Séries #3 : G.L.O.W.

Habituellement je n'aime pas trop faire un billet sur une série ou un film très populaire parce que je pense que tout a été dit. Je fais une exception ici même si je sais que vous n'allez pas apprendre grand chose, toutefois j'ai tellement été emballée par mon visionnage de G.L.O.W. que je me permets d'insister. Alors que je n'avais pas encore terminé les dix épisodes de la saison, j'ai lu quelques déceptions çà et là, j'avais donc peur d'être moi-même déçue. Maintenant que j'ai tout regardé, je peux le dire haut et fort : aucune déception par ici, loin s'en faut.


G.L.O.W. est l'acronyme de Gorgeous Ladies Of Wrestling qui est initialement un show TV de catch exclusivement féminin lancé à la fin de l'année 1985 aux États-Unis. La plupart des catcheuses étaient initialement actrices, mannequins, danseuses et pas du tout professionnelles du catch. Jackie Stallone, la maman de Sylvester, qui aujourd'hui lit l'avenir dans le cul des gens (véridique), faisait même partie du show. Elle jouait le rôle de la manager des good girls tandis qu'il y avait aussi un groupe de bad girls. L'idée était de constituer des matches pendant lesquels le bien affrontait le mal et c'était un peu le festival des clichés. La série actuelle créée par Liz Flahive et Carly Mensch (elles ont notamment déjà bossé pour Nurse Jackie, Weeds et Orange is the new black) pour Netflix reprend donc les origines de l'émission.

Dès le premier épisode, on suit Ruth Wilder (Alison Brie) qui a bien du mal à décrocher des rôles d'actrice. On lui suggère de se rendre à une audition un peu particulière se déroulant dans un gymnase. Vous avez compris la suite. Cette première saison comporte dix épisodes de 30 minutes chacun, c'est donc vite fait. Je ne sais pas si une deuxième saison est prévue mais je ne suis pas certaine qu'il y en ait besoin. En milieu de saison, lorsque les catcheuses développent leurs personnages, j'ai d'abord été choquée par les clichés racistes. Sam Sylvia (Marc Maron), l'imbuvable réalisateur du show, impose à son actrice indienne de jouer une terroriste libanaise et à son actrice cambodgienne de s'appeler Fortune Cookie (entre autres), le malaise était palpable. Et puis en regardant des extraits de l'émission de l'époque, les catcheuses ne faisaient qu'appuyer des clichés déjà existants (il y avait le personnage Spanish Red, par exemple). Dans la série de Netflix, les personnages intègrent des stéréotypes qui se retournent contre eux à divers moments : en jouant à fond son rôle sur le ring, Beirut The Mad Bomber se prend en pleine poire le racisme complètement décomplexé des spectateurs. Là, on ne rigole plus du tout. On comprend alors à quel point il est facile de véhiculer un cliché et à comment les gens peuvent être assez cons pour ne pas distinguer le rôle de la réalité.

Ce qui est très cool, c'est la dimension féministe de la série. Plusieurs thématiques toujours actuelles sont développées avec autant de sérieux que d'humour, sans en faire des caisses. Les femmes sont toutes représentées, de la couleur de peau à la corpulence, et elles sont omniprésentes, elles ont le pouvoir, même si j'ai encore lu ailleurs que la sexualisation de certaines étaient un problème. Je n'ai pas ressenti ça de cette façon parce que, d'une part, la sexualité ce n'est pas sale et, d'autre part, les bodies des années 80 étaient hyper échancrés, je ne suis pas sûre qu'on y puisse quelque chose en 2017. Et puis je vous le redis, les femmes ont le pouvoir. C'est quand elles ne l'ont plus que c'est problématique.

En résumé, G.L.O.W. est une série féministe et très drôle, en plus elle fait un bien fou aux adorateurs des années 80 qui veulent autre chose que Stranger Things. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire et n'hésitez surtout pas à me donner votre avis !

Divagations - à la recherche de l'inspiration.

Je suis en train d'essayer de faire une pause avec les réseaux sociaux, principalement Twitter et Facebook. Je voulais d'ailleurs commencer ce billet par : "J'ai décidé d'arrêter les réseaux sociaux" mais c'est beaucoup trop brusque et j'ai peur que mon esprit de contradiction prenne le dessus et me fasse y retourner. J'essaie juste de voir combien de temps je peux et veux tenir sans lire un tweet. Croyez-le ou non, c'est difficile. Je ne parle pas d'addiction, faut pas déconner, mais c'est plutôt une habitude et il est difficile de se débarrasser d'une habitude. Je me suis rendue compte, il y a pourtant un moment déjà, que Twitter pouvait être très anxiogène, alors j'ai récemment suivi plus de comptes culturels et moins de féministes. J'ai aussi unfollow plusieurs personnes qui me gonflaient sérieusement à critiquer tout et n'importe quoi et j'ai fini par en masquer certaines parmi elles parce qu'elles apparaissaient malgré tout dans ma timeline dans l'irrespect le plus total. Aussi, et j'ai mis un certain temps à l'admettre, Twitter augmente ma paresse quant à ma venue sur ce blog. Je ne sais pas si c'est le seul fautif à mon manque d'implication mais je pense qu'il y contribue grandement. Plutôt que d'écrire un thread, je ferais mieux de venir ici. Peut-être que moins de personnes liront (les blogs sont en perte de vitesse, c'est un fait) mais au moins je peux développer un texte à peu près correctement et avec moins de fautes d'orthographe. Je n'ai jamais écrit autant de fautes que sur Twitter, pour moi c'est un vrai problème. Toutefois, je ne renie pas ce réseau pour autant, il est un vrai lien social qui, en période de chômage, est très important. Ces deux dernières années, sans les réseaux sociaux, j'aurais passé plusieurs journées de suite sans parler à quelqu'un.

Sociabiliser c'est bien, mais parfois (trop souvent) je n'ai pas le courage. Par exemple, hier soir je devais aller voir un concert de Lee Fields & The Expressions mais ma condition de femme pourvue d'un utérus en état de marche m'a clouée au canapé (tant que j'y suis, je vous recommande chaudement cette lecture). Alors à la place j'ai regardé Secrets d'histoire consacré à Caroline Bonaparte, la frangine de vous savez qui. Du coup ça m'a interpellée sur une chose : on n'entend jamais parler de l'île de Sainte-Hélène en dehors de la mort de Napoléon. Ça ne vous interroge pas, vous ? Est-ce qu'on saurait où la situer exactement ? A quel pays elle appartient ? Est-ce qu'elle est habitée ? Quel est le climat ? Je me suis renseignée pour vous : Sainte-Hélène est située en plein milieu de l'océan Atlantique à plus de 1800 km de la première côte (de Namibie). Elle a été découverte par les Portugais au tout début du XVIe siècle mais est devenue anglaise un siècle et demi plus tard. Jamestown est la plus grande ville et elle est tellement bien enclavée entre ses deux montagnes que les habitants ne reçoivent aucune chaîne de télé. Ces derniers étaient 4534 en 2016 et ils sont des descendants de Britanniques, d'esclaves africains et il y a aussi des Chinois. Sur l'île il y a cependant un territoire français, c'est Longwood, la maison où est mort Napoléon. Bien qu'un aéroport ait été construit très récemment, aucune ligne n'arrive jusque là parce que les conditions sont trop mauvaises. Et, en plus, il n'y a pas de port. Je pense que si on a envie d'un peu de calme, c'est l'endroit idéal. J'y songe fortement.

Après l'émission, j'ai zappé un peu comme un bon petit zombie. J'ai regardé rapidement une émission qui passait en revue les comédies musicales francophones qui avaient le plus fonctionné, à savoir Starmania et Notre-Dame de Paris. Cette dernière a débuté en 1998, j'avais 12 ans et ça m'avait sérieusement travaillée. Comme beaucoup de gens et surtout d'adolescents de mon âge, j'aimais bien certaines chansons et, surtout, ça m'avait donné envie de lire le roman de Victor Hugo. J'étais assez jeune mais je l'ai avalé d'une traite avec passion, c'est une histoire qui m'a beaucoup marquée à l'époque. En interview, Richard Cocciante (qui a composé la musique de la comédie musicale) a cité quelques chansons qu'on connaît évidemment tou.te.s mais il a parlé d'une dont j'avais totalement oublié l'existence. Lune était pourtant ma chanson préférée parce qu'en plus de son incroyable poésie, elle est la parfaite illustration du roman à mon sens. Voyez vous-mêmes :


Ouh, j'ai des frissons.

Et puisqu'on parle de littérature, j'imagine que vous aussi vous avez été confronté.e.s à des lectures (in)désirables lorsque vous étiez à l'école. Je ne vais pas faire la liste des lectures imposées que j'ai aimées ou non, bien qu'il y aurait beaucoup à en dire, j'ai par exemple adoré cette fouine de Voltaire et le pernicieux La Bruyère alors que j'ai en horreur, encore aujourd'hui, Sartre et Rousseau, mais toute cette histoire m'a rappelé ma professeure de française quand j'étais en 1ère littéraire. Je ne la détestais pas mais on ne peut pas dire que je l'aimais beaucoup pour autant. C'était une petite bourgeoise qui vivait dans les beaux quartiers et qui était beaucoup trop lunatique. En plus, elle avait la fâcheuse habitude de ne jamais regarder les gens dans les yeux quand elle leur parlait, elle préférait fixer leurs sourcils ou leur front, c'était insupportable. C'était aussi l'année où j'ai commencé à être psychologiquement très faible sans bien comprendre ce qu'il m'arrivait. Un jour, la prof a décidé que nous devions étudier le poème Une charogne de Baudelaire, ça m'a mis dans tous mes états et dans une sorte d'élan de survie, je lui ai demandé si on était vraiment obligé de s'attarder sur ce passage de Spleen et idéal. Évidemment, oui, nous l'étions. J'en ai un très mauvais souvenir, c'est incroyable que ça m'ait autant choquée, je mets ça sur le compte de mon hypersensibilité.

Enfin, en ce moment je suis plongée dans deux lectures différentes. La première, je la fais traîner depuis plusieurs mois mais c'est fait exprès : Écriture, mémoires d'un métier de Stephen King. C'est une sorte de livre initiatique et je trouve qu'il ne se lit pas comme un roman. Je l'ai toujours à portée de main et j'en lis un ou plusieurs chapitres quand j'ai justement des envies littéraires, c'est d'une grande inspiration. Je corne des pages, je prends des notes. Je l'aime beaucoup et il m'a été offert par mes copains irlandais quand je leur ai dit que j'avais certains projets d'écriture. L'autre livre, c'est Dracula de Bram Stoker. C'est loin d'être une première pour moi mais je ne l'avais pas relu depuis très longtemps et ça me fait du bien, je l'aborde d'une nouvelle façon et bien mieux qu'à l'adolescence. Je me souviens encore de ma première rencontre avec lui, dans ce minuscule rayon du CDI de mon collège qui mélangeait science-fiction et horreur. Au bout de plusieurs emprunts, la documentaliste m'a demandé si je n'avais pas envie de lire autre chose. Bah non. Ou alors si, Notre-Dame de Paris, du coup.

J'aime bien mes divagations et je dois dire qu'elles me manquent. Elles surviennent principalement la nuit, c'est vraiment le moment que j'aime le plus dans la journée. C'est toutefois une situation à double tranchant, si je vis et divague la nuit, c'est parce que je souffre d'insomnies et/ou que je n'ai aucune obligation sociale le lendemain. Depuis quelques mois, j'arrive à soulager mon manque de sommeil, je vis donc à peu près "normalement", c'est-à-dire que je me couche plus tôt et me lève en conséquence, mais mes journées sont mornes. Si l'argent n'était pas le nerf de la guerre, je vivrais pleinement la nuit sans aucun regret et je ferais tout un tas de truc qui n'intéressent que moi, mais ça ne serait pas grave. Il paraît qu'il faut écouter son corps... dites-le à Emmanuel Macron, tiens (#MacronDémission).

Si je fais écho à vos propres expériences, racontez-moi tout ça en commentaire, ça m'intéresse vraiment !

Cinéma #18 et calmons-nous un peu sur le turfu.

Je trouve que je parle beaucoup de cinéma ces temps-ci mais il faut croire que j'ai des choses à dire, surtout quand je regarde des films qui me font de la peine. Pas dans le sens où ils me rendent triste, enfin si, mais c'est de la tristesse mêlée à du qu'est-ce-que-c'est-que-ce-film-à-la-con, vous voyez. Les trois premiers sont dans dans cette veine (je sais que je vais donner dans l'unpopular opinion mais j'assume tout) et je terminerai sur une note positive.

Life, de Daniel Espinosa (2017)


Nous allons être d'accord sur un point, chaque fois qu'un film se déroule dans l'espace, ça se passe toujours mal. Bon, OK, c'est le cas de tous les films, si tout se passait comme sur des roulettes, l'industrie du cinéma serait en faillite. Oui mais dans l'espace, il faut toujours que les protagonistes cherchent la merde. Dans Life, on ne va pas me faire croire que les personnages principaux n'ont jamais vu Alien ! Il faut qu'ils recommencent inlassablement les mêmes idioties. D'ailleurs ici c'est tellement identique (mais en plus nul, on ne va pas se mentir) qu'on nous prend légèrement pour des bécasses. Le synopsis est simple : quelques gogoles qui savent tout mieux que tout le monde récupèrent sur Mars un petit organisme qui ne demande qu'à vivre alors ils le stimulent sans savoir de quoi il s'agit vraiment et c'est comme ça qu'ils finissent par se faire bolosser par une étoile de mer. Certes, ça a moins de gueule que la créature de Giger, mais ça fait les mêmes dégâts. Au cas où je n'aurais pas été assez claire, j'ai trouvé ce film bien naze.


Passengers, de Morten Tyldum (2016)


Encore un film qui file tout droit vers l'infini et au-delà. Celui-ci, je ne l'ai regardé que d'un œil parce que j'ai du mal à concevoir deux heures de ma vie en compagnie de Chris Pratt et Jennifer Lawrence. Deux personnes belles, blondes, blanches et bien gaulées, et vive Hollywood. Et puis l'histoire est dramatique, dans tous les sens du terme. Chris Pratt se retrouve parmi 5000 autres passagers dans un vaisseau qui les emmène sur une autre planète afin d'y vivre. Pour s'y rendre, il faut accomplir un voyage de 120 ans donc les colons sont en hibernation tout ce temps (c'est le turfu très turfu). Toutefois il y a un bug et Jim (Chris Pratt) se réveille, il comprend alors qu'il est tout seul et qu'il reste encore 90 ans de trajet. Il panique, il essaie de réparer son module d'hibernation, il échoue alors il se résigne, ça dure toute une année pendant laquelle il devient alcoolique. Et puis à un moment, il se promène parmi les autres passagers endormis et il voit Aurora (Jennifer Lawrence) qu'il trouve top bonne. Il réfléchit beaucoup mais il se dit que ce serait finalement une bonne idée de la réveiller (non mais Aurora qu'elle s'appelle, c'est fin comme du gros sel) afin qu'il ne soit pas tout seul à errer comme un con. Au début, il lui cache la vérité alors vous imaginez bien qu'ils vont tomber amoureux l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'Aurora découvre la vérité et qu'elle soit méga énervée. Elle a d'ailleurs une réaction très normale puisqu'elle engueule d'abord Jim comme du poisson pourri et elle le tape, même. Comme il faut ajouter un peu de beurre dans les épinards, le vaisseau bug de partout et plein de robots tombent en panne. Un troisième larron se joint à la fanfare, c'est un membre de l'équipage et surtout un magnifique prétexte puisqu'on ne le verra que cinq minutes, donnant ainsi à Lawrence Fishburne le second rôle le plus court de sa carrière. Le pauvre homme ne sert strictement à rien. Enfin ça, c'est rien comparé à Andy Garcia qui n'a même pas une ligne de dialogue. Ça sent le Passengers 2 à plein nez. Tout ça pour quoi, me direz-vous ? Et bien à que dalle, Aurora retombe amoureuse de Jim, son assassin tout de même, et tout va bien dans la meilleure des galaxies. Une catastrophe humaine où mon féminisme a pris cher.


Okja, de Joon-Ho Bong (2017)


Okja est le film de Netflix qui a fait polémique çà et là. J'en ai entendu et lu que du bien, à croire que c'était le film à voir absolument. Permettez-moi d'émettre quelques réserves. Si c'est un joli film qui n'est pas sans rappeler Mon voisin Totoro sous certains aspects, il manque surtout cruellement de subtilité. Si jamais on n'avait pas compris que c'était une critique du capitalisme et surtout du système agro-alimentaire, on vous l'affiche en néons rouges sur chaque plan et chaque dialogue, j'ai levé les yeux au ciel plusieurs fois. Ce film a été fait avec des gros sabots en téflon. Je pense qu'on peut traiter l'évidence sans prendre les gens pour des abrutis, je ne suis absolument pas sûre que ce film rende les derniers carnivores de notre planète complètement vegans. Mais comme nous l'indique Mithrowen, il passe le test Bechdel alors c'est déjà ça. Bref, déception j'écris ton nom.


The Beauty and the Beast, de Bill Condon (2017)


Enfin, parlons d'un film qui vaut le coup d'être vu ! Avec La Belle et la Bête de Walt Disney, c'est la première fois que j'allais au cinéma et j'avais 5 ans. Je m'en souviens encore, ce dessin animé m'a beaucoup marquée et il reste  de très loin mon Disney préféré. Quand j'étais gosse, je rêvais qu'on en fasse un film et voilà le résultat 25 ans plus tard. Je pense sincèrement qu'il n'y a rien à jeter, il est tellement bien fait ! Le casting est d'une rare perfection, qui d'autre qu'Emma Watson pouvait incarner Belle ? Luke Evans, Kevin Kline, Ewan McGregor, Emma Thompson et Ian McKellen sont excellents et toutes les erreurs et non-sens qui subsistaient dans le dessin animé ont été corrigés, c'est tout bonnement brillant. Belle est davantage féministe encore dans le film, cette adaptation est magique, elle est juste totalement réussie. Rien à jeter, je vous dis.

Cinéma #17 et la mise en lumière d'Act Up-Paris par Robin Campillo.

On va parler d'un film qui met une claque monumentale et qui a remporté le Grand Prix du Festival de Cannes cette année.


Parce que la semaine dernière, je suis allée au cinéma voir 120 battements par minute, de Robin Campillo. C'était une avant-première puisqu'il sort officiellement le 23 août. J'y suis allée après avoir lu un très bref résumé, je ne m'attendais pas à sortir de la salle complètement choquée et calmée. Après une brève réflexion, c'est plutôt une bonne nouvelle, ça prouve qu'il est nécessaire de le voir.

120 battements par minute retrace, au début des années 1990, les réunions et les actions des militants d'Act Up-Paris qui luttent contre le sida. Issue de la communauté homosexuelle, cette association a été créée en 1989 par Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulavin (ce dernier est décédé en 1994). L'objectif était d'alerter l'opinion, les médias et les politiques sur l'épidémie, les malades eux-mêmes et les communautés les plus touchées (dont les toxicomanes, prostituées, etc.). Il y a 25 ans, le sida sévissait depuis déjà dix ans et les campagnes de sensibilisation que l'on connaît aujourd'hui et qui sont évidemment indispensables n'existaient pas. Les militants luttaient pour une reconnaissance, parfois avec la violence s'il le fallait.

En parallèle, on suit l'histoire de quelques militants, tous malades, tels que Sean (Nahuel Pérez Biscayart), Nathan (Arnaud Valois) et Sophie (Adèle Haenel). C'est d'une violence sans nom, glaçant, terriblement réaliste. En ce qui me concerne, j'avais 6 ans en 1992 alors j'ai toujours vécu avec le sida démystifié, j'ai su assez tôt qu'il existait, qu'il fallait se faire dépister, comment on l'attrapait et comment on s'en protégeait. Entre l'arrivée de l'épidémie dont on ne savait rien et dont on cachait tout, ainsi que l'affaire du sang contaminé, la génération qui précède les gens de mon âge a été réellement sacrifiée. C'est elle que le film met en lumière, sans jamais aucun pathos. Il nous montre la stricte vérité.

Il y a parfois un peu de musique, notamment Smalltown Boy de Jimmy Somerville, mais le générique de fin arrive de façon abrupte et silencieusement. La lumière ne s'est allumée qu'à la fin du déroulement de celui-ci, pas une seule personne ne s'est levée pour quitter la salle et pas une n'a dit quoi que ce soit. J'imagine que les larmes finissaient de couler. Jamais un tel silence ne m'a autant frappée, ce soir-là chaque spectateur s'est pris un uppercut dans le ventre.

Alors voilà, je te rappelle qu'il sort le 23 août, que tu dois absolument le voir et que tu n'en sortiras pas indemne. Mais je te le redis, c'est nécessaire.

Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Je vais vous raconter l'histoire de Catherine. En vrai, Catherine ne s'appelle pas du tout Catherine, c'est moi qui ai décidé de changer les prénoms des personnes qui nous occupent. D'ailleurs, dans cette histoire et dans la vraie vie, Catherine a une petite sœur qui s'appelle Anne-Marie mais pas vraiment Anne-Marie.

Je ne sais pas exactement en quelle année Catherine est venue au monde mais c'était aux alentours de la fin de la guerre. Je ne connais rien de sa mère mais je sais que son père était un homme bourru qui ne souriait jamais. Et je sais également que ces deux-là étaient plutôt stricts. Du moins, leur vision de l'éducation était ancrée dans son époque. Catherine est donc née dans cette ambiance et a vécu sa vie de fillette assez tranquillement jusqu'à l'arrivée de sa sœur Anne-Marie huit ou dix ans plus tard. Malgré leur écart d'âge (ou peut-être grâce à lui, je ne suis pas sûre que ce soit un facteur à prendre en compte), elles s'entendaient très bien. Elles jouaient beaucoup ensemble et quand Anne-Marie a davantage grandi, elle et Catherine ont inventé quelque chose de vraiment très cool. Elles ont créé une encyclopédie parce qu'elles étaient très au fait de la vie des monstres en tout genre. Chaque page était dédiée à un monstre en particulier : son nom, sa description et bien évidemment son illustration. Catherine et Anne-Marie n'ont jamais cherché à commercialiser ce livre et c'est bien dommage, il aurait été utile à bon nombre d'enfants qui s'inquiètent de ce qui peut se tramer sous leur lit.

Un jour, comme beaucoup d'entre nous, Catherine a eu 17 ans. Bien que le concept de l'adolescence soit très récent, Catherine en était une du genre classique. Elle aimait la musique, était particulièrement fan d'Elvis Presley et, quelques années plus tard, vouera un culte à Led Zeppelin. Je ne sais pas quand ça a commencé mais elle s'intéressait aussi beaucoup à la culture juive - elle et sa sœur ont des ascendants juifs, elle apprendra même l'hébreu et voyagera plusieurs fois en Israël. Et puis Catherine est tombée amoureuse. D'un homme et pas d'un garçon. Cette fois-ci l'écart d'âge (plutôt significatif, les on-dit parlent de 15 ans au moins) a posé un problème. Évidemment pas à Catherine ni à son amoureux, vous pensez bien. Ils se voyaient en cachette, parfois Catherine faisait le mur. Ses parents ont fini par le découvrir et sont parti à la rencontre de l'homme, ils lui ont interdit de revoir Catherine. Il a obéi et ce fut le début de la fin de vie de femme libre de Catherine.


Les années se sont écoulées et Catherine s'est mariée. Cet homme-là s'appelle Jean-Louis (mais en fait non, enfin vous avez saisi) et il a le même âge qu'elle. Il a six frères et sœurs et vient d'une famille bien catholique comme il faut. Comme ces gens-là ont l'air bien, Anne-Marie suit le mouvement et épouse un frère de Jean-Louis. On reste en famille.

Les années continuent de défiler et Catherine conserve l'esprit des années 1960 : les robes à fleurs, un maquillage chargé et les cheveux bombés. Elle écoute toujours la même musique et vit dans une maison restée dans son jus. Jean-Louis veut des enfants mais elle ne lui fera jamais ce plaisir. Il faut dire que la vie de Catherine s'est arrêtée cinquante ans plus tôt, ses repères stylistiques sont un refuge. L'aigreur, la frustration et le mépris de l'autre ont naturellement pris le dessus, petit à petit. Elle a domestiqué un animal qui est le symbole de ce qu'elle n'a jamais pu connaître : un cygne, qui vit près de l'étang de la propriété. L'a-t-elle seulement fait exprès ?
En théorie, Catherine n'est pourtant pas seule. Elle avait sa sœur et son neveu deux fois plus neveu que ses autres neveux et nièces. Anne-Marie a pris la même direction mais a réussi à changer d'aiguillage, "Tout ce que je voulais, c'était un enfant." dira-t-elle un jour à son fils unique. Ceci fait, elle a changé de vie et seul son fils en fait toujours partie. Pour Catherine, le rejet est un mécanisme de défense. La souffrance est encore vive et les idées rétrogrades toujours d'actualité, autant continuer à les appliquer. C'est ainsi qu'aucune personne non mariée et/ou divorcée n'aura le droit de cité en sa compagnie, quel que soit son rang dans la hiérarchie familiale. Quitte à vivre dans l'absurde, autant y aller à fond.


Cette histoire n'a pas de fin, elle se termine de façon abrupte. Catherine s'enfonce chaque jour un peu plus dans le souvenir d'une existence qu'elle n'a jamais eu l'occasion de vivre. Le peu de personnes qui gravitent autour d'elle sont toujours dans l'incompréhension. Quant à moi, je ne vous raconte cette histoire qu'avec les éléments récoltés depuis douze ans. Je n'ai jamais eu le droit de la rencontrer, je n'ai toujours pas épousé son neveu deux fois plus neveu que ses autres neveux et nièces.