Cinéma #16 et Wonder Woman est-elle féministe ?

Je ne pensais pas me déplacer au cinéma pour voir Wonder Woman et puis ma partner in crime m'a convaincue de vérifier la portée féministe du film. J'ai lu à gauche qu'il était hyper féministe oh là là, et à droite que non, pas du tout mais quelle horreur. Et moi, j'en pense quoi ?


Si je n'ai pas tellement voulu le voir en premier lieu, c'est tout simplement parce que l'univers des super-héros m'est inconnu. Je n'ai jamais lu de comics, je ne connais Marvel et DC que très vaguement et, pour ainsi dire, ça ne m'intéresse pas beaucoup. J'ai cependant apprécié de voir au cinéma les Batman (avec Christian Bale) et chaque X-Men mais ça s'arrête là. Les comics sont un tel empire que je ne me sens pour le moment pas de taille à m'y plonger davantage. C'est pour cette raison que ce billet de blog ne sera centré qu'autour de ma vision de Wonder Woman de Patty Jenkins et de ce qui m'est apparu. Peut-être que certaines choses vous sembleront des énormités à cause de ma méconnaissance du sujet de fond, ce sera fortuit.

Je me suis intéressée à la création du personnage en tant que tel. Wonder Woman, alias Diana Prince dans le civil ou Princesse Diana de Themyscira dans son monde, est une Amazone, fille de la reine Hippolyte et de Zeus, façonnée dans l'argile à qui on a donné vie. Themyscira est l'île où sont réfugiées les Amazones, elles s'y entraînent pour devenir des meufs badass. Le personnage a été créé au tout début des années 1940 par William Moulton Marston (1893-1947), alors psychologue et inventeur. Apparemment, il en avait marre de ne voir que des hommes parmi les super-héros, il a donc inventé Wonder Woman pour assouvir son besoin de féminisme. Peut-on le blâmer ? Evidemment, non. Mais les causes de sa création en 1940 n'auraient jamais été les mêmes aujourd'hui. Pourquoi ? Je cite le communiqué de presse de l'époque (source) :
Wonder Woman a été conçue par le docteur Marston dans le but de promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre l'idée que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes.
Certes, cela part d'une bonne intention. Rappelons que parallèlement, en France, les femmes n'ont toujours pas le droit de vote. Toutefois, n'oublions jamais que les sociétés changent, évoluent, ce qui n'est pas le cas des écrits. Eux, ils restent gravés dans le marbre parce qu'ils ont été inspirés par leur époque. La création de William Moulton Marston est, en 2017, la même qu'en 1940. Cool sur le fond, très gênant sur la forme. D'autant que (source) :
Armée de ses bracelets à l'épreuve des balles, de son lasso magique, et forte de son entraînement d'amazone, Wonder Woman est l'archétype de la femme parfaite dans l'esprit de Marston. Elle est belle, intelligente, forte, mais a néanmoins un côté doux.
Robin Wright dans le rôle d'Antiope, la générale des Amazones.

Je trouve cela très désagréable. Encore aujourd'hui, si une femme est forte, il faut absolument qu'elle soit belle (bien que ce terme soit relatif) et surtout qu'elle soit douce parce qu'on doit tout de même la rappeler à sa condition de femme. Le film de Patty Jenkins conserve malheureusement tous ces clichés. Une scène m'a révoltée, elle ne dure pourtant que trois secondes tout au plus : lorsque Diana débarque dans le monde civil avec Steve Trevor, elle s'extasie devant le bébé d'une passante, comme si les femmes avaient systématiquement un radar adapté et qu'elles se mettent en mode gaga à la simple vue d'un nourrisson. Non. Ceci n'est pas supportable. D'autant qu'ici, c'est complètement gratuit, ça n'a absolument pas lieu d'être. Qu'y a-t-il d'exaspérant encore dans le film ? Ah, oui, la romance. Peut-être existe-t-elle dans les comics mais tant de détails sont ignorés lors d'une adaptation d'un livre au cinéma, pourquoi pas ce genre de détail-là ? Ça nous ferait du bien et, en plus, ça donnerait une chance à l'œuvre de passer le test de Bechdel.

Cependant, parce que je ne suis pas une vilaine féministe misandre qui gueule pour tout et n'importe quoi (ce modèle de féministe n'existe pas d'ailleurs, la misandrie n'existe pas et on ne gueule jamais pour rien, je le dis pour votre culture personnelle), il y a malgré tout des bons côtés à la Wonder Woman de Patty Jenkins. Premièrement, l'intro du film est magnifique. C'est la genèse de Diana et de son peuple, les Amazones. Les voir s'entraîner et se battre m'a collé des frissons, Robin Wright dans le rôle de la générale Antiope est extraordinairement extraordinaire. J'ai carrément eu les larmes aux yeux, en fait, j'ai ressenti une forme de soulagement parce que hey, des femmes auxquelles on peut s'identifier, ça arrive bien peu souvent si on compare aux héros mâles de la pop culture. J'ai tout de suite pensé aux petites filles qui se font un bon petit cosplay des familles, ça m'a hypée de fou.
Aussi, Diana est super naïve mais elle tient ça de son éducation et de sa réclusion. J'essayais de conserver ça en mémoire lorsqu'elle était confrontée au monde moderne mais son "côté doux" voulu par Marston m'a davantage agacée. Elle aurait pu s'énerver un minimum à maintes reprises face aux clichés sexistes, même si quelques punchlines bien senties nous laissent entendre que, concrètement, les hommes ne servent pas à grand chose. Et paf.

Bilan des courses : je suis très mitigée. J'aime la représentation globale de la femme forte qui mène, se bat, j'ai toujours apprécié la légende autour des Amazones et les valeurs qu'elles prônent. Ce sont des femmes solides qui se battent mais qui n'oublient pas d'être réfléchies, la force est l'alliée de l'intellect. Ne dit-on pas que le monde irait beaucoup mieux avec davantage de femmes au pouvoir ? Parce que j'en suis convaincue. Malheureusement, Wonder Woman se vautre dans les clichés et est d'une incroyable paresse. Le mythe de cette femme surpuissante aurait mérité d'être dépoussiéré, il n'aurait suffit que de quelques astuces scénaristiques. Ce film conserve malgré tout un côté divertissant mais j'aurais aimé qu'il soit plus que ça.

Toujours Robin Wright (au centre) dans le rôle de la merveilleuse Antiope.

4 commentaires:

  1. Je partage également ton avis : je suis mitigée et énervée!
    J'ai aimée la 1ère partie avec l'enfance de Diana, sa vie sur l'île mais la seconde partie à la guerre m'a irritée! Chaque fois qu'elle apparait , on ne fait que remarquer sa beauté. Elle révèle son grand pouvoir uniquement grâce à un homme! La romance et son côté nunuche m'ont agacée. On est loin du mythe de l'Amazone.
    Il y a aussi beaucoup d'incohérences historiques et géographiques dans ce film!Il est divertissant mais je m'attendais à mieux pour un personnage censée être une femme forte et indépendante.

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  2. Dieu merci ! Une autre personne qui pense comme moi. La première moitié est bien et le reste ... bof. Dommage car il y avait du potentiel. L'intrigue amoureuse sert à rien à mon sens. On pouvait faire sans. C'est bien mais ... sans plus. Peut mieux faire quoi !

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  3. Bonsoir !

    Je voulais écrire un petit commentaire suite à ton énervement sur le passage "gaga" du film. Diana est faite d'argile ( comme les autres amazones de l'île ), il n'y a pas d'autres enfants sur l'île et n'a donc jamais vu de bébé. D'où sa réaction en voyant un nourrisson pour la première fois. De plus, Diana est très spontanée et démonstrative comparée aux femmes rangées de l'époque. Sa réaction peut te sembler démesurée mais elle reste naturelle pour ma part.

    Pour la romance il faut arrêter de trouver ça nunuche car c'est tout simplement le synopsis original de DC Comics ! Elle tombe amoureuse du pilote qui se crash sur l'île. Pour les fans voir cette partie ignorée ou déformée est tout simplement naze ( après je parle pour moi ). J'ai trouvé leur histoire pas niaise du tout non plus ( là encore c'est mon point de vue ); si elle avait besoin de lui gueuler dessus elle le faisait sans soucis. Entre Steve et ses valeurs elle fait plus d'une fois le choix de rester fidèle à ses principes. Et on a eu le droit qu'à 20sec de semi-danse et un bisou à la va-vite.. C'est suffisant pour concorder avec l'histoire et pas trop gnangnan pour que ça empiète sur l'action.. Donc pour moi c'est très critique ce que je lis ici. Bon, je comprends votre point de vue mais comme j'ai pu lire que l'univers des supers héros était assez vague pour toi, j'ai pensé que ce serait cool d'avoir l'avis d'une fan ;)

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  4. J'ai vu Wonder Woman en avp près de chez moi ! Franchement j'avais en tête l'image un peu gnagnan de la version de la série ^^

    Je suis sortie de la projection vraiment ravie ! La réalisatrice pose un regard bienveillant sur les personnages, je n'ai pas trouvé ça too much ! Diana est nature, elle est engagée, révoltée mais ça sonne juste !

    J'ai plus détaillé ça dans un article si cela vous intéresse : http://letrangelibrarium.blogspot.fr/2017/06/wonder-woman-de-patty-jenkins.html

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