Que ça nous serve de leçon.

Je n'écris pas à chaud mais je dois avouer que je suis encore assez tiède. J'ai passé la nuit devant Quotidien sur TMC pour suivre les élections américaines. De 23h30 hier soir à 8h ce matin. J'étais fatiguée et je pensais m'endormir dans le canapé à tout moment mais je n'ai finalement pas raté une seule miette du désastre. C'était absolument terrible, Hillary Clinton et Donald Trump étaient au coude à coude durant les premières heures du comptage des voix, jusqu'à ce que l'autre con l'emporte férocement. J'ai beau avoir dormi environ deux heures depuis, je suis toujours horrifiée. J'ai l'impression d'avoir subi au moins trois étapes du deuil en l'espace de quelques minutes. J'ai commencé par le déni, j'ai bêtement imaginé Trump prononcer ces mots à la place de son discours de victoire : "Non mais en fait, c'était juste pour voir qui allait vraiment voter pour moi, je me suis bien éclaté mais je laisse la place à Hillary, allez salut !". Et puis la colère s'est évidemment emparée de moi et de mon compte Twitter entre deux phases de dépression. Je sais que ça peut paraître un peu dingue de se mettre dans un tel état pour un pays qui n'est pas le sien mais en fait non.


Je suis une meuf blanche hétéro de 30 ans née dans un milieu très modeste. Je subis le sexisme depuis ma naissance mais j'ai la chance de ne pas être directement touchée par le racisme ni l'homophobie alors je commence déjà par mesurer mes privilèges, c'est la première étape. Comme je suis impulsive et que je cède souvent à la passion, il m'arrive régulièrement de dire que la politique c'est de la merde et de vouloir tout envoyer valser parce que j'en ai ras le bol d'en avoir quelque chose à foutre. Et puis je me calme, je reviens, je continue de m'intéresser, de lire, entendre, regarder et forger mes opinions. Je suis une militante, certes modeste, et je ne maîtrise pas tous les sujets. Par exemple, j'ai parfois plus de mal à comprendre l'économie que les valeurs sociales, mais je fais toujours l'effort d'essayer parce que mon besoin d'apprentissage trouve ça important, et en plus je ne tolère aucune forme de discrimination. Oh là là mais dites, qu'est-ce que je suis parfaite ! Oui, mais non, parce que je suis une abstentionniste revendiquée à un moment M., qu'on a envie de me le faire payer dès que j'en parle, sauf que je ne laisserai jamais personne me dire ce que je dois faire ou non à ce sujet.


Abstentionnisme, tout de suite les grands mots. Je suis inscrite sur les listes électorales mais je me réserve le droit de ne pas aller voter. Ne vous fatiguez pas à invoquer des raisons fallacieuses pour me contredire, je préfère vous prévenir. Je n'ai pas voté aux présidentielles de 2012 parce qu'aucun candidat ne me représentait. Je suis pourtant une sale bobo gauchiss, j'aurais donc naturellement dû voter pour François Hollande. Plutôt crever, et je n'ai aucun regret quand je vois la gueule de son mandat. Je me raccroche fébrilement à la loi Taubira que je chéris afin de garder espoir mais je vous jure que c'est difficile. En 2007, j'avais voté pour Ségolène Royal parce que j'idéalisais le fait de voir une femme à la présidence. J'avais 21 ans et aucune réelle conscience politique. Que va-t-il se passer en 2017 ? J'observe la population qui se dit de gauche et je pleure des larmes de sang. J'observe celle de droite et c'est la même depuis le Moyen Âge. J'ai arrêté de compter le nombre de fois où j'ai lu et entendu les gens dire que si un duo Sarkozy-Le Pen se profilait, ils préféreraient voter pour le premier pour contrer la seconde. Le fameux syndrome 2002 avec Chirac et Le Pen senior face à face... Je n'avais que 16 ans mais j'ai vécu mes premières manifestations passionnantes et passionnées. Depuis, on ne vote plus pour un candidat mais contre son concurrent. Elle est belle la politique française. Voter blanc ? Oh oui, se déplacer pour n'avoir aucune reconnaissance citoyenne c'est fantastique et ça donne envie de s'intéresser au sujet, dites donc [insert here coin of sarcasm]. Lorsque je m'abstiens, c'est un acte politique et militant. Ce n'est certainement pas parce que j'ai la flemme de me déplacer au bureau de vote. D'ailleurs, ceux qui le pensent (ils sont encore légion) sont les mêmes qui manquent d'éducation. Ce sont eux qui rigolent devant Jimmy Fallon secouant le toupet blondasse de Donald Trump en ne voyant pas où est le problème dans cette séquence. Vous croyez vraiment que si Marine Le Pen devait être élue, ce serait la faute des abstentionnistes ? Mais alors, qui sont les vrais naïfs ici ? Jusqu'à cette nuit, j'ai toujours cru que jamais Marine Le Pen ne pourrait être élue présidente de la République. Les Américains m'ont fait changer d'avis et maintenant j'ai la trouille. Si elle est élue, c'est parce que, et seulement pour cette raison, des gens auront voté pour elle. Pourquoi ? Parce qu'on la retrouve, elle ses copains partisans de l'enfer, un matin sur deux sur nos chaînes télé et nos ondes radio pour nous expliquer les hypothétiques et fumeuses théories du genre, du grand-remplacement ou encore de l'invasion de ces fameux migrants, là. Ces réfugiés, en fait, qui fuient leur pays en guerre détruit à la fois par son gouvernement et une organisation terroriste de grande ampleur parce que hey, un combo c'est plus efficace.
Alors, certes, on pourrait éventuellement atténuer la douleur et se ranger du côté des Républicains. Après tout ils ne sont pas si pires, ils ont juste les mêmes défauts et sont aussi populistes que les petites horreurs sus-citées... Oh mais attendez voir, comme Donald Trump, c'est fou ! Et v'la que nos mecs de gauche (LOL) agissent pareil. On peut donc continuer longtemps à se foutre de la gueule de tout ce petit monde vivant confortablement dans son environnement très privilégié, mais c'est si cool de voir un neuneu s'exprimer à la télé ! Sauf que si on n'a personne pour dire aux Français qu'ils sont des neuneus et pourquoi, on aura donc un neuneu pour président-e l'année prochaine et :


Nous avons donc six mois pour choisir la pilule bleue ou la rouge : soit on fonce tête baissée comme des connards je m'en foutistes et individualistes et, du coup, on construit peu à peu le même monde que celui de nos grands-parents dans les années 1930, soit on se réveille et annihile les cancers de notre société. Pour ce faire : éteignez vos télévisions dès que vous voyez la sale gueule de nos politiques controversées, privilégiez les médias indépendants, ouvrez votre esprit, devenez critiques et soyez humains.
En ce qui me concerne, j'espère ne jamais voter contre quelqu'un. Je suis censée élire un programme et un-e candidat-e capable de l'incarner. Si personne ne trouve grâce à mes yeux, qu'importe le duo final, je ne pourrai jamais voter contre mes convictions, c'est au-dessus de mes forces.

7 commentaires:

  1. Je crois que j'aurais pu écrire ce texte malheureusement (pas aussi bien, mais pour le fond hein!). Même âge que toi et depuis que je suis en âge de voter je n'ai jamais voter que CONTRE quelqu'un, quelque chose, jamais pour.
    Je me déplace quand même toujours, pour aller voter blanc, mais vu que ces votes ne sont pas pris en compte, je ne suis pas sûre que ça change grand chose.
    Quand on aura Le Pen/Sarko au second tour, tout le beau monde (politique et médiatique) qui aura tout fait pour arriver à ça, nous expliquera qu'il faut voter Sarko pour empêcher que le FN n'arrive au pouvoir. Mais quand on voit les discours de Sarko et ses copains, on se demande bien où est la différence !
    Quant à Hollande et cie, qui n'ont rien de gauche ou de socialiste, contrairement à ce que veulent nous faire croire les médias, ils pleureront en expliquant que s'ils ne sont pas au second tour c'est la faute de Mélenchon, les communistes qui leur ont pris de voix, sans remettre une seconde en question leur 5 ans de gouvernance, copiés/collés des 5 ans de Sarko.
    Du coup, en votant pour le moins pire, on entretient tout ça et on ne s'en sort jamais.

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    1. Et j'aurais pu écrire le même commentaire ! On a 30 ans et on n'a encore jamais pu voter pour quelqu'un qui valait le coup à nos yeux, c'est d'une pauvreté et d'une tristesse... !

      Je reste optimiste et espère que plus on sera à montrer notre ras-le-bol et plus les politiques auront peut-être la décence de bouger leur cul. Du moins j'espère un jour voter pour quelqu'un qui me plaît avant de crever.

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  2. Malheureusement, ne pas voter ça ne règle pas non plus la question, ça ne fait rien avancer. A chaque élection, la classe politique chouine parce que les taux d'abstention sont aberrants et démontrent un gros problème dans notre représentation politique, mais ne font rien de concret pour changer le système. Je trouve que c'est très important de voter, c'est un droit que tout le monde n'a pas. Je ne dis pas que tu fais mal hein, mais je préfère, de deux maux, aller choisir le moindre tant que je ne vois pas d'autre solution, parce que si je ne vote pas et que la c******* passe, je me sentirai en partie responsable de ne pas avoir essayé d'empêcher ça.

    (C'est quoi le souci avec la vidéo ? Je suis peut-être neuneu mais je ne vois pas :/ Sauf erreur de ma part, aux US ça marche comme en France : en campagne, si on reçoit un candidat, il faut recevoir l'autre. Jimmy Fallon est l'archétype du good guy, ça ne m'étonne pas qu'il ait choisi de faire ça.)

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    1. Je pense que je n'ai pas été assez claire dans mes intentions (j'ai discuté de mes opinions ailleurs qu'ici) mais je ne promeus pas du tout l'abstention et bien sûr qu'il faut voter, c'est très important. Je dis simplement que si on en arrive à s'abstenir à un moment donné, c'est qu'il y a un problème, problème que tout le monde a l'air capable de constater. Même les politiques et ils n'arrivent pas à se remettre en question, comme tu dis. Personnellement, je suis absolument incapable de voter contre quelqu'un ou alors pour le moins pire. Je suis censée voter pour un programme et pour une personne capable de le mettre en application. Je ne vote pas pour un légume.

      Le souci avec la vidéo, c'est toute la sympathie qui réside dans l'entretien. Jimmy Fallon et Donald Trump copinent, le premier passe sa main dans les cheveux du second parce que ça fait bien rire tout le monde cette histoire de perruque, mais ça ne fait que nous renvoyer une image sympathique de ce connard de Trump. La politique c'est pas Disneyland !

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    2. J'ai eu un prof de droit qui disait assez justement des présidentielles : "Au premier tour on peut éventuellement choisir, au deuxième on élimine." Bon perso au premier tour personne ne m'a jamais emballée non plus mais l'idée est là...
      Je comprends ce que tu veux dire sur la vidéo. Je ne pense pas que Jimmy Fallon éprouve une sympathie particulière pour Trump, c'est juste Mr Nice Guy... Sa vidéo avec Clinton va dans le même sens de camaraderie. Les présentateurs étrangers ont pu s'en donner à coeur joie par contre, comme Graham Norton de la BBC.

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    3. Il avait raison ton prof !

      Pour la camaraderie, je ne suis pas nécessairement contre en temps normal mais pendant les présidentielles, il est crucial de rester neutre, c'est comme l'émission de Karine Le Marchand qui est un torchon télévisuel atroce ! Elle a sûrement réussi à rendre Marine Le Pen sympathique aux yeux de plein de gens, ce n'est pas normal.

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  3. Même amertume et même bilan: j'en ai marre de devoir choisir entre deux plats de merdes en espérant que l'un soit plus petit que l'autre. Alors qu'en fait ça reste de la merde, assaisonnée simplement différemment.
    (et pareillement, je suis lasse de devoir expliquer le sens de l'abstention "non, j'ai pas la flemme de marcher 800 mètres, oui, ça a un sens de..." piapiapia "non je ne veux pas que les fachos dirigent la France..." "oui je sais, les femmes se sont battues pour le droit de vote...").

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