I listen and I hear you speak.

Pendant très longtemps, je me suis targuée de provenir d'une famille normale et saine. Les facteurs dominant cette affirmation étaient les suivants : mes parents étaient plutôt fun, plus jeunes que ceux de mes potes et en plus ils n'avaient pas (encore) divorcé. Ma vraie famille ne s'est toujours résumée qu'à eux ainsi qu'à mon frère, les autres personnes en orbite autour de ce noyau dur étaient à priori complètement frappées. J'avais des œillères, je prends conscience à 32 ans et 7 mois de psychothérapie que tout le monde est complètement jeté, moi y compris, et qu'aucune famille au monde n'est réellement saine. On laisse des empreintes sur nos enfants à cause de nos principes éducatifs et de nos blessures, c'est la théorie du ruissellement familial. Je suis aujourd'hui d'une humeur plutôt neutre, ce qui me permet d'affirmer qu'il y a sans doute une forme de fatalité réversible. Nous n'avons pas vraiment les moyens d'éviter notre éducation mais la possibilité nous est donnée de prendre du recul face à elle et d'essayer de ne plus se définir par rapport à elle.

Marie Curie

Malgré mon fourvoiement sur la manière dont je percevais mes parents, j'ai toujours su observer les membres plus ou moins lointains de ma famille. Il y a énormément de personnes que je n'ai jamais connues à cause de secrets de famille d'un côté, et d'écarts d'âge très importants de l'autre. Cet autre côté a été (et l'est toujours) peuplé de gros misogynes et j'ai toujours entendu des histoires négatives à propos des femmes. Propos relayés par d'autres femmes, ma mère notamment. Je ne les ai jamais connues alors qui suis-je pour les juger, mais j'ai toujours trouvé très injustes les traitements faits à deux de mes grandes-tantes, pour ne citer qu'elles. La première, c'est Thérèse. Elle est morte largement centenaire il y a quelques années et cette femme a vécu la vie qu'elle entendait, du moins c'est l'aspect qu'elle a donné. Elle était la deuxième d'une fratrie de cinq enfants élevés par un père misogyne (en revanche je ne saurai dresser un portrait de sa mère). Elle a été mariée à un homme qu'on a toujours dit plus ou moins simplet, je crois surtout que c'était un type gentil qui aimait sa femme et la laissait vivre sa vie, ce qui était plutôt rare pour l'époque. Le fait est que Thérèse avait un fort caractère, je ne l'ai rencontrée qu'une seule fois et j'avais beau n'avoir que 11 ans (elle plus de 90), j'ai été marquée par son charisme. Elle et son mari n'ont jamais eu d'enfants : y avait-il un problème physiologique ? Ou plutôt une histoire d'envie ? Parce que si ça se trouve, Thérèse n'a jamais voulu de gosses, est-ce qu'on s'est seulement déjà posé la question ? Un cousin de mon père a adoré m'expliquer qu'elle passait son temps à tromper son époux. J'ai envie de dire : grand bien lui fasse. Moi je préfère retenir qu'elle a obtenu une licence de chimie alors que son père ne voulait pas qu'elle fasse d'études et qu'elle a été titularisée conservatrice de bibliothèque scientifique à la Sorbonne en 1975. Le cousin dont je viens de parler détestait sa mère. Et sa mère, c'était Françoise, la sœur cadette de Thérèse. Françoise a eu un premier fils, puis un second dix ans plus tard. Elle ne s'est pas beaucoup occupée d'eux, surtout du petit dernier et il lui en veut beaucoup. Regardez comme on évite tout un tas de drames familiaux depuis que la contraception et l'avortement sont légaux... Françoise aurait-elle gardé ses fœtus si elle avait pu s'en séparer ? Et si elle avait eu accès à la pilule, aurait-elle seulement voulu avoir des enfants ? Peut-être pas, mais l'Histoire ne nous dira jamais comment les utérus de Françoise et Thérèse fonctionnaient. Aujourd'hui-même, j'ai remarqué qu'un vase en porcelaine appelé Les chevaux de Neptune et datant de 1933, une œuvre d'art créée par des hommes et exécutée par Françoise, était chez Sotheby's. Françoise était artiste-décoratrice à la manufacture de Sèvres, peut-être que si elle n'avait pas eu d'enfants, qu'elle n'avait pas été élevée par la misogynie et contrainte par le patriarcat, peut-être que c'est elle qui aurait créé cette œuvre.

Louise Bourgeois

Peut-être. Avec des si. Va savoir... J'ai longtemps cru que nous étions prisonniers de notre éducation. Si on ne fait rien, plus le temps passe et plus nous devenons le reflet de nos parents. Je ne veux pas être mes parents d'aujourd'hui et encore moins ceux de demain. Je veux être la rébellion juvénile de ma mère, je veux être le charisme de Thérèse, je veux être la sensibilité de Françoise, je veux être la beauté d'Elisabeth, je veux avoir la fierté de Cécile et je ne veux surtout pas avoir le destin funeste de Marthe et Marie-Louise, je ne veux pas être la mesquinerie de Christiane et l'oubli de soi de Nicole. Quant à la misogynie toxique des hommes de ma famille, elle ne ruissellera certainement jamais sur moi.

I want to jump into the river.

Il est un fait indéniable contre lequel je ne peux rien et qui tend à s'amplifier au fil des années : les artistes meurent. Ils s'éteignent malgré leur immortalité, c'est toujours un choc qui nous ramène brutalement en arrière. Aujourd'hui c'est Rachid Taha et ce n'est vraiment pas cool du tout, car loin d'être une fine connaisseuse, mon adolescence s'était intéressée à Diwân (1998) et Tékitoi (2004). On rapporte tout à soi mais c'est normal, la musique est subjective, égoïste. Quand j'étais plus jeune, j'associais Rachid Taha à un ami de mes parents, sans doute la faute aux cheveux noirs et aux bagues aux doigts. Hier c'était David Bowie et je ne vais pas revenir dessus, ça fait bien trop mal (c'était un lundi) (enfin il est mort le dimanche mais on l'a appris le lundi) (putain, je ne m'en remettrai jamais) (hashtag Alain Bashung). J'aimerais bien que les gens cessent de décéder juste avant leur anniversaire aussi, c'est beaucoup trop bouleversant.

Heureusement, KT Tunstall est toujours vivante, elle. J'espère qu'elle a une bonne étoile et qu'elle est bien protégée, je ne supporterais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, je vous préviens. Surtout pas ces temps-ci parce qu'elle est en pleine élaboration d'une trilogie ayant pour thèmes : spirit, body and mind. D'accord, c'est super cool. C'est juste que quelque chose m'échappait un tantinet, j'avais du mal à faire la différence entre spirit et mind. Je me suis alors penchée sur la question parce que j'ai du temps à tuer (le chômage) (en vrai ça m'a pris cinq minutes). Ces deux termes désignent globalement la même chose mais le premier, spirit, est davantage d'ordre spirituel, à comparer sans doute avec l'âme (soul en anglais), tandis que le second, mind, réfère aux sentiments, aux pensées, au rationnel. Voilà, c'était la minute philo. Je vous en prie.

Revenons à la véritable information ici : la trilogie spirit, body and mind de KT Tunstall. Je vous ai passablement saoulé•e•s avec quand il est sorti en septembre 2016 (bah ouais mais je suis une grosse fan, que voulez-vous), l'album KIN était donc le premier épisode. Le second s'appelle WAX et il sort le 5 octobre. Figurez-vous que je ne l'ai même pas précommandé car j'attends de voir si un beau vinyle coloré va faire son apparition, ce serait plutôt chouette, ça irait avec ma précédente galette turquoise. Et puis comme je suis un petit peu curieuse, j'ai quand même regardé la track list car faut pas déconner, et là, STUPEUR :


Vous avez vu ? Un tel alignement des planètes, avouez que c'est fou. J'espère que rien ne viendra troubler ma survie dans ce monde de brutes afin que j'arrive jusqu'à l'écoute religieuse de cette dixième chanson (sachant que j'écoute toujours un album dans l'ordre) le 5 octobre prochain (je pose un RTT si jamais je trouve un taf d'ici là). Allez, sur ces bonnes paroles, le premier extrait de WAX s'appelle The River et le clip est sorti... hier (il est si beau, si pur).

Cinéma #23 - Les films de l'été.

Alors vous, je ne sais pas, mais moi, j'aime bien lister les films que j'ai vus. Pas seulement en vous en parlant ici parce que, d'une part, je n'écris pas sur la totalité des films que je regarde (je n'en regarde pas autant que cette phrase le laisse penser) mais, d'autre part, en ayant créé un tableau Pinterest. Oui, bon, ce sont mes petites babioles à moi, j'aime bien, ça m'occupe. Je me suis donc dit que j'allais vous faire un petit topo rapide de ce que j'ai vu cet été.


Ces traquenards que sont les films de Quentin Dupieux


Et non, je ne suis pas allée voir Au poste ! Cela dit j'aurais pu car, selon mes sources, il est plus accessible que le reste des œuvres de Dupieux. Je vis avec un homme féru de films bizarres et surtout complètement pétés quand, moi, je me contente d'un bon blockbuster bien vilain, si possible à base de catastrophe naturelle (mon pêché mignon). Du coup, c'est tout naturellement que je me retrouve devant des films de Quentin Dupieux (et aussi un autre, plus gros traquenard encore, dont je vous parle plus bas), à savoir Steak (2007) et Réalité (2014). J'en ai un peu marre parce que c'est le genre de cinéma qui me fait me sentir incroyablement stupide, je dois manquer de jugeote (tiens, ce mot ne prend qu'un seul T, j'aurais pas cru) ou bien être complètement à la masse, je ne m'explique pas ces sensations. Enfin, c'est surtout Réalité qui m'a provoqué une incompréhension partielle. Je n'ai pas trouvé ça nul parce que j'aime beaucoup Alain Chabat et Jonathan Lambert, ça m'a un peu plu mais ça m'a laissée pantoise. Jason Tantra (Alain Chabat) veut réaliser un film d'horreur et il en parle au producteur Bob Marshall (Jonathan Lambert) qui lui donne 48h pour créer le meilleur gémissement effroyable. Vous vous doutez bien que ce n'est pas facile. Et puis dit comme ça, quand on ne sait rien de Quentin Dupieux, je dois admettre que c'est chelou. Steak est plus accessible mais il a fallu me convaincre, j'ai un problème avec le duo Eric et Ramzy (tandis que j'apprécie beaucoup Eric Judor tout seul). Je me suis même marrer comme une baleine quand Blaise (Eric Judor) est à l'hôpital psy et qu'il parle vraiment très mal à l'infirmière. D'ailleurs ce film est tout de même triste, voire effrayant. Georges (Ramzy Bedia) passe son temps à se faire bolosser par des gars sauf qu'un jour, il leur tire dessus. Son meilleur ami Blaise est accusé à sa place et se retrouve enfermé des années en hôpital psy. Pendant ce temps, Georges a fait le nécessaire pour intégrer la bande des Chivers (dont fait partie Jonathan Lambert). Franchement, ce film-là laisse un goût un peu plus amer.
Alors voilà, Quentin Dupieux c'est ça, je n'ai pas trop le mode d'emploi d'appréciation mais je connais plein de gens fans, c'est qu'il doit y avoir une bonne raison.


Un blockbuster des 90's et une comédie musicale, c'est déjà plus adapté

Cette joie qui m'a envahie quand j'ai vu que Deep Impact (1998, de Mimi Leder) était disponible sur Netflix ! Je ne l'avais jamais vu ! Avec plein d'acteurs cools de type Elijah Wood, qui était encore un bébé, et Téa Leoni, cette star de l'époque (elle devient quoi ?) ! Téa Leoni qui joue d'ailleurs le rôle d'une journaliste badass grâce à laquelle le film passe le test de Bechdel. En plus il y a des astéroïdes qui menacent de frapper la terre alors on envoie une fusée pleine d'astronautes prêts à risquer leur vie pour sauver le monde, que demande le peuple ?


En revanche, j'ai perdu pied devant Mamma Mia ! (2008, de Phyllida Lloyd). J'adore Meryl Streep et (vraiment beaucoup) Abba, mais pas suffisamment pour m'infliger une comédie musicale. Ne l'ayant jamais vu, j'ai voulu me mettre à la page puisque le second volet vient de sortir au cinéma, mais ça n'a été que souffrance. Les personnages sont surexcités la plupart du temps, ils m'ont cassée en deux. Le scénario n'est pas fou non plus, c'est juste l'histoire d'une petite meuf qui veut savoir qui est son père parmi les trois mecs avec lesquels sa mère a passé la nuit vingt ans auparavant (chacun leur tour). J'étais très étonnée que les trois types débarquent en Grèce dans le plus grand des calmes sans connaître qui que ce soit à part Meryl Streep (pas vue depuis vingt ans, donc) et que les choses se résolvent d'une manière aussi détendue. Comme quoi, ce n'est pas une comédie musicale pour rien. Quel enfer.


Et puis des films qui font peur...


Je commencerai par vous parler de Ghostland, sorti au cinéma au printemps. C'est le quatrième film de Pascal Laugier dont j'ai déjà vu Saint Ange (2004) et Martyrs (2008) qui ne m'ont pas du tout laissée indifférente. Surtout Martyrs, d'ailleurs. J'ai rarement été aussi mal à l'aise devant un film, j'avais ressenti quelque chose de similaire devant Antichrist (2009) et Melancholia (2011) de Lars von Trier (mais pas pour les mêmes raisons). Martyrs est d'une très, très, très (j'insiste) grande violence, c'est vraiment réservé à un public averti. Ghostland est très violent aussi, mais moins quand même (enfin, âmes sensibles s'abstenir malgré tout). En plus, il y a Mylène Farmer dedans, que je trouve bonne actrice (même si mon mec n'est pas d'accord). Après la mort de sa tante, Pauline (Mylène Farmer) vient habiter sa maison avec ses deux filles. L'une est une ado plutôt classique quand l'autre est une petite darkos aspirante écrivaine fan de H. P. Lovecraft. Sauf que voilà, dès le premier soir, elles sont agressées par deux personnes qui débarquent dans la maison et font un carnage. Je ne peux rien vous dire de plus, ce serait criminel, et même si des choses arrivent trop vite, j'ai vraiment bien aimé ce film.

Dans un autre style et fraîchement débarquée sur Netflix, la chienlit The Lodgers (de Brian O'Malley). Ça partait pourtant bien, rien de tel pour me faire plaisir qu'une grosse maison dans la campagne anglaise victorienne dans laquelle il se passe des trucs étranges. En l'occurrence ici, Rachel et Edward, jumeaux, qui vivent seuls dans leur maison délabrée depuis la mort de leurs parents. Ils ne peuvent pas vraiment partir, ils ne doivent inviter personne et chaque soir à minuit, ils doivent être dans leur chambre. C'est un film très lent et ça n'aurait pas été grave si on avait eu des réponses un peu cohérentes à la fin, mais en fait on se fait un peu foutre de notre gueule, voilà ce que j'en dis.


J'y faisais allusion dans mon premier paragraphe, le film le plus pété de 2018 se nomme Under The Silver Lake (de David Robert Mitchell). Non, je ne suis absolument pas désolée, j'ai juste trouvé que ce film était terriblement relou. Je suis pourtant allée dans mon petit cinéma de quartier en toute connaissance de cause, j'avais envie de voir ce film, et ce fut affreux. C'est-à-dire qu'au bout d'à peine une heure, j'ai regardé mon téléphone en pensant qu'il était bientôt terminé et que ce n'était pas dommage, sauf qu'il restait encore 1h20 de film !!! Je suis restée jusqu'au bout parce que je ne jette pas l'argent par les fenêtres mais oh, quel enfer ! Je ne sais même pas de quoi ça parle, si ce n'est que le héros pense au cul 90% du temps et qu'il cherche la petite-fille d'Elvis (Riley Keough, c'est la fille de Lisa-Marie Presley) partout. Kamoulox partout, cohérence nulle part, je n'ai rien compris. Et c'est d'ailleurs tout le problème, je pense qu'il faut se faire sa petite culture du cinéma et d'Hollywood en particulier, c'est un film pour initié•e•s, pas pour les idiot•e•s comme moi. Un cauchemar.

Et puis j'ai regardé (enfin j'ai essayé) The Dark Tower (2017, de Nikolaj Arcel) avec Idris Elba et Matthew McConaughey et je place ce film dans mon paragraphe films-qui-font-peur parce que c'est effroyable comme il est nul. Je n'ai même pas envie d'en parler, tiens.


Enfin, une petite pépite


J'ai nommé The Death of Stalin (2018, d'Armando Iannucci) qui est une perle. C'est une satire adaptée de la bande-dessinée La mort de Staline de Thierry Robin et Fabien Nury (2010). 1953, Joseph Staline a une attaque, il va mourir peu de temps après. C'est alors que le bal des faux-culs et des opportunistes se déroule autour de son corps à peine tiède pour prendre la tête du pays. C'est inspiré de faits réels et il y a plein d'acteurs vraiment trop chouettes tels que Steve Buscemi (qui joue le rôle de Khrouchtchev) et Jason Isaacs (le maréchal Zhukov), qu'est-ce que je les adore ! On retrouve aussi Rupert Friend et Andrea Riseborough qui jouent les rôles de Vassili et Svetlana, les enfants de Staline complètement psychotiques. C'est une comédie avec un humour hyper fin, c'est très anglais, c'est dans la veine des Monty Pythons. N'ayant pas lu la bande-dessinée, j'ai désormais très envie de me la procurer !

La sélection du mois #6 (Août 2018)

J'ai bien fait de poster ici comme une machine pendant tout le mois de juillet quand j'ai carrément fait grève en août. De toute façon, tout le monde était parti en vacances donc personne ne m'aurait lue, vous étiez davantage occupé•e•s à faire des mots fléchés sur la plage et je vous comprends, à votre place j'aurais fait pareil. Ce qui sous-entend que j'ai fait différemment. Et bien oui, j'ai beau vivre au bord de la mer (enfin à 30 minutes en voiture de la plage, soyons honnêtes), je ne me suis jetée dans les vagues qu'une seule et unique fois au courant de l'été, c'est un bilan assez lamentable. J'aimerais me rattraper pendant que tout le monde est reparti travailler, vu que je redémarre une période de chômage et que j'économise encore un peu pour passer l'hiver aux Bahamas (car voilà la vérité). La sélection du mois sera donc assez sommaire et il y aura surtout des photos de mes p'tites vacances en Normandie, terre de micro-climat (où j'ai reporté des chaussettes pour la première fois depuis deux mois).


   CULTURE

• Souvenez-vous, le mois dernier je vous faisais part des difficultés qu'on avait, ma partner in crime et moi-même, à faire sortir notre interview de Girls In Hawaii d'un iPhone qui a eu le bon goût de tomber en panne le lendemain de ladite entrevue. Comme nous sommes bien entourées (merci encore Hyacinthe) et que vive le karma, vous pouvez désormais écouter ce garçon passionnant qu'est Lionel Vancauwenberghe. Ouf.

Vivian Maier était une nourrice professionnelle et une photographe amateure. Elle a laissé une palanquée de clichés pris sur le vif, dans la rue, véritables preuves de la vie quotidienne de Chicago, son œil était incroyable. Oui mais voilà, elle n'a pas laissé un bon souvenir aux enfants dont elle s'est occupés. A lire cet article de Télérama et à voir ce documentaire sur Arte disponible jusqu'au 2 septembre.

• J'en ai peut-être déjà parlé puisque c'est sorti au mois de mars (je n'ai pas vérifié), mais une piqûre de rappel ne fait pas de mal : cet épisode de BiTS sur la culture gothique (mon dada) est passionnant et nous montre bien comment ce courant inclut tant de choses, le romantisme, la fantasy, la mort, la culture populaire, la métaphysique, la mélancolie, etc.

Autoportrait avec la Mort au violon, Arnold Böcklin, 1872, Alte Nationalgalerie (Berlin)

• Comme ça, juste pour le fun, deux nouvelles acquisitions musicales avec un thème précis : orange et David Bowie. J'ai acheté Low (1977) et Heathen (2002) parce qu'on ne vit qu'une fois.


• Les meilleures illustrations du moment sont signées Steven Rhodes :


• Faisons désormais un peu fumer notre cerveau et apprenons ensemble : qu'est-ce que l'antroposophie, discrète multinationale de l'ésotérisme, comme titre cet excellent article de Jean-Baptiste Malet pour Le Monde Diplomatique ?



Allez, il suffit, visitons maintenant notre beau pays qu'est la France et que je connais très mal en dehors de la Vendée (et de la Sarthe où je suis née, et encore). De la Normandie je ne connaissais que la basse, et elle ne m'a jamais fait rêver. C'est comme la Bretagne, c'est lié à des souvenirs d'enfance désagréables. Je redécouvre la vie avec mes yeux d'adulte et c'est quand même vachement mieux. L'occasion nous a donc été donnée de rejoindre nos supers potes à Honfleur et on en a profité pour voir ce qu'il y avait autour.
J'ai adoré Honfleur, c'est quand même super joli même s'il faut batailler pour avoir un rayon de soleil. En arrivant à Étretat, j'ai été un peu déçue. Et puis quand on joue des cuisses pour aller sur les falaises, le coin prend tout de suite une autre dimension et c'est fantastique. En redescendant, on a pris le soleil sur la plage de galets, c'était très agréable. Enfin, Deauville m'a laissée de marbre alors que j'ai trouvé Trouville magnifique.

HONFLEUR


Ma photo est plutôt misérable et ne rend pas justice à la vue spectaculaire qu'on obtient quand on s'acquitte d'une marche qui m'a fait perdre un poumon et environ trente-sept ligaments.




Photo 1 : Sainte-Catherine - Photo 2 : Notre-Dame de Grâce (en réalité à Équemauville) construite par et pour les marins.

Un excellent restaurant que je ne peux que vous conseiller si vous passez dans les parages, leur camembert (pas que !) est exquis.

ÉTRETAT





TROUVILLE

Les baraques fantastiques sur la plage, c'est quel genre de rêve ?

I mean...

Mon rêve absolu le voilà.

Ceci est un goéland. Pas une mouette. Un goéland. Capiche ?


   LE MOT DE LA FIN

J'ai des copains trop cools.

Mes copains trop cools sur la plage de Deauville.

La sélection du mois #5 (Juillet 2018)

On arrive à un total de 10 billets postés en ce mois de juillet, le record est total. Ma façon d'écrire ici est à l'image de mes humeurs, totalement disparate. Enfin ça va, ça n'inquiète personne, c'est l'essentiel. En plus au mois de juillet personne ne lit les blogs, tout le monde est en vacances, haha. Bref, on s'en fout, allons-y :


   MUSIQUE

Concert de Girls In Hawaii au festival R. Pop de La Roche-sur-Yon
C'est la deuxième fois cette année (et troisième fois en tout) que j'ai vu ce groupe divin en concert comme une bonne fan girl qui se respecte. Ma partner in crime et moi-même avons même réussi à les interviewer juste avant et c'était génial. Toutefois je ne sais pas si vous pourrez écouter cet exploit un jour car nous subissons des aléas techniques très fâcheux qui nous emmerdent. Heureusement, il reste les photos et j'étais tout devant, c'était le plus beau jour de ma vie.




Bruxelles ma belle
Je suis très fan de ce site et si vous ne le connaissez pas encore alors que vous aimez la musique, vous devriez y faire un petit tour. Le principe est simple, chaque semaine est publiée la vidéo d'un•e artiste qui chante en acoustique dans un lieu plus ou moins insolite, pourvu qu'il se trouve à Bruxelles (et alentours). Voici deux exemples totalement pris au hasard (OK, l'un peut-être plus que l'autre), Girls In Hawaii qui chante Indifference (Nocturne, 2017) dans le hall de la gare Bruxelles-Central et Fishbach avec A ta merci (A ta merci, 2017) dans la chapelle de Saint-Josse.





Point David Bowie
On a retrouvé la toute première démo de David Bowie enregistrée en 1963 alors qu'il n'avait que 16 ans et qu'il faisait partie du groupe The Konrads. Bizarre que ça ressorte par hasard comme ça aujourd'hui mais c'est le batteur des Konrads qui l'a retrouvée en déménageant. Je trouve ça hyper cool même si c'est inaudible.

Plus écoutable si vous êtes des afficionados du Bowie des années 1980 (je ne juge pas, vous faites ce que vous voulez), une nouvelle version de Zeroes (1987) a été éditée. Suivez ce lien et soyez prêts à acheter bientôt un nouveau coffret.

Enfin, La Grande traversée de France Culture nous permet de nous replonger dans la vie et la carrière de Bowie en 4 podcasts d'1h49 chacun. C'est ça qu'on veut.


   ON FAIT ENCORE CE QU'ON VEUT DE NOTRE CORPS

Être une femme et se raser la tête
Voilà un sujet houleux pour des raisons qui m'échappent. Ah, si, je sais, pour des raisons patriarcales et sexistes. Il paraît qu'une femme qui décide de se raser le crâne, qu'importe la raison de son geste, n'est pas féminine parce qu'il est de notoriété publique que l'essence même de la féminité est proportionnelle à la longueur de vos cheveux. Les gens ont vraiment un problème avec l'idée que chaque femme est libre de disposer de son corps comme elle l'entend. Il faut toujours justifier chaque geste et si on décide de se mettre la boule à zéro, c'est forcément parce qu'on est malade ou qu'on s'appelle Sinead O'Connor. Et bien soit, si vous voulez que ça devienne un geste politique, ne me tentez pas trop fort. Sur son blog The Atypicals, Elisa s'est rasé la tête pour une raison qui lui est propre et nous l'explique.


   LES VRAIES QUESTIONS

Que sont devenues les dépouilles du Titanic ?
C'est vrai ça, une fois que Jack Dawson est mort parce qu'il n'est pas monté sur la porte alors qu'il y avait de la place, qu'est devenu son corps ? L'autrice de l'excellent blog Le Bizarreum (elle a aussi une super chaîne YouTube) revient sur les faits et nous explique les choses par la science et les critères de sélection de l'époque.


   PÉPITE

Mes 14 ans
Ce compte Instagram nous propose de lire le journal intime de son autrice lorsqu'elle était collégienne. Je trouve ça hyper mignon.



   LE MOT DE LA FIN

Le mot de la fin concerne une photo cette fois-ci. Elle a été prise par Aris Messinis pour l'AFP Grèce pendant la dernière éclipse de lune du 27 juillet.

Cinéma #22 - Répétez après moi : "je suis canon et je vous emmerde".

Parmi les moult questionnements sur l'humanité qui stagnent dans mon cerveau au moment de dormir, il y une énigme dont, je suis sûre, je n'obtiendrai jamais la clef : pourquoi êtes-vous aussi prompts à détester les gens qui s'aiment ? Je parle de narcissisme, d'ego trip, de selfies sur Instagram, qu'importe la dose. N'allez pas croire, je ne suis pas une vraie social justice warrior, moi aussi je me suis moquée de personnes qui embrassaient leur reflet dans le miroir, mais j'ai arrêté parce que c'était de la jalousie pure et dure. Aujourd'hui je fais encore mieux que ça, j'encourage. Je dis amen parce que c'est quelque chose que je n'arrive pas à faire, je me déteste tellement que chaque selfie de moi-même posté sur Instagram est une forme de militantisme pour apprendre à m'aimer (plus il y a de likes et moins j'ai envie de l'effacer). Est-ce que toutes celles et tous ceux qui se foutent de la gueule de ces autres qui s'apprécient ont forcément un pet au casque et manquent cruellement de confiance en elles•eux ? Qu'est-ce que ça peut vous foutre, en fait ? J'ai besoin qu'on m'explique tout ça de manière solide.


Sur Netflix vient d'arriver le film I Feel Pretty de Marc Silverstein et Abby Kohn. Je l'ai tout de suite regardé ! Après l'avoir vu j'ai trouvé ça un peu cucul la praline mais avec du recul (comme quoi j'ai encore des efforts à faire), j'ai compris qu'il était quand même super bien. C'est une comédie feel good vraiment bien traitée et avec beaucoup de respect, c'est tellement rare de nos jours. Renee Bennett (Amy Schumer) est une jeune femme dynamique qui s'occupe du site Internet d'une grande marque de maquillage. Son service ne se trouve pas dans les locaux du groupe mais est délocalisé dans un autre quartier, elle est en quelque sorte placardisée. Elle manque franchement de confiance en elle jusqu'à ce qu'elle prenne un coup sur la tête et change du tout au tout. Elle perd connaissance et se réveille en se trouvant top bonne. Elle constate qu'elle vaut beaucoup mieux et vise plus haut. Spoiler : ça marche.

Il est extrêmement agréable de voir que les réalisateur•ice•s ont (enfin !) fait le choix de ne pas rendre leur protagoniste moche sous prétexte qu'elle n'a pas confiance en elle. On n'a pas besoin de porter des guenilles et d'avoir les cheveux plats pour ne pas s'aimer, on peut aussi faire gaffe à notre allure. C'est le cas de Renee qui a un syle affirmé du début à la fin sans jamais en changer. Peut-être qu'elle ose davantage les décolletés mais on reste dans le domaine du plausible. Elle ne change donc pas physiquement, c'est son état d'esprit qui vrille à 180°C. A aucun moment les personnages emploient des termes grossophobes ou sexistes, on repère vite les imbéciles dont c'est écrit dans le regard et qui passent de toute façon pour les "méchant•e•s" du film, ces dernier•e•s sont d'ailleurs caricaturé•e•s. Les employé•e•s de Lily LeClaire manquent de réalité mais c'est justement pour appuyer les défauts de notre société.


Alors forcément, tout ça remet les choses en perspective. Arrive-t-on à abattre autant de murs en ayant juste confiance en soi ? La Renee avec commotion ne manque pas de culot mais elle s'en fout, si ça fonctionne tant mieux et sinon tant pis, c'est aussi simple que ça. Quand on ne s'aime pas on élève des barrières invisibles, on a l'impression d'être un poids pour la société et que tout le monde nous en veut pour notre simple existence, c'est un véritable drame. I Feel Pretty bouleverse des codes pré-établis : et pourquoi on ne pourrait pas bosser pour Lily LeClaire si on n'a pas le physique mannequin type, d'abord ? Qui représente les vraies femmes ? Bah oui, tout le monde en fait. Chaque corps est un standard, on ne doit pas laisser les podiums, les magazines et les abruti•e•s nous dicter le contraire. Je n'ai évidemment pas la solution au problème majeur de la confiance en soi mais ma quête ultime est bien celle-là, apprendre à me tolérer et, peut-être un jour, embrasser mon reflet dans le miroir.

Hannah Gadsby, Nanette : à voir absolument.

Il y a parfois des trucs dont tout le monde parle et ça peut paraître lourdingue pour bien des gens (exemples : le foot, PNL, la mogette quand tu vis en Vendée, liste non exhaustive) mais il y a d'autres trucs qui sont élémentaires. Là, comme ça, l'idée qui me vient au débotté (en fait non, tout ceci est calculé), c'est Nanette de Hannah Gadsby. De qui et de quoi parle-t-on ? Je vous explique.

Hannah Gadsby est une comédienne australienne (de Tasmanie précisément) de 40 ans qui a quand même bien roulé sa bosse dans le stand up. A part peut-être des inconditionnel•le•s du genre, je ne sais pas si on la connaît beaucoup en France. Enfin si, depuis que son spectacle Nanette est disponible sur Netflix. Si j'en crois ma timeline Twitter, presque tout le monde l'a regardé alors si vous ne l'avez pas encore fait, franchement faites-le. Je sais que ça ressemble à une énième injonction mais je crois sincèrement que Nanette est d'utilité publique car c'est éducatif.

En une heure, Hannah Gadsby évoque tellement de choses, son homosexualité, son coming out, l'homophobie qu'elle a vécue, les hommes et leurs plus gros problèmes, Van Gogh et Picasso, son autodérision. Elle fait tout ça avec humour, un humour fin, subtil, délicat. Elle parle de sa situation personnelle, de ses ressentis et son vécu, elle ne donne pas de leçon à qui que ce soit, enfin sauf aux hommes blancs cis hétéros qui ont bien besoin de se faire secouer le prunier (le premier qui vient chouiner not all men en commentaire, je lui fracasse la tête, j'espère que c'est bien clair). Elle est vraiment touchante, je suis passée par toutes les émotions. Elle ne pouvait pas être plus juste sur les problématiques qu'elle aborde, tout semble d'une fabuleuse évidence et pourtant, il existe encore tant d'atrophié•e•s du bulbe. J'ai été interpellée par absolument tout mais davantage encore par ce qu'elle dit sur la colère : "J'ai du mal à maîtriser ma colère. [...] Je dois faire de l'autodérision. [...] Personne n'oserait me mettre à l'épreuve parce qu'il n'y a rien de plus fort qu'une femme brisée qui s'est reconstruite. [...] Je suis en colère et je pense en avoir le droit ! Mais je n'ai pas le droit de répandre cette colère. Parce que la colère, tout comme le rire, a le pouvoir de lier une salle pleine d'inconnus. Mais la colère, même dans un cadre humoristique, n'apaise pas les tensions. La colère est une tension. Une tension toxique, infectieuse. Et elle n'a aucun autre but que de propager une haine aveugle et je refuse d'y contribuer. Ma liberté d'expression est une responsabilité et le fait que je puisse parler en tant que victime ne rend pas ma colère constructive. Elle ne l'est jamais. Le rire n'est pas un remède. Les histoires le sont. Le rire n'est que le miel qui adoucit l'amertume. Je ne veux pas vous unir avec le rire ni avec la colère. Je veux que mon histoire soit entendue, ressentie et comprise par des individus qui pensent par eux-mêmes."

Nanette, ce n'est donc pas si drôle. Comme je vous l'ai dit, Hannah Gadsby pratique l'humour avec finesse mais elle explique surtout très bien le procédé de tension et de punchline utilisé par l'humoriste. Et puis elle dit aussi qu'elle doit cesser la comédie, c'est une façon de nous dire aussi que l'humour n'en est pas forcément. L'humour n'est pas universel. N'oublions jamais que le rire doit se diriger vers les puissants, si on se moque des opprimé•e•s, des minorités, ce n'est jamais de l'humour mais de l'humiliation. Oh ici j'ai bien ri aux moments opportuns, mais c'est parce que Hannah Gadsby sait s'y prendre. Nanette n'est même pas cynique, même pas sarcastique, Nanette est terrible. Mais qu'est-ce que c'est bien ! C'est pour ça que tout le monde devrait regarder ce one woman show et que vous devriez le montrer à toutes les personnes que vous connaissez, surtout les plus retorses.


Charlotte Cardin @ festival R. Pop, La Roche-sur-Yon.

Traditionnelle photo de David Fugère dont j'aime toujours le travail. D'autres photos ici.

Il paraît qu'elle est une étoile montante, qu'il faut la surveiller car elle ira loin (enfin elle ne nous a pas attendu), c'est Charlotte Cardin (rime riche). Cette québécoise de 23 ans est apparemment déjà très connue chez elle parce qu'elle a participé au télé-crochet La Voix alors qu'elle était encore adolescente, ça lui a ensuite permis d'enregistrer un duo avec Garou en 2014. Alors je vous rassure, aujourd'hui sa musique n'a plus rien à voir. Non parce que Garou ce n'est pas mon délire mais bon, chacun ses goûts.
Les concerts du festival R. Pop sont toujours gratuits donc on peut se permettre de faire davantage de découvertes, notre sélection personnelle est moins restreinte. Je suis allée voir Charlotte Cardin sans connaître autre chose que Main Girl et je ne m'attendais à rien de particulier mais j'ai quand même été un poil déçue. Certainement pas déçue par son talent indéniable et sa très jolie voix, je me suis trouvée simplement hermétique à sa musique. Je n'ai pas été touchée de quelque façon que ce soit, mais au vu du monde présent au concert, je comprends que les gens le soient. C'est pour ça aussi que je me permets un billet sur elle. Rapide, vous le remarquerez, parce que du coup j'ai moins de choses à dire que quand j'adore quelqu'un.

Je déteste comparer des artistes entre eux et ça va peut-être vous paraître curieux mais j'ai retrouvé des intonations de voix de Rufus Wainwright dans celle de Charlotte Cardin. C'est un type que j'ai beaucoup écouté dans ma jeunesse (je suis toujours jeune mais moins que Charlotte Cardin) et j'ai directement pensé à lui en l'écoutant elle. Au-delà de ça je ne suis pas une grande fan des voix particulières, celle de Charlotte Cardin aurait tendance à me fatiguer assez vite. De plus, sa musique étant assez tranquille, je crois qu'elle aurait davantage sa place sur ma platine vinyle, quoique à petite dose, qu'en concert en plein air selon mon confort personnel.

Il n'y a pas encore d'album mais il y a deux EP, Big Boy sorti en 2016 et Main Girl en 2017.




(Je viens seulement de me rendre compte que le lien vers ma page Facebook dans le menu de gauche était mort, je ne sais pas si vous aviez déjà essayé de cliquer mais sachez que c'est désormais réparé et que vous pouvez devenir mon ami.e si vous le souhaitez).

Du côté d'Instagram #3

Je viens de vérifier, je n'ai pas fait de petite revue Instagram de toute l'année 2017, la dernière remonte à novembre 2016. Je lis beaucoup de critiques envers ce réseau, notamment à cause de toute cette histoire d'algorithme, mais personnellement je m'en fous pas mal, ça n'a pas changé ma vie (peut-être parce que je n'ai que 350 abonné.e.s... Ouais, et bah tu vas faire quoi ?). J'aime bien les nouveautés régulières, genre depuis cette semaine on peut se poser des questions carrément pas anonymement à l'instar de cette saloperie de Curious Cat, et ça fait bien râler sous prétexte que les gens s'en tamponnent... Bah OK les gars, continuez de vous en foutre, c'est bien, qu'est-ce que vous voulez qu'on vous dise ? Moi j'aime bien que tout soit centralisé sur Instagram, ça m'a permis de désinstaller Snapchat par exemple. Et puis j'adore stalker les control freaks qui appliquent le même filtre et les mêmes réglages sur chaque photo, c'est fascinant. Allez, on suit qui ?



"Streetstyle historique" comme l'indique la bio de ce compte, écoutez je crois qu'on ne peut pas être plus clair. Quelques exemples pour la forme :






Les Femmes pellicules est le projet Instagram de Mathilde, la créatrice de la newsletter Women Who Do Stuff. Il s'agit tout simplement de mettre en avant le travail de femmes photographes d'hier et d'aujourd'hui.

Photo 1 : Sally Mann (1988) - Photo 2 : Susan Meiselas (1976) - Photo 3 : Carrie Mae Weems (1990)



Charly est une artiste tatoueuse qui sévit chez Les Vilains Bonhommes à Nantes et, bon sang, je trouve son travail fantastique. J'aimerais vraiment beaucoup me faire tatouer par elle un de ces quatre.




Cette jeune femme exquise s'appelle Jerina Kivistö, elle est illustratrice et finlandaise. J'aime son art, j'aime ses photos sympathiques et j'aime aussi ses stories (elle parle anglais), je la trouve hyper choucarde.




Voici une autre artiste scandinave mais d'un tout autre genre, il s'agit de la suédoise Christine Linde qui nous propose des œuvres bien darkos comme je les aime entre autres selfies et scènes de vie quotidienne.

HollySiz @ festival R. Pop, La Roche-sur-Yon.

Je me souviens, il n'y a pas si longtemps (en 2013 si j'en crois les sources du puissant Internet) débarquait HollySiz en débardeur, derbies et lèvres rouges dans le clip de Come Back To Me et si j'étais acculée par mes à priori que j'estime aujourd'hui ridicules, j'avais malgré tout été fort enchantée par son déhanchement naturel. J'ai un passif avec la danse, je déteste danser, je suis toujours raide comme une brique lors d'un concert, aussi mouvementé soit-il, mais je sais apprécier la joie dans le corps d'une personne qui ne peut s'empêcher de se mouvoir avec frénésie.
Évidemment, à l'époque (et encore aujourd'hui ?) on s'est dépêché de la présenter comme Cécile Cassel, alias la sœur et la fille de, la petite dernière, comme si nous, le public, étions incapables d'apprécier le talent de cette chanteuse à la hauteur de ce qu'elle est à même de nous proposer. Mais quitte à vivre dans une société patriarcale, autant que cela soit profitable (on appelle ça la réappropriation).
Toujours est-il qu'en 2013, à part avoir eu Come Back To Me qui me trottait dans le crâne parfois plusieurs heures durant, je ne suis pas allée plus loin dans mon écoute. Et puis il y a environ deux semaines, HollySiz est venue en concert gratuit à 800 mètres de chez moi dans le cadre du festival R. Pop. Ça aurait été trop bête de passer à côté, d'autant plus qu'on a pu l'interviewer pour Le Réseau Urbain de Graffiti avant le concert (interview que vous pouvez écouter ici, à partir d'1"40). Enfin quand je dis on, moi je suis arrivée en retard et je n'ai pas posé de question car je buvais ses paroles. Le fait est que je me suis encore retrouvée telle une petite fille devant une très belle dame, à la différence près que je sais désormais fermer la bouche afin de ne plus gober les mouches. Oui mais elle est si belle et si intéressante, aussi ! Elle m'a fait la bise, vous vous rendez compte ?!

Photo de David Fugère. Ses autres photos d'HollySiz ici.

Le temps de retrouver mes esprits et d'avaler un morceau avec mes acolytes, il était temps de la voir jouer. Et là, fichtre, elle a débarqué sur scène avec un slim rouge à paillettes. Plus tard, elle a retiré son sweat blanc et se trouvait en-dessous un t-shirt tout aussi rouge et pailleté, c'était fantastique ! Au-delà de ça je cherche à vous décrire l'énergie qui s'est dégagée de son show tout entier mais j'ai du mal : c'était mouvementé as fuck, cette personne ne fait que danser et sauter partout, elle n'est jamais essoufflée. Ça clignote de tous les côtés, ça bat le rythme comme s'il n'y avait pas de lendemain et ça exorcise tout ce que vous voulez, j'ai pris une grosse claque dans ma gueule. En plus elle est très drôle, ce qui ne gâche rien (un exemple ici aux Vieilles Charrues en 2014). Perso, je suis tombée amoureuse, comme ça c'est dit.

A ce jour deux albums sont sortis, My Name Is en 2013 et Rather Than Talking en début d'année, ma préférence va vers ce dernier, co-écrit avec Yodelice (Maxim Nucci et Xavier Caux), que je trouve plus percutant (je ne suis pas à l'abri de changer d'avis et de me réveiller un matin en préférant finalement le premier album, ça m'est déjà arrivé un million de fois).


A vif.

J'ai envie d'écrire ce billet depuis un certain temps mais je voulais attendre le bon moment, comme s'il y avait un temps plus opportun pour dire les choses mais ce doit être encore une de mes croyances à la con. Et encore, en m'apprêtant à cliquer sur publier je suis loin d'être sereine, même si ce qu'il m'arrive n'est pas un secret de polichinelle. Rien n'y personne ne m'oblige à le faire, c'est peut-être un besoin que je me crée. Peut-être aussi (enfin surtout) que je devrais arrêter d'avoir honte et de me planquer. Je ne sais pas si ça peut servir à quelque chose, si ce n'est à m'aider à formuler ce que je suis incapable de verbaliser correctement et peu importe qui me lit ou ne me lit pas (ce n'est pas comme si j'étais une influenceuse aux milliers de vues), je me dis simplement que ce qui va suivre peut expliquer des choses. Pensez que c'est du voyeurisme ou un manque de pudeur, ça m'est complètement égal car je suis arrivée à un stade où des choses bien plus importantes me préoccupent que l'avis négatif des gens.

Mon cerveau est une prison et je suis enfermée dedans. Je suis l'heureuse (lol) détentrice d'une maladie qui s'appelle dépression. J'ai été diagnostiquée peu avant mon 18e anniversaire et un peu par-dessus la jambe, c'était il y a 14 ans et jusqu'à cette année, je n'ai rien fait pour aller mieux. On se dit que c'est passager, que des fois ça ne va pas trop mais que d'autres fois ça ne va pas si mal, après tout il y a plus malheureux sur cette planète de furieux, et puis de toute façon j'ai tout pour être heureuse alors de quoi je me plains. Je ne me sais malade que depuis que j'ai commencé une psychothérapie avec un psychiatre (à raison d'une séance par semaine depuis fin janvier) parce que c'est la première fois de ma vie que je suis confrontée à quelqu'un de sérieux par rapport à ça. Je peux vous dire que ça change un peu la vie de prendre conscience que "faire un petit effort" ne vous sort pas de vos névroses pourries, même si j'ai encore des convictions nulles sur ce sujet : j'ai l'impression de ne pas essayer d'aller mieux alors que c'est complètement con puisque je vais voir un psy, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.

Déjà, il faut commencer par faire la distinction entre la dépression et la déprime (j'en ai déjà parlé) parce que ça n'a rien à voir. Chaque personne est différente mais globalement, quand on est dépressif.ve, on tourne au ralenti. On n'a plus le goût de rien, on se sent comme la dernière des merdes et on a envie de crever un jour sur deux (parfois c'est tous les jours, comme je vous le dis ça dépend des gens). D'ailleurs, parfois on y arrive. La déprime, c'est passager, c'est un coup de mou. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas y faire attention, bien au contraire, mais on finit par reprendre le dessus. La dépression empêche de faire ça, elle nous maintient dans un état de dépréciation constant. Rien n'est bien, rien n'est beau, rien n'est possible, tout est inutile et sans intérêt. Personnellement, ça me fout la rage. Mais une rage intérieure, c'est-à-dire que j'ai une voix en moi qui hurle en permanence et qui est ultra vénère alors que mon enveloppe corporelle est un gros caca mollasson qui fusionne avec le canapé. Alors oui, je suis allée bosser tous les jours ("Pourtant tu n'es pas amorphe !" m'a dit ma cheffe.) et même que des fois je sors boire des coups, voir des concerts, mais c'est parce que je traverse des phases. J'alterne entre une phase pendant laquelle j'ignore mon mal être, je suis blasée de tout mais ça ne m'empêche pas de sociabiliser (il ne faut cependant pas trop m'en demander non plus, je reste une personne introvertie), et une phase pendant laquelle je dois absolument faire le vide, ne voir personne et me concentrer sur le fait de ne pas m'ouvrir les veines. Je ne parle de ma dépression que par écrit parce qu'il est hors de question d'aborder les choses avec mes ami.e.s (je ne parle pas de ma famille, très réduite par ailleurs, car ce n'est absolument pas envisageable pour un milliard de raisons), déjà ça pète l'ambiance et ensuite on ne connaît jamais à l'avance les réactions des gens. Je me considère suffisamment comme un boulet sans avoir besoin d'en rajouter.
En octobre dernier j'ai vécu un mini traumatisme : je suis allée voir une médecin différente de mon médecin traitant parce que j'avais vraiment très envie de me foutre en l'air et ça m'a fait assez baliser pour réagir. Le simple fait de dire que je n'allais pas fort m'a fait me sentir ridicule (alors qu'il n'y a pas de raison mais mon cerveau est un petit merdeux) et la doc a immédiatement positionné ses sourcils en accent circonflexe juste avant de me prescrire anti-dépresseurs et somnifères. Je n'ai jamais voulu prendre de médicaments, je suis effrayée par les effets secondaires et je n'ai pas envie de procéder à un temps d'ajustement ("Ah bah oui mais tu cherches aussi."). En sortant abasourdie de son cabinet, je me suis machinalement dirigée vers la pharmacie. La préparatrice a lu mon ordonnance, s'est subitement mise à chuchoter puis m'a également fait le coup des sourcils. Je suis sortie bien plus énervée que triste par le comportement de ces deux femmes, à croire que j'avais une maladie honteuse. Et c'est justement un problème récurrent, je généralise mais quand les gens vous savent dépressif.ve, ils ne peuvent pas s'empêcher de vous regarder de la même façon que les deux femmes sus-citées, ou bien de vous prodiguer des conseils à la con ("Sors prendre le soleil, ça va aller mieux !") ou encore d'être méchants sur votre condition dès que vous avez le dos tourné, cette façon qu'on a de vous prendre pour un.e glandeur.se qui ne fait aucun effort. Si vous voulez mon avis de principale concernée, le comportement à adopter face à un.e dépressif.ve est le suivant : restez vous-mêmes et si on ne vous demande rien, ne dites rien, c'est mieux. De toute façon, la dépression, vous ne pouvez pas savoir ce que c'est tant que vous ne l'avez pas vécue vous-mêmes.

Mon petit truc à moi, c'est que je me sens coupable. Coupable de marcher dans la rue, coupable d'entrer dans un magasin ou un café, coupable d'avoir des ami.e.s et des activités, coupable de respirer. Je ressens un malaise permanent et j'ai le sentiment d'avoir ma place nulle part, j'ai un syndrome de l'imposteur sur ma propre existence. J'ai été malmenée par plein de gens au cours de ma vie, c'est la faute à pas de chance et ça a nourri petit à petit mon mal-être. Mon principal souhait ? M'annuler. Je rêve d'un hard reboot. J'ai développé tout un tas de névroses : les crises d'angoisse, une période d'agoraphobie et un trouble du comportement alimentaire, toutes disparues comme elles sont arrivées, du jour au lendemain. J'ai la constante sensation d'une enclume au fond de la mer qui serait reliée à ma cheville, et je synchronise mon souffle en fonction de la marée. J'ai peur de me noyer.

J'ai longtemps vécu sur mes batteries de secours mais dorénavant je n'ai plus de jus. Zéro énergie. Je ne tends plus la main, j'évite les gens dans ma condition parce que je ne les supporte plus. J'ai besoin de repos alors oui, j'ai frappé à la porte d'un psychiatre. C'est la chose la plus difficile que j'ai faite de toute ma vie et c'est une souffrance monumentale ("Vous avez des raisons d'aller mal." m'a-t-il dit avec décontraction). Je voulais le faire depuis des années mais décrocher le téléphone pour ça est d'une difficulté sans nom. En plus, il fallait tomber sur quelqu'un de bien... mais de ce côté-là j'ai eu de la chance (si vous avez des questions sur comment faire, n'hésitez pas à me demander, je vous dirai comment j'ai procédé). Mon psy est la seule et unique personne au monde à connaître l'intégralité de mes pensées et de ma vie toute entière, je suis très étonnée de la "facilité" avec laquelle je lui dis les choses, jamais je ne pourrais faire ça avec quelqu'un d'autre. Et donc lui et moi nous voyons une fois par semaine et ce n'est pas de trop. Parfois il me soulage grâce à son recul et ses explications de mes rêves, parfois je sors de son cabinet en rogne, d'autres fois encore complètement anéantie, mais j'apprécie grandement son flegme et son absence totale de pitié, il me parle normalement. Le plus compliqué dans cette psychothérapie est d'accepter d'où viennent tous mes problèmes. J'avais déjà une petite idée mais c'était la partie émergée de l'iceberg, je n'aurais jamais imaginé le quart de ce que mon psy m'apprend sur moi-même. C'est vraiment super dur.

Je ne sais pas si je suis à mi-parcours ou moins, ou plus, tout ce que je peux dire c'est que ça fait 6 mois et que je souffre. Je suis incapable de préférer savoir tout ce que je sais désormais ou bien si j'étais mieux avant. Je ne sais pas si je vais guérir un jour ou si je dois apprendre à vivre avec. Je suis toujours envahie par les idées noires et je n'arrive pas à m'en dépêtrer. Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, merci Socrate.

C'est une photo que j'ai prise il y a deux ans et que j'aime bien, parce que j'aime bien photographier la mer.

Qu'est-ce qu'on écoute ? #1

Je n'ai pas parlé musique depuis un certain temps, pourtant j'ai bien des choses à dire sur bien du monde. Je vais vous faire une petite playlist digeste, histoire de reprendre sur des bonnes bases.


Unamerican, Dead Sara

Si vous ne me connaissez que via ce blog, vous ne le savez peut-être pas mais Dead Sara est l'un de mes groupes préférés au monde. Après deux albums (Dead Sara en 2012 et Pleasure To Meet You, formidable album, en 2015) et deux EP (The Airport Sessions en 2008, remasterisé en 2016, et The Covers en 2017), un nouvel EP vient d'arriver, Temporary Things Taking Up Space. Unamerican en est extrait, mais aussi Heaven's Got A Back Door que j'écoute en boucle. Emily Armstrong est clairement mon héroïne !



Out The Window, Confidence Man

Je n'aurais jamais cru un jour aimer ce genre de groupe, c'est pop à m'en faire devenir épileptique, mais il me fascine. Il nous vient de Brisbane en Australie et ils ont mis le feu aux Trans Musicales de Rennes l'année dernière. C'est musicalement très intéressant et j'aime bien leurs influences années 1990, ça me rend nostalgique. Leur premier album, Confidence Music For Confident People (ce titre est parfait) est sorti en avril.



Strange Things, Marlon Williams

Marlon Williams est un néo-zélandais de 27 ans qui vient d'une autre époque. Je l'ai entendu pour la première fois dans Wild Wild Country, une série documentaire sur Netflix à propos d'une secte hindouiste installée aux États-Unis dans les années 1980. Il a sorti un premier album, Hello Miss Lonesome, plutôt axé country (au vu du titre : non mais sans blague), dont Strange Things est extrait, mais son second, Make Way For Love, est un peu différent. Bon, de toute façon, quoi qu'il fasse c'est forcément bien, ce garçon est une pépite, un peu dans la veine de Bror Gunnar Jansson et William Z. Villain, voyez.


I Have Been To The Mountain, Kevin Morby

A l'instar de Marlon Williams, j'ai entendu ce gars-là dans Wild Wild Country (la playlist de ce documentaire est fantastique). Ce titre se trouve sur l'album Singing Saw paru en 2016. Je me le suis très vite procuré en vinyle. Toutefois, il y a eu Harlem River en 2013 et Still Life en 2014, et puis City Music en 2017. Kevin Morby n'a que 30 ans et il sort des albums à la vitesse de l'éclair, mais vas-y, nous t'en prions.


Indifference, Girls In Hawaii

Finalement, dans cette playlist, on a des filles pop et énervées et des mecs plutôt mélancoliques, c'est rigolo comme ça définit parfaitement mes choix musicaux. Girls In Hawaii, c'est comme Dead Sara, je ne peux pas vivre sans eux. Je retourne d'ailleurs les voir en concert pour la troisième fois à la fin du mois parce que c'est ça qu'on veut. Nocturne, leur quatrième album, est sorti l'année dernière et il est magique. Everest (2013) reste l'un de mes albums préférés au monde, au point qu'il a fortement inspiré l'un de mes tatouages, on en est là. Un amour infini pour ces garçons et merci à la Belgique d'héberger d'aussi grands talents.

L'Éducation nationale m'a tuée.

Avez-vous déjà essayé d'écrire un quelconque texte avec une lettre manquante sur votre clavier d'ordinateur ? Je vous devance et je suis d'accord avec vous : tout dépend de la lettre. Moi, c'est la lettre T. Ça pourrait être pire, mon clavier aurait pu se transformer en clavier lipogrammique en E, mais je me sers quand même beaucoup du T car je connais mes conjugaisons (entre autres). Alors voilà, je vais devoir investir dans un clavier indépendant puisque voir photo et je n'ose pas y aller à la super glu.


Je suis (de nouveau) au chômage. Enfin ! Non pas que la situation me ravisse, loin de là, mais j'étais assez pressée de terminer mon CDD. Je ne vais pas y aller avec le dos de la cuillère, en 32 ans sur cette planète, ma vie n'a jamais été aussi compliqué qu'en 2018 (et même depuis l'automne 2017). J'imagine que ça m'apprendra à cumuler les expériences, à savoir un travail qui me rend maboule et une psychothérapie super vnr. Quelle idée, franchement.
Quand j'ai fini mon contrat d'assistante d'éducation dans le meilleur lycée du monde, je suis partie avec tellement de tristesse que je n'avais pas l'intention de reprendre le même boulot dans un autre établissement. Je savais pertinemment qu'il ne s'agirait jamais des mêmes ambiances et façons de travailler. J'ai donc repoussé mes obligations jusqu'au dernier moment et j'ai atteint la fin de mes droits de chômage, deux années complètes que j'ai dédiées au bénévolat à la radio et à ma remise en question souvent violente. Je n'ai passé qu'un mois sans revenus, grâce au bouche à oreille j'ai trouvé un remplacement de surveillante éducatrice dans un collège privé. Ça ne m'a pas enchantée mais il faut bien bouffer et j'avais l'expérience nécessaire. Sauf que si j'avais su à l'avance comment ça allait se passer, je me serais barrée en courant sans même me retourner.

Je doute avoir encore le recul nécessaire, mon contrat s'est terminé la semaine dernière, mais j'ai quand même eu l'occasion de faire un bilan complet des huit derniers mois. Bien des choses m'ont gavée, tant et si bien que j'ai du mal à trouver quelque chose de positif, si ce n'est qu'on ne m'y reprendra plus. Il serait malvenu de ma part de blâmer chaque élément, c'est l'association d'un tout qui m'a pourri la vie. Je ne pense pas exagérer, je crois m'être retrouvée au bord (très, très près) du burn out. Je n'ai jamais été mise en arrêt (et n'ai jamais demandé à le faire) à cause de ma dépression, et si je peux éviter de tenir au courant mes supérieur.e.s et collègues ça m'arrange, je ne tiens pas à ce que les regards sur moi soient biaisés. A ce sujet je n'invente rien, je l'ai déjà expérimenté et c'est extrêmement désagréable. Je développerai dans un prochain billet. J'ai donc tenu pendant huit mois en cumulant quelques emmerdes, mon boulet permanent à la cheville d'une part, et aussi le retour des maladies : longues bronchites, rhino-pharyngites et grippe une fois par mois, impossible d'y couper quand on arrive dans l'éducation (ou qu'on y revient après une longue période), la gelée royale est impuissante. J'ai également accumulé une fatigue extraordinaire alors oui, les faiblesses mentale et physique était totales même si ça me gave de l'admettre.
Des bases très compliquées pour faire face à un public de collégien.ne.s, des enfants de 9 à 16 ans avec des profils de tous horizons : les "classiques", les SEGPA, les précoces, les dyslexiques, les handicapé.e.s et un petit peu de mixité sociale, j'ai tout vu. Cependant, peu importe à quelle catégorie ces gosses appartiennent, ils ont des points communs : ils crient, s'agitent et s'insultent. Ils ont absorbé le peu d'énergie et de patience que j'avais.

Je suis arrivée dans ce collège à la rentrée des vacances de la Toussaint. J'ai débarqué chez ces mômes, dans leur antre, j'étais une étrangère parmi une équipe pédagogique installée depuis plusieurs dizaines d'années pour la majorité. J'allais être testée, c'est la base. Je n'étais cependant pas un lapin de six semaines : ni trop jeune, ni débutante et avec mes certitudes (même-si-le-collège-c'est-différent-du-lycée-tu-vas-voir). A la fin de mon tout premier jour, je suis rentrée chez moi en pleurant. J'ai tout de suite compris que j'allais en chier sévèrement, je débitais tellement de larmes que je n'arrivais pas à m'arrêter. Je ne voulais plus y retourner, je souhaitais tout annuler.
J'ai dû réussir à faire dire à mon cerveau que huit petits mois n'étaient pas la mer à boire (en fait si mais bon) puisque j'ai franchi la ligne d'arrivée. Sur les rotules et avec la langue qui pendait depuis le mois de décembre, mais j'ai tenu. En fait il m'a surtout suffit d'une petite phrase prononcée de manière totalement décontractée par mon psy il y a un peu plus de deux mois alors que j'étais à bout, il m'a simplement dit que j'étais capable de tenir jusqu'à la fin. Je ne sais pas si je dois ressentir de la fierté ou non (bof) mais une chose est sûre, je ne veux plus jamais ressentir ça.

C'est un fait indéniable, j'ai été incapable de m'adapter aux collégien.ne.s. Une année scolaire même pas complète ne suffit certainement pas à s'y faire, si j'avais dû rester travailler là-bas ça m'aurait pris des années (je n'ai pas la foi, ni le courage, ni la patience). A moins que ça ne soit une vocation, il faut tout changer : adapter son vocabulaire ("Madame, ça veut dire quoi ce mot ?"), ne pas tourner autour du pot, aller droit au but, établir une discipline intraitable, punir et ne pas se contenter de menacer. C'est de cette façon qu'on commence et il ne faut surtout pas lâcher trop de lest parce que les collégien.ne.s sont des animaux sauvages et féroces, quand ils sentent l'odeur du sang c'est terminé. Figurez-vous que je me suis retrouvée en conflit avec une élève de cinquième à la fin de l'année, je me demande d'ailleurs comment on peut loger tant d'insolence dans un si petit corps. Lorsqu'une de mes collègues lui a demandé pourquoi elle avait ce comportement avec moi, elle lui a carrément répondu qu'elle se savait supérieure à moi et que j'étais faible. Elle a employé ces mots exacts. A 12 ans.

Moi qui prône plutôt l'éducation positive, je me suis retrouvée dans la position d'un vigile ou d'une gardienne de prison, à finir par hurler sur des gamins qui n'ont rien demandé. S'il existe des enfants mal élevé.e.s, il ne s'agit pourtant que d'un tout petit pourcentage dans un seul établissement mais ce sont des enfants chronophages. J'ai détesté chaque minute où je me retrouvais seule à surveiller une salle remplie de 50 à 80 mômes qui avaient envie de tout sauf d'être en étude (on les comprend, d'autant plus quand ils s'y retrouvent plusieurs fois dans une même journée). Je voulais être dans l'accompagnement et le relationnel, comme au lycée, je n'ai que très peu pu les aider à faire leurs devoirs parce que c'était la discipline qui primait. Impossible d'accorder du temps. J'ai été déboussolée quand j'ai compris que les élèves se fichaient totalement de leurs camarades, leur demander de faire le silence par respect pour les copain.ine.s qui veulent bosser n'a strictement aucun impact. Aujourd'hui je me pose la question : étaient-ils égoïstes ou bien est-ce parce que c'est moi qui ordonnais ?

La guerre, ça n'a été quasiment que ça entre les élèves et moi. J'étais d'ailleurs foutue dès ma première semaine de boulot, je me suis faite détester et ça m'a minée. Je ne faisais pas ce job pour qu'on m'adore mais je ne voulais pas pour autant qu'on me haïsse. Je voulais apporter quelque chose, semer des graines, à la place j'ai donné des coups d'épée dans l'eau pendant huit mois.

Le collège dans son ensemble est-il la bouche de l'enfer ? Clairement, oui. Je ne connais pas une seule personne qui a adoré ces années scolaires. Je me suis moi-même souvent fait la réflexion : mon propre passage au collège s'est très bien passé, comment est-ce possible ? C'est très simple, j'ai subi le harcèlement scolaire à l'école primaire. Alors à partir de la sixième, je me suis toujours greffée aux groupes des plus populaires. Pendant quatre ans, mes différent.e.s ami.e.s m'ont servi de paravent et m'ont protégée sans s'en rendre compte (quelques séances de psy pour analyser ça, je ne vous le cache pas). Dans la cour de récré du collège, la violence est perpétuelle. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu des insultes à base de sale victime, sale chômeur, gros pédé, salope, pute et tutti quanti. Les gamin.e.s qui restent toujours seul.e.s parce qu'il.elle.s sont rejeté.e.s par des groupes pour des raisons fallacieuses. C'est abominable d'observer tout ça avec ses yeux d'adulte et de se rendre compte qu'on n'arrive pas à changer la donne malgré tous les efforts qu'on fait. Je n'ai pas de solution à proposer si ce n'est l'éducation, encore faut-il que tout le monde s'y mette.

Bilan des courses, je suis usée jusqu'à la corde. J'ai développé une intolérance maximale au bruit et j'ai commencé à prendre des somnifères pour dormir. Je ne veux plus jamais travailler dans un collège de toute ma vie, ce n'est bon ni pour moi, ni pour les élèves. Nous ne nous comprenons pas. Je n'ai pas la fibre et j'ai une admiration incroyable pour celles et ceux qui l'ont.