Cinéma #9 et vive la Pologne !

IDA, de Pawel Pawlikowski (2013)


C'était il n'y a que trois ans mais je me souviens quand ce film est sorti parce que j'ai tout de suite voulu le voir. J'ai toutefois un peu freiné des quatre fers parce que je ne me savais plus trop capable de regarder un film d'auteur en noir et blanc, d'autant plus s'il était question de la vie d'une jeune religieuse polonaise dans les années 1960. Loin de moi l'idée de m'interroger sur le fait de passer ou non pour une intellectuelle, la vérité étant simplement que je suis très bon public en matière de cinéma. C'est une phrase plutôt sympa que je m'inflige pour dire que je peux regarder tout un tas de merdes et en être très contente. Autant je suis atteinte d'un cruel snobisme en musique, autant ici pas du tout. Mais la raison principale qui me poussait à voir ce film était parce qu'il est polonais et que je le suis aussi un peu. C'est couillon, peut-être n'aurais-je jamais regardé ce film s'il avait été tchèque ou coréen. Car oui, je l'ai finalement vu, il était diffusé sur Arte ce mercredi soir, et je n'ai aucun regret.

En 1962, la jeune Ida Lebestein, devenue sœur Anna, s'apprête à prononcer ses vœux. Avant cela, elle part à la rencontre de sa tante Wanda, seule membre de sa famille encore en vie. Orpheline et élevée dans un couvent, Ida va apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à ses parents pendant l'occupation nazie.

Spoiler alert : ce n'est pas réjouissant, ce film est un drame, mais un très beau drame. Le noir et blanc apporte d'abord une esthétique évidemment fantastique, la photographie est sublime. De plus, il accentue la froideur de l'ambiance : la Pologne en hiver sous la neige, les années 60 épurées et en formica, la relation entre Ida et Wanda et, bien sûr, la situation politique de l'époque malgré la déstalinisation. Pour tout vous dire, j'étais contente d'avoir mon plaid à proximité.

Si Wanda, la tante d'Ida donc, n'est à priori pas enchantée de rencontrer sa nièce, elle change rapidement d'avis. C'est une femme qui exerce la profession de juge, qui est d'une grande sévérité mais qui est tout à fait libre et libérée. Elle fut jadis procureure sous Staline et elle trouve désormais son salut dans le trop-plein d'alcool. J'ai vraiment beaucoup aimé ce personnage. Quant à Ida, malgré son apparence gentille et douce de par sa vocation, ses grands yeux noirs perçants trahissent ses émotions. Tout ce que je décris là n'aurait pas été aussi criant de vérité dans un film en couleurs, vous imaginez bien.

C'est un film initiatique qui ne s'embarrasse pas de détails superflus et les deux actrices principales, Agata Trzebuchowska (Ida) et Agata Kulesza (Wanda) sont merveilleuses de par leur jeu et leurs rôles aux antipodes. Et puis il y a aussi cette scène aux allures shakespeariennes lorsqu'elles accompagnent celui qui sait où sont enterrés les parents d'Ida qui m'a donné des frissons. En fait, je comprends réellement pourquoi ce film a été encensé de cette manière et je trouve son Oscar du meilleur film étranger 2015 amplement mérité.
Je relis mon premier paragraphe et non, je ne déteste habituellement et spécialement pas les films d'auteurs ou même ceux en noir et blanc, j'ai eu l'occasion de voir des merveilles du cinéma des années 30, 40 et 50. Je crois cependant avoir été traumatisée par l'adaptation du Procès de Kafka par Orson Welles qui avait, pour moi, tout d'un cauchemar (enfin n'était-ce pas le but, me direz-vous ?). Mes associations d'idées me font parfois flipper, je comprendrais tout à fait que vous ne suiviez pas mon raisonnement. Bref, voyez Ida, c'est un film magnifique !

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