Cinéma #5 et que des comédies.

THIS IS WHERE I LEAVE YOU, de Shawn Levy (2014)


Non mais avez-vous vu ce casting ? C'est la seule raison qui m'a motivée à regarder ce film parce que je n'avais strictement jamais entendu parler de lui. Je suis simplement tombée sur l'affiche dans ma timeline Facebook et je me suis dit que je devais voir ceci juste à cause de tous ces acteurs. Bon bah voilà, c'est fait. Ce n'est pas un gros film, simplement une comédie dramatique familiale sans prétention mais intéressante rien que pour le cynisme de Jason Bateman. J'adore ce type. En revanche, Tina Fey manque de folie (elle est même franchement fade), Jane Fonda est trop cool et Adam Driver fait trop du Adam de Girls.
En gros, à la mort de leur père, quatre enfants se retrouvent dans la maison de leur enfance auprès de leur mère et il va se passer plein de choses et de révélations en tout genre en l'espace d'une semaine. Bon, voilà, disons que c'est un film de dimanche soir. C'est sympathique, ça divertit et puis ça vous parle si vous aimez les fresques familiales un peu drôles.


BROKEN ENGLISH, de Zoe Cassavetes (2006)


J'ai voulu voir ce film parce qu'il apparaît dans la filmographie de Justin Theroux, acteur que je convoite depuis que je regarde The Leftovers. Il n'a qu'un tout petit rôle dans Broken English mais il a une crête, ça vaut le coup d'œil. Trêve de plaisanterie : il est question ici de Nora (Parker Posey), la trentaine, new-yorkaise un poil névrosée avec un boulot pourri qui vit le célibat comme un poids. Elle est vraiment obsédée par l'idée de trouver l'homme de sa vie et en plus, tous ses proches l'emmerdent avec ça. Et puis pouf, elle rencontre Julien (Melvil Poupaud). Je suis très satisfaite de ce film parce qu'il n'est pas traité comme une comédie romantique mièvre et insupportable qui suinte le love à tous les étages. Il est tout à fait possible de parler d'amour et de relation de couple de façon sensée et réaliste, ici c'est beaucoup plus parlant. Je préfère donc les comédies romantiques indé, je crois que c'est assez clair.

Pour la généalogie, sachez que Zoe Cassavetes est la fille du réalisateur John Cassavetes et de Gena Rowlands (qui joue donc ici dans Broken English), et la sœur de Nick Cassavetes qui a notamment réalisé The Notebook. Et c'est drôle parce que je trouve que Broken English est beaucoup plus fin que The Notebook, comédie romantique je ne supporte pas.


WANDERLUST, de David Wain (2012)


Encore un film que j'ai voulu regarder à cause de la présence de Justin Theroux et grand bien m'en a pris pour plusieurs raisons. D'une part, Justin Theroux y est très à mon goût. Le look hippie barbu aux cheveux longs avec la chemise ouverte, ça me plaît. D'autre part, j'ai globalement trouvé ce film très drôle. Marrant au point de rigoler carrément, voyez-vous. Pourtant, je suis assez difficile en terme de comédies américaines car je ne supporte pas ce qui est trop potache et graveleux. J'ai même trouvé un potentiel comique à Jennifer Aniston, moi qui l'ai toujours trouvée plutôt fade.
Mariés et menant une vie plutôt bobo, Linda (Jennifer Aniston) et George (Paul Rudd) se retrouvent au bout du rouleau quand ils perdent tous les deux leur travail en même temps alors qu'ils viennent d'acheter un studio minuscule et horriblement cher à New York. Ils sont alors contraints de déménager à Atlanta, où habite le connard beauf de frère de George, Rick, qui a réussi sa vie parce qu'il est blindé (mais avec un enfant idiot et une épouse dépressive). Linda et George croisent la route d'un camp de hippies où ils finissent par s'établir quelques temps.
Dans ce film, les hippies en question sont des grands malades. Alors évidemment, le trait est complètement grossi mais c'est le propre d'une comédie, je ne vous apprends rien. Wanderlust est un peu le festival du n'importe quoi mais dans le bon sens du terme, et puis ça parle de rapports humains, et tous les gags ne sont pas lourdingues, bien au contraire, ça fait du bien. Autant je suis bon public en cinéma en général, autant il faut apprendre à me séduire en comédie et là, je dis oui.

Le syndrome de l'imposteur.

J'ai passé les vingt premières années de ma vie à la périphérie du Mans, ville où je suis née. J'ai connu deux déménagements et trois maisons, de plus en plus près d'elle à chaque fois. Je me suis davantage rapprochée de son centre à mesure que j'avançais dans ma scolarité pour enfin obtenir mon baccalauréat en son cœur historique. Quand mes parents ne me déposaient pas au lycée en voiture, il fallait que je m'y rende par mes propres moyens et c'était tout un parcours. Un car avait au préalable sillonné une partie de la Sarthe avant de s'arrêter juste devant ma maison chaque matin à 7h10. Il arrivait au terminus, près de la gare du Mans, à 7h30. Je devais ensuite prendre le bus - à l'époque le tramway n'était pas encore en service et même pas encore en travaux - dans lequel se trouvaient également souvent ma prof de philo et celui d'italien qui arrivaient par le même train. C'était toujours rassurant de les voir parce que ça voulait dire que je n'étais pas en retard. Ainsi le bus traversait tout le centre-ville, s'arrêtait à La Croix-de-Pierre et je n'avais plus qu'à remonter la rue pour arriver au lycée. Ça, c'est quand je commençais les cours à 8h. Quand j'avais la chance de commencer plus tard mais que les horaires de mon car s'en tamponnaient pas mal, je me dispensais du bus et je traversais le centre-ville à pied. Toujours avec de la musique dans les oreilles. La lumière du matin, la ville qui s'éveille et le temps que j'avais devant moi, j'adorais ça. Parfois, je faisais un crochet par le Vieux Mans, puisque mon lycée se trouvait à sa lisière, et c'était un véritable bonheur d'observer sa beauté. Je connaissais ses artères et tout ce qui s'y trouvait par cœur. J'étais une spectatrice discrète, une simple observatrice, j'étais en terrain connu même si je ne me sentais pas vraiment chez moi pour autant. Déjà à l'époque j'étais une imposteur parce que j'habitais dans un village en périphérie.


A 20 ans, j'ai obtenu mon bac après avoir passé cinq années au lycée. J'ai ressenti le besoin de m'en aller et j'ai choisi Nantes. Je ne me souviens plus du tout du moment où j'ai pris cette décision et s'il y a eu un élément déclencheur, j'ai l'impression d'avoir occulté.
J'ai vécu une seule année à Nantes, dans une chambre de cité universitaire. J'allais à la fac et je déambulais dans les rues de la ville quand je n'avais pas cours. J'ai mené une vie d'étudiante plus ou moins insouciante, je ne me posais pas de question. Étais-je chez moi ?

Mes finances et ma propension à suivre des études ont vite posé problème, je n'avais plus les moyens de rester en cité universitaire. J'ai alors passé plusieurs mois sans fixation, entre la maison de mes parents à la périphérie du Mans, où il était cauchemardesque de rester, et l'appartement de mon mec à La Roche-sur-Yon, ville située à 1h de Nantes. Après une année d'université et presque une autre de galères, j'ai repris mes études à Nantes tout en habitant à La Roche. Je n'avais pas encore mon permis de conduire mais, après tout, les parisiens passent des heures dans le métro et le RER le matin, je n'allais pas être effrayée par 2h de train aller-retour chaque jour entre la Vendée et la Loire-Atlantique ! Quand j'avais du temps devant moi, je recommençais mon cirque dès que je descendais du train. Je faisais le trajet à pied entre la gare et la fac en suivant la ligne de tram. Passer devant le château, traverser Bouffay et longer les quais de l'Erdre, j'adorais ça et ça ne me prenait que 3/4h. Avec de la musique dans les oreilles, toujours. J'ai de nouveau raté mon année universitaire mais j'aimais ce que je faisais alors j'ai pris la décision de redoubler. J'ai ajouté un job à mon fardeau. Jusqu'alors je n'avais pas vraiment le temps de réfléchir à ma vie en Vendée, je ne lui connaissais qu'un morceau de plage où je me rendais plus jeune en vacances avec ma mère, et je n'avais pas l'intention de m'y établir pour la vie, tout n'était que temporaire. Mais j'ai trouvé un travail qui a changé ma conception des choses. Je vivais et travaillais à La Roche tout en étudiant à Nantes et j'ai perdu pied. J'ai fini par choisir le salaire régulier et j'ai lâchement abandonné les études. Je savais pourtant que ce boulot ne durerait pas mais je m'y suis investie parce que je m'y suis beaucoup plu. Je m'y sentais à ma place, c'est un sentiment rare.


Aujourd'hui, mon contrat est terminé depuis huit mois et je suis propriétaire d'une maison dans le centre-ville de La Roche après y avoir déménagé quatre fois en presque neuf ans. J'habite en Vendée depuis 2007 et je ne me vois pas vivre ailleurs parce que je me suis habituée à elle. Je connais plutôt bien La Roche, je m'y promène volontiers mais la vieille ville du Mans me manque. Ici, tout est neuf (la ville a été fondée en 1804) et on ne peut pas dire qu'elle soit très belle comparée à ce que j'ai pu voir auparavant. Je connais aussi la côte où j'ai mes plages préférées, j'ai quelques copains et beaucoup de connaissances disséminés dans le département mais je ne me sens pas vraiment chez moi. J'ai peur de rencontrer des gens lorsque je sors me promener. Je déteste l'impromptu, j'aime le calme et j'ai peur qu'on me dérange. J'aime l'environnement où je vis mais je ne m'y sens pas suffisamment à l'aise, je voudrais pouvoir conserver ma sauvagerie sans passer pour quelqu'un d'impoli.

J'ai l'impression que je serai toujours en marge. J'ai toujours conservé mon rôle d'observatrice avec ce malaise permanent, une sorte de syndrome de l'imposteur. Je ne sais pas vraiment où j'habite ni d'où je viens, je sais encore moins où je vais et je ne me sens à ma place nulle part. Je suis une casanière sur un siège éjectable qui a la bougeotte. Je n'ose pourtant pas aller dans certains endroits sans y être habituée, ce qui est paradoxal puisqu'il suffit de s'y rendre pour devenir habituée. Comme quand je n'avais pas ma place au fond du car scolaire lorsque j'étais au collège. Comme quand je me suis toujours vue comme le vilain petit canard de ma famille. Comme quand je sens qu'on peut m'envoyer bouler à tout moment parce que j'ai toujours conservé cette sensation de ne pas être assez cool pour faire / obtenir quelque chose, sociabiliser avec certaines personnes. Finalement, c'est en écrivant ces lignes que je me rend compte que, ces trente dernières années, tant de choses et d'événements n'ont fait que nourrir ma peur d'être rejetée, de ne pas être aimée, d'échouer. Et puis ça se vérifie souvent. Parfois c'est de ma faute, parfois non. Parfois - et rarement - ça marche, mais pour combien de temps ? Et le reste du temps, je suis en équilibre.


N. B. : j'ai pris ces trois photos à la plage de Sauveterre, près des Sables d'Olonne, en Vendée. La première et la dernière datent du mois de novembre 2015, la deuxième de mars 2016.

Cinéma #4

THE LOBSTER, d'Yorgos Lanthimos (2015)


En avril je n'ai regardé qu'un seul film mais The Lobster valait le coup. C'est une co-production assez hallucinante puisque c'est un film gréco-anglo-irlando-franco-néerlando-américain (!!). Le casting est tout aussi riche puisqu'on retrouve Colin Farrell, Rachel Weisz, Olivia Colman (Broadchurch), Léa Seydoux, Ben Whishaw et John C. Reilly, entre autres. The Lobster est un bon client pour les amateurs d'histoires chiadées sorties d'esprits malades (c'est un compliment), j'avais retrouvé le même type de sensations en regardant Dans la peau de John Malkovich, Donnie Darko, Mr. Nobody ou encore du Terry Gilliam et pourquoi pas du Spike Jonze. D'ailleurs le personnage de Colin Farrell est physiquement ressemblant à Joaquin Phoenix dans Her, des similarités aussi au niveau des personnalités, du moins dans la première partie de The Lobster. Il est question ici d'anticipation puisque dans un futur proche, chaque personne célibataire est obligée de séjourner 45 jours dans un hôtel spécialisé. Si au bout de ce temps imparti la personne ne retrouve pas l'amour, elle sera alors transformée en un animal de son choix. Si la plupart de la population respecte la loi, il y a toutefois une bande de rebelles vivant comme des nomades dans la forêt. C'est assez difficile d'en parler parce que ce film est tellement spécial qu'il ne peut clairement pas plaire à tout le monde. On peut aussi y être très sensible comme absolument hermétique. Le truc, c'est qu'il est évidemment plein de métaphores et qu'il est question de liberté, de différence, de surréalisme et d'absurde aussi un peu mais pas tant que ça. Ce film est beau, voyez-le !

- Now, have you thought of what animal you'd like to be if you end up alone ?
- Yes, a lobster.
- Why a lobster ?
- Because lobsters live for over one hundred years, are blue-blooded like aristocrats, and stay fertile all their lives, I also like the sea very much.