Le mec de la tombe d'à côté, de Katarina Mazetti.

J'ai un nouveau travail depuis le début du mois. C'est un CDD de huit mois que j'ai trouvé grâce à un coup de piston, dans la branche que j'aurais bien aimé abandonner mais au bout de deux années de chômage et de six mois de recherche intense et infructueuse, je n'avais plus le choix. L'avantage est qu'il s'agit d'un job pendant lequel je peux lire. Beaucoup. Et ça tombe bien parce que je ne suis plus une grande lectrice depuis quelques années et j'ai plein de livres achetés il y a longtemps jamais ouverts.


C'est notamment le cas de cette sombre bouse (non mais comme ça j'annonce la couleur direct) qu'est Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti. Je suis incapable de me rappeler depuis combien de temps j'ai ce bouquin en ma possession mais je sais que ça fait hyper longtemps. Je sais aussi qu'un téléfilm a été réalisé entre temps mais je ne l'ai pas vu, et je ne sais pas si je le ferai au vu de mon opinion sur le roman. Peut-être qu'il limite la casse, qui sait ?

Publié en 1999 par l'autrice et journaliste radio suédoise Katarina Mazetti, c'est un roman de moins de 300 pages qui se lit à une vitesse folle. Les chapitres sont très courts (il y en a 54, faites le calcul) et, un sur deux, font parler les deux personnage principaux, Désirée et Benny. C'est l'histoire d'une passion amoureuse entre ces deux-là qui se rencontrent au cimetière, la première est une jeune bibliothécaire veuve et le second un agriculteur qui vient de perdre sa mère.

Pourquoi ai-je détesté ce livre ? Pour la bonne et simple raison qu'il est sexiste. Enfin le personnage de Benny l'est et j'ai trouvé ça révoltant. Peut-être aurais-je été moins dérangée si, à un moment donné, ses propos étaient contrés d'une façon ou d'une autre mais ce n'est jamais le cas. La complaisance est telle que j'ai levé les yeux au ciel un milliard de fois durant ma lecture. Je me demande encore pourquoi je l'ai fini... Ah, si, peut-être pour être encore plus énervée par la fin ? Que je tairai évidemment. Pour étayer mon point de vue, rien de tel qu'un superbe extrait du chapitre 44 (c'est Benny qui parle) :
Je déteste par exemple quand elle se met à énumérer toutes les horreurs que ce Robert a fait subir à sa copine Märta. Elle s'y emploie souvent ces temps-ci. Je me sens visé en quelque sorte quand elle s'y met, je crois qu'elle ne se rend pas compte de ce ton "ça, c'est les hommes" qu'elle prend. Parfois je dis des trucs style "Oui mais merde, elle l'a peut-être provoqué", et ça lui fait péter un plomb. "Mais moi je ne suis pas comme ça, j'essaie de dire. Tu nous trouves égoïstes et consommateurs de femmes, mais ce n'est pas parce que je suis homme que je vais endosser ce que font les autres hommes ! Est-ce que toi tu endosses la culpabilité de toutes les saloperies que les Blancs ont faites aux autres races ? Et toi, tu es une vraie Blanche !"
Franchement, ça me fait vriller. Malgré tout, petit disclaimer : quand il dit "vraie Blanche" en parlant de Désirée, Benny passe tout le roman à accentuer la peau pâle, les cheveux clairs et les vêtements fades qu'elle porte. Du moins c'est comme ça que je l'ai compris. Et donc je disais, tout le reste me fait vriller. Nous assistons ici à ce que vous voyons encore constamment aujourd'hui et qui nous donne envie de cramer des mecs : le mansplaining et le phénomène "not all men" de la part de nos congénères masculins qui n'entendent rien au féminisme. On doit déjà le subir au quotidien dans la vie et sur les réseaux sociaux, si en plus je dois me farcir ce discours dans mes lectures, je risque de me fâcher tout rouge. Il n'y a strictement rien qui va dans ce paragraphe qui condense plein d'horreurs. Il se trouve que le personnage de Robert est un connard, pourquoi remettre en cause ce qu'il fait vivre à Märta ? Ça revient à dire qu'on mérite de se faire agresser parce qu'on porte une jupe, ce n'est que pure ignominie. Et puis parler de races pour catégoriser les êtres humains alors qu'il n'y en a qu'une et c'est l'humanité, c'est quand même très lourdingue. Pas étonnant que ce personnage soit de droite dans le roman.

Alors que dire de plus ? E bien ne le lisez pas, sauf si vous avez envie de jeter le bouquin au travers de la pièce une fois achevé. Parce que même s'il a eu un succès fou, même si l'autrice s'est inspirée de sa propre vie pour l'écrire et même si elle a écrit moult ouvrages (son premier amour est la littérature jeunesse), j'ai trouvé ce roman assez mal écrit, ou alors mal traduit, je ne sais pas, en plus de son sexisme et de sa fadeur. C'est un grand non.

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