Séries #3 : G.L.O.W.

Habituellement je n'aime pas trop faire un billet sur une série ou un film très populaire parce que je pense que tout a été dit. Je fais une exception ici même si je sais que vous n'allez pas apprendre grand chose, toutefois j'ai tellement été emballée par mon visionnage de G.L.O.W. que je me permets d'insister. Alors que je n'avais pas encore terminé les dix épisodes de la saison, j'ai lu quelques déceptions çà et là, j'avais donc peur d'être moi-même déçue. Maintenant que j'ai tout regardé, je peux le dire haut et fort : aucune déception par ici, loin s'en faut.


G.L.O.W. est l'acronyme de Gorgeous Ladies Of Wrestling qui est initialement un show TV de catch exclusivement féminin lancé à la fin de l'année 1985 aux États-Unis. La plupart des catcheuses étaient initialement actrices, mannequins, danseuses et pas du tout professionnelles du catch. Jackie Stallone, la maman de Sylvester, qui aujourd'hui lit l'avenir dans le cul des gens (véridique), faisait même partie du show. Elle jouait le rôle de la manager des good girls tandis qu'il y avait aussi un groupe de bad girls. L'idée était de constituer des matches pendant lesquels le bien affrontait le mal et c'était un peu le festival des clichés. La série actuelle créée par Liz Flahive et Carly Mensch (elles ont notamment déjà bossé pour Nurse Jackie, Weeds et Orange is the new black) pour Netflix reprend donc les origines de l'émission.

Dès le premier épisode, on suit Ruth Wilder (Alison Brie) qui a bien du mal à décrocher des rôles d'actrice. On lui suggère de se rendre à une audition un peu particulière se déroulant dans un gymnase. Vous avez compris la suite. Cette première saison comporte dix épisodes de 30 minutes chacun, c'est donc vite fait. Je ne sais pas si une deuxième saison est prévue mais je ne suis pas certaine qu'il y en ait besoin. En milieu de saison, lorsque les catcheuses développent leurs personnages, j'ai d'abord été choquée par les clichés racistes. Sam Sylvia (Marc Maron), l'imbuvable réalisateur du show, impose à son actrice indienne de jouer une terroriste libanaise et à son actrice cambodgienne de s'appeler Fortune Cookie (entre autres), le malaise était palpable. Et puis en regardant des extraits de l'émission de l'époque, les catcheuses ne faisaient qu'appuyer des clichés déjà existants (il y avait le personnage Spanish Red, par exemple). Dans la série de Netflix, les personnages intègrent des stéréotypes qui se retournent contre eux à divers moments : en jouant à fond son rôle sur le ring, Beirut The Mad Bomber se prend en pleine poire le racisme complètement décomplexé des spectateurs. Là, on ne rigole plus du tout. On comprend alors à quel point il est facile de véhiculer un cliché et à comment les gens peuvent être assez cons pour ne pas distinguer le rôle de la réalité.

Ce qui est très cool, c'est la dimension féministe de la série. Plusieurs thématiques toujours actuelles sont développées avec autant de sérieux que d'humour, sans en faire des caisses. Les femmes sont toutes représentées, de la couleur de peau à la corpulence, et elles sont omniprésentes, elles ont le pouvoir, même si j'ai encore lu ailleurs que la sexualisation de certaines étaient un problème. Je n'ai pas ressenti ça de cette façon parce que, d'une part, la sexualité ce n'est pas sale et, d'autre part, les bodies des années 80 étaient hyper échancrés, je ne suis pas sûre qu'on y puisse quelque chose en 2017. Et puis je vous le redis, les femmes ont le pouvoir. C'est quand elles ne l'ont plus que c'est problématique.

En résumé, G.L.O.W. est une série féministe et très drôle, en plus elle fait un bien fou aux adorateurs des années 80 qui veulent autre chose que Stranger Things. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire et n'hésitez surtout pas à me donner votre avis !

Divagations - à la recherche de l'inspiration.

Je suis en train d'essayer de faire une pause avec les réseaux sociaux, principalement Twitter et Facebook. Je voulais d'ailleurs commencer ce billet par : "J'ai décidé d'arrêter les réseaux sociaux" mais c'est beaucoup trop brusque et j'ai peur que mon esprit de contradiction prenne le dessus et me fasse y retourner. J'essaie juste de voir combien de temps je peux et veux tenir sans lire un tweet. Croyez-le ou non, c'est difficile. Je ne parle pas d'addiction, faut pas déconner, mais c'est plutôt une habitude et il est difficile de se débarrasser d'une habitude. Je me suis rendue compte, il y a pourtant un moment déjà, que Twitter pouvait être très anxiogène, alors j'ai récemment suivi plus de comptes culturels et moins de féministes. J'ai aussi unfollow plusieurs personnes qui me gonflaient sérieusement à critiquer tout et n'importe quoi et j'ai fini par en masquer certaines parmi elles parce qu'elles apparaissaient malgré tout dans ma timeline dans l'irrespect le plus total. Aussi, et j'ai mis un certain temps à l'admettre, Twitter augmente ma paresse quant à ma venue sur ce blog. Je ne sais pas si c'est le seul fautif à mon manque d'implication mais je pense qu'il y contribue grandement. Plutôt que d'écrire un thread, je ferais mieux de venir ici. Peut-être que moins de personnes liront (les blogs sont en perte de vitesse, c'est un fait) mais au moins je peux développer un texte à peu près correctement et avec moins de fautes d'orthographe. Je n'ai jamais écrit autant de fautes que sur Twitter, pour moi c'est un vrai problème. Toutefois, je ne renie pas ce réseau pour autant, il est un vrai lien social qui, en période de chômage, est très important. Ces deux dernières années, sans les réseaux sociaux, j'aurais passé plusieurs journées de suite sans parler à quelqu'un.

Sociabiliser c'est bien, mais parfois (trop souvent) je n'ai pas le courage. Par exemple, hier soir je devais aller voir un concert de Lee Fields & The Expressions mais ma condition de femme pourvue d'un utérus en état de marche m'a clouée au canapé (tant que j'y suis, je vous recommande chaudement cette lecture). Alors à la place j'ai regardé Secrets d'histoire consacré à Caroline Bonaparte, la frangine de vous savez qui. Du coup ça m'a interpellée sur une chose : on n'entend jamais parler de l'île de Sainte-Hélène en dehors de la mort de Napoléon. Ça ne vous interroge pas, vous ? Est-ce qu'on saurait où la situer exactement ? A quel pays elle appartient ? Est-ce qu'elle est habitée ? Quel est le climat ? Je me suis renseignée pour vous : Sainte-Hélène est située en plein milieu de l'océan Atlantique à plus de 1800 km de la première côte (de Namibie). Elle a été découverte par les Portugais au tout début du XVIe siècle mais est devenue anglaise un siècle et demi plus tard. Jamestown est la plus grande ville et elle est tellement bien enclavée entre ses deux montagnes que les habitants ne reçoivent aucune chaîne de télé. Ces derniers étaient 4534 en 2016 et ils sont des descendants de Britanniques, d'esclaves africains et il y a aussi des Chinois. Sur l'île il y a cependant un territoire français, c'est Longwood, la maison où est mort Napoléon. Bien qu'un aéroport ait été construit très récemment, aucune ligne n'arrive jusque là parce que les conditions sont trop mauvaises. Et, en plus, il n'y a pas de port. Je pense que si on a envie d'un peu de calme, c'est l'endroit idéal. J'y songe fortement.

Après l'émission, j'ai zappé un peu comme un bon petit zombie. J'ai regardé rapidement une émission qui passait en revue les comédies musicales francophones qui avaient le plus fonctionné, à savoir Starmania et Notre-Dame de Paris. Cette dernière a débuté en 1998, j'avais 12 ans et ça m'avait sérieusement travaillée. Comme beaucoup de gens et surtout d'adolescents de mon âge, j'aimais bien certaines chansons et, surtout, ça m'avait donné envie de lire le roman de Victor Hugo. J'étais assez jeune mais je l'ai avalé d'une traite avec passion, c'est une histoire qui m'a beaucoup marquée à l'époque. En interview, Richard Cocciante (qui a composé la musique de la comédie musicale) a cité quelques chansons qu'on connaît évidemment tou.te.s mais il a parlé d'une dont j'avais totalement oublié l'existence. Lune était pourtant ma chanson préférée parce qu'en plus de son incroyable poésie, elle est la parfaite illustration du roman à mon sens. Voyez vous-mêmes :


Ouh, j'ai des frissons.

Et puisqu'on parle de littérature, j'imagine que vous aussi vous avez été confronté.e.s à des lectures (in)désirables lorsque vous étiez à l'école. Je ne vais pas faire la liste des lectures imposées que j'ai aimées ou non, bien qu'il y aurait beaucoup à en dire, j'ai par exemple adoré cette fouine de Voltaire et le pernicieux La Bruyère alors que j'ai en horreur, encore aujourd'hui, Sartre et Rousseau, mais toute cette histoire m'a rappelé ma professeure de française quand j'étais en 1ère littéraire. Je ne la détestais pas mais on ne peut pas dire que je l'aimais beaucoup pour autant. C'était une petite bourgeoise qui vivait dans les beaux quartiers et qui était beaucoup trop lunatique. En plus, elle avait la fâcheuse habitude de ne jamais regarder les gens dans les yeux quand elle leur parlait, elle préférait fixer leurs sourcils ou leur front, c'était insupportable. C'était aussi l'année où j'ai commencé à être psychologiquement très faible sans bien comprendre ce qu'il m'arrivait. Un jour, la prof a décidé que nous devions étudier le poème Une charogne de Baudelaire, ça m'a mis dans tous mes états et dans une sorte d'élan de survie, je lui ai demandé si on était vraiment obligé de s'attarder sur ce passage de Spleen et idéal. Évidemment, oui, nous l'étions. J'en ai un très mauvais souvenir, c'est incroyable que ça m'ait autant choquée, je mets ça sur le compte de mon hypersensibilité.

Enfin, en ce moment je suis plongée dans deux lectures différentes. La première, je la fais traîner depuis plusieurs mois mais c'est fait exprès : Écriture, mémoires d'un métier de Stephen King. C'est une sorte de livre initiatique et je trouve qu'il ne se lit pas comme un roman. Je l'ai toujours à portée de main et j'en lis un ou plusieurs chapitres quand j'ai justement des envies littéraires, c'est d'une grande inspiration. Je corne des pages, je prends des notes. Je l'aime beaucoup et il m'a été offert par mes copains irlandais quand je leur ai dit que j'avais certains projets d'écriture. L'autre livre, c'est Dracula de Bram Stoker. C'est loin d'être une première pour moi mais je ne l'avais pas relu depuis très longtemps et ça me fait du bien, je l'aborde d'une nouvelle façon et bien mieux qu'à l'adolescence. Je me souviens encore de ma première rencontre avec lui, dans ce minuscule rayon du CDI de mon collège qui mélangeait science-fiction et horreur. Au bout de plusieurs emprunts, la documentaliste m'a demandé si je n'avais pas envie de lire autre chose. Bah non. Ou alors si, Notre-Dame de Paris, du coup.

J'aime bien mes divagations et je dois dire qu'elles me manquent. Elles surviennent principalement la nuit, c'est vraiment le moment que j'aime le plus dans la journée. C'est toutefois une situation à double tranchant, si je vis et divague la nuit, c'est parce que je souffre d'insomnies et/ou que je n'ai aucune obligation sociale le lendemain. Depuis quelques mois, j'arrive à soulager mon manque de sommeil, je vis donc à peu près "normalement", c'est-à-dire que je me couche plus tôt et me lève en conséquence, mais mes journées sont mornes. Si l'argent n'était pas le nerf de la guerre, je vivrais pleinement la nuit sans aucun regret et je ferais tout un tas de truc qui n'intéressent que moi, mais ça ne serait pas grave. Il paraît qu'il faut écouter son corps... dites-le à Emmanuel Macron, tiens (#MacronDémission).

Si je fais écho à vos propres expériences, racontez-moi tout ça en commentaire, ça m'intéresse vraiment !

Cinéma #18 et calmons-nous un peu sur le turfu.

Je trouve que je parle beaucoup de cinéma ces temps-ci mais il faut croire que j'ai des choses à dire, surtout quand je regarde des films qui me font de la peine. Pas dans le sens où ils me rendent triste, enfin si, mais c'est de la tristesse mêlée à du qu'est-ce-que-c'est-que-ce-film-à-la-con, vous voyez. Les trois premiers sont dans dans cette veine (je sais que je vais donner dans l'unpopular opinion mais j'assume tout) et je terminerai sur une note positive.

Life, de Daniel Espinosa (2017)


Nous allons être d'accord sur un point, chaque fois qu'un film se déroule dans l'espace, ça se passe toujours mal. Bon, OK, c'est le cas de tous les films, si tout se passait comme sur des roulettes, l'industrie du cinéma serait en faillite. Oui mais dans l'espace, il faut toujours que les protagonistes cherchent la merde. Dans Life, on ne va pas me faire croire que les personnages principaux n'ont jamais vu Alien ! Il faut qu'ils recommencent inlassablement les mêmes idioties. D'ailleurs ici c'est tellement identique (mais en plus nul, on ne va pas se mentir) qu'on nous prend légèrement pour des bécasses. Le synopsis est simple : quelques gogoles qui savent tout mieux que tout le monde récupèrent sur Mars un petit organisme qui ne demande qu'à vivre alors ils le stimulent sans savoir de quoi il s'agit vraiment et c'est comme ça qu'ils finissent par se faire bolosser par une étoile de mer. Certes, ça a moins de gueule que la créature de Giger, mais ça fait les mêmes dégâts. Au cas où je n'aurais pas été assez claire, j'ai trouvé ce film bien naze.


Passengers, de Morten Tyldum (2016)


Encore un film qui file tout droit vers l'infini et au-delà. Celui-ci, je ne l'ai regardé que d'un œil parce que j'ai du mal à concevoir deux heures de ma vie en compagnie de Chris Pratt et Jennifer Lawrence. Deux personnes belles, blondes, blanches et bien gaulées, et vive Hollywood. Et puis l'histoire est dramatique, dans tous les sens du terme. Chris Pratt se retrouve parmi 5000 autres passagers dans un vaisseau qui les emmène sur une autre planète afin d'y vivre. Pour s'y rendre, il faut accomplir un voyage de 120 ans donc les colons sont en hibernation tout ce temps (c'est le turfu très turfu). Toutefois il y a un bug et Jim (Chris Pratt) se réveille, il comprend alors qu'il est tout seul et qu'il reste encore 90 ans de trajet. Il panique, il essaie de réparer son module d'hibernation, il échoue alors il se résigne, ça dure toute une année pendant laquelle il devient alcoolique. Et puis à un moment, il se promène parmi les autres passagers endormis et il voit Aurora (Jennifer Lawrence) qu'il trouve top bonne. Il réfléchit beaucoup mais il se dit que ce serait finalement une bonne idée de la réveiller (non mais Aurora qu'elle s'appelle, c'est fin comme du gros sel) afin qu'il ne soit pas tout seul à errer comme un con. Au début, il lui cache la vérité alors vous imaginez bien qu'ils vont tomber amoureux l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'Aurora découvre la vérité et qu'elle soit méga énervée. Elle a d'ailleurs une réaction très normale puisqu'elle engueule d'abord Jim comme du poisson pourri et elle le tape, même. Comme il faut ajouter un peu de beurre dans les épinards, le vaisseau bug de partout et plein de robots tombent en panne. Un troisième larron se joint à la fanfare, c'est un membre de l'équipage et surtout un magnifique prétexte puisqu'on ne le verra que cinq minutes, donnant ainsi à Lawrence Fishburne le second rôle le plus court de sa carrière. Le pauvre homme ne sert strictement à rien. Enfin ça, c'est rien comparé à Andy Garcia qui n'a même pas une ligne de dialogue. Ça sent le Passengers 2 à plein nez. Tout ça pour quoi, me direz-vous ? Et bien à que dalle, Aurora retombe amoureuse de Jim, son assassin tout de même, et tout va bien dans la meilleure des galaxies. Une catastrophe humaine où mon féminisme a pris cher.


Okja, de Joon-Ho Bong (2017)


Okja est le film de Netflix qui a fait polémique çà et là. J'en ai entendu et lu que du bien, à croire que c'était le film à voir absolument. Permettez-moi d'émettre quelques réserves. Si c'est un joli film qui n'est pas sans rappeler Mon voisin Totoro sous certains aspects, il manque surtout cruellement de subtilité. Si jamais on n'avait pas compris que c'était une critique du capitalisme et surtout du système agro-alimentaire, on vous l'affiche en néons rouges sur chaque plan et chaque dialogue, j'ai levé les yeux au ciel plusieurs fois. Ce film a été fait avec des gros sabots en téflon. Je pense qu'on peut traiter l'évidence sans prendre les gens pour des abrutis, je ne suis absolument pas sûre que ce film rende les derniers carnivores de notre planète complètement vegans. Mais comme nous l'indique Mithrowen, il passe le test Bechdel alors c'est déjà ça. Bref, déception j'écris ton nom.


The Beauty and the Beast, de Bill Condon (2017)


Enfin, parlons d'un film qui vaut le coup d'être vu ! Avec La Belle et la Bête de Walt Disney, c'est la première fois que j'allais au cinéma et j'avais 5 ans. Je m'en souviens encore, ce dessin animé m'a beaucoup marquée et il reste  de très loin mon Disney préféré. Quand j'étais gosse, je rêvais qu'on en fasse un film et voilà le résultat 25 ans plus tard. Je pense sincèrement qu'il n'y a rien à jeter, il est tellement bien fait ! Le casting est d'une rare perfection, qui d'autre qu'Emma Watson pouvait incarner Belle ? Luke Evans, Kevin Kline, Ewan McGregor, Emma Thompson et Ian McKellen sont excellents et toutes les erreurs et non-sens qui subsistaient dans le dessin animé ont été corrigés, c'est tout bonnement brillant. Belle est davantage féministe encore dans le film, cette adaptation est magique, elle est juste totalement réussie. Rien à jeter, je vous dis.

Cinéma #17 et la mise en lumière d'Act Up-Paris par Robin Campillo.

On va parler d'un film qui met une claque monumentale et qui a remporté le Grand Prix du Festival de Cannes cette année.


Parce que la semaine dernière, je suis allée au cinéma voir 120 battements par minute, de Robin Campillo. C'était une avant-première puisqu'il sort officiellement le 23 août. J'y suis allée après avoir lu un très bref résumé, je ne m'attendais pas à sortir de la salle complètement choquée et calmée. Après une brève réflexion, c'est plutôt une bonne nouvelle, ça prouve qu'il est nécessaire de le voir.

120 battements par minute retrace, au début des années 1990, les réunions et les actions des militants d'Act Up-Paris qui luttent contre le sida. Issue de la communauté homosexuelle, cette association a été créée en 1989 par Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavin (ce dernier est décédé en 1994). L'objectif était d'alerter l'opinion, les médias et les politiques sur l'épidémie, les malades eux-mêmes et les communautés les plus touchées (dont les toxicomanes, prostituées, etc.). Il y a 25 ans, le sida sévissait depuis déjà dix ans et les campagnes de sensibilisation que l'on connaît aujourd'hui et qui sont évidemment indispensables n'existaient pas. Les militants luttaient pour une reconnaissance, parfois avec la violence s'il le fallait.

En parallèle, on suit l'histoire de quelques militants, tous malades, tels que Sean (Nahuel Pérez Biscayart), Nathan (Arnaud Valois) et Sophie (Adèle Haenel). C'est d'une violence sans nom, glaçant, terriblement réaliste. En ce qui me concerne, j'avais 6 ans en 1992 alors j'ai toujours vécu avec le sida démystifié, j'ai su assez tôt qu'il existait, qu'il fallait se faire dépister, comment on l'attrapait et comment on s'en protégeait. Entre l'arrivée de l'épidémie dont on ne savait rien et dont on cachait tout, ainsi que l'affaire du sang contaminé, la génération qui précède les gens de mon âge a été réellement sacrifiée. C'est elle que le film met en lumière, sans jamais aucun pathos. Il nous montre la stricte vérité.

Il y a parfois un peu de musique, notamment Smalltown Boy de Jimmy Somerville, mais le générique de fin arrive de façon abrupte et silencieusement. La lumière ne s'est allumée qu'à la fin du déroulement de celui-ci, pas une seule personne ne s'est levée pour quitter la salle et pas une n'a dit quoi que ce soit. J'imagine que les larmes finissaient de couler. Jamais un tel silence ne m'a autant frappée, ce soir-là chaque spectateur s'est pris un uppercut dans le ventre.

Alors voilà, je te rappelle qu'il sort le 23 août, que tu dois absolument le voir et que tu n'en sortiras pas indemne. Mais je te le redis, c'est nécessaire.

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Je vais vous raconter l'histoire de Catherine. En vrai, Catherine ne s'appelle pas du tout Catherine, c'est moi qui ai décidé de changer les prénoms des personnes qui nous occupent. D'ailleurs, dans cette histoire et dans la vraie vie, Catherine a une petite sœur qui s'appelle Anne-Marie mais pas vraiment Anne-Marie.

Je ne sais pas exactement en quelle année Catherine est venue au monde mais c'était aux alentours de la fin de la guerre. Je ne connais rien de sa mère mais je sais que son père était un homme bourru qui ne souriait jamais. Et je sais également que ces deux-là étaient plutôt stricts. Du moins, leur vision de l'éducation était ancrée dans son époque. Catherine est donc née dans cette ambiance et a vécu sa vie de fillette assez tranquillement jusqu'à l'arrivée de sa sœur Anne-Marie huit ou dix ans plus tard. Malgré leur écart d'âge (ou peut-être grâce à lui, je ne suis pas sûre que ce soit un facteur à prendre en compte), elles s'entendaient très bien. Elles jouaient beaucoup ensemble et quand Anne-Marie a davantage grandi, elle et Catherine ont inventé quelque chose de vraiment très cool. Elles ont créé une encyclopédie parce qu'elles étaient très au fait de la vie des monstres en tout genre. Chaque page était dédiée à un monstre en particulier : son nom, sa description et bien évidemment son illustration. Catherine et Anne-Marie n'ont jamais cherché à commercialiser ce livre et c'est bien dommage, il aurait été utile à bon nombre d'enfants qui s'inquiètent de ce qui peut se tramer sous leur lit.

Un jour, comme beaucoup d'entre nous, Catherine a eu 17 ans. Bien que le concept de l'adolescence soit très récent, Catherine en était une du genre classique. Elle aimait la musique, était particulièrement fan d'Elvis Presley et, quelques années plus tard, vouera un culte à Led Zeppelin. Je ne sais pas quand ça a commencé mais elle s'intéressait aussi beaucoup à la culture juive - elle et sa sœur ont des ascendants juifs, elle apprendra même l'hébreu et voyagera plusieurs fois en Israël. Et puis Catherine est tombée amoureuse. D'un homme et pas d'un garçon. Cette fois-ci l'écart d'âge (plutôt significatif, les on-dit parlent de 15 ans au moins) a posé un problème. Évidemment pas à Catherine ni à son amoureux, vous pensez bien. Ils se voyaient en cachette, parfois Catherine faisait le mur. Ses parents ont fini par le découvrir et sont parti à la rencontre de l'homme, ils lui ont interdit de revoir Catherine. Il a obéi et ce fut le début de la fin de vie de femme libre de Catherine.


Les années se sont écoulées et Catherine s'est mariée. Cet homme-là s'appelle Jean-Louis (mais en fait non, enfin vous avez saisi) et il a le même âge qu'elle. Il a six frères et sœurs et vient d'une famille bien catholique comme il faut. Comme ces gens-là ont l'air bien, Anne-Marie suit le mouvement et épouse un frère de Jean-Louis. On reste en famille.

Les années continuent de défiler et Catherine conserve l'esprit des années 1960 : les robes à fleurs, un maquillage chargé et les cheveux bombés. Elle écoute toujours la même musique et vit dans une maison restée dans son jus. Jean-Louis veut des enfants mais elle ne lui fera jamais ce plaisir. Il faut dire que la vie de Catherine s'est arrêtée cinquante ans plus tôt, ses repères stylistiques sont un refuge. L'aigreur, la frustration et le mépris de l'autre ont naturellement pris le dessus, petit à petit. Elle a domestiqué un animal qui est le symbole de ce qu'elle n'a jamais pu connaître : un cygne, qui vit près de l'étang de la propriété. L'a-t-elle seulement fait exprès ?
En théorie, Catherine n'est pourtant pas seule. Elle avait sa sœur et son neveu deux fois plus neveu que ses autres neveux et nièces. Anne-Marie a pris la même direction mais a réussi à changer d'aiguillage, "Tout ce que je voulais, c'était un enfant." dira-t-elle un jour à son fils unique. Ceci fait, elle a changé de vie et seul son fils en fait toujours partie. Pour Catherine, le rejet est un mécanisme de défense. La souffrance est encore vive et les idées rétrogrades toujours d'actualité, autant continuer à les appliquer. C'est ainsi qu'aucune personne non mariée et/ou divorcée n'aura le droit de cité en sa compagnie, quel que soit son rang dans la hiérarchie familiale. Quitte à vivre dans l'absurde, autant y aller à fond.


Cette histoire n'a pas de fin, elle se termine de façon abrupte. Catherine s'enfonce chaque jour un peu plus dans le souvenir d'une existence qu'elle n'a jamais eu l'occasion de vivre. Le peu de personnes qui gravitent autour d'elle sont toujours dans l'incompréhension. Quant à moi, je ne vous raconte cette histoire qu'avec les éléments récoltés depuis douze ans. Je n'ai jamais eu le droit de la rencontrer, je n'ai toujours pas épousé son neveu deux fois plus neveu que ses autres neveux et nièces.

Cinéma #16 et Wonder Woman est-elle féministe ?

Je ne pensais pas me déplacer au cinéma pour voir Wonder Woman et puis ma partner in crime m'a convaincue de vérifier la portée féministe du film. J'ai lu à gauche qu'il était hyper féministe oh là là, et à droite que non, pas du tout mais quelle horreur. Et moi, j'en pense quoi ?


Si je n'ai pas tellement voulu le voir en premier lieu, c'est tout simplement parce que l'univers des super-héros m'est inconnu. Je n'ai jamais lu de comics, je ne connais Marvel et DC que très vaguement et, pour ainsi dire, ça ne m'intéresse pas beaucoup. J'ai cependant apprécié de voir au cinéma les Batman (avec Christian Bale) et chaque X-Men mais ça s'arrête là. Les comics sont un tel empire que je ne me sens pour le moment pas de taille à m'y plonger davantage. C'est pour cette raison que ce billet de blog ne sera centré qu'autour de ma vision de Wonder Woman de Patty Jenkins et de ce qui m'est apparu. Peut-être que certaines choses vous sembleront des énormités à cause de ma méconnaissance du sujet de fond, ce sera fortuit.

Je me suis intéressée à la création du personnage en tant que tel. Wonder Woman, alias Diana Prince dans le civil ou Princesse Diana de Themyscira dans son monde, est une Amazone, fille de la reine Hippolyte et de Zeus, façonnée dans l'argile à qui on a donné vie. Themyscira est l'île où sont réfugiées les Amazones, elles s'y entraînent pour devenir des meufs badass. Le personnage a été créé au tout début des années 1940 par William Moulton Marston (1893-1947), alors psychologue et inventeur. Apparemment, il en avait marre de ne voir que des hommes parmi les super-héros, il a donc inventé Wonder Woman pour assouvir son besoin de féminisme. Peut-on le blâmer ? Evidemment, non. Mais les causes de sa création en 1940 n'auraient jamais été les mêmes aujourd'hui. Pourquoi ? Je cite le communiqué de presse de l'époque (source) :
Wonder Woman a été conçue par le docteur Marston dans le but de promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre l'idée que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes.
Certes, cela part d'une bonne intention. Rappelons que parallèlement, en France, les femmes n'ont toujours pas le droit de vote. Toutefois, n'oublions jamais que les sociétés changent, évoluent, ce qui n'est pas le cas des écrits. Eux, ils restent gravés dans le marbre parce qu'ils ont été inspirés par leur époque. La création de William Moulton Marston est, en 2017, la même qu'en 1940. Cool sur le fond, très gênant sur la forme. D'autant que (source) :
Armée de ses bracelets à l'épreuve des balles, de son lasso magique, et forte de son entraînement d'amazone, Wonder Woman est l'archétype de la femme parfaite dans l'esprit de Marston. Elle est belle, intelligente, forte, mais a néanmoins un côté doux.
Robin Wright dans le rôle d'Antiope, la générale des Amazones.

Je trouve cela très désagréable. Encore aujourd'hui, si une femme est forte, il faut absolument qu'elle soit belle (bien que ce terme soit relatif) et surtout qu'elle soit douce parce qu'on doit tout de même la rappeler à sa condition de femme. Le film de Patty Jenkins conserve malheureusement tous ces clichés. Une scène m'a révoltée, elle ne dure pourtant que trois secondes tout au plus : lorsque Diana débarque dans le monde civil avec Steve Trevor, elle s'extasie devant le bébé d'une passante, comme si les femmes avaient systématiquement un radar adapté et qu'elles se mettent en mode gaga à la simple vue d'un nourrisson. Non. Ceci n'est pas supportable. D'autant qu'ici, c'est complètement gratuit, ça n'a absolument pas lieu d'être. Qu'y a-t-il d'exaspérant encore dans le film ? Ah, oui, la romance. Peut-être existe-t-elle dans les comics mais tant de détails sont ignorés lors d'une adaptation d'un livre au cinéma, pourquoi pas ce genre de détail-là ? Ça nous ferait du bien et, en plus, ça donnerait une chance à l'œuvre de passer le test de Bechdel.

Cependant, parce que je ne suis pas une vilaine féministe misandre qui gueule pour tout et n'importe quoi (ce modèle de féministe n'existe pas d'ailleurs, la misandrie n'existe pas et on ne gueule jamais pour rien, je le dis pour votre culture personnelle), il y a malgré tout des bons côtés à la Wonder Woman de Patty Jenkins. Premièrement, l'intro du film est magnifique. C'est la genèse de Diana et de son peuple, les Amazones. Les voir s'entraîner et se battre m'a collé des frissons, Robin Wright dans le rôle de la générale Antiope est extraordinairement extraordinaire. J'ai carrément eu les larmes aux yeux, en fait, j'ai ressenti une forme de soulagement parce que hey, des femmes auxquelles on peut s'identifier, ça arrive bien peu souvent si on compare aux héros mâles de la pop culture. J'ai tout de suite pensé aux petites filles qui se font un bon petit cosplay des familles, ça m'a hypée de fou.
Aussi, Diana est super naïve mais elle tient ça de son éducation et de sa réclusion. J'essayais de conserver ça en mémoire lorsqu'elle était confrontée au monde moderne mais son "côté doux" voulu par Marston m'a davantage agacée. Elle aurait pu s'énerver un minimum à maintes reprises face aux clichés sexistes, même si quelques punchlines bien senties nous laissent entendre que, concrètement, les hommes ne servent pas à grand chose. Et paf.

Bilan des courses : je suis très mitigée. J'aime la représentation globale de la femme forte qui mène, se bat, j'ai toujours apprécié la légende autour des Amazones et les valeurs qu'elles prônent. Ce sont des femmes solides qui se battent mais qui n'oublient pas d'être réfléchies, la force est l'alliée de l'intellect. Ne dit-on pas que le monde irait beaucoup mieux avec davantage de femmes au pouvoir ? Parce que j'en suis convaincue. Malheureusement, Wonder Woman se vautre dans les clichés et est d'une incroyable paresse. Le mythe de cette femme surpuissante aurait mérité d'être dépoussiéré, il n'aurait suffit que de quelques astuces scénaristiques. Ce film conserve malgré tout un côté divertissant mais j'aurais aimé qu'il soit plus que ça.

Toujours Robin Wright (au centre) dans le rôle de la merveilleuse Antiope.

Le grand mystère des règles, de Jack Parker.

Vous souvenez-vous de vos premières règles ? Moi oui, très bien. Je venais d'avoir 11 ans et c'était l'été, mi-juillet précisément, j'allais entrer en sixième. Le soir, j'aimais bien regarder la télé dans la chambre de mes parents et ce soir-là, je m'étais endormie dans leur lit. C'est ma mère, en me réveillant, qui m'a dit que mon pyjama était tâché. Le lendemain, nous partions en vacances à La Rochelle. Je n'ai pas pu me baigner bien que ma mère ait insisté à me faire porter un tampon. J'ai en mémoire cette scène plutôt surréaliste de moi cul nul et en pleurs dans la caravane pliante, ma mère accroupie devant en essayant de m'aider. Elle a voulu bien faire mais j'en ai gardé un petit traumatisme.

Les règles, c'est tabou. De moins en moins mais encore malgré tout. Je n'arrive à dire "j'ai mes règles" sans rougir que depuis deux ou trois ans, grand max. Je fais désormais en sorte de prononcer chaque mot bien distinctement sans utiliser de vocabulaire subterfuge ("ragnanas" ou, pire, "être indisposée"). Alors qu'on parle d'un phénomène naturel qui concerne la moitié de la population mondiale depuis la nuit des temps. Ce n'est pas comme si on se coltinait ces conneries chaque mois pendant 40 années, non, si peu. Chaque personne ayant un utérus en état de marche a tout un tas d'anecdotes à raconter, des trucs qui nous font plus ou moins rigoler entre nous mais qui ont souvent été un peu (voire beaucoup) honteux alors que ça n'aurait jamais dû et ne devrait jamais plus l'être. Tiens, par exemple : à 14 ans je suis allée en colonie de vacances à la montagne pendant l'été. Au cours de ces trois semaines, je suis partie pour une randonnée de trois jours. Mes règles sont arrivées un petit matin, en haut de la montagne où l'air était aussi vivifiant que dans une pub pour Tampax sauf que là, personne n'en avait, des Tampax. Ni de serviettes hygiéniques. Je ne vous parle pas de cup, ça n'existait pas en l'an 2000. Je n'avais rien prévu, mes copines non plus et surtout pas les moniteurs. Alors j'ai dû me débrouiller avec les moyens du bord, c'est-à-dire du papier toilette. Si vous avez déjà tenté l'expérience, vous savez comme c'est désagréable. On doit se changer extrêmement régulièrement car le PQ n'est pas adapté à rester sous sa forme originelle au contact de liquide, n'est-ce pas. Au retour de nos péripéties et surtout des miennes, tout le monde est parti se laver. Les douches étaient communes et sous la surveillance d'une monitrice, j'ai dû retirer ma culotte et tout ce qui se trouvait à l'intérieur devant tout le monde avec l'œil et les paroles dégoûtés et exacerbés de la surveillante, seule personne majeure du lieu d'alors et pourtant la plus immature du groupe. J'ai quand même gardé ma dignité, je n'avais pas eu le choix dans tout ça.

Alors voyez-vous, quand je constate qu'un livre comme Le grand mystère des règles de Jack Parker est publié en 2017 (parmi notamment Ceci est mon sang d'Elise Thiébaut et Sang tabou de Camille Emmanuelle), et bien je suis soulagée. Non, vraiment, le mot n'est pas trop fort. Certes, ça ne sort pas de nulle part puisque Jack Parker est, entre autres, l'autrice du blog Passion Menstrues donc on a pris un peu le temps de s'habituer, d'autant plus si on est adepte des réseaux sociaux. Le grand mystère des règles est merveilleux à tout point de vue. Il est ultra complet : qu'est-ce que les règles, comment fonctionnent-elles et à quoi ressemblent-elles vraiment, comment les vivre, comment les vit-on chez les autres et à travers l'Histoire, la société, la religion, le patriarcat, tout est mentionné. Je pense que n'importe quelle question que nous serions à même de nous poser, que nous soyons équipé-e-s d'un utérus ou non, la réponse est dans ce livre. En 2017, à 31 ans, malgré mon féminisme, mon occupation à détruire le patriarcat tout en m'instruisant du mieux que je peux, j'ai appris un tas de trucs que je ne savais pas sur quelque chose qui me concerne pourtant depuis les deux tiers de ma vie. Je pense réellement que sa lecture est nécessaire, quels que soient notre âge ou notre genre. J'ose vous retranscrire la quatrième de couverture si toutefois vous n'étiez pas encore convaincus :
Un livre sur les règles ? Mais pourquoi ? Parce que les règles sont toujours enveloppées d'un voile de répulsion et de rejet. Parce qu'on ignore encore beaucoup trop de choses au sujet des menstruations, ne serait-ce que d'un point de vue purement biologique. Parce qu'on ne connaît pas assez les problèmes de santé qui y sont liés et que de nombreuses personnes souffrent parfois en silence, sans savoir que ce n'est pas normal et qu'il existe des solutions. Parce qu'une majorité d'enfants et d'adolescents, à qui on n'a jamais vraiment expliqué ce qu'il se passait, grandissent dans la peur et le dégoût de leurs corps. Parce que les publicités et notre environnement social nous incitent quotidiennement à les cacher. Parce qu'il faut surtout "ne pas en parler". Il est grand temps que ce tabou rejoigne le clan des reliques et qu'on arrête de culpabiliser, de complexer et de se cacher à tout prix - qu'on possède un utérus ou non. C'est tout l'objet de ce livre.
Et bim. Et si là encore vous vous dites qu'une telle lecture est inutile, écoutez-donc ce que Jack Parker nous racontait lorsque Chloé et moi l'avons interviewée dans notre émission de radio (Les Fines Gueules, regardez dans le menu de gauche, petit reminder).

Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux, d'Yves Baot.

Est-ce que vous pouvez m'imaginer moi, affalée allongée dans le canapé, sous la fenêtre avec le volet suffisamment clos pour ne pas souffrir de la chaleur mais pour laisser la lumière passer, une pièce de théâtre à la main et un bol de quartiers de nectarines à portée ? Peut-être que oui, vous ne me connaissez peut-être pas personnellement. Ce n'est pourtant pas mon habitude. Je lis si peu. J'ai pourtant fini deux livres en deux semaines, j'en ai un autre en cours. Et c'est la première fois en 31 ans et 19 jours de vie que je lis du théâtre de mon plein gré. C'est donc ça être adulte ? Ou bobo ? Il ne me manque plus qu'un meuble de designer et je pourrais décrire ma journée type pour The Socialite Family :
Le matin, je me lève toujours après le tumulte de la vie citadine. Je prends quotidiennement le temps de réfléchir à mon développement personnel autour d'un exquis thé noir au mélange délicieusement fruité où se mêlent les saveurs de fruits rouges, de pomme et de rhubarbe à celle douce et ronde de la vanille. Ensuite, je consacre une heure à mes multiples talents, puis je me réserve un temps spécial pour faire glisser de l'eau fraîche sur mon corps, c'est indispensable pour se sentir ragaillardie.
Traduction :
Le matin, ou bien le midi ça dépend (ça dépasse ! haha, pouet), je me lève comme je peux parce que je suis insomniaque sa race et que je me gave de plantes qui font faire dodo pour être tranquille. Avant 10h, c'est une victoire, avant midi c'est correct. Je prends quotidiennement le temps de me réveiller, et c'est très long (parfois ça prend la journée entière) autour d'un maxi mug de thé [insérer la définition exacte de mon thé préféré, allez paf placement de produit]. Ensuite, je consacre une heure aux petites annonces pour trouver un taf de merde où je ne serai jamais payée plus que le SMIC parce que je n'ai pas de diplôme et encore moins de métier, puis je vais prendre une douche pour me remettre les neurones en place (enfin ça, c'est quand je suis motivée et que mon odeur corporelle commence à gêner).
Alors bon, si je peux lire une petite pièce de théâtre pépouze dans mon canapé en bouffant des nectarines (à la fourchette pour ne pas salir les pages), je peux bien me permettre de me boboiser une heure ou deux. Pardon, je digresse.

J'ai une culture théâtrale environ sous le niveau de la mer. J'ai évidemment lu quelques pièces pour les besoins des cours de français à l'école et j'ai adoré Shakespeare (Hamlet, MacBeth et Othello notamment) ainsi que Les Justes d'Albert Camus. Je ne me rappelle pas tellement d'autre chose, si ce n'est que j'ai toujours eu en horreur de faire la comédienne, j'ai de très mauvais souvenirs de troisième avec Antigone de Jean Anouilh. Et puis durant mes années en tant qu'assistante d'éducation, j'ai eu l'occasion de voir un petit paquet de pièces de tous les bords jouées par des élèves. J'ai aimé certaines choses, d'autres moins.
Parlons de Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux d'Yves Baot. Voici ce que dit la quatrième de couverture :
Le Bataclan, un 13 novembre au soir... Histoires croisées de 13 personnages au cœur du tumulte et de l'horreur. Futurs imbriqués où le désir restera le dernier ressort de la vie qui va... Et qui gagne... Et ce Nocturne de Chopin, obsessionnel comme une berceuse étrange, accompagnera chacun vers son destin.
Un mot rapide sur l'auteur dont c'est la première pièce. Ancien instituteur, Yves Baot a étudié deux ans au conservatoire d'art dramatique. Il a notamment enseigné le théâtre et créé le Théâtre des sept lunes (c'est un nom si poétique) qui est une compagnie regroupant des enfants et des adolescents. Aujourd'hui, il est comédien et metteur en scène au sein de la Compagnie des Transports qui s'appuie sur le Théâtre du Passeur, et le tout se passe au Mans (j'y suis née, représente). Il est accessoirement le père de feu l'une de mes meilleurs amis. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de le voir jouer une fois, au Théâtre du Passeur justement, et j'avais passé un excellent moment (à ma grande surprise à l'époque, je ne voyais le théâtre que comme quelque chose de chiant et rébarbatif, et puis du coup non).

La pièce est composée de 6 scènes, chacune mettant en avant un ou deux personnages différents (qui ne se connaissent que par binômes) pour atteindre donc le nombre final de 13 (nombre porte bonheur s'il en est). Il y a plusieurs fils rouges qui traversent les scènes, l'horreur du Bataclan, bien sûr, et Chopin, ainsi que l'un des 13 personnages mais je ne vous dirai pas qui c'est (on ne spoile pas par ici, ce n'est pas le genre de la maison). Chaque scène fait référence à un épisode de la mythologie grecque et l'auteur suggère par ailleurs une mise en scène en fonction. J'ai pas mal souri en lisant la pièce parce que mon amie était quand même bien calée en mythologie. J'imagine que les chiens ne font pas des chats.
Il s'agit d'un livre de 60 pages, c'est donc plutôt simple à lire quand on ne fait pas partie d'un public averti comme moi, je l'ai lu d'une traite. J'ai beaucoup aimé, ça va droit à l'essentiel et pourtant il y a de la profondeur dans chaque personnage. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer ce qu'un-e rescapé-e du Bataclan ressentirait en lisant cette pièce, personnellement j'ai éprouvé une sorte de joie triste, de l'amertume aussi, le tout la gorge serrée.

Voilà, je ne sais pas si je vous ai donné envie de lire cette pièce mais en tout cas je vous la conseille, vous pensez bien. Pour vous la procurer, il vous suffit de cliquer sur cette merveilleuse phrase que j'écris exprès afin que vous voyiez bien tous ces mots bien rouges alors allez-y.

Théâtre du Passeur
88 rue de la Rivière
72000 Le Mans

Cinéma #15 et des vampires punks.

Vous le savez, j'ai une attirance toute particulière envers les œuvres traitant le sujet du vampirisme, et plus elles sont classiques, plus elles me plaisent. J'essaie toutefois de lire et voir un peu tout ce qui me tombe sur la main (il en reste tellement !), mais s'il y a bien un film qui qui m'est toujours passé entre les doigts par je ne sais quel miracle, c'est The Lost Boys de Joel Schumacher (Génération perdue en version française). Il a beau dater de 1987, je n'en avais jamais entendu parler. Ou alors mon esprit a  totalement fait abstraction ? Je ne sais pas. J'ai quand même rattrapé mon erreur. Il n'est d'ailleurs pas toujours évident d'apprécier un film, qui est un classique de son genre, à l'âge adulte quand tous nos potes l'ont vu enfant ou ado. Je ne sais pas quelle place The Lost Boys tient dans le cœur de mes amis, mais étant donné qu'il a 30 ans, je ne serais pas étonnée que les plus cinéphiles d'entre eux le considèrent comme un film doudou. J'ai vu plusieurs films que j'aurais sans doute dû voir quand j'étais môme et qui, du coup, m'ont plus saoulée qu'autre chose, par exemple Star Wars (épisodes IV, V et VI) et Labyrinth. Alors que je suis une fan inconditionnelle de Retour vers le futur et Beetlejuice, ces films ont eu un impact sur ma vie d'enfant.

The Lost Boys a 30 ans et je l'ai vu pour la première fois à 30 ans. Et je l'ai beaucoup aimé ! Il est extrêmement bien ancré dans son époque, je pense qu'on peut difficilement faire plus représentatif des années 80 que ce film car il est typique de ces années-là. Je n'ai aucune connaissance technique en cinéma mais je trouve que les films de cette décennie ont une saveur particulière liée, peut-être, à un savoir-faire distinctif (l'image, la façon de filmer, le scénario ?). La musique choisie apporte un poids supplémentaire grâce aux reprises d'INXS, Roger Daltrey et Echo & the Bunnymen. Et puis il y a ce clivage entre les gentils garçons qui s'installent dans cette, à priori, paisible ville balnéaire de Californie, et les méchants vampires qui foutent le boxon : les premiers sont propres sur eux et les seconds sont des loubards en cuir et à moto, ça ressemble un peu à Grease mais en plus badass quand même. Et puis l'histoire n'est pas si simpliste, il y a malgré tout un twist même si on le crame dès le début du film (sauf moi parce que je suis assez naïve pour me faire berner fastoche).

Enfin, qu'on se le dise, The Lost Boys est une perle dans son genre dans le sens ou, avant lui, il n'était pas aisé de trouver des vampires punks. Cela faisait quelques années qu'on se traînait des parodies et les suites multiples et fantasques avec Christopher Lee (il y en a des bien et d'autres complètement daubées, il faut le dire) ou alors on restait dans quelque chose de très classique. The Lost Boys était avant-gardiste, il a dépoussiéré le genre. Je me cantonne au cinéma pur et dur parce que je sais ce que vous allez me dire : "Oui mais Blade aussi c'est punk et le comics date de 1973." Et c'est vrai, mais il faudra attendre la fin des années 90, soit dix ans après The Lost Boys, pour le voir au cinéma. Je ne dis pas non plus que c'est ce dernier qui a lancé la machine, je ne suis pas spécialiste. Mais quand même. Pour finir, sachez qu'il existe deux suites à The Lost Boys sorties respectivement en 2008 et 2010 mais bon, je ne suis pas certaine qu'il faille les visionner (ma curiosité est tout de même présente, je ne vous le cache pas).

 

 

Si vous cherchez un film ou une série avec des vampires, je vous recommande chaudement cette liste.

Bror Gunnar Jansson (+ William Z Villain) @ Fuzz'Yon, La Roche-sur-Yon.

Le blues, vaste sujet. Il faut croire que j'ai attendu de vieillir un peu pour en écouter. Bien que ça ne soit pas mon genre de prédilection au départ, je me surprends à aimer ça de plus en plus. Evidemment, le niveau de ma culture se situe au-dessous de la mer mais j'essaie d'apprendre quand l'occasion se présente. C'est pour cette raison que je me suis rendue à un plutôt drôle de concert hier soir, avec une joie non feinte. Il s'agissait de Bror Gunnar Jansson et de William Z Villain en première partie.

Bror Gunnar Jansson

Bror Gunnar Jansson est un chanteur de blues suédois qui aime beaucoup Johnny Lee Hooker. Sur scène, il joue tout seul de la guitare et de la batterie, en chaussettes mais tiré à quatre épingles. C'est-à-dire qu'on est sur du cravate-chemise-veston-chapeau, type années 20, vous voyez. L'homme est assez froid de prime abord, d'autant qu'il a des traits plutôt anguleux et un regard exprimant diverses choses selon sa direction et la lumière. Il n'interagit pas vraiment avec le public et il semble jouer dans un cadre plutôt strict. J'ai cru comprendre que ça pouvait en gêner certain-e-s, mais moi j'ai adoré ça. Un moment, j'ai perdu la notion du temps tellement je me suis sentie hypnotisée, j'ai eu l'impression d'être le serpent du charmeur. La déconnexion se fait aussi par son souci du détail : le son, sa voix, le petit verre de whisky pour s'hydrater et sa façon de saluer le public à la fin du concert. Ce monsieur est très impressionnant.

Il a sorti deux albums : Bror Gunnar Jansson en 2012 et Moan Snake Moan en 2014, ainsi que deux EP : And The Great Unknown part I et part II sortis cette année.



La première partie a donc été assurée par William Z Villain et je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai vu. Multi-instrumentiste également et avec encore plus de mérite parce qu'il avait le bras droit en écharpe, c'est le genre d'homme insupportable parce qu'il est aussi drôle que talentueux. Il a une si jolie voix qui raconte de fort bonnes histoires, c'est extrêmement agréable. J'ai lu quelque chose d'assez juste à son sujet, qu'il "alterne entre grand n'importe quoi et émotion la plus intense". Alors oui, voilà, c'est ça en fait. Moi je le trouve vraiment kiki.

Allez ici pour en voir un peu plus. Et là aussi. Oh et lisez cet article, ma foi.

We love you Chris Cornell.

Je ne sais pas ce que l'univers cherche à nous faire passer comme message lorsqu'il nous abreuve littéralement d'une pluie continue, grise et froide un jeudi matin de mai et nous impose en plus la disparition de Chris Cornell. J'ai la fâcheuse tendance à allumer mon smartphone avant même de sortir du lit, c'est une très mauvaise habitude. Je consulte rapidement les réseaux sociaux, il est donc d'une facilité déconcertante de commencer la journée par une mauvaise nouvelle. Deuxième fois, après David Bowie, que le coup de massue accable ma mélomanie, je suis vraiment triste.

La chanson qui nous revient en premier est évidemment Black Hole Sun (Superunknown, 1994), le tube interplanétaire de l'époque Soundgarden, une des légendes du grunge avec laquelle beaucoup de gens de ma génération ont grandi. Puis c'est une référence qui traverse les âges et se transmet à celles et ceux d'après, pour ainsi ne jamais vraiment mourir. C'est le pouvoir immuable de la musique.

J'ai vu Chris Cornell en concert au Zénith de Nantes en 2009 alors qu'il assurait la première partie de Lenny Kravitz. Il venait de sortir l'album Scream, aux antipodes de ce qu'il avait pu produire jusqu'alors en solo, avec Temple of the Dog, Soundgarden ou Audioslave. J'ai pris ce jour-là une des nombreuses claques de ma vie, même si elle fut tardive.

Un homme avec un talent inconditionnel et une voix fantastique, il manque déjà.

Crédit : Justin Borucki

Tu sais ce que j'en fais de ton Miracle Morning ?

Il est 23h45 au moment où je commence à écrire ces lignes et je n'avais pas du tout prévu de terminer ma soirée de cette façon. J'avais plutôt envie d'aller dormir puisque j'essaie tant bien que mal depuis quelques semaines de me coucher de bonne heure. Oui, selon moi il est tôt, je ne me couche habituellement jamais avant 2h du matin (en moyenne). Je suis donc plutôt ici à écrire parce que je n'arriverai pas à m'endormir avant d'avoir expulsé mon agacement.

Aujourd'hui, j'ai lu l'article de trop concernant le Miracle Morning. Mais si, vous savez, c'est cette recette magique qui consiste à se lever en moyenne une heure plus tôt chaque matin afin de faire une journée en plus de votre journée normale censée commencer à une heure décente (encore que là, chacun voit midi à sa porte, 7h est une heure qui me froisse). Vous vous réveillez donc à 5h30 du matin et votre vie devient meilleure.
Entendons-nous, si cela fonctionne pour vous et que vous êtes heureux-ses, je suis contente pour vous. Oui, vraiment. Aussi, cet article est complètement gratuit mais j'en ai quand même ma claque de ces conneries.

La dernière fois où j'étais déjà réveillée à 5h du matin, je crois que c'était pour aller à l'aéroport. En plus c'était un retour de vacances, la joie n'était donc pas au rendez-vous. Et c'était il y a dix ans. En revanche, je me suis couchée un tas de fois à cette heure sans même avoir fait la fête ni travaillé de nuit : j'ai juste eu l'outrecuidance de passer la nuit chez moi en pyjama à écouter le silence (ou de la musique), écrire ou lire un bouquin. D'ailleurs, quand j'ai un livre entre les mains, j'évite comme la peste le sujet du développement personnel. Je ne supporte pas qu'une personne que je ne connais pas m'explique par a+b quel comportement je dois adopter pour bien faire les choses (selon elle). Apparemment, il existe un ouvrage d'un certain Olivier Rolland qui s'intitule Tout le monde n'a pas eu la chance de rater ses études. C'est quoi ce délire ? Est-ce véritablement une chance de rater ses études ? J'ai raté les miennes ! Je n'ai aucun diplôme, aucun métier et je suis au chômage depuis 18 mois. Ce livre, vous pouvez vous le mettre où je pense, je ne veux même pas en entendre parler.


J'ai lu plusieurs billets de blogs qui vantent les mérites du Miracle Morning et de toute cette vie parfaite qui en découle. Parfaite sur Internet et les réseaux sociaux, je suis tout à fait consciente que ces blogueuses (je n'ai lu que des femmes sur le sujet) font parfois des tâches de gras sur le plan de travail de leur cuisine, du moins je l'espère très fort. Le coup de grâce m'a été donné par une auteure qui est heureuse, et nous ne devrions retenir que cela. Toutefois, elle se réveille à 5h45 chaque matin. C'est un problème. Ses premiers gestes : se jeter de l'eau froide sur le visage (c'est un problème), commencer un brin de ménage (c'est un problème) et boire un verre d'eau tiède citronnée (c'est un problème en plus d'être dégueulasse). Après ça, elle fait du sport. Je connais des gens très bien qui font du sport de bonne heure le matin, je ne juge pas. Mais c'est un problème parce le petit-déjeuner n'arrive qu'1h30 après tout ceci. Personnellement, je suis incapable de mettre un pied devant l'autre avant d'avoir avalé une tasse de thé noir et si, en plus, je devais me farcir toutes ces activités avant de manger, il me faudrait m'enfiler une dizaine de tartines beurrées. Non, ici la blogueuse avale du muesli. Le muesli aussi c'est dégueulasse, c'est donc encore un problème.

Pour moi, un véritable Miracle Morning c'est quand j'arrive à dormir sans que mes chats ou les raclements de chaise de mon voisin ne viennent me réveiller. C'est quand je réussis à faire une nuit d'au moins huit heures parce que mes gélules de mélatonine ont fait effet. C'est quand je ne me trouve pas plus laide que la normale quand je me regarde dans le miroir. C'est quand il fait beau, que je me réveille de bonne humeur, sans mal de tête, et qu'il me reste encore du thé vénitien. Je suis très heureuse quand j'arrive à me réveiller à 9h mais tant que c'est avant midi, je considère que ma journée n'est pas perdue, même si je n'ai rien de prévu. Je passe mes journées en "tenue d'intérieur" (imaginez ce que vous voulez), je ne me maquille certainement pas et même que des fois, j'ai les cheveux gras. J'envoie le développement personnel et les pensées de gratitude se faire foutre avec une joie non feinte, je fais du sport un jour sur treize et je mange parfois gras, parfois sain, parfois végétarien, parfois non, même que ces jours-ci se trouvent dans ma cuisine des avocats du Chili et des bananes de République Dominicaine. Et je m'en bats les reins, écoutez.

J'en ai plus que plein le fion de lire et de voir des modèles de perfection qui sont happy dans le nom de leur blog et leur vie, et le revendiquent, c'est lisse. J'ai envie de les pincer. Je pourrais les éviter du regard mais je dois être un peu masochiste, je suis un être humain (surtout curieuse). Honnêtement, ces gens me fatiguent et me peinent à la fois, je ne peux pas croire que des rituels pareils puissent être pérennes. En fait ça me dépasse, je n'ai pas l'impression qu'il soit si compliqué dans les faits d'être soi-même et d'arrêter de forcément se plier à une mode complètement barjot. C'est malheureux quand on se rappelle de cette étude qui explique que travailler avant 10h est une torture, on ne peut décemment pas se concentrer avant cette heure alors ne me faites pas croire que faire tous vos trucs, aussi personnels soient-ils, est efficace absolument chaque matin. Arrêtez cette vie de communiste, vous allez nous faire un burn out. A quoi ressemblent vos soirées en vous couchant à 21h alors que vous êtes rentré-e-s du boulot à 19h ? Non, vous, vous préférez vous lever à 5h du mat' juste pour boire de l'eau tiède sans manger une seule tartine, je suis hyper déçue. Vous n'avez même pas 30 ans, vous me faites réellement flipper.

Alors voilà, vous avez gagné. Vous me collez des angoisses terribles si vous possédez un blog blanc et/ou pastel avec une bannière comportant le mot "happy", des fleurs et une police cursive (vous êtes tellement à faire ça, c'est encore un problème), plusieurs articles avec tant de façons et d'astuces pour arriver à faire ceci ou cela (arrêtez de faire des listes et écrivez des putains de phrases avec sujet-verbe-complément et du vocabulaire, bordel, voire des gros mots, personne ne vous en voudra, MERDE), des articles remplis de mots en anglais pour être stylé-e (laissez cela aux gens-de-la-comm' par pitié), des conseils de chiotte pour harmoniser un feed Instagram, ET CÆTERA. Si vous voulez mon avis, vous n'écoutez pas assez de rock'n'roll.


(Oui, c'est bien Mila Kunis quand elle avait tout juste 18 ans)

Cinéma #14 et Brimstone, un western dans un thriller.

Le soir où je suis allée voir Split dans mon petit cinéma de quartier que j'aime tant, il y avait dans l'autre salle le film Brimstone, de Martin Koolhoven et dont je n'avais jamais entendu parler. Intriguée par l'affiche, le casting et le synopsis, il ne m'en fallait pas davantage pour me convaincre de le voir (vous me direz, j'étais déjà quasiment au max).

Brimstone est une co-production internationale : un réalisateur néerlandais avec une fort jolie petite moustache, des contributeurs de l'ombre de la même nationalité mais aussi français et danois, et des acteurs toujours néerlandais ainsi qu'anglo-saxons et américains. Parmi ces derniers et dans les rôles principaux, on retrouve Dakota Fanning, désormais majeure et vaccinée (j'ai dû croire qu'elle resterait enfant toute sa vie) et Guy Pearce, qui a la faculté de souvent jouer dans de très bons films (et séries). Il y a également Carice Van Houten et Kit Harringon (Melisandre et Jon Snow dans Game of Thrones), tout comme la fort mignonne à croquer Ivy George (Amabella dans l'excellente série Big Little Lies).


L'histoire se passe au XIXème siècle dans l'Ouest des États-Unis. La jeune Liz (Dakota Fanning) vit tranquillement avec son mari et ses enfants, c'est la sage-femme de la ville. Lors de la messe hebdomadaire, un prêcheur (Guy Pearce) débarque et c'est la panique.

Comme je n'ai rien lu au sujet du film avant de le regarder, j'ai d'abord cru à une histoire de sorcellerie parce qu'en français, "brimstone" veut dire "soufre". J'étais dans le faux mais pas tant que ça, je n'ai pas été déçue : il est véritablement question ici de malédiction. Il s'agit d'un très long (2h30) thriller terriblement sinistre et glaçant construit en quatre parties montées dans le désordre, le film ne commence pas tout à fait par la fin et ne se termine pas vraiment par le début. Liz est le personnage central, on la voit à différentes époques de sa vie. Le prêcheur est l'un des pires enfoirés jamais vus au cinéma. Plusieurs sujets sont mis en lumière : la condition des femmes (trigger warning), celle des communautés hollandaises très religieuses immigrées, la notion de destin, de fatalité, c'est une œuvre malsaine, sadique, perverse, extrêmement violente, vraiment choquante. A ces mots, vous devez croire que je n'ai pas aimé le film mais il en est tout autrement car en plus d'être esthétiquement d'une grande beauté, il est magistral.
On m'en a parlé et j'ai effectivement lu quelques lignes à ce sujet, le film est accusé de complaisance envers les violences faites aux femmes. Je l'ai personnellement trouvé plutôt féministe même si les agressions sont multiples et d'une grande barbarie (d'où le trigger warning). La rébellion est dans le cœur de Liz, de celui de ses "collègues", mais aussi malgré tout dans celui d'Anna (Carice Van Houten). Elles ont finalement toutes plus ou moins le même destin, peut-être discutable pour certains, mais intransigeant.

Cinéma #13 et Split, un film fin comme du gros sel.

Il faut qu'on parle. Qu'on se pose deux minutes et qu'on discute très sérieusement de ce film qu'est Split de M. Night Shyamalan. Qu'est-il arrivé aux critiques presse ? Selon Allociné, sur 28 journaux, 5 ont donné 5 étoiles et 14 en ont donné 4. Les critiques spectateurs sont les pires, la moyenne est de 4.1/5. Sommes-nous allés voir le même film ? Suis-je passée à côte de quelque chose d'essentiel (mais ça m'étonnerait) ? En toute honnêteté, je suis pourtant sortie du cinéma relativement contente de ce que j'avais vu mais je n'avais en tête que l'incroyable performance de James McAvoy et beaucoup de tendresse pour Anya Taylor-Joy, vue il y a peu dans The Witch (film excellent). Après cela, j'ai pris le temps de réfléchir au film en entier et d'en discuter avec mon partenaire de salle obscure du moment, il était alors évident que ce film est super relou.

Spoilers sous l'image.


Peut-être ne suis-je qu'une snob parmi tant d'autres mais vous m'excuserez, les films de M. Night Shyamalan, c'était mieux avant. Bien qu'on m'ait spoilé Sixième Sens dans la file d'attente du self quand j'étais au lycée, je l'ai adoré malgré tout (c'est comme si j'avais fait directement une seconde lecture) et j'ai été sidérée par Signes et Le Village. Je me suis sévèrement ennuyée devant La jeune fille de l'eau et j'ai trouvé The Visit bien mais pas top (mais bien). C'est vrai, je n'ai pas vu Incassable, mais on m'en a tellement parlé que c'est tout comme. C'est pourquoi je n'ai pas été spécialement surprise en voyant la dernière scène de Split puisque j'ai compris la présence de Bruce Willis, mais alors quelle vaste plaisanterie ! Je n'ai pas éclaté de rire par respect pour les autres spectateurs dans la salle mais j'ai rarement fait des yeux aussi ronds. Non mais qu'est-ce que c'est que ces conneries ! Le pire, c'est que j'irai voir la suite prévue pour l'année prochaine, parce que je veux comprendre ce délire.

Synopsis : Kevin (James McAvoy) a 23 personnalités qui cohabitent dans son corps. Il enlève trois adolescentes (dont Anya Taylor-Joy) qu'il garde enfermées dans un sous-sol.

Et donc je suis contrariée parce que comme je l'ai écrit plus haut, j'ai été subjuguée par le jeu de James McAvoy (je suis amoureuse de lui depuis toujours, faut dire). Toutefois, quel est l'intérêt de dire qu'il a 23 personnalités si c'est pour n'en montrer que 6 ou 7 ? Si les identités restantes ne sortent pas "dans la lumière" dans Split 2, je fais un scandale. Il en va de même pour ces flashbacks incessants sur la vie passée de Casey, un seul aurait suffit, il est inutile de prendre le spectateur par la main pour lui faire comprendre les violences qu'elle a subies et comment elle en est arrivée à savoir se servir d'un fusil de chasse. De plus on est aux États-Unis, il faut arrêter de nous prendre pour des idiots. La relation entre Kevin et Casey est donc cousue de fil blanc.

J'aime bien quand M. Night Shyamalan nous dirige vers un postulat fantastique se révélant finalement tout à fait réaliste avec, parfois, des bons nœuds psychologiques. Dans Split, j'ai trouvé vraiment intéressante la menace constante de l'arrivée de "la bête" que le Dr. Fletcher (la psychiatre qui suit Kevin) impute à une potentielle 24ème personnalité naissante, justement parce qu'elle est psychiatre et que son rôle est de trouver une explication logique à ce qui arrive. C'est pourquoi, quand elle finit par se manifester, j'étais contente que Kevin se prenne pour une sorte de loup-garou. J'ai toutefois été vite déçue quand j'ai vu les veines fluorescentes de son torse gonfler anormalement ainsi que sa manière de grimper au mur, on n'avait vraiment pas besoin de ça. Le mystère se résout aussi bien facilement, d'un seul coup un type se trouve là et recueille Casey qui a réussi à s'échapper, non sans avoir tiré deux coups de semonce dans le corps de Kevin (en découlera ensuite la scène avec Bruce Willis).

Alors je ne sais pas. Je me doute bien que tout cela prépare à la suite mais permettez-moi de trouver ça débile. J'aurais aimé que le film soit indépendant, qu'il soit raccourci des cinq dernières minutes. J'aurais aimé ne pas savoir si Kevin a survécu et ce qu'il va advenir de Casey au moment où elle regarde la policière qui lui annonce que son oncle vient la chercher. Autant vous dire que Split 2 a vachement intérêt de sauver le bazar parce que jusqu'ici, c'est plutôt ridicule.

After Marianne, la dream pop de Toulouse.

J'ai reçu le premier EP d'After Marianne, It's A Wonderful Place To Be (Over) en octobre dernier, mois de sa sortie, dans le cadre de mon partenariat avec Éphélide. J'ai traîné à rédiger mon article parce qu'il me manquait des informations. J'avais notamment préparé et envoyé une interview destinée au groupe mais entre-temps j'ai changé de contact et je n'ai jamais eu de retour, je pense qu'elle s'est perdue en chemin. De plus, la cadence ici s'est sérieusement ralentie ces derniers mois, c'est pourquoi vous ne pouvez lire ce billet qu'aujourd'hui et pas il y a six mois (mais vous ne vous êtes rendus compte de rien, c'est ce qui est formidable). Je n'ai pas trop de regrets, je trouve que les questions que je posais étaient relativement pourries (c'est un métier) et j'ai eu l'occasion d'en lire de très bonnes ailleurs sur le web apportant toutes les réponses que je voulais.


Je ne vais pas tergiverser très longtemps, j'ai eu un très gros coup de cœur pour les toulousains After Marianne. Leur EP est absolument magnifique. Six morceaux, dont un duo avec Julien Doré (Love Is Just A Game) et un interlude, qui se rassemblent sous forme de concept autour de l'idée de la fin de la vie. C'est Mathilda, la chanteuse, qui écrit les textes qu'elle ne considère pas nécessairement tristes, à chacun-e de se faire son idée. Une certitude toutefois, After Marianne fait une musique mélancolique conférée par sa lenteur et ses thèmes, influencée par Sigur Rós, CocoRosie, Daughter ou encore Bon Iver. Avec cet EP, j'ai personnellement ressenti les mêmes choses qu'en écoutant Everest de Girls In Hawaii qui est l'un de mes albums favoris.

Le groupe a constitué son nom à partir de deux chansons : After The Storm de Mumford & Sons (rock et musique traditionnelle britannique) et Marianne's Son de First Aid Kit (les sœurs suédoises du folk). La thématique est spatiale, dans cette interview très complète, Mathilda dit : "Nous faisons une musique très spatiale, très planante, atmosphérique et cinématographique qui prête à visualiser beaucoup d'images et de paysages. Nous faisons une musique lente par nature. C'est une musique à l'épreuve du temps. [...] Nous faisons une musique qui peut aussi bien s'écouter sur Mars que sur Neptune ou sur Terre." Je vous avoue que cette idée me plaît énormément, et le ton est donné dès la pochette de l'EP qui laisse apparaître un couple un peu flou, on dirait des trapézistes de cirque, sur fond de voie lactée avec des bouts de planètes.

Deux clips existent déjà, celui de Marianne qui m'a fait pleurer (je suis très sensible, d'accord ?) et qui est totalement dans la thématique de l'EP, ainsi que Take Care qui met en scène deux occidentaux arrivant par la mer en kayak, marchant longtemps et rejoignant un groupe, comme eux, en pleine migration et se retrouvant face à un mur (si ça vous rappelle l'actualité, c'est normal).

Prochains concerts : 7 avril au Chantier des Francos (La Rochelle), 11 mai à La Batterie (Guyancourt), 3 juin au Bikini (Ramonville Saint-Agne), 15 juillet aux Francofolies (La Rochelle).


Cinéma #12 et double dose de Trainspotting.

En 1996, j'avais 10 ans et, alors que ma mère m'avait déjà absolument interdit de regarder Rick Hunter et Dragon Ball Z à la télévision, vous imaginez bien que je pouvais difficilement voir Trainspotting. Du coup je l'ai vu dix ans plus tard comme une partie des gens de ma génération. Je vais donc parler des deux films tout en faisant usage de spoilers, veuillez cesser votre lecture si vous ne voulez rien savoir.


On ne va pas se mentir, Trainspotting est un film culte et ce pour une tonne de raisons, vous-mêmes vous savez lesquelles. Je suis très emballée par le fait qu'il s'agisse d'un film aussi drôle que dramatique, qu'il ne soit strictement jamais pathétique ni too much et j'aime le cinéma britannique, ça pèse dans ma balance, tout comme Danny Boyle qui est un réalisateur que j'apprécie énormément. La bande-originale contribue évidemment au génie de ce film, on ne peut pas écouter Lust For Life d'Iggy Pop ni Born Slippy d'Underworld sans imaginer Renton sourire bêtement, Spud péter un boulon, SickBoy rester cool et Begbie être franchement moins moins cool. J'énumère un peu, on dirait une critique cinéma un peu moisie qui fait sa bonne élève parce qu'elle a découvert le film la veille. En réalité ce n'est pas tellement faux. J'ai eu le plaisir de revoir ce mercredi Trainspotting, au cinéma cette fois-ci, et T2 Trainspotting dans le cadre d'une double séance organisée par l'association Off Screen qui organise, entre autres, des séances avec des films "hors cadre", de série Z, cultes, etc. au Concorde, cinéma de quartier à 200 mètres de chez moi (ça c'est vachement bien). Mon premier visionnage datait de quelques années, il était indispensable de faire une mise à jour avant de voir le second volet. J'ai bien fait, j'avais oublié tant de détails !

J'étais vraiment très pressée de voir T2 Trainspotting et je n'ai absolument pas été déçue. Il faut bien qu'on se mette en tête que ce film ne sera (peut-être) jamais aussi culte que le premier mais il est tellement bien amené. On se retrouve vingt ans plus tard, après que Renton ait trahi ses potes en se barrant avec les £16.000. Il revient à Édimbourg et l'accueil est mitigé. Ils ont tous 45 ans bien tapés et pas sûre qu'un seul ait bien vieilli, chacun des quatre protagonistes conserve un fardeau : l'héroïne, la prison, les trafics en tout genre et la totale lose. Quoiqu'on fasse, on ne change jamais vraiment. Le film a beau conserver le même humour, le constat est terrible. Le rythme est aussi un peu plus mou, bien qu'il y ait des pics d'énervement, mais c'est un bon point parce que les mecs sont tous quadragénaires, ils ont subi les affres du temps et leur santé s'en ressent, le film évolue donc à leur cadence.
Ce deuxième film surfe allègrement sur la vague de la nostalgie puisqu'il est incrusté de bout en bout de morceaux du premier, ajustés comme des flashbacks. Ce n'est pas un mal, surtout si on n'a pas fait de rafraîchissement au préalable. Personnellement, j'ai trouvé qu'il y en avait un peu trop mais c'est peut-être parce que j'ai revu le premier film juste avant. J'ai lu quelques critiques d'autres spectateurs et notamment une qui regrettait que cette suite ne soit pas plus indécente, qu'on n'y voit pas davantage de drogues dures. Je ne suis pas d'accord avec ça et ça rejoint ce que je dis plus haut, le comportement des protagonistes est cohérent avec leur situation. Spud essaie de s'en sortir (péniblement) en suivant un programme de désintoxication, l'accent est plutôt mis sur les nouvelles activités de SickBoy (chantage et proxénétisme), Renton a complètement décroché et Begbie est un temps en prison, un temps en cavale. De toute façon, il a beau commettre divers larcins, souvenez-vous que ce dernier ne se droguait pas. D'ailleurs il reste mon personnage favori du premier film à cause de sa personnalité de redneck très nerveux. Vingt ans plus tard il est beaucoup plus sombre et détestable même s'il se retrouve encore dans quelques rares situations comiques.


On a souvent très envie de voir la suite d'un film culte, qu'on a adoré, qui se termine en jus de boudin ou pas forcément, se déroulant un certain nombre d'années après. Je suis contente que Danny Boyle l'ait fait avec Trainspotting, d'autant que c'est bien fait. La suite est un peu moins comique, les personnages ont moins de souplesse, ils accusent les années avec mélancolie et nostalgie mais c'est touchant et authentique. Ça m'a beaucoup plu parce que c'était jouissif et toujours aussi brillant.

Séries #2 : Taboo avec Tom Hardy.

Attention les copains, je m'apprête à comparer deux séries qui ne sont pas vraiment comparables mais mon cerveau a décidé que si, et puis de toute façon je fais ce que je veux. Il est probable que je m'attire quelques foudres mais sachez que je ne suis pas désolée.


Au début du mois, j'ai regardé quasiment d'une traite les huit épisodes de la première saison de Taboo, une co-production anglo-américaine créée par Steven Knight, le scénariste de Peaky Blinders. Il s'agit d'un thriller historico-mystique qui réunit Tom Hardy, Oona Chaplin et plein d'autres gens qu'on a déjà vu çà et là (comme Jonathan Pryce : le Grand Moineau dans Game of Thrones, Michael Kelly : Doug Stamper dans House of Cards, ou encore Mark Gatiss : Mycroft Holmes dans Sherlock).
L'histoire se passe à Londres vers 1814. James Delaney (Tom Hardy) est considéré comme mort depuis son départ en Afrique dix ans auparavant. Il revient pourtant à Londres juste après le décès de son père qui lui a laissé en héritage un territoire en Amérique, tout à fait à l'Ouest des États-Unis d'alors, et que la Compagnie britanniques des Indes orientales cherche à récupérer par tous les moyens.
Elle est un peu trash sur quelques points, tout dépend de votre seuil de tolérance à la violence pour l'aborder, personnellement ça va, cette série est vraiment bien. Les personnages ne sont pas manichéens, ils ont tous une bonne grosse part d'ombre bien ancrée, voire perverse. C'est une série toute en noirceur : bestiale, boueuse, sale mais aussi un peu steampunk. Il faut toutefois rester bien focus, il m'est arrivé de décrocher quelques minutes et après j'avais du mal à m'y retrouver, certains passages peuvent être un peu complexes (ça m'a fait du bien, étant donné que j'ai du mal à rester concentrée longtemps). J'ai peut-être été un peu déçue par la fin, non pas par le manque de qualité, bien au contraire, mais parce que j'aurais aimé en voir plus. Je suis donc impatiente de (sa)voir la deuxième saison.

Et alors je ne peux pas m'empêcher de comparer Taboo à Penny Dreadful. Il n'y a pourtant pas vraiment de rapport entre les deux : bien qu'elles se déroulent à Londres, la première se passe au début du XIXe siècle tandis que la seconde se situe à l'époque victorienne. En réalité c'est totalement personnel, je suis systématiquement attirée par ce siècle, du début à la fin. J'en ai déjà parlé, mes lecteurs les plus assidus s'en souviennent peut-être ; Penny Dreadful avait tout pour me plaire : l'époque, le contexte, les délires mystiques, les références culturelles. J'avais été déçue comme jamais, tellement que je n'ai jamais pu terminer, je me suis arrêtée au milieu de la saison 2. Chaque visionnage était cauchemardesque puisque c'était un boxon sans nom, tous ces personnages fantastiques ultra populaires n'étaient que des prétextes pour un scénario vide. Pourtant, Vanessa Ives, jouée par Eva Green, était spectaculaire sur bien des points, elle était bien le seul point positif.


Vous vous demandez peut-être où je voulais vraiment en venir avec cette comparaison hasardeuse ? Bah nulle part en fait. J'espère que les showrunners vont continuer à développer des fictions de ce genre, reprenant l'esthétique de la littérature gothique, je cherche encore à oublier Penny Dreadful tant je me sens trahie. Regardez Taboo. Et si vous avez des conseils à me donner, je suis preneuse !