce jour, elle a sorti plusieurs EP mais 3 albums : Catching a Tiger en 2010, Back to Forever en 2013 et My Wild West en 2016. A mon sens ils n'ont pas tellement à voir les uns avec les autres même s'ils se font parfois quelques clins d'œil. Ils sont tous sortis aux États-Unis et dans certains pays d'Europe mais on peut visiblement se brosser pour les trouver concrètement en France. C'est dans ce genre de cas que je suis si heureuse qu'Internet existe.


Le premier album, Catching a Tiger, est celui que j'aime le moins. Bien qu'il soit jugé excellent par la critique, je le trouve un peu trop country à mon goût (Little Lovin', Stranger, Cuckoo, Look Away, Oh Mississippi). Elle a quand même reçu l'ovation de Stevie Nicks et je dois dire que c'est plutôt cool. Le deuxième album, Back to Forever, est de loin mon préféré parce que c'est le plus rock de tous. J'aime bien écouter de la folk de temps en temps mais globalement, en musique, j'ai besoin d'énergie. Ici le style country a été carrément abandonné au profit d'accents plus pop. Enfin, My Wild West, juste sorti en février, est clairement folk et vraiment super joli !

Lissie compose des albums en béton mais elle a fait aussi tout un tas de covers : Mother de Danzig, Nothing Else Matters de Metallica, Stairway to Heaven de Led Zeppelin, Go Your Own Way de Fleetwood Mac que j'adore ou encore, pourquoi pas, Bad Romance de Lady Gaga, Hello de Lionel Richie et même Story of my Life de One Direction. Je pourrais continuer à en parler beaucoup mais il s'agit de musique alors mieux vaut écouter pour se faire une réelle opinion !


EVERYWHERE I GO
Catching a Tiger (2010)



SHAMELESS
Back to Forever (2013)



FURTHER AWAY
Back to Forever (2013)



DAUGHTERS
My Wild West (2016)



GO YOUR OWN WAY
Fleetwood Mac cover

"You... make man ? No... woman !" ou les aventures de Frankenstein.

Je souhaitais développer une série d'articles ayant des sujets essentiellement culturels liés à un style plus ou moins "gothique". J'utilise les guillemets parce que le mot gothique est ici totalement vulgarisé, ce n'est vraiment pas ce que vous croyez. Je me suis creusé la tête pendant plusieurs jours afin de trouver le titre adéquat à cette série et plusieurs jeux de mots avec gothique me sont venus, je me suis alors dit que ce n'était pas possible, je suis déjà suffisamment prise pour une gothopouf (non mais c'est parce qu'on me l'a déjà dit) comme ça avec mon pseudo et ma bannière, nul besoin d'alimenter la caricature. Vous vous demandez peut-être encore si je suis une gothique dans la vraie vie. La réponse est oui, quand j'avais 14 ans et que je ne me séparais jamais de mon long, très long manteau noir acheté chez Jennyfer. Cependant entendons-nous bien, c'était dans ma tête que ça se passait, physiquement je n'avais pas les moyens de mes ambitions. Et pourtant le doute a souvent traversé les esprits croisés au cours de ma vie parce que je m'habille principalement en noir et que j'exècre les motifs bariolés qui brûlent mes rétines (quand vient l'été, je ne mets plus les pieds dans les magasins de vêtements et je milite pour la cessation d'activité de Desigual). Et puis comme j'écoute du rock'n'roll, que je suis déjà allée au HellFest plusieurs fois et que j'éprouve pas mal de malaise devant tout ce qui est girly, vous imaginez bien que les raccourcis sont de mise. Alors que c'est complètement con puisqu'il suffit de venir chez moi et constater ma déco pour s'apercevoir que ma vie n'est pas une grande chambre noire. Bon, OK, j'ai peut-être une tirelire en forme de crâne posée sur une bibliothèque... Trêve de plaisanterie, cette introduction est déjà beaucoup trop longue et j'ai finalement décidé que cette série d'articles n'aurait pas de titre, voilà.

Je vais peut-être vous énerver un tantinet avec cette première édition puisque je ne vais pas vous parler de quelque chose d'inédit. Celles et ceux qui me lisaient avant la remise à zéro du blog vont peut-être s'en souvenir, je vais de nouveau aborder le sujet de Frankenstein. Je ne vais cependant pas copier-coller mon précédent article (juste quelques passages rudement bien écrits (#bodypositive))) parce que j'ai un élément à ajouter au dossier.


Qui est Frankenstein ?

Il s'agit avant tout d'un personnage inventé par Mary Shelley (1797-1851) pour le roman épistolaire et gothique Frankenstein ou le Prométhée moderne. Victor Frankenstein est un jeune médecin suisse obsédé par l'idée de créer la vie après la mort. Dans la culture populaire, il est vu comme un savant fou alors que le personnage originel voit son obsession aller crescendo. Toutefois, le postulat de l'homme solitaire dans son atelier à concevoir ses expériences morbides par temps orageux est réaliste. Premièrement, se sentant incompris de tous il s'isole. Deuxièmement, il récupère des membres çà et là pour les attribuer à sa créature. Troisièmement, il n'y a que les éclairs qui peuvent insuffler l'énergie nécessaire au corps monstrueux pour prendre vie. De nombreuses adaptations cinématographiques ont vu le jour, la plus célèbre reste celle de James Whale en 1931 dont Boris Karloff, jouant la créature, a imprégné l'imaginaire collectif. J'ai personnellement une certaine affection pour l'adaptation de Kenneth Branagh de 1994 et j'ai récemment vu la dernière version en date de Paul McGuigan.

Je vous déconseille de lire le reste de l'article parce que chaque paragraphe contient des spoilers sur les œuvres en question.


Le Frankenstein de Mary Shelley

Mary Shelley (les liens sont les portraits de ces gens) était une romancière britannique née en 1797 et morte en 1851. Fille de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et de l'écrivain William Godwin, elle a écrit Frankenstein ou le Prométhée moderne en 1818 à seulement 21 ans. Elle fut la maîtresse puis l'épouse de Percy Byssche Shelley avec lequel elle a beaucoup voyagé et côtoyé les grands lettrés de l'époque comme Lord Byron par exemple. Mary Shelley et sa bande se sont un temps retrouvés en vacances au bord du lac Léman et c'est là qu'ils ont notamment passé une soirée à écrire des histoires de fantômes. C'est comme ça qu'elle a eu l'idée d'écrire Frankenstein. Le roman raconte comment Robert Walton, alors en expédition vers le pôle Nord, recueille sur son bateau Victor Frankenstein en perdition avec son traîneau. Celui-là lui explique qu'il est à la poursuite de la créature monstrueuse qu'il engendra quelques temps auparavant. Hormis les premières et dernières pages, le roman est écrit à la première personne du singulier car c'est Frankenstein qui raconte son histoire. Il est tout d'abord question de son enfance à Genève avec ses parents et ses deux frères plus jeunes, Ernest et William, ainsi qu'avec Elizabeth, enfant pauvre recueillie par la famille et, un peu plus tard, fiancée de Victor. Puis viennent ses études de médecine à Ingolstadt, son idée obsessionnelle de faire revenir un mort à la vie et les multiples expériences qui en découlent. Enfin la naissance de sa créature abhorrée, la fuite et la vie de celle-ci jusqu'à ce qu'elle retrouve finalement son "père" et lui impose la création d'un être semblable mais de sexe féminin, pour terminer en pugilat meurtrier lorsque Frankenstein refuse de se compromettre une seconde fois (oui parce qu'il regrette).
"Si je suis malfaisant, c'est parce que je suis misérable. Ne suis-je pas repoussé et haï par l'humanité entière ?" la créature à Victor, chapitre XVII.

Frankenstein incarné par James McAvoy

Quel film atroce que Victor Frankenstein (Docteur Frankenstein en français) de Paul McGuigan (2015) avec James McAvoy et Daniel Radcliffe. Encore 1h50 de ma vie que je ne récupérerai jamais. Je savais à quoi m'attendre mais je pensais qu'avec un tel casting - ajoutons Andrew Scott (Moriarty dans Sherlock de Moffatt et Gatiss), Jessica Brown Findlay (Sybil dans Downton Abbey et bientôt la Sean Bean au féminin, je dis ça, je dis rien) et Charles Dance (entre autres Tywin Lannister dans Game of Thrones) - il y aurait un minimum d'efforts de faits. On a surtout, comme prévu, un bon gros film hollywoodien bien bourrin. L'époque de l'intrigue est floue mais osef puisqu'on est quelque part au XVIIIe siècle, elle se passe à Londres parce que c'est plus pratique pour tout le monde, le personnage de Victor Frankenstein est tellement stéréotypé que j'ai frôlé la crise de rires à plusieurs reprises, d'autres personnages sont totalement inutiles, et puis tellement d'autres défauts... Une telle insulte à Mary Shelley, c'est presque de l'art. Je ne suis pas contre les adaptations libres sauf si c'est pour faire n'importe quoi comme ça.

Le film commence avec la rencontre entre Victor Frankenstein (James McAvoy) et un jeune bossu (Daniel Radcliffe) prisonnier d'un cirque qui utilise des freaks. Tous les deux assistent à l'accident de la trapéziste Lorelei (Jessica Brown Findlay, magnifique faire-valoir de ce long métrage, hélas) qu'ils sauvent tous les deux en urgence d'une mort certaine. Victor est étudiant en médecine et remarque que le bossu s'y connaît plutôt pas mal en anatomie. Le premier aide le second à fuir le cirque non sans mettre la zizanie et un homme meurt dans la bataille. La police, incarnée par Andrew Scott, est alors appelée et Victor et le bossu sont recherchés. Victor soigne la bosse du bossu qui se tient droit en deux coups de cuillère à pot (alors qu'il a passé 20 ans à la perpendiculaire, ce n'est pas logique mais hollywoodien) et décide de le nommer Igor (parce qu'il n'a jamais eu de nom). C'est là que re-voici le fameux mythe de l'assistant de Frankenstein, le fidèle Igor, qui n'existe pas dans le roman de Mary Shelley mais est apparu dans la première version cinématographique de 1931, Frankenstein de James Whale :


On entre alors dans une symbolique foireuse aux gros sabots disant qu'Igor est la création de Frankenstein. Je vous rassure, il est question d'un vrai monstre humanoïde à la fin du film, toute d'images de synthèse vêtue et au charisme d'huître pendant que Robert DeNiro faisait parfaitement le job dans le film de Kenneth Branagh. Quoiqu'à un moment donné j'ai eu peur, Frankenstein avait assemblé une sorte de singe bien haineux et j'ai cru que c'était la créature finale, j'étais à deux doigts d'éteindre la télé et d'aller me coucher. Il est aussi question d'une dimension biblique tout à fait légitime et incarnée par l'inspecteur Turpin (Andrew Scott) mais hélas pas suffisamment exploitée. Je dirais même qu'elle a surtout servi de prétexte à l'enquête policière.
Les personnages de Victor et d'Igor ont une psychologie tellement survolée que le premier n'était qu'un taré en train de courir partout à qui on a envie de coller un pain pour qu'il se détende tandis que le second m'a rappelé les sombres heures du Harry Potter en pleine crise d'adolescence. Honnêtement, c'est dommage parce qu'avec les moyens d'aujourd'hui, on aurait pu faire un film de 2h30 qui aurait eu de la gueule. A la place, on a l'impression de regarder les Sherlock Holmes de Guy Ritchie. Non, ce n'est pas un compliment (mais si vous aimez, foncez). En revanche, avouons-le, le film est esthétique.


Frankenstein vu par Kenneth Branagh

Avant que je ne regarde l'adaptation de et avec Kenneth Branagh datant de 1994, on m'a prévenue qu'elle était plutôt mauvaise. Je me suis quand même permis un doute sur le sujet étant donné que je suis une grande admiratrice du monsieur. La remarque négative qui revenait en majorité était que cette version est beaucoup trop théâtrale. Mais enfin ! Tant mieux ! Je l'ai globalement adoré !

Ici, Victor (Kenneth Branagh) n'a plus qu'un seul frère, le petit William, et maman Frankenstein meurt en le mettant au monde. Henry Clerval (Tom Dulce, le Mozart d'Amadeus), l'ami le plus proche de Victor, est plus ou moins mis au courant de ses expériences alors qu'il n'en est rien dans le livre de Shelley, il y est même décrit comme plutôt naïf et fleur bleue. De plus, il y est assassiné par la créature alors qu'il se trouve en Ecosse avec Victor afin que ce dernier puisse fabriquer secrètement la compagne hideuse. Cette partie est zappée dans le film et on ne sait pas vraiment ce qu'il advient de Clerval. D'ailleurs, Branagh ne s'est pas non plus attardé sur l'histoire de la famille dont la créature apprend beaucoup (c'est-à-dire à lire, parler et réfléchir). Je suppose qu'il aurait fallu ajouter au moins une heure de film et il en fait déjà deux. Il y a toutefois une évolution majeure entre le livre et le film qui m'a énormément plu et concerne Elizabeth (Helena Bonham Carter). Ce personnage manque cruellement de personnalité chez Mary Shelley tandis que Kenneth Branagh lui confère un caractère flamboyant (c'est mon côté féministe qui parle). J'ai cependant beaucoup moins aimé le fait que Victor essaie de la faire revenir à la vie après son assassinat par la créature (Robert DeNiro, incroyable) même si je comprends le parti pris. Dans le livre, Frankenstein ne peut se résoudre à créer la compagne de son premier monstre et jette les restes à la mer (en résulte alors la mort de Clerval).

Quand on connaît Kenneth Branagh, je peux vous assurer que ce film n'est pas aussi théâtralisé que ça. La performance de l'acteur est aussi exceptionnelle que subtile, la descente aux enfers de Victor est rudement bien amenée. Il passe habilement du jeune homme joyeux, amoureux et insouciant à la folie pure et dure, et c'est superbe. Ce film a su combler des manques éprouvés par le récit de Mary Shelley.



Mes conseils pour s'y mettre

Je ne vais pas être très originale mais si le mythe de Frankenstein vous intéresse, commencez par lire le roman de Mary Shelley. Tout simplement parce qu'il pose les bases et vous permet de dissocier l'authentique littéraire de l'invention hollywoodienne. Si vous voulez pousser le bouchon plus loin et que les romans gothiques vous intéressent ainsi que le contexte littéraire de l'époque, fiez-vous à cette liste. Et puis voyez le film de James Whale si vous êtes amateurs de classiques, celui de Kenneth Branagh si vous souhaitez un minimum de fidélité et enfin la version de Paul McGuigan pour vous marrer (ou alors si vous n'en avez rien à foutre et que vous voulez juste être divertis).

Comment je suis devenue féministe.

Je suis l’aînée de la fratrie et mes parents m’ont eue assez jeunes, ma mère allait avoir 25 ans et mon père en avait 27. Tous les deux étaient des rebelles, fuyant chacun une famille oppressante à problèmes divers. Ma mère a subi un géniteur aussi violent qu’absent et mon père était le fils unique d’un couple aux valeurs patriarcales d’un autre âge et déjà quarantenaire à sa naissance. Quatre ans après moi, mon frère est venu au monde.

J'ai toujours pensé avoir grandi dans une famille normale. Elle n'était pas très étendue mais tout se passait bien à priori. Et puis l'élément déclencheur. A 42 ans, ma mère a fait une dépression nerveuse. Schéma classique : arrêt maladie prolongé, elle pleurait beaucoup, prenait des anti-dépresseurs, a failli se défenestrer. Ça a été très difficile parce que ma mère était le pilier de la famille, sans elle et sa gestion au millimètre, tout se cassait la gueule. J'avais 17 ans et j'étais complètement perdue. Je savais pourquoi elle était tombée malade, son travail était horrible et elle se prenait son passé comme un boulet dans le ventre. A aucun moment je n'ai pensé à son couple, et pourtant c'était également un facteur.
Elle a fini par guérir. Ça a même été plutôt rapide, quelques mois tout au plus. Au bout de ce laps de temps, quand j'ai eu 18 ans, c'est moi qui ai fait une dépression. C'est également à ce moment là que je considère avoir vécu une renaissance. J'ai beaucoup changé, en positif comme en négatif, et j'ai surtout analysé ma vie et mon entourage petit à petit.

Après sa dépression, ma mère a passé les années suivantes à se renfermer sur elle-même. Elle était clairement aigrie voire parfois odieuse, n'aimait jamais rien, ne voulait jamais rien faire, je la trouvais très chiante et j'étais heureuse de partir loin d'ici à 20 ans pour démarrer ma vie d'étudiante. J'avais déjà constaté durant mon adolescence que ma mère faisait tout à la maison : toutes les corvées ménagères, la cuisine, l'aide aux devoirs, les comptes, etc. Je lui ai demandé plusieurs fois pourquoi mon père ne l'aidait jamais, elle me répondait qu'il en faisait bien assez comme ça. C'est-à-dire qu'il réparait nos voitures constamment en panne et s'afférait aux quelques travaux de la maison et dont on n'a toujours pas vu le bout en 2016 soit dit en passant. A cela, je n'avais plutôt pas intérêt de renchérir sinon ma mère s'énervait. Aujourd'hui, je crois que c'est parce qu'elle savait que je pointais quelque chose du doigt mais elle ne voulait pas l'admettre. Mon père avait beau être un rebelle pendant sa jeunesse, son éducation l'a très vite rattrapé. Si le repas n'était pas servi à midi tapante, il râlait. S'il n'était pas prêt pour 20h, il râlait. Chaque repas était accompagné de la télévision allumée sur le journal de TF1. Si mon frère et moi parlions pour raconter notre journée, notre père râlait parce qu'il n'entendait pas la télé. Chaque fois qu'il s'exprimait, c'était pour râler, raconter ses journées pourries à son travail nul, nous engueuler mon frère et moi ou brailler sur notre mère. Qui braillait plus fort. Et ça finissait en pugilat. Tous. Les. Jours.

Quand j'ai eu 14 ans, j'étais une adolescente normale. J'entends par là que j'ai demandé un scooter à mes parents. Je savais qu'ils allaient refuser car ils n'avaient pas les moyens mais j'espérais m'en faire offrir un à mon anniversaire ou à Noël avec la participation de la famille ou, du moins, récupérer une vieille mobylette quelconque à retaper. Je voulais juste être mobile parce qu'on vivait au milieu de nulle part. J'étais assez sûre de mon coup étant donné que mes deux parents sont d'anciens motards. Ma mère a dit non, elle trouvait ça trop dangereux parce qu'elle n'avait aucune confiance en les autres usagers de la route (une des dernières sorties à moto de mes parents s'est soldée par un accident grave). Mon père, lui, a dit non en invoquant le fait que je n'avais pas "le sens mécanique". Je ne me suis pas laissée démonter et je lui ai demandé de m'apprendre. Il n'a jamais voulu. Quand mon frère a eu 14 ans à son tour, il a également demandé un deux roues et l'a obtenu sans avoir besoin d'argumenter. Ceci est un exemple parmi beaucoup d'autres.

Ma mère a quitté mon père il y a 4 ans. Elle est partie de la maison avec ses vêtements et un buffet, j'ai constaté qu'elle avait aussi laissé son aigreur derrière elle. Mon père l'a très mal vécu, il n'a jamais été fichu de comprendre les raisons pourtant évoquées par ma mère. Le divorce a été extrêmement compliqué et vient seulement d'être finalisé. Ma mère a emménagé dans un T1 bis avec son travail précaire payé au SMIC et sa voiture de 30 ans qui perd de l'huile mais gagne de la rouille. Elle ne possède rien, si ce n'est peut-être un jour la maison de sa mère, actuellement dans un établissement de soins pour malades d'Alzheimer, qu'elle devra partager avec sa sœur et son frère. Mon père, lui, a conservé la maison familiale et possède aussi les deux maisons de ses parents décédés (l'une est en location permanente, l'autre est un gîte). Il n'est pas du tout dans le besoin mais rechigne à donner sa part de la maison familiale à ma mère. Et puis au-delà du fait de manipuler leurs amis en commun pour qu'ils haïssent ma mère, il a même essayé de faire en sorte qu'elle soit licenciée de son travail afin qu'elle renonce au divorce. Le chantage par l'argent, le nerf de la guerre, ce pouvoir que l'homme croit posséder en toute perfidie sous prétexte qu'une femme aurait besoin de lui. Ce que mon père n'admettra jamais, c'est que ma mère aurait préféré vivre sous un pont plutôt que de revenir vivre avec lui.

Un divorce ne touche pas que les parents, les enfants sont aussi concernés. J'en ai fait les frais. Quand ma mère est partie, j'ai téléphoné à mon père de temps en temps. Je n'ai pourtant jamais rien eu à lui dire étant donné qu'il ne s'est jamais intéressé à ce que je faisais et ne m'écoutait jamais parler, mais je pensais effectuer mon devoir de fille, j'ai été éduquée comme ça. Quand il a commencé à se plaindre de ma mère, j'ai espacé mes appels, estimant que je n'avais pas à subir ça. Au bout d'un mois sans prendre ni donner de nouvelles, je suis allée le voir directement. Ce jour-là, il a refusé de me dire bonjour et m'a ignorée de longues minutes. Il a fini par craquer et m'a engueulée comme lorsque j'avais 8 ans (sauf que j'en avais 26) en me reprochant de ne jamais l'appeler. J'ai tenté tant bien que mal de lui expliquer que je refusais de l'entendre geindre à propos de ma mère à chaque fois mais il a ponctué notre conversation en m'insultant de "sale petite pétasse". Je suis partie en furie et j'ai juré qu'il pouvait toujours se brosser pour avoir de mes nouvelles après ça. Sachant pertinemment que je ne pourrais jamais en placer une si je lui parlais à nouveau, je lui ai toutefois envoyé un mail peu après pour lui dire que j'attendais ses excuses. Les mois qui ont suivi, il a laissé de multiples messages sur mon répondeur pour m'expliquer qu'il avait eu raison de m'insulter et que je l'avais bien mérité. Connaissant mon père bien mieux qu'il ne me connait moi, cela veut tout simplement dire qu'il est le père, que je suis la fille et qu'en ce sens, il a toujours raison et moi toujours tort. Je dois rester à ma place de fille, me taire et obéir sagement. L'été dernier, jour de canicule et au bout de trois années à filtrer ses appels, il est venu chez moi sans s'annoncer. Ayant déménagé depuis notre dernière entrevue, je ne lui avais jamais communiqué mon adresse et je suis sur liste rouge, je cherche encore le(la) coupable de cette bavure. Il a donc sonné et j'ai ouvert sans regarder au préalable qui cela pouvait être, d'autant que j'attendais une possible venue de mon voisin. Quand je l'ai vu, mon premier réflexe a été de lui fermer la porte au nez mais il m'en a empêchée. Il est entré de force chez moi et a refusé de partir à ma demande. Il a exigé des explications sur notre situation conflictuelle sans jamais se remettre en question. Je lui ai demandé une quinzaine de fois de quitter les lieux, qu'il n'était pas le bienvenu. Il me répondait par des attaques sur mes choix de vie ainsi que des insultes diverses qui changeaient un peu du "sale petite pétasse". Ce jour-là, je me suis sentie plus bas que terre, rarement quelqu'un ne s'était adressé à moi avec aussi peu de respect. J'avais clairement l'impression d'être son paillasson. Pendant les 15 longues minutes où il refusait de s'en aller, j'ai dû téléphoner à mon copain, un collègue et la police pour qu'ils viennent tous me sortir de là. C'est mon copain qui est arrivé le premier dans une colère que je ne lui connaissais pas et il a mis mon père dehors de force. Puis les flics sont arrivés et ont fini par le faire déguerpir. Le soir-même je me rendais au commissariat pour déposer une main courante contre lui.

Je viens d'une famille où les femmes sont considérées comme des serpillères depuis plusieurs générations. Je suis issue de ces femmes qui se sont clairement rebellées et battues pour faire des études, ne pas être cantonnées à un unique rôle de mère, trouver leur place dans la société ou encore s'affranchir d'un mari violent. Je suis moi-même une fille qui a subi la violence patriarcale de plein fouet. Mon vécu et celui de mes aïeules ont façonné la personne que je suis aujourd'hui, c'est pour cela que je me revendique comme féministe et que je lutterai pour les droits des femmes.