Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux, d'Yves Baot.

Est-ce que vous pouvez m'imaginer moi, affalée allongée dans le canapé, sous la fenêtre avec le volet suffisamment clos pour ne pas souffrir de la chaleur mais pour laisser la lumière passer, une pièce de théâtre à la main et un bol de quartiers de nectarines à portée ? Peut-être que oui, vous ne me connaissez peut-être pas personnellement. Ce n'est pourtant pas mon habitude. Je lis si peu. J'ai pourtant fini deux livres en deux semaines, j'en ai un autre en cours. Et c'est la première fois en 31 ans et 19 jours de vie que je lis du théâtre de mon plein gré. C'est donc ça être adulte ? Ou bobo ? Il ne me manque plus qu'un meuble de designer et je pourrais décrire ma journée type pour The Socialite Family :
Le matin, je me lève toujours après le tumulte de la vie citadine. Je prends quotidiennement le temps de réfléchir à mon développement personnel autour d'un exquis thé noir au mélange délicieusement fruité où se mêlent les saveurs de fruits rouges, de pomme et de rhubarbe à celle douce et ronde de la vanille. Ensuite, je consacre une heure à mes multiples talents, puis je me réserve un temps spécial pour faire glisser de l'eau fraîche sur mon corps, c'est indispensable pour se sentir ragaillardie.
Traduction :
Le matin, ou bien le midi ça dépend (ça dépasse ! haha, pouet), je me lève comme je peux parce que je suis insomniaque sa race et que je me gave de plantes qui font faire dodo pour être tranquille. Avant 10h, c'est une victoire, avant midi c'est correct. Je prends quotidiennement le temps de me réveiller, et c'est très long (parfois ça prend la journée entière) autour d'un maxi mug de thé [insérer la définition exacte de mon thé préféré, allez paf placement de produit]. Ensuite, je consacre une heure aux petites annonces pour trouver un taf de merde où je ne serai jamais payée plus que le SMIC parce que je n'ai pas de diplôme et encore moins de métier, puis je vais prendre une douche pour me remettre les neurones en place (enfin ça, c'est quand je suis motivée et que mon odeur corporelle commence à gêner).
Alors bon, si je peux lire une petite pièce de théâtre pépouze dans mon canapé en bouffant des nectarines (à la fourchette pour ne pas salir les pages), je peux bien me permettre de me boboiser une heure ou deux. Pardon, je digresse.

J'ai une culture théâtrale environ sous le niveau de la mer. J'ai évidemment lu quelques pièces pour les besoins des cours de français à l'école et j'ai adoré Shakespeare (Hamlet, MacBeth et Othello notamment) ainsi que Les Justes d'Albert Camus. Je ne me rappelle pas tellement d'autre chose, si ce n'est que j'ai toujours eu en horreur de faire la comédienne, j'ai de très mauvais souvenirs de troisième avec Antigone de Jean Anouilh. Et puis durant mes années en tant qu'assistante d'éducation, j'ai eu l'occasion de voir un petit paquet de pièces de tous les bords jouées par des élèves. J'ai aimé certaines choses, d'autres moins.
Parlons de Nocturne n°13 ou L'étonnement des Dieux d'Yves Baot. Voici ce que dit la quatrième de couverture :
Le Bataclan, un 13 novembre au soir... Histoires croisées de 13 personnages au cœur du tumulte et de l'horreur. Futurs imbriqués où le désir restera le dernier ressort de la vie qui va... Et qui gagne... Et ce Nocturne de Chopin, obsessionnel comme une berceuse étrange, accompagnera chacun vers son destin.
Un mot rapide sur l'auteur dont c'est la première pièce. Ancien instituteur, Yves Baot a étudié deux ans au conservatoire d'art dramatique. Il a notamment enseigné le théâtre et créé le Théâtre des sept lunes (c'est un nom si poétique) qui est une compagnie regroupant des enfants et des adolescents. Aujourd'hui, il est comédien et metteur en scène au sein de la Compagnie des Transports qui s'appuie sur le Théâtre du Passeur, et le tout se passe au Mans (j'y suis née, représente). Il est accessoirement le père de feu l'une de mes meilleurs amis. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de le voir jouer une fois, au Théâtre du Passeur justement, et j'avais passé un excellent moment (à ma grande surprise à l'époque, je ne voyais le théâtre que comme quelque chose de chiant et rébarbatif, et puis du coup non).

La pièce est composée de 6 scènes, chacune mettant en avant un ou deux personnages différents (qui ne se connaissent que par binômes) pour atteindre donc le nombre final de 13 (nombre porte bonheur s'il en est). Il y a plusieurs fils rouges qui traversent les scènes, l'horreur du Bataclan, bien sûr, et Chopin, ainsi que l'un des 13 personnages mais je ne vous dirai pas qui c'est (on ne spoile pas par ici, ce n'est pas le genre de la maison). Chaque scène fait référence à un épisode de la mythologie grecque et l'auteur suggère par ailleurs une mise en scène en fonction. J'ai pas mal souri en lisant la pièce parce que mon amie était quand même bien calée en mythologie. J'imagine que les chiens ne font pas des chats.
Il s'agit d'un livre de 60 pages, c'est donc plutôt simple à lire quand on ne fait pas partie d'un public averti comme moi, je l'ai lu d'une traite. J'ai beaucoup aimé, ça va droit à l'essentiel et pourtant il y a de la profondeur dans chaque personnage. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer ce qu'un-e rescapé-e du Bataclan ressentirait en lisant cette pièce, personnellement j'ai éprouvé une sorte de joie triste, de l'amertume aussi, le tout la gorge serrée.

Voilà, je ne sais pas si je vous ai donné envie de lire cette pièce mais en tout cas je vous la conseille, vous pensez bien. Pour vous la procurer, il vous suffit de cliquer sur cette merveilleuse phrase que j'écris exprès afin que vous voyiez bien tous ces mots bien rouges alors allez-y.

Théâtre du Passeur
88 rue de la Rivière
72000 Le Mans

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