Que fait-on pour Halloween ?

Quelle délicieuse fête qu'est Halloween où tout le monde se réjouit d'avoir la trouille en mangeant de fort appétissants cucurbitacées ! Plus les années passent et plus nous récupérons ce folklore mais il faut avouer qu'il est tout de même beaucoup plus intéressant que notre bonne vieille Toussaint si morne qu'elle nous angoisse juste par son terne aspect. En ce qui concerne ma soirée, elle va se dérouler en pyjama devant des films de genre à avaler de la nourriture pas super saine, c'est la tradition.

J'ai eu l'idée de ce billet à 16h30 aujourd'hui et j'ai dû me dépêcher de prendre mes photos avant que la nuit tombe. Vous savez bien que nous venons d'entrer dans une période de deux mois de nuit éternelle et j'ai beau être noctambule et un peu dark dans ma tête, j'ai aussi besoin de soleil. Bref, merci de ne pas vous moquer de ces photos, je ne pratique jamais la mise en scène pour ce blog et j'ai fait avec les moyens du bord. Je suis bien contente d'avoir laissé ces fleurs sécher depuis de nombreuses semaines à l'air frais de ma véranda sans aucune raison, si ce n'est peut-être la flemme et l'oubli. Finissons donc ce mois d'octobre en beauté avec un peu de culture, et j'utilise Halloween comme prétexte mais très franchement, tout ce qui vient ci-après, chez moi c'est toute l'année.


Qu'est-ce qu'on écoute ?


L'ambiance musicale n'est pas un luxe et il y a tellement d'excellentes choses à écouter qu'il est très difficile de faire un choix. Je me suis principalement rangée du côté des classiques, y compris pour les films et la littérature, parce qu'il est important de connaître ce qu'il y a de meilleur. Il est donc tout naturel d'écouter Paranoid de Black Sabbath et pour plusieurs raisons : ce groupe est le fondateur du heavy metal, Ozzy Osbourne, et Paranoid, qui est le deuxième album du groupe sorti en 1970, contient War Pigs, Paranoid, Iron Man et la très belle Planet Caravan. Deux ans plus tard est sorti School's Out d'Alice Cooper et ce vinyle est hyper cool parce qu'on peut soulever la partie supérieure de la pochette comme un bureau d'écolier. Ici on aime bien le hard rock. Je termine avec Tom Waits et son magnifique album Mule Variations sorti en 1999. Non pas que ce soit spécialement gothique mais je crois que Tom Waits a tout à fait sa place ici. J'adore cet homme.


Qu'est-ce qu'on lit ?


Voici deux beaux livres que j'aime beaucoup. Le premier est Atlas des lieux maudits d'Olivier Le Carrer sorti en 2013 aux éditions Arthaud. Le nom de ce livre est assez éloquent, il répertorie en effet les lieux supposés maudits à travers le monde.
De la réserve naturelle de Kasanka en Zambie envahie par des nuées de chauves-souris, au ténébreux phare des disparus d'Eilean Mor perdu dans les îles Flannan, en passant par la sinistre forêt des suicidés d'Aokigahara au Japon ou la diabolique demeure coloniale du 112 Ocean Avenue à Amityville, chacun des quarante lieux recensés renferme une histoire aussi tourmentée que fascinante.

Edgar Allan Poe est un maître du genre, aussi n'importe quelle édition de ses histoires peut faire l'affaire. Toutefois, Les contes macabres illustrés par Benjamin Lacombe aux éditions Soleil est un superbe ouvrage qu'il serait bien dommage de ne jamais feuilleter. En plus, la tranche est complètement noire. Le livre contient plusieurs contes : Bérénice, Le Chat noir, L'Île de la Fée, Le Cœur révélateur, La Chute de la maison Usher, Le Portrait ovale, Morella et Ligeia, ainsi qu'une partie biographie de l'auteur.



Qu'est-ce qu'on regarde ?


Alors qu'il existe un nombre incalculable de films tout à fait propices au soir d'Halloween, permettez-moi de vous en proposer là encore trois excellents revisitant les plus grands mythes. Wolfman de Joe Johnston (2010) est un chouette film s'appropriant le mythe du loup-garou. Lawrence Talbot (Benicio Del Toro) revient chez son père (Anthony Hopkins) au domaine familial suite à la disparition de son frère. Il apprend qu'une terrible malédiction pèse sur la région alors il enquête. Je ne vais pas radoter sur Frankenstein de Kenneth Branagh (1994) parce que je vous ai déjà écrit un billet complet sur la question, sachez simplement que j'insiste bien sur le fait que vous devez visionner cette superbe version du roman de Mary Shelley. Enfin, last but not least, Dracula de Francis Ford Coppola (1992) parce que c'est l'un des plus beaux films qui soient. Cette adaptation du roman de Bram Stoker (1897) est assez libre mais traitée avec une grande poésie. J'aurai certainement l'occasion de m'étendre un peu plus sur le sujet (ça fait longtemps) dans un futur proche.


Qu'est-ce qu'on mange ?


Oui parce que nourrir sa culture c'est bien, mais ça donne faim. J'ai reçu ce livre de recettes de cuisine il y a un certain temps maintenant lors d'un swap et je l'adore. Les criminels passent à table d'Estérelle Payany chez Flammarion regroupe 30 recettes qui s'inspirent des méchants de la littérature. C'est ainsi que vous retrouverez comment faire les possets de Lady MacBeth, le chaud-froid de poulet selon Milady, la tarte à la mélasse selon la Reine de Cœur d'Alice au Pays des Merveilles ou encore les biscuits des marins selon Long John Silver. Même Amélie Nothomb et Bret Easton Ellis ont droit à une recette associée.



Voilà, je crois que j'ai fait le tour pour cette année. Alors vivement l'année prochaine pour d'autres références, je suis pleine de ressources ! Passez un excellent Halloween ! BOUH !

SATE @ Fuzzyon, La Roche-sur-Yon.

Samedi soir, je suis allée à un concert par pur hasard. Certes, j'avais planifié la date depuis des mois, mais je ne savais pas du tout à quoi j'allais assister. Je parle de hasard parce qu'un jour j'ai pris connaissance de la programmation du Fuzz'Yon pour la saison, j'ai été interloquée par SATE et la description de sa musique, puis j'ai furtivement vu la vidéo de Know My Name (à regarder en fin d'article), et alors j'ai su. J'ai attendu plusieurs mois avec beaucoup de curiosité, j'ai refusé d'écouter ce qu'elle faisait afin d'avoir la surprise lors du concert. J'aime de plus en plus faire ça, ça me provoque des sensations pures.


C'est assez compliqué de parler de SATE en tentant de raison garder car c'est une explosion dans ma tête. Je suis rarement déçue quand je vais à un concert, je réussis à faire de bons choix musicaux même quand je ne connais pas le groupe auparavant. Je dis aussi à chaque fois en sortant que je me suis pris une claque et c'est la vérité, je n'arrive pas tellement à être blasée musicalement parlant. Mais là ce n'est pas pareil, je n'ai pas pris une claque mais un uppercut.

SATE, c'est aussi Saidah Baba Talibah, peut-être l'avez vous connue sous ce nom. Elle est originaire de Toronto au Canada et est la fille de Salome Bey, grande chanteuse soul depuis les années 60. SATE est accompagnée de quatre musiciens : Wade O. Brown aux claviers, Alex St. Kitts à la basse, Kirt Godwin à la guitare et Tony Rabalao à la batterie. Parmi les influences, on va de Black Sabbath, avec une excellente reprise de War Pigs en rappel, à Muddy Waters, en passant par Jimi Hendrix et Big Mama Thornton. C'est tellement justifié en plus ! On retrouve chaque influence distinctement, c'est complètement dingue. C'est à la fois du rock et du blues qui tâchent, avec une teinte de soul, autant de rage que de passion. C'est une musique qui vous pénètre et vous exorcise. J'ai parfois personnellement besoin que la musique me fasse cet effet et c'est ce que j'ai ressenti lors du concert. Dommage que je sois pudique sinon j'aurais sauté partout avec les bras en l'air. Même si ce n'était pas physiquement visible, j'étais grave en transe à l'intérieur.

 
Sate et Alex St. Kitts (Instagram)

Le premier album de SATE est disponible depuis le 7 octobre et s'appelle RedBlack&Blue. C'est une compilation de ses trois précédents EP. Le titre de cet album est une référence à ses trois animaux totems : le rouge-gorge, la panthère noire et le papillon morpho bleu, ainsi qu'un hommage aux trois femmes de sa vie : sa maman, sa fille et sa sœur. Si vous avez envie d'acheter l'album et de faire une bonne action en même temps, je vous invite à le faire via Pledge Music parce que de l'argent est reversé à Alzheimer Society of Canada (la maman de Sate est atteinte de la maladie d'Alzheimer). Vous pouvez également le trouver sur Spotify, j'ai d'ailleurs mis mes morceaux préférés dans la playlist que vous pouvez désormais retrouver dans le menu de gauche.

Me voici donc de nouveau en train de prêcher la bonne parole mais allez-y, écoutez et vous m'en direz des nouvelles !


KNOW MY NAME


FEEL



WARRIOR + SILENCE en live

Cinéma #10 et ce que j'entends par "films de filles".

Je ne l'ai presque pas fait exprès mais ces dernières 24h, j'ai regardé deux films qui ont fait de moi une meuf comblée. Le premier dont je vais vous parler est résolument féministe, ce qui est sans doute moins la vocation du second mais j'y ai trouvé des choses intéressantes.


GHOSTBUSTERS, de Paul Feig (2016)


Voilà un film qui a fait grand bruit des mois avant sa sortie au cinéma (en août dernier). On a tout entendu à son sujet, des choses chouettes et d'autres très absurdes, voire évidemment sexistes. Mon argument préféré était celui-ci : "On n'a pas besoin d'un remake ! Les films de 1984 et 1989 sont parfaits, on n'y touche pas !" et cela me fait soulever plusieurs points :
- En tant que nostalgique, adepte notoire du c'était-mieux-avant et personne de mauvaise foi, je trouve les remakes aberrants. D'autant plus s'ils n'apportent rien, si ce n'est accroître l'orgueil d'un cinéaste. Selon moi, Ghostbusters 2016 n'est pas totalement un remake parce que, même si l'univers et la trame de fond sont repris, l'histoire est différente.
- Oui, les films de 1984 et 1989 sont irremplaçables. Comme beaucoup, je les ai vus étant mômes et ils font partie de mes films préférés au monde. J'ai été grave choquée par Bibendum Chamallow et encore plus par Vigo la Tristesse de Moldavie au musée d'Arts Modernes de New York. Je ne cautionnerai jamais un remake complet de ces films sans Rick Moranis ni Bill Murray. D'autant plus maintenant qu'Harold Ramis est mort, ce serait de l'irrespect total.
- A chaque fois que j'ai vu cet argument sortir, il venait toujours d'un homme.

Je vais désormais m'attarder sur ce troisième point. S'il y a bien un fait indiscutable, c'est que jamais, au grand jamais, un homme ne sera capable d'avoir un argumentaire construit sur le féminisme. Ce n'est pas une insulte, c'est physiologique et sociétal : "No uterus, no opinion" (copyright Rachel Green, bien que toutes les femmes ne soient pas nécessairement pourvues d'un utérus). Un homme ne pourra que constater le sexisme ordinaire (et tout ce qui en découle) sans jamais le concevoir à 100% pour la bonne et simple raison qu'il ne le vivra jamais. Si vous voyez de la misandrie là-dedans, ravalez votre orgueil et passez votre chemin (d'autant que c'est comme le racisme anti-blanc, ça n'existe pas).

Cette version féminine de Ghostbusters, je l'ai vue comme un espoir. Je me fiche totalement des intentions réelles ou non du réalisateur Paul Feig ou du fric que ce film a brassé parce que je vois au-delà : quatre femmes - dont une noire et une grosse - en sont les héroïnes et elles sont scientifiques, drôles et tout simplement badass. Le casting a cependant une fêlure : il aurait été parfait si Leslie Jones, actrice noire, avait été à la place de l'une des trois scientifiques, toutes blanches : Melissa McCarthy, Kristen Wiig et Kate McKinnon. Comprenez bien la chose : des personnages féminins qui ne sont pas des seconds rôles, qui exercent une profession où on voit davantage d'hommes, qui ne vivent rien de romantique et auxquelles on peut enfin s'identifier, j'ai 30 ans mais c'est mon rêve de gosse qui se réalise. Pourquoi ne pas faire une création originale dans ce cas ? Parce que ce film est une alternative. Il doit servir d'exemple, même s'il n'est pas le premier à mettre les pieds dans le plat. Les petites (et les grandes comme moi !) filles ont besoin d'héroïnes pour s'identifier autres que Princesse Starla.

Enfin, ce film est tout simplement excellent. Pour reprendre mes premiers points, comme je suis nostalgique et fan des premiers films, j'ai adoré les cameos qui, certes, manquaient parfois de subtilité. En plus d'être une alternative, ce film est un hommage alors chaque clin d'œil est splendide ! Et puis, évidemment, un scénario bien ficelé, on ne s'ennuie jamais et... oh, Melissa McArthy, je suis fan de cette femme. Chaque personne peut aimer ce film, sauf le mâle bougon qui n'en démord pas évoqué au début de cet article. Pour celui-là, je crains qu'il n'y ait rien à faire.


RICKY & THE FLASH, de Jonathan Demme (2015)


Le second film est avec Meryl Streep, la fille de cette dernière Mamie Gummer, et Kevin Kline. J'ai d'abord été très intriguée par Meryl Streep dans le rôle d'une rockstar, voyez-vous j'aime beaucoup cette actrice. L'histoire est celle de Linda, alias Ricki Rendazzo, chanteuse du groupe The Flash se produisant essentiellement dans un bar californien. Ils ont tous un âge avancé et, pour réaliser son rêve, Ricki a plaqué mari et enfants des années auparavant. Elle revient auprès d'eux, à Indianapolis, parce que sa fille est en pleine dépression.

C'est avant tout un film familial, il ne faut pas se leurrer. Il n'est pas vraiment remplis de bons sentiments un peu chiants mais il pose une problématique intéressante : comment est vu l'abandon d'une famille quand il s'agit de la mère. Il faut être honnête, Ricki est loin d'être la mère idéale. En plus d'être absente, elle vote républicain et nie l'homosexualité de son fils. Elle n'est pourtant pas malveillante, elle aime malgré tout sa famille, à sa manière. Lors d'une scène, sa fille lui reproche d'avoir suivi son rêve de faire de la musique plutôt que celui de s'occuper de sa famille. Réaction logique de la part de la descendance, mais j'ai toujours pensé que les enfants avaient cette part d'égoïsme quant à leurs parents : on ne veut pas qu'ils soient autre chose... que des parents.

Bref, il y a malgré tout ici un côté feel good movie, Meryl Streep est tonitruante et chante hyper bien. Ricki n'a finalement pas réussi à avoir l'envergure de Joan Jett alors que son ex-mari a un compte en banque très rempli. La preuve encore que la femme généralement vénale est un mythe.

Mes petites sont devenues grandes.

Vous le savez, j'ai quitté mon travail d'assistante d'éducation depuis un peu plus d'un an désormais. J'avais l'habitude de côtoyer la jeunesse, j'entends par là les 15-19 ans, les grands, les majestueux, les fameux lycéens. Deux ans avant mon départ, j'avais en charge à l'internat toutes les filles de seconde que j'ai retrouvées en première l'année suivante. Si j'avais eu le choix, je serais évidemment restée un an de plus afin de les observer jusqu'au bac. Il faut être honnête, toutes les années où je suis restée à l'internat, je me suis davantage vue comme une grande sœur ou une monitrice de colonie de vacances qu'une surveillante terriblement crainte et fortement redoutée. Je regrette parfois que mon autorité n'ait pas été aussi développée que je l'aurais espéré, on m'a parfois manqué de respect mais je ne me suis jamais laissée dépasser. Aujourd'hui j'ai gardé contact avec beaucoup d'élèves, notamment via Facebook, ce qui est vraiment cool.

Quand elles sont arrivées en seconde, mes élèves avaient autant peur qu'elles étaient excitées de commencer une nouvelle aventure. Il ne faut pas croire, le passage du collège au lycée est une étape. Avec mes collègues, on disait toujours qu'un élève de seconde est toujours un collégien de septembre jusqu'aux vacances de Noël, puis il devient un réel lycéen à partir du mois de janvier. Il est question de personnalité, d'attitude et d'environnement, c'est un processus tout à fait normal. C'est d'autant plus criant quand ces élèves sont internes puisqu'ils baignent dedans et sont entre eux du dimanche soir (pour certains) au vendredi à 18h.

Une interne de 1ère très à l'aise au premier rang de la salle d'étude.

Dans ce job, j'ai adoré l'internat. Je me souviens pourtant avoir été plutôt démoralisée lors de mon entretien d'embauche : dormir deux nuits par semaine dans un petit lit dans un internat mal chauffé, je n'étais pas du tout enjouée. Mais ça m'a vite passé et j'ai même trouvé ça excellent. Le lit était non seulement trop petit mais aussi grinçant et trop dur, et puis l'internat était effectivement mal chauffé, les plombs sautaient régulièrement alors j'ai appris à comprendre une armoire électrique, mais ça s'est finalement très bien déroulé du début jusqu'à la fin. Ce que j'ai préféré, c'est mon rapport avec mes filles. Je ne me suis jamais forcée à adopter tel ou tel comportement, je suis toujours restée naturelle. Il faut qu'on me l'accorde : je n'étais pas du tout autoritaire, je n'étais pas vraiment laxiste non plus, j'étais juste. Du moins, j'ai appris à le devenir au fil du temps parce que, bien sûr, j'ai commencé par faire des erreurs.

A l'internat, nous devons toutes nous apprivoiser. Quand les mômes débarquent, elles peuvent avoir déjà connu l'internat au collège ou jamais de leur vie, elles doivent composer avec trois ou quatre camarades dans la même chambre, ainsi qu'avec deux surveillantes adultes (sur le papier du moins). Bien qu'on leur donne quelques libertés, à savoir, par exemple, demander à changer de chambre si l'ambiance est impossible et si une solution est trouvable (ce qui peut être compliqué quand l'internat est blindé et qu'on ne peut pas vraiment permuter les gens), ça peut être difficile à vivre. Il y a toujours des gamines qui ne supportent pas et qui s'en vont, c'est normal. Je défie n'importe qui de vivre avec 50 personnes sous le même toit (dans un internat peuplé en tout de 250 élèves) quand toutes les personnalités diffèrent. Encore pire quand il y a une petite cheffe de 25 ans (j'ai fait une moyenne d'âge) qui les somme de faire leurs devoirs, leur lit et ranger leur chambre toutes les cinq minutes ! Déjà qu'il y a les cours, aussi intéressants que rébarbatifs, pendant la journée, j'imagine très bien que le soir on aimerait avoir la paix dans son cocon.


J'ai donc quitté mon travail il y a un peu plus d'un an. Les dernières élèves que j'ai suivies sont étudiantes depuis septembre. Il y en a beaucoup à la fac, quelques unes en prépa, en BTS, parfois au conservatoire. Je les ai observées de loin se prendre la tête pendant leur année de terminale afin de choisir un endroit où aller à la prochaine rentrée. C'est que la pression est grande. En réalité, elle ne l'est pas tant que ça, c'est juste ce qu'on veut leur faire croire. Ça fonctionne aux petits oignons puisqu'il y a eu des ongles et des sangs de rongés. Elles se sont inquiétées, à la fois pour elles-mêmes et pour leur famille, qu'allaient-elles devenir ? Est-ce une voie de garage ? Quels sont les débouchés ? Devaient-elles suivre leurs rêves, ou alors leur conscience, ou bien encore la voix de la raison ? Voire celle des autres ? C'est un questionnement que nous avons tous connu ou presque, il nous quitte d'ailleurs difficilement. Toutefois, on apprend à l'apprivoiser avec l'expérience et les années qui passent. Nous sommes en octobre et je constate que certaines élèves ne se plaisent pas là où elles sont, elles auraient fait un mauvais choix. Vraiment ? Elles recommencent à se bouffer les doigts parce qu'elles pensent avoir fait une erreur. Mais est-ce vraiment une méprise que d'arriver en fac de droit ou de lettres et de s'apercevoir qu'on préférerait finalement passer des auditions de théâtre ou étudier le cinéma dans une école ? Certes, il y a peut-être eu une hésitation entre deux voies mais concrètement, aucune n'est mauvaise et il faut parfois se tromper pour mieux repartir. J'ai carrément vu le terme "échec scolaire" passer devant mes yeux alors que je ne suis pas certaine que cela existe vraiment, du moins il n'est pas applicable à la va-vite. Et ça ne fait pas si longtemps que je suis convaincue, rapport à mon expérience personnelle. Malgré mon jeune âge (si, si), j'ai l'outrecuidance de penser avoir acquis une forme de sagesse, celle-là même qui m'amène à écrire ces lignes. J'ai tellement envie de convaincre toutes mes filles que c'est ce qu'elles vivent actuellement qui va forger leur vie future, leur caractère et leur personnalité mais, en fait, ne faut-il pas attendre d'avoir vécu tout ça pour s'en rendre compte ? Bien sûr que si.

Malgré tout, j'ai envie de donner de forts coups de règle sur les doigts de tous ces parents, ces professeurs et ces personnels de l'éducation qui mettent une pression folle à ces adolescents, qui les obligent à prendre telle ou telle décision sans prendre en compte les envies des principaux concernés. En général, ce sont les mêmes qui assimilent le redoublement à un échec alors qu'il doit être synonyme de seconde chance. Ce sont eux qui obligent les gosses à faire une filière générale sous prétexte qu'elle est plus prestigieuse qu'une voie professionnelle (beaucoup de bullshit là-dedans aussi mais c'est un autre sujet). Ce sont les mêmes encore qui voient le bac comme le Graal alors que, bon, entre nous : lol. Quoiqu'il arrive, je suis persuadée qu'il faut laisser les élèves tracer leur propre route. On peut (on doit !) les guider, leur montrer comment tout ça fonctionne, les lâcher dans la nature serait criminel, mais on ne doit rien leur imposer, jamais. Ces enfants qui apprennent en même temps à devenir des adultes (c'est déjà beaucoup dans la vie d'une seule personne) doivent faire leurs propres choix avec leurs propres doutes et leurs propres erreurs, pas supporter le fardeau de ceux des autres.

Cinéma #9 et vive la Pologne !

IDA, de Pawel Pawlikowski (2013)


C'était il n'y a que trois ans mais je me souviens quand ce film est sorti parce que j'ai tout de suite voulu le voir. J'ai toutefois un peu freiné des quatre fers parce que je ne me savais plus trop capable de regarder un film d'auteur en noir et blanc, d'autant plus s'il était question de la vie d'une jeune religieuse polonaise dans les années 1960. Loin de moi l'idée de m'interroger sur le fait de passer ou non pour une intellectuelle, la vérité étant simplement que je suis très bon public en matière de cinéma. C'est une phrase plutôt sympa que je m'inflige pour dire que je peux regarder tout un tas de merdes et en être très contente. Autant je suis atteinte d'un cruel snobisme en musique, autant ici pas du tout. Mais la raison principale qui me poussait à voir ce film était parce qu'il est polonais et que je le suis aussi un peu. C'est couillon, peut-être n'aurais-je jamais regardé ce film s'il avait été tchèque ou coréen. Car oui, je l'ai finalement vu, il était diffusé sur Arte ce mercredi soir, et je n'ai aucun regret.

En 1962, la jeune Ida Lebestein, devenue sœur Anna, s'apprête à prononcer ses vœux. Avant cela, elle part à la rencontre de sa tante Wanda, seule membre de sa famille encore en vie. Orpheline et élevée dans un couvent, Ida va apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à ses parents pendant l'occupation nazie.

Spoiler alert : ce n'est pas réjouissant, ce film est un drame, mais un très beau drame. Le noir et blanc apporte d'abord une esthétique évidemment fantastique, la photographie est sublime. De plus, il accentue la froideur de l'ambiance : la Pologne en hiver sous la neige, les années 60 épurées et en formica, la relation entre Ida et Wanda et, bien sûr, la situation politique de l'époque malgré la déstalinisation. Pour tout vous dire, j'étais contente d'avoir mon plaid à proximité.

Si Wanda, la tante d'Ida donc, n'est à priori pas enchantée de rencontrer sa nièce, elle change rapidement d'avis. C'est une femme qui exerce la profession de juge, qui est d'une grande sévérité mais qui est tout à fait libre et libérée. Elle fut jadis procureure sous Staline et elle trouve désormais son salut dans le trop-plein d'alcool. J'ai vraiment beaucoup aimé ce personnage. Quant à Ida, malgré son apparence gentille et douce de par sa vocation, ses grands yeux noirs perçants trahissent ses émotions. Tout ce que je décris là n'aurait pas été aussi criant de vérité dans un film en couleurs, vous imaginez bien.

C'est un film initiatique qui ne s'embarrasse pas de détails superflus et les deux actrices principales, Agata Trzebuchowska (Ida) et Agata Kulesza (Wanda) sont merveilleuses de par leur jeu et leurs rôles aux antipodes. Et puis il y a aussi cette scène aux allures shakespeariennes lorsqu'elles accompagnent celui qui sait où sont enterrés les parents d'Ida qui m'a donné des frissons. En fait, je comprends réellement pourquoi ce film a été encensé de cette manière et je trouve son Oscar du meilleur film étranger 2015 amplement mérité.
Je relis mon premier paragraphe et non, je ne déteste habituellement et spécialement pas les films d'auteurs ou même ceux en noir et blanc, j'ai eu l'occasion de voir des merveilles du cinéma des années 30, 40 et 50. Je crois cependant avoir été traumatisée par l'adaptation du Procès de Kafka par Orson Welles qui avait, pour moi, tout d'un cauchemar (enfin n'était-ce pas le but, me direz-vous ?). Mes associations d'idées me font parfois flipper, je comprendrais tout à fait que vous ne suiviez pas mon raisonnement. Bref, voyez Ida, c'est un film magnifique !