dimanche 30 décembre 2018

Pour 2019, on va arrêter de jouer les équilibristes

La tradition de fin d'année veut qu'on en fasse un bilan subjectif, ça fleurit partout et je dois dire que ça m'intéresse assez peu, à moins que je ne vous connaisse personnellement. J'ai pris l'habitude de ne plus regarder mon année dans le rétroviseur parce que je ne peux pas m'empêcher de ne retenir que le négatif, c'est mon petit côté pessimiste. Pour cette année qui vient de s'écouler, je crois que je suis censée trouver positif le fait que je me sois enfin prise en main mais je manque de recul. J'ai une psychothérapie de presque un an dans la vue et elle me fait autant de bien qu'elle me décalque. Je vois entre elle et moi une relation d'amour-haine, je ne sais pas si c'est normal. Je mets un point d'honneur à ne manquer aucun rendez-vous hebdomadaire, c'est ma priorité absolue, et pourtant je suis souvent sortie de là avec une humeur de chien oscillant entre la haine pure et simple de mon psychiatre et mon soulagement profond quant à nos conversations (alors dans ces cas-là, je le trouve super génial).

J'ai beau avoir la dépression tenace depuis de nombreuses années, des idées aussi négatives (souvent) que morbides (parfois) tout en ayant l'impression d'être la personne la plus blasée de cette planète, je commence peut-être à croire ce qu'on essaie de me dire depuis si longtemps : que je suis fortiche. Je prends sans doute conscience que j'ai la peau dure et que mon caractère de merde m'aide beaucoup, il faut dire que je ne supporte pas qu'on me prenne pour une imbécile et que, si ma colère notoire tend à se résoudre, j'ai une sainte horreur de l'injustice. Je veux bien faire preuve d'un tant soit peu de résilience mais je suis prête à accepter de ne jamais guérir si je peux apprendre à vivre avec la dépression. Nous sommes d'accord pour dire que c'est quelque chose qui vous change à jamais, ça ne sert à rien de se faire des illusions. De toute façon, je suis à priori née avec et si on prend en considération mon bagage génétique, j'ai l'impression d'être  la gardienne d'une tradition familiale (à la con) dont je suis la seule à saisir les tenants et aboutissants.

Et puis j'ai voulu ignorer une partie de ma personnalité qui avait l'air évidente pour d'autres. Tellement évidente que j'ai le sentiment que ces autres ont vécu avec sans s'en émouvoir et que j'ai la sensation de la découvrir à 32 ans. C'est une partie de moi-même qui aurait fait sa première apparition lorsque j'étais enfant et qui s'est transformée en spectre discret, jusqu'à ce qu'elle pointe le bout de son nez à des instants donnés. Ma passion pour la compréhension des choses m'a poussée à lire tout un tas de trucs pour mieux comprendre le monde et celles et ceux avec qui j'interagis. J'ai aussi eu droit à des réflexions, les premières sont entrées par une oreille en sortant par l'autre, certaines fois j'ai souri, et puis quand celles-ci ont fini par se mêler à mes lectures, ma lutte pour me connaître et ma prise de conscience, j'ai commencé à me poser des sérieuses questions. Ça n'a pas changé ma vie mais ça explique des choses ou d'autres. Rien de fou non plus. Je m'en accommode et tente de faire attention à ma manière d'échanger avec les autres : je me suis beaucoup justifiée quand on m'a si souvent reproché de prendre les autres pour des abruti·es alors que je dois être honnête, je l'ai fait. Ce n'est pas une fierté et c'est bien sûr un sentiment biaisé. Évidemment, je l'ai fait sans le vouloir parce que j'ai un égo sous le niveau de la mer, je ne suis supérieure à personne. Je ressentais le besoin qu'on fonctionne comme moi, peut-être par paresse intellectuelle et manque de patience, peut-être est-ce un mécanisme de défense, allez savoir.

Alors pour 2019, je ne sais pas, apprendre à m'écouter et à me faire confiance serait sans doute un début.

mardi 27 novembre 2018

S'identifier comme fatiguée

Moi qui suis archi nulle en maths, j'ai fait un petit calcul savant. Je voulais savoir combien de temps précisément j'avais passé chez le psychiatre depuis que j'ai commencé ma psychothérapie. J'ai l'impression que ça dure depuis un siècle, que je devrais déjà être guérie malgré les dires de celles qui ont bien voulu me faire part de leur expérience similaire. J'ai commencé le 24 janvier de cette année à raison d'une séance de 30 minutes hebdomadaire, avec seulement cinq semaines de pause (une lorsque je suis partie en vacances au Portugal au mois de mai, les quatre autres quand mon médecin est parti en congé estival). Cette semaine, j'arriverai donc au nombre de 40 séances, soit 20 heures précisément. Je ne m'en rendais pas compte, c'est extrêmement peu, moins d'une journée entière. Mes compagnes de galère avaient raison (je n'en ai jamais douté, je ne les ai juste écoutées qu'à moitié) : une psychothérapie, c'est long.

Je pense que j'en suis à un stade où j'ai cerné tous mes problèmes (je trouve d'ailleurs que c'est beaucoup trop pour une seule personne, mais bon). J'avais déjà conscience de la moitié d'entre eux, je suis tombée des nues en découvrant le reste. J'ai mis un peu de temps à en accepter certains, en fait je ne suis même pas sûre de tout encaisser encore. Ma vie est une paire d'écouteurs mêlés tout au fond de la poche d'un manteau, un putain de sac de nœuds depuis ma naissance. Et, initialement, ce n'est même pas de ma faute. J'ai dit oui à tout, j'ai tendu l'autre joue. A chaque fois que j'ai commencé à l'ouvrir, on m'a sommée de me taire. Je pense que je dois ma survie à mon caractère de merde (ce qui est assez paradoxal au vu de ma situation) mais le fait est que je me suis toujours laissée porter, je n'ai aucune autonomie. Alors je suis encore bien incapable de trouver une solution à une vie meilleure, et ça m'inquiète. J'ai toutes les clefs en main, je sais pourquoi je n'arrive à rien et de quelle façon je m'y prends pour me griller quasi systématiquement... j'attends quoi pour arrêter ce cinéma, le dégel ?

Il y a deux semaines, je croyais qu'il fallait simplement que je fasse pour prendre l'habitude de faire. Il suffisait juste que je me fasse un peu violence au début et puis ça allait rouler tout seul, en toute logique. En fait c'est une arnaque, c'est un résumé de cette infâme légende sur la zone de confort, ce truc qui ne veut strictement rien dire. Je n'ai pas envie de sortir d'une prétendue zone de confort qui n'existe pas, j'ai plutôt besoin d'y entrer. Et donc en fait non, il ne suffit pas que je fasse. Tout simplement parce que, parmi les très rares choses que je fais de manière constante, si ça vient de moi c'est forcément nul et on aura beau me dire le contraire, je suis ma seule juge. Je préférerais que ça ne soit que du perfectionnisme mais on est au-delà d'une insatisfaction permanente : ce n'est pas que ce n'est pas assez bien, non, c'est juste à chier. Et ça me pourrit la vie.

Alors j'attends. J'attends quoi, je ne sais pas, personne n'est foutu de me le dire. Mais quand j'aurais compris que ce n'est pas à une tierce personne de me dire quoi que ce soit, j'aurais sûrement avancé. Alors j'attends. J'attends que mon inconscient cesse de dresser des barrières invisibles. Je n'ai aucune solution matérielle parce que je ne maîtrise pas du tout la situation. Et comme je ne sais pas quoi faire, j'attends.

jeudi 15 novembre 2018

Quand j'étais agoraphobe

Vous savez, ça peut être assez compliqué d'avoir une vie sociale quand on subi certaines névroses. C'est tendu de vivre tout court, en fait. Moi, par exemple, pendant des années j'ai souffert d'agoraphobie. On croit souvent qu'une personne agoraphobe a une peur irrationnelle de sortir de chez elle. C'est en fait plus complexe. L'agoraphobie, c'est plutôt la peur de ne pas se savoir en sécurité quelque part, un lieu d'où on ne peut s'enfuir, donc, par extension, pour éviter cela, la personne agoraphobe reste chez elle où elle se sent généralement bien (enfin mieux). En ce qui me concerne, je ne me sentais en sécurité que dans mon appartement et sur mon lieu de travail, qui se situait à l'époque de l'autre côté de la rue. Je ne pouvais tout simplement pas mettre un pied dans un cinéma, un restaurant ou un café sans que ça ne me rende malade. Alors bien sûr, comme je n'ai pas identifié tout de suite ce qui m'arrivait, j'ai tenté de contrer tout ça un nombre incalculable de fois. Je suis malgré tout sortie plusieurs fois mais il me fallait un temps de préparation conséquent avant de passer le seuil de ma porte. J'ai aussi voyagé, aussi étonnant que cela puisse paraître. C'était un enfer. Ma pire expérience a été mon voyage au Canada. Sur place, il me fallait beaucoup de temps pour sortir de l'hôtel et visiter les environs. Une fois, je suis allée au cinéma (quelle idée) dans une zone industrielle de la ville de Québec (pour aller voir Cowboys vs envahisseurs en plus, c'était vraiment débile). Quand il a fallu retourner à l'hôtel, j'ai paniqué parce que les magasins avaient fermé et que le bus tardait à arriver. Je me suis vue mourir sur le parking de ce centre commercial du bout du monde, c'était abominable. Mais je n'ai jamais autant cru que j'allais crever que dans l'avion. Je suis aussi claustrophobe, j'ai l'art de cumuler. Être enfermée dans un suppositoire géant en métal duquel il est impossible de sauter et ce pendant sept longues heures (en moyenne) m'était insupportable. Mais bon, je l'ai fait (ambiance : environ bof/10). Avant et après ce voyage, je n'ai plus jamais quitté l'Europe, les trajets étaient plus courts et donc beaucoup plus gérables. Mon dernier long voyage a été en direction d'Amsterdam. Les Pays-Bas ne sont pourtant pas bien loin mais j'ai fait le trajet exclusivement en train depuis la côte Ouest, il faut compter autant de temps que Nantes-Montréal en avion. C'était il y a deux ans et ça s'est très bien passé. J'ai alors compris que l'agoraphobie m'avait quittée.

Cette névrose est (plus ou moins) repartie comme elle est venue, sans s'annoncer. J'ai retrouvé le plaisir d'aller au cinéma, au restaurant et dans les cafés. Aussi de me déplacer dans la rue sans la peur panique d'une attaque invisible (sensation pas facile). J'ai toutefois mis du temps à me réhabituer. Je suis restée très méfiante, j'ai déjà eu quelques retours de bâton. Mon plus gros changement a été de m'investir dans la vie associative. Je n'aurais jamais eu l'idée de le faire si on n'était pas venu me chercher et je crois que ça a sauvé une partie de ma vie sociale. L'association où je suis bénévole organise des événements plusieurs fois dans l'année. Ces événements amènent toujours beaucoup de monde et quand j'arrive à y assister en étant à l'aise dans mes baskets, je suis vraiment contente. Mais quand je vous parlais de retours de bâton, ces derniers mois j'en ai connu deux : incapable d'affronter la foule, j'ai dû abandonner et rentrer chez moi.

La claustrophobie se gère bien plus facilement, il suffit de prendre l'escalier au lieu d'un ascenseur étroit ou bien de mettre un casque anti-bruit dans l'avion (je vous assure que le rapport de cause à effet est réel). L'agoraphobie c'est différent, les gens ne comprennent pas trop. On pourrait prendre le temps d'expliquer les choses à chaque personne qu'on fréquente mais honnêtement, c'est plus simple de dire qu'on a un imprévu pour éviter de sortir. Si je peux désormais me rendre dans un lieu précis sans contrainte, il m'est en revanche encore parfois un peu compliqué de marcher dans la rue, seule. Je le fais pourtant souvent parce que je n'ai pas envie de me laisser emmerder par ces conneries mais je rase les murs et, là encore, mon casque est indispensable. Tout le monde fait tout un tas de trucs dans sa vie mais moi, c'est comme si je réapprenais à faire du vélo après avoir oublié. J'y vais à mon rythme mais je suis lente.

vendredi 9 novembre 2018

Not Dead

La mort, c'est une vaste plaisanterie pleine d'amertume. Personne ne peut y échapper mais on essaie toujours quand même, des fois que. Elle nous fout la trouille parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a après (si tant est qu'il y ait quelque chose) et on a peur d'une mort violente, douloureuse et prématurée. On s'entête à la percevoir comme un événement des plus moroses, tout ça à cause de notre société judéo-chrétienne si austère. Quand j'avais 13 ou 14 ans, j'avais une peur panique de mourir. J'en étais au point où je n'arrivais plus à m'endormir le soir parce que j'avais peur de ne pas me réveiller le lendemain. C'était totalement irrationnel, je n'avais aucune raison de mourir pendant la nuit, j'étais en pleine santé. Peu avant mes 18 ans, j'ai très fortement envisagé le suicide parce que je savais pertinemment que la mort ne pouvait certainement pas faire aussi mal que ma vision de la vie et de moi-même. Ces idées tenaces m'ont retraversée plusieurs fois depuis. Au début de l'été, je me suis fait tatouer la phrase Not dead sur l'avant-bras. Quand je serai morte, parce que ce jour arrivera, ce tatouage deviendra de l'humour par l'absurde (et j'adore l'humour). J'ai envie de me réconcilier avec la mort parce que je crois qu'après elle survient le néant absolu. Je pense qu'il est beaucoup plus facile de mourir quand on croit en un paradis quelconque ou en la réincarnation (et d'autres trucs mystiques).

Je suis une psychothérapie depuis plusieurs mois et j'ai appris il y a trois semaines que je n'avais toujours pas surmonté le deuil d'une amie proche survenu il y a 7 ans. Je pensais que j'avais mis 3 ans à l'encaisser mais finalement ce n'est toujours pas terminé. Je m'en suis partiellement rendu compte en vivant de nouveau la mort d'une amie d'enfance l'année dernière. Je pense avoir réussi le deuil de celle-ci puisque sa mort ne m'a obsédée que quelques semaines. Parfois, la peur de mes 14 ans se positionne de nouveau face à moi comme un dragueur gênant : et si je mourrais soudainement, sans préavis ? Que se passerait-il ? Est-ce que les gens seraient tristes ? En combien de temps feraient-ils leur deuil ? Deux jours ? Trois semaines ? 7 ans ? A chaque fois que j'ai voulu mourir, c'est parce que je recherchais la paix de l'esprit (je la cherche toujours), un besoin plus que nécessaire de faire taire les bruits et s'allonger dans le noir, comme pour faire passer une migraine ophtalmique. J'ai aussi cette envie irrationnelle de tout annuler (m'annuler) pour tout recommencer, ma vie entière est un faux départ perpétuel : réagir autrement, répondre ça plutôt qu'autre chose, éviter les coups, rendre les insultes, larguer les démons sur le bord de la route. Alors que ça n'a aucun sens, le destin n'existe pas et pourtant rien de ce qui s'est passé n'aurait pu se dérouler autrement. La thérapie essaie de faire passer la pilule mais l'ampleur du chantier est telle que je ne la mesure que maintenant, alors pour l'instant on attend que ça passe.