Le grand mystère des règles, de Jack Parker.

Vous souvenez-vous de vos premières règles ? Moi oui, très bien. Je venais d'avoir 11 ans et c'était l'été, mi-juillet précisément, j'allais entrer en sixième. Le soir, j'aimais bien regarder la télé dans la chambre de mes parents et ce soir-là, je m'étais endormie dans leur lit. C'est ma mère, en me réveillant, qui m'a dit que mon pyjama était tâché. Le lendemain, nous partions en vacances à La Rochelle. Je n'ai pas pu me baigner bien que ma mère ait insisté à me faire porter un tampon. J'ai en mémoire cette scène plutôt surréaliste de moi cul nul et en pleurs dans la caravane pliante, ma mère accroupie devant en essayant de m'aider. Elle a voulu bien faire mais j'en ai gardé un petit traumatisme.

Les règles, c'est tabou. De moins en moins mais encore malgré tout. Je n'arrive à dire "j'ai mes règles" sans rougir que depuis deux ou trois ans, grand max. Je fais désormais en sorte de prononcer chaque mot bien distinctement sans utiliser de vocabulaire subterfuge ("ragnanas" ou, pire, "être indisposée"). Alors qu'on parle d'un phénomène naturel qui concerne la moitié de la population mondiale depuis la nuit des temps. Ce n'est pas comme si on se coltinait ces conneries chaque mois pendant 40 années, non, si peu. Chaque personne ayant un utérus en état de marche a tout un tas d'anecdotes à raconter, des trucs qui nous font plus ou moins rigoler entre nous mais qui ont souvent été un peu (voire beaucoup) honteux alors que ça n'aurait jamais dû et ne devrait jamais plus l'être. Tiens, par exemple : à 14 ans je suis allée en colonie de vacances à la montagne pendant l'été. Au cours de ces trois semaines, je suis partie pour une randonnée de trois jours. Mes règles sont arrivées un petit matin, en haut de la montagne où l'air était aussi vivifiant que dans une pub pour Tampax sauf que là, personne n'en avait, des Tampax. Ni de serviettes hygiéniques. Je ne vous parle pas de cup, ça n'existait pas en l'an 2000. Je n'avais rien prévu, mes copines non plus et surtout pas les moniteurs. Alors j'ai dû me débrouiller avec les moyens du bord, c'est-à-dire du papier toilette. Si vous avez déjà tenté l'expérience, vous savez comme c'est désagréable. On doit se changer extrêmement régulièrement car le PQ n'est pas adapté à rester sous sa forme originelle au contact de liquide, n'est-ce pas. Au retour de nos péripéties et surtout des miennes, tout le monde est parti se laver. Les douches étaient communes et sous la surveillance d'une monitrice, j'ai dû retirer ma culotte et tout ce qui se trouvait à l'intérieur devant tout le monde avec l'œil et les paroles dégoûtés et exacerbés de la surveillante, seule personne majeure du lieu d'alors et pourtant la plus immature du groupe. J'ai quand même gardé ma dignité, je n'avais pas eu le choix dans tout ça.

Alors voyez-vous, quand je constate qu'un livre comme Le grand mystère des règles de Jack Parker est publié en 2017 (parmi notamment Ceci est mon sang d'Elise Thiébaut et Sang tabou de Camille Emmanuelle), et bien je suis soulagée. Non, vraiment, le mot n'est pas trop fort. Certes, ça ne sort pas de nulle part puisque Jack Parker est, entre autres, l'autrice du blog Passion Menstrues donc on a pris un peu le temps de s'habituer, d'autant plus si on est adepte des réseaux sociaux. Le grand mystère des règles est merveilleux à tout point de vue. Il est ultra complet : qu'est-ce que les règles, comment fonctionnent-elles et à quoi ressemblent-elles vraiment, comment les vivre, comment les vit-on chez les autres et à travers l'Histoire, la société, la religion, le patriarcat, tout est mentionné. Je pense que n'importe quelle question que nous serions à même de nous poser, que nous soyons équipé-e-s d'un utérus ou non, la réponse est dans ce livre. En 2017, à 31 ans, malgré mon féminisme, mon occupation à détruire le patriarcat tout en m'instruisant du mieux que je peux, j'ai appris un tas de trucs que je ne savais pas sur quelque chose qui me concerne pourtant depuis les deux tiers de ma vie. Je pense réellement que sa lecture est nécessaire, quels que soient notre âge ou notre genre. J'ose vous retranscrire la quatrième de couverture si toutefois vous n'étiez pas encore convaincus :
Un livre sur les règles ? Mais pourquoi ? Parce que les règles sont toujours enveloppées d'un voile de répulsion et de rejet. Parce qu'on ignore encore beaucoup trop de choses au sujet des menstruations, ne serait-ce que d'un point de vue purement biologique. Parce qu'on ne connaît pas assez les problèmes de santé qui y sont liés et que de nombreuses personnes souffrent parfois en silence, sans savoir que ce n'est pas normal et qu'il existe des solutions. Parce qu'une majorité d'enfants et d'adolescents, à qui on n'a jamais vraiment expliqué ce qu'il se passait, grandissent dans la peur et le dégoût de leurs corps. Parce que les publicités et notre environnement social nous incitent quotidiennement à les cacher. Parce qu'il faut surtout "ne pas en parler". Il est grand temps que ce tabou rejoigne le clan des reliques et qu'on arrête de culpabiliser, de complexer et de se cacher à tout prix - qu'on possède un utérus ou non. C'est tout l'objet de ce livre.
Et bim. Et si là encore vous vous dites qu'une telle lecture est inutile, écoutez-donc ce que Jack Parker nous racontait lorsque Chloé et moi l'avons interviewée dans notre émission de radio (Les Fines Gueules, regardez dans le menu de gauche, petit reminder).

2 commentaires:

  1. Ce livre est utile! Je dois l'acheter prochainement ;)
    On parle toujours des règles comme un sujet tabou, un truc sale. Alors que ce truc nous pourrit la vie une fois par mois pendant des années et on doit se taire! Je suis contente que Jack Parker ait sorti ce livre, il est intéressant et doit être mis dans beaucoup de mains .
    Pour l'anecdote, je les ai eu aussi en été et j'étais encore plus jeune que toi , bonjour le choc! 17 ans 1/2 que ça fait partie de ma vie :D

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  2. Je ne manquerai pas de le lire parce que je ne supporte plus d'entendre à quel point les règles sont répugnantes. J'ai ri en lisant tes mésaventures de colo. Il m'est arrivé la même chose en randonnée et je confirme que même si ce n'est pas agréable, étaler du PQ au fond de la culotte m'a sauvé la vie. En ce qui me concerne, je parle des règles sans tabou et ça me fait sourire de voir à quel point ma spontanéité dérange certaines personnes. Anecdote parmi tant d'autres : mon manager me fait remarquer que je ne suis pas de très bonne humeur ce jour-là. Je lui ai lâché naturellement : "ça ira mieux demain, j'ai eu mes règles aujourd'hui". Il n'a pas pu s'empêcher de rire parce qu'il connaissait mon franc parler. Seulement, je n'oublierai jamais les regards de mes deux anciennes collègues qui n'ont pas caché à quel point elles étaient choquées. Un homme a pris cette boutade avec humour alors que deux femmes d'une trentaine d'années n'ont pas du tout apprécié. Résultat : les femmes se créent aussi leurs propres tabous autour de sujets qui les concernent directement.

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