Du côté d'Instagram #3

Je viens de vérifier, je n'ai pas fait de petite revue Instagram de toute l'année 2017, la dernière remonte à novembre 2016. Je lis beaucoup de critiques envers ce réseau, notamment à cause de toute cette histoire d'algorithme, mais personnellement je m'en fous pas mal, ça n'a pas changé ma vie (peut-être parce que je n'ai que 350 abonné.e.s... Ouais, et bah tu vas faire quoi ?). J'aime bien les nouveautés régulières, genre depuis cette semaine on peut se poser des questions carrément pas anonymement à l'instar de cette saloperie de Curious Cat, et ça fait bien râler sous prétexte que les gens s'en tamponnent... Bah OK les gars, continuez de vous en foutre, c'est bien, qu'est-ce que vous voulez qu'on vous dise ? Moi j'aime bien que tout soit centralisé sur Instagram, ça m'a permis de désinstaller Snapchat par exemple. Et puis j'adore stalker les control freaks qui appliquent le même filtre et les mêmes réglages sur chaque photo, c'est fascinant. Allez, on suit qui ?



"Streetstyle historique" comme l'indique la bio de ce compte, écoutez je crois qu'on ne peut pas être plus clair. Quelques exemples pour la forme :






Les Femmes pellicules est le projet Instagram de Mathilde, la créatrice de la newsletter Women Who Do Stuff. Il s'agit tout simplement de mettre en avant le travail de femmes photographes d'hier et d'aujourd'hui.

Photo 1 : Sally Mann (1988) - Photo 2 : Susan Meiselas (1976) - Photo 3 : Carrie Mae Weems (1990)



Charly est une artiste tatoueuse qui sévit chez Les Vilains Bonhommes à Nantes et, bon sang, je trouve son travail fantastique. J'aimerais vraiment beaucoup me faire tatouer par elle un de ces quatre.




Cette jeune femme exquise s'appelle Jerina Kivistö, elle est illustratrice et finlandaise. J'aime son art, j'aime ses photos sympathiques et j'aime aussi ses stories (elle parle anglais), je la trouve hyper choucarde.




Voici une autre artiste scandinave mais d'un tout autre genre, il s'agit de la suédoise Christine Linde qui nous propose des œuvres bien darkos comme je les aime entre autres selfies et scènes de vie quotidienne.

HollySiz @ festival R. Pop, La Roche-sur-Yon.

Je me souviens, il n'y a pas si longtemps (en 2013 si j'en crois les sources du puissant Internet) débarquait HollySiz en débardeur, derbies et lèvres rouges dans le clip de Come Back To Me et si j'étais acculée par mes à priori que j'estime aujourd'hui ridicules, j'avais malgré tout été fort enchantée par son déhanchement naturel. J'ai un passif avec la danse, je déteste danser, je suis toujours raide comme une brique lors d'un concert, aussi mouvementé soit-il, mais je sais apprécier la joie dans le corps d'une personne qui ne peut s'empêcher de se mouvoir avec frénésie.
Évidemment, à l'époque (et encore aujourd'hui ?) on s'est dépêché de la présenter comme Cécile Cassel, alias la sœur et la fille de, la petite dernière, comme si nous, le public, étions incapables d'apprécier le talent de cette chanteuse à la hauteur de ce qu'elle est à même de nous proposer. Mais quitte à vivre dans une société patriarcale, autant que cela soit profitable (on appelle ça la réappropriation).
Toujours est-il qu'en 2013, à part avoir eu Come Back To Me qui me trottait dans le crâne parfois plusieurs heures durant, je ne suis pas allée plus loin dans mon écoute. Et puis il y a environ deux semaines, HollySiz est venue en concert gratuit à 800 mètres de chez moi dans le cadre du festival R. Pop. Ça aurait été trop bête de passer à côté, d'autant plus qu'on a pu l'interviewer pour Le Réseau Urbain de Graffiti avant le concert (interview que vous pouvez écouter ici, à partir d'1"40). Enfin quand je dis on, moi je suis arrivée en retard et je n'ai pas posé de question car je buvais ses paroles. Le fait est que je me suis encore retrouvée telle une petite fille devant une très belle dame, à la différence près que je sais désormais fermer la bouche afin de ne plus gober les mouches. Oui mais elle est si belle et si intéressante, aussi ! Elle m'a fait la bise, vous vous rendez compte ?!

Photo de David Fugère. Ses autres photos d'HollySiz ici.

Le temps de retrouver mes esprits et d'avaler un morceau avec mes acolytes, il était temps de la voir jouer. Et là, fichtre, elle a débarqué sur scène avec un slim rouge à paillettes. Plus tard, elle a retiré son sweat blanc et se trouvait en-dessous un t-shirt tout aussi rouge et pailleté, c'était fantastique ! Au-delà de ça je cherche à vous décrire l'énergie qui s'est dégagée de son show tout entier mais j'ai du mal : c'était mouvementé as fuck, cette personne ne fait que danser et sauter partout, elle n'est jamais essoufflée. Ça clignote de tous les côtés, ça bat le rythme comme s'il n'y avait pas de lendemain et ça exorcise tout ce que vous voulez, j'ai pris une grosse claque dans ma gueule. En plus elle est très drôle, ce qui ne gâche rien (un exemple ici aux Vieilles Charrues en 2014). Perso, je suis tombée amoureuse, comme ça c'est dit.

A ce jour deux albums sont sortis, My Name Is en 2013 et Rather Than Talking en début d'année, ma préférence va vers ce dernier, co-écrit avec Yodelice (Maxim Nucci et Xavier Caux), que je trouve plus percutant (je ne suis pas à l'abri de changer d'avis et de me réveiller un matin en préférant finalement le premier album, ça m'est déjà arrivé un million de fois).


A vif.

J'ai envie d'écrire ce billet depuis un certain temps mais je voulais attendre le bon moment, comme s'il y avait un temps plus opportun pour dire les choses mais ce doit être encore une de mes croyances à la con. Et encore, en m'apprêtant à cliquer sur publier je suis loin d'être sereine, même si ce qu'il m'arrive n'est pas un secret de polichinelle. Rien n'y personne ne m'oblige à le faire, c'est peut-être un besoin que je me crée. Peut-être aussi (enfin surtout) que je devrais arrêter d'avoir honte et de me planquer. Je ne sais pas si ça peut servir à quelque chose, si ce n'est à m'aider à formuler ce que je suis incapable de verbaliser correctement et peu importe qui me lit ou ne me lit pas (ce n'est pas comme si j'étais une influenceuse aux milliers de vues), je me dis simplement que ce qui va suivre peut expliquer des choses. Pensez que c'est du voyeurisme ou un manque de pudeur, ça m'est complètement égal car je suis arrivée à un stade où des choses bien plus importantes me préoccupent que l'avis négatif des gens.

Mon cerveau est une prison et je suis enfermée dedans. Je suis l'heureuse (lol) détentrice d'une maladie qui s'appelle dépression. J'ai été diagnostiquée peu avant mon 18e anniversaire et un peu par-dessus la jambe, c'était il y a 14 ans et jusqu'à cette année, je n'ai rien fait pour aller mieux. On se dit que c'est passager, que des fois ça ne va pas trop mais que d'autres fois ça ne va pas si mal, après tout il y a plus malheureux sur cette planète de furieux, et puis de toute façon j'ai tout pour être heureuse alors de quoi je me plains. Je ne me sais malade que depuis que j'ai commencé une psychothérapie avec un psychiatre (à raison d'une séance par semaine depuis fin janvier) parce que c'est la première fois de ma vie que je suis confrontée à quelqu'un de sérieux par rapport à ça. Je peux vous dire que ça change un peu la vie de prendre conscience que "faire un petit effort" ne vous sort pas de vos névroses pourries, même si j'ai encore des convictions nulles sur ce sujet : j'ai l'impression de ne pas essayer d'aller mieux alors que c'est complètement con puisque je vais voir un psy, je ne vois pas ce que je peux faire de plus.

Déjà, il faut commencer par faire la distinction entre la dépression et la déprime (j'en ai déjà parlé) parce que ça n'a rien à voir. Chaque personne est différente mais globalement, quand on est dépressif.ve, on tourne au ralenti. On n'a plus le goût de rien, on se sent comme la dernière des merdes et on a envie de crever un jour sur deux (parfois c'est tous les jours, comme je vous le dis ça dépend des gens). D'ailleurs, parfois on y arrive. La déprime, c'est passager, c'est un coup de mou. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas y faire attention, bien au contraire, mais on finit par reprendre le dessus. La dépression empêche de faire ça, elle nous maintient dans un état de dépréciation constant. Rien n'est bien, rien n'est beau, rien n'est possible, tout est inutile et sans intérêt. Personnellement, ça me fout la rage. Mais une rage intérieure, c'est-à-dire que j'ai une voix en moi qui hurle en permanence et qui est ultra vénère alors que mon enveloppe corporelle est un gros caca mollasson qui fusionne avec le canapé. Alors oui, je suis allée bosser tous les jours ("Pourtant tu n'es pas amorphe !" m'a dit ma cheffe.) et même que des fois je sors boire des coups, voir des concerts, mais c'est parce que je traverse des phases. J'alterne entre une phase pendant laquelle j'ignore mon mal être, je suis blasée de tout mais ça ne m'empêche pas de sociabiliser (il ne faut cependant pas trop m'en demander non plus, je reste une personne introvertie), et une phase pendant laquelle je dois absolument faire le vide, ne voir personne et me concentrer sur le fait de ne pas m'ouvrir les veines. Je ne parle de ma dépression que par écrit parce qu'il est hors de question d'aborder les choses avec mes ami.e.s (je ne parle pas de ma famille, très réduite par ailleurs, car ce n'est absolument pas envisageable pour un milliard de raisons), déjà ça pète l'ambiance et ensuite on ne connaît jamais à l'avance les réactions des gens. Je me considère suffisamment comme un boulet sans avoir besoin d'en rajouter.
En octobre dernier j'ai vécu un mini traumatisme : je suis allée voir une médecin différente de mon médecin traitant parce que j'avais vraiment très envie de me foutre en l'air et ça m'a fait assez baliser pour réagir. Le simple fait de dire que je n'allais pas fort m'a fait me sentir ridicule (alors qu'il n'y a pas de raison mais mon cerveau est un petit merdeux) et la doc a immédiatement positionné ses sourcils en accent circonflexe juste avant de me prescrire anti-dépresseurs et somnifères. Je n'ai jamais voulu prendre de médicaments, je suis effrayée par les effets secondaires et je n'ai pas envie de procéder à un temps d'ajustement ("Ah bah oui mais tu cherches aussi."). En sortant abasourdie de son cabinet, je me suis machinalement dirigée vers la pharmacie. La préparatrice a lu mon ordonnance, s'est subitement mise à chuchoter puis m'a également fait le coup des sourcils. Je suis sortie bien plus énervée que triste par le comportement de ces deux femmes, à croire que j'avais une maladie honteuse. Et c'est justement un problème récurrent, je généralise mais quand les gens vous savent dépressif.ve, ils ne peuvent pas s'empêcher de vous regarder de la même façon que les deux femmes sus-citées, ou bien de vous prodiguer des conseils à la con ("Sors prendre le soleil, ça va aller mieux !") ou encore d'être méchants sur votre condition dès que vous avez le dos tourné, cette façon qu'on a de vous prendre pour un.e glandeur.se qui ne fait aucun effort. Si vous voulez mon avis de principale concernée, le comportement à adopter face à un.e dépressif.ve est le suivant : restez vous-mêmes et si on ne vous demande rien, ne dites rien, c'est mieux. De toute façon, la dépression, vous ne pouvez pas savoir ce que c'est tant que vous ne l'avez pas vécue vous-mêmes.

Mon petit truc à moi, c'est que je me sens coupable. Coupable de marcher dans la rue, coupable d'entrer dans un magasin ou un café, coupable d'avoir des ami.e.s et des activités, coupable de respirer. Je ressens un malaise permanent et j'ai le sentiment d'avoir ma place nulle part, j'ai un syndrome de l'imposteur sur ma propre existence. J'ai été malmenée par plein de gens au cours de ma vie, c'est la faute à pas de chance et ça a nourri petit à petit mon mal-être. Mon principal souhait ? M'annuler. Je rêve d'un hard reboot. J'ai développé tout un tas de névroses : les crises d'angoisse, une période d'agoraphobie et un trouble du comportement alimentaire, toutes disparues comme elles sont arrivées, du jour au lendemain. J'ai la constante sensation d'une enclume au fond de la mer qui serait reliée à ma cheville, et je synchronise mon souffle en fonction de la marée. J'ai peur de me noyer.

J'ai longtemps vécu sur mes batteries de secours mais dorénavant je n'ai plus de jus. Zéro énergie. Je ne tends plus la main, j'évite les gens dans ma condition parce que je ne les supporte plus. J'ai besoin de repos alors oui, j'ai frappé à la porte d'un psychiatre. C'est la chose la plus difficile que j'ai faite de toute ma vie et c'est une souffrance monumentale ("Vous avez des raisons d'aller mal." m'a-t-il dit avec décontraction). Je voulais le faire depuis des années mais décrocher le téléphone pour ça est d'une difficulté sans nom. En plus, il fallait tomber sur quelqu'un de bien... mais de ce côté-là j'ai eu de la chance (si vous avez des questions sur comment faire, n'hésitez pas à me demander, je vous dirai comment j'ai procédé). Mon psy est la seule et unique personne au monde à connaître l'intégralité de mes pensées et de ma vie toute entière, je suis très étonnée de la "facilité" avec laquelle je lui dis les choses, jamais je ne pourrais faire ça avec quelqu'un d'autre. Et donc lui et moi nous voyons une fois par semaine et ce n'est pas de trop. Parfois il me soulage grâce à son recul et ses explications de mes rêves, parfois je sors de son cabinet en rogne, d'autres fois encore complètement anéantie, mais j'apprécie grandement son flegme et son absence totale de pitié, il me parle normalement. Le plus compliqué dans cette psychothérapie est d'accepter d'où viennent tous mes problèmes. J'avais déjà une petite idée mais c'était la partie émergée de l'iceberg, je n'aurais jamais imaginé le quart de ce que mon psy m'apprend sur moi-même. C'est vraiment super dur.

Je ne sais pas si je suis à mi-parcours ou moins, ou plus, tout ce que je peux dire c'est que ça fait 6 mois et que je souffre. Je suis incapable de préférer savoir tout ce que je sais désormais ou bien si j'étais mieux avant. Je ne sais pas si je vais guérir un jour ou si je dois apprendre à vivre avec. Je suis toujours envahie par les idées noires et je n'arrive pas à m'en dépêtrer. Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, merci Socrate.

C'est une photo que j'ai prise il y a deux ans et que j'aime bien, parce que j'aime bien photographier la mer.

Qu'est-ce qu'on écoute ? #1

Je n'ai pas parlé musique depuis un certain temps, pourtant j'ai bien des choses à dire sur bien du monde. Je vais vous faire une petite playlist digeste, histoire de reprendre sur des bonnes bases.


Unamerican, Dead Sara

Si vous ne me connaissez que via ce blog, vous ne le savez peut-être pas mais Dead Sara est l'un de mes groupes préférés au monde. Après deux albums (Dead Sara en 2012 et Pleasure To Meet You, formidable album, en 2015) et deux EP (The Airport Sessions en 2008, remasterisé en 2016, et The Covers en 2017), un nouvel EP vient d'arriver, Temporary Things Taking Up Space. Unamerican en est extrait, mais aussi Heaven's Got A Back Door que j'écoute en boucle. Emily Armstrong est clairement mon héroïne !



Out The Window, Confidence Man

Je n'aurais jamais cru un jour aimer ce genre de groupe, c'est pop à m'en faire devenir épileptique, mais il me fascine. Il nous vient de Brisbane en Australie et ils ont mis le feu aux Trans Musicales de Rennes l'année dernière. C'est musicalement très intéressant et j'aime bien leurs influences années 1990, ça me rend nostalgique. Leur premier album, Confidence Music For Confident People (ce titre est parfait) est sorti en avril.



Strange Things, Marlon Williams

Marlon Williams est un néo-zélandais de 27 ans qui vient d'une autre époque. Je l'ai entendu pour la première fois dans Wild Wild Country, une série documentaire sur Netflix à propos d'une secte hindouiste installée aux États-Unis dans les années 1980. Il a sorti un premier album, Hello Miss Lonesome, plutôt axé country (au vu du titre : non mais sans blague), dont Strange Things est extrait, mais son second, Make Way For Love, est un peu différent. Bon, de toute façon, quoi qu'il fasse c'est forcément bien, ce garçon est une pépite, un peu dans la veine de Bror Gunnar Jansson et William Z. Villain, voyez.


I Have Been To The Mountain, Kevin Morby

A l'instar de Marlon Williams, j'ai entendu ce gars-là dans Wild Wild Country (la playlist de ce documentaire est fantastique). Ce titre se trouve sur l'album Singing Saw paru en 2016. Je me le suis très vite procuré en vinyle. Toutefois, il y a eu Harlem River en 2013 et Still Life en 2014, et puis City Music en 2017. Kevin Morby n'a que 30 ans et il sort des albums à la vitesse de l'éclair, mais vas-y, nous t'en prions.


Indifference, Girls In Hawaii

Finalement, dans cette playlist, on a des filles pop et énervées et des mecs plutôt mélancoliques, c'est rigolo comme ça définit parfaitement mes choix musicaux. Girls In Hawaii, c'est comme Dead Sara, je ne peux pas vivre sans eux. Je retourne d'ailleurs les voir en concert pour la troisième fois à la fin du mois parce que c'est ça qu'on veut. Nocturne, leur quatrième album, est sorti l'année dernière et il est magique. Everest (2013) reste l'un de mes albums préférés au monde, au point qu'il a fortement inspiré l'un de mes tatouages, on en est là. Un amour infini pour ces garçons et merci à la Belgique d'héberger d'aussi grands talents.

L'Éducation nationale m'a tuée.

Avez-vous déjà essayé d'écrire un quelconque texte avec une lettre manquante sur votre clavier d'ordinateur ? Je vous devance et je suis d'accord avec vous : tout dépend de la lettre. Moi, c'est la lettre T. Ça pourrait être pire, mon clavier aurait pu se transformer en clavier lipogrammique en E, mais je me sers quand même beaucoup du T car je connais mes conjugaisons (entre autres). Alors voilà, je vais devoir investir dans un clavier indépendant puisque voir photo et je n'ose pas y aller à la super glu.


Je suis (de nouveau) au chômage. Enfin ! Non pas que la situation me ravisse, loin de là, mais j'étais assez pressée de terminer mon CDD. Je ne vais pas y aller avec le dos de la cuillère, en 32 ans sur cette planète, ma vie n'a jamais été aussi compliqué qu'en 2018 (et même depuis l'automne 2017). J'imagine que ça m'apprendra à cumuler les expériences, à savoir un travail qui me rend maboule et une psychothérapie super vnr. Quelle idée, franchement.
Quand j'ai fini mon contrat d'assistante d'éducation dans le meilleur lycée du monde, je suis partie avec tellement de tristesse que je n'avais pas l'intention de reprendre le même boulot dans un autre établissement. Je savais pertinemment qu'il ne s'agirait jamais des mêmes ambiances et façons de travailler. J'ai donc repoussé mes obligations jusqu'au dernier moment et j'ai atteint la fin de mes droits de chômage, deux années complètes que j'ai dédiées au bénévolat à la radio et à ma remise en question souvent violente. Je n'ai passé qu'un mois sans revenus, grâce au bouche à oreille j'ai trouvé un remplacement de surveillante éducatrice dans un collège privé. Ça ne m'a pas enchantée mais il faut bien bouffer et j'avais l'expérience nécessaire. Sauf que si j'avais su à l'avance comment ça allait se passer, je me serais barrée en courant sans même me retourner.

Je doute avoir encore le recul nécessaire, mon contrat s'est terminé la semaine dernière, mais j'ai quand même eu l'occasion de faire un bilan complet des huit derniers mois. Bien des choses m'ont gavée, tant et si bien que j'ai du mal à trouver quelque chose de positif, si ce n'est qu'on ne m'y reprendra plus. Il serait malvenu de ma part de blâmer chaque élément, c'est l'association d'un tout qui m'a pourri la vie. Je ne pense pas exagérer, je crois m'être retrouvée au bord (très, très près) du burn out. Je n'ai jamais été mise en arrêt (et n'ai jamais demandé à le faire) à cause de ma dépression, et si je peux éviter de tenir au courant mes supérieur.e.s et collègues ça m'arrange, je ne tiens pas à ce que les regards sur moi soient biaisés. A ce sujet je n'invente rien, je l'ai déjà expérimenté et c'est extrêmement désagréable. Je développerai dans un prochain billet. J'ai donc tenu pendant huit mois en cumulant quelques emmerdes, mon boulet permanent à la cheville d'une part, et aussi le retour des maladies : longues bronchites, rhino-pharyngites et grippe une fois par mois, impossible d'y couper quand on arrive dans l'éducation (ou qu'on y revient après une longue période), la gelée royale est impuissante. J'ai également accumulé une fatigue extraordinaire alors oui, les faiblesses mentale et physique était totales même si ça me gave de l'admettre.
Des bases très compliquées pour faire face à un public de collégien.ne.s, des enfants de 9 à 16 ans avec des profils de tous horizons : les "classiques", les SEGPA, les précoces, les dyslexiques, les handicapé.e.s et un petit peu de mixité sociale, j'ai tout vu. Cependant, peu importe à quelle catégorie ces gosses appartiennent, ils ont des points communs : ils crient, s'agitent et s'insultent. Ils ont absorbé le peu d'énergie et de patience que j'avais.

Je suis arrivée dans ce collège à la rentrée des vacances de la Toussaint. J'ai débarqué chez ces mômes, dans leur antre, j'étais une étrangère parmi une équipe pédagogique installée depuis plusieurs dizaines d'années pour la majorité. J'allais être testée, c'est la base. Je n'étais cependant pas un lapin de six semaines : ni trop jeune, ni débutante et avec mes certitudes (même-si-le-collège-c'est-différent-du-lycée-tu-vas-voir). A la fin de mon tout premier jour, je suis rentrée chez moi en pleurant. J'ai tout de suite compris que j'allais en chier sévèrement, je débitais tellement de larmes que je n'arrivais pas à m'arrêter. Je ne voulais plus y retourner, je souhaitais tout annuler.
J'ai dû réussir à faire dire à mon cerveau que huit petits mois n'étaient pas la mer à boire (en fait si mais bon) puisque j'ai franchi la ligne d'arrivée. Sur les rotules et avec la langue qui pendait depuis le mois de décembre, mais j'ai tenu. En fait il m'a surtout suffit d'une petite phrase prononcée de manière totalement décontractée par mon psy il y a un peu plus de deux mois alors que j'étais à bout, il m'a simplement dit que j'étais capable de tenir jusqu'à la fin. Je ne sais pas si je dois ressentir de la fierté ou non (bof) mais une chose est sûre, je ne veux plus jamais ressentir ça.

C'est un fait indéniable, j'ai été incapable de m'adapter aux collégien.ne.s. Une année scolaire même pas complète ne suffit certainement pas à s'y faire, si j'avais dû rester travailler là-bas ça m'aurait pris des années (je n'ai pas la foi, ni le courage, ni la patience). A moins que ça ne soit une vocation, il faut tout changer : adapter son vocabulaire ("Madame, ça veut dire quoi ce mot ?"), ne pas tourner autour du pot, aller droit au but, établir une discipline intraitable, punir et ne pas se contenter de menacer. C'est de cette façon qu'on commence et il ne faut surtout pas lâcher trop de lest parce que les collégien.ne.s sont des animaux sauvages et féroces, quand ils sentent l'odeur du sang c'est terminé. Figurez-vous que je me suis retrouvée en conflit avec une élève de cinquième à la fin de l'année, je me demande d'ailleurs comment on peut loger tant d'insolence dans un si petit corps. Lorsqu'une de mes collègues lui a demandé pourquoi elle avait ce comportement avec moi, elle lui a carrément répondu qu'elle se savait supérieure à moi et que j'étais faible. Elle a employé ces mots exacts. A 12 ans.

Moi qui prône plutôt l'éducation positive, je me suis retrouvée dans la position d'un vigile ou d'une gardienne de prison, à finir par hurler sur des gamins qui n'ont rien demandé. S'il existe des enfants mal élevé.e.s, il ne s'agit pourtant que d'un tout petit pourcentage dans un seul établissement mais ce sont des enfants chronophages. J'ai détesté chaque minute où je me retrouvais seule à surveiller une salle remplie de 50 à 80 mômes qui avaient envie de tout sauf d'être en étude (on les comprend, d'autant plus quand ils s'y retrouvent plusieurs fois dans une même journée). Je voulais être dans l'accompagnement et le relationnel, comme au lycée, je n'ai que très peu pu les aider à faire leurs devoirs parce que c'était la discipline qui primait. Impossible d'accorder du temps. J'ai été déboussolée quand j'ai compris que les élèves se fichaient totalement de leurs camarades, leur demander de faire le silence par respect pour les copain.ine.s qui veulent bosser n'a strictement aucun impact. Aujourd'hui je me pose la question : étaient-ils égoïstes ou bien est-ce parce que c'est moi qui ordonnais ?

La guerre, ça n'a été quasiment que ça entre les élèves et moi. J'étais d'ailleurs foutue dès ma première semaine de boulot, je me suis faite détester et ça m'a minée. Je ne faisais pas ce job pour qu'on m'adore mais je ne voulais pas pour autant qu'on me haïsse. Je voulais apporter quelque chose, semer des graines, à la place j'ai donné des coups d'épée dans l'eau pendant huit mois.

Le collège dans son ensemble est-il la bouche de l'enfer ? Clairement, oui. Je ne connais pas une seule personne qui a adoré ces années scolaires. Je me suis moi-même souvent fait la réflexion : mon propre passage au collège s'est très bien passé, comment est-ce possible ? C'est très simple, j'ai subi le harcèlement scolaire à l'école primaire. Alors à partir de la sixième, je me suis toujours greffée aux groupes des plus populaires. Pendant quatre ans, mes différent.e.s ami.e.s m'ont servi de paravent et m'ont protégée sans s'en rendre compte (quelques séances de psy pour analyser ça, je ne vous le cache pas). Dans la cour de récré du collège, la violence est perpétuelle. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai entendu des insultes à base de sale victime, sale chômeur, gros pédé, salope, pute et tutti quanti. Les gamin.e.s qui restent toujours seul.e.s parce qu'il.elle.s sont rejeté.e.s par des groupes pour des raisons fallacieuses. C'est abominable d'observer tout ça avec ses yeux d'adulte et de se rendre compte qu'on n'arrive pas à changer la donne malgré tous les efforts qu'on fait. Je n'ai pas de solution à proposer si ce n'est l'éducation, encore faut-il que tout le monde s'y mette.

Bilan des courses, je suis usée jusqu'à la corde. J'ai développé une intolérance maximale au bruit et j'ai commencé à prendre des somnifères pour dormir. Je ne veux plus jamais travailler dans un collège de toute ma vie, ce n'est bon ni pour moi, ni pour les élèves. Nous ne nous comprenons pas. Je n'ai pas la fibre et j'ai une admiration incroyable pour celles et ceux qui l'ont. 

La sélection du mois #4 (Juin 2018)

C'est avec le haut des cuisses fusionnant avec l'assise en cuir de ma chaise de bureau que je m'apprête à vous livrer ma sélection de choses intéressantes constatées, vues, lues et écoutées en ce mois de juin. Je vous écris à minuit passé, je ne me souviens pas être restée éveillée après 23h ces huit derniers mois. C'est une petite victoire personnelle que j'aurai l'occasion d'évoquer plus tard : je viens de terminer mon CDD. Me voici désormais à la cool ! Pour combien de temps, je ne sais pas, alors profitons-en.


   RÉFLÉXIONS

Eulalie Gartner ose créer
Vous connaissez mon aversion pour le développement personnel à cause d'idioties répétées à l'envi par bon nombre de blogueur.se.s saisi.e.s par un soudain miracle morning, mais il arrive tout de même que des choses pertinentes relèvent le niveau et ça fait du bien. Je suis tombée par hasard sur le blog d'Eulalie Gartner avec cet article : Oser prendre le risque de... Où il est question de création.

Une fois n'est pas coutume, je partage un billet de kReEsTaL au sujet de la monétisation des blogs et de tout le marketing autour. Quel est votre avis sur la question ?

Noir c'est noir
J'aime beaucoup le blog d'Armalite depuis déjà quelques années notamment grâce à la subtilité de son écriture. Il est question ici de son rapport à l'existence et de suicide (TW du coup).


   CULTURE

"Ravissement" : quand enlever des femmes avec violence était tout un art
20 minutes a publié cet article cette semaine au sujet du livre de Jérôme Delaplanche, directeur du département d'histoire de l'art de l'Académie de France à Rome. Crêpe Georgette en avait déjà fait une très bonne analyse en mars dernier.

Le rapt de Proserpine (détail), Le Bernin (1621), Galerie Borghèse (via Fine Stagione)

Ziggy Stardust d'origine japonaise
Le kabuki est une forme de théâtre traditionnel japonais dont David Bowie s'est inspiré pour créer le personnage de Ziggy Stardust. On en apprend tous les jours, c'est formidable.


Un petit tour au Hellfest
Cette année je suis allée au Hellfest (les vendredi soir et samedi jusqu'à 19h) avec Cholay, ma partner in crime. Non sans joie car je n'y avais pas mis les pieds depuis 2011. Ça a beaucoup changé, je ne savais plus où donner de la tête. Le site est gigantesque et tellement propre, la déco est grandiloquente, les propositions si nombreuses pour manger m'ont donné le tournis et... pfff, il faut le voir pour le croire. Et pourtant je n'aime pas du tout les ambiances de festivals, ça ne me plaît pas. Sauf que le Hellfest, ce n'est vraiment pas pareil. J'ai aimé chaque moment, même quand Hollywood Vampires (supergroupe composé d'Alice Cooper, Joe Perry et Johnny Depp) a repris Heroes de David Bowie : nous avons subitement libéré les majeurs de nos deux mains à l'endroit de Johnny Depp qui interprétait la chanson. Je vous avoue que ça m'a crispée. Quelques petites photos (passées sous l'application Huji, très à la mode) :

Traversée de la rivière à Clisson, en route pour l'enfer \m/

Devant Pleymo sur la main stage II.




   PODCAST

• En plus de cette excellente émission féministe, je participe également à une émission mensuelle avec mes acolytes Mélanie, Cholay et Flo qui s'appelle L'Aubergine. Comme son nom l'indique subtilement, il est question de sexe et sexualités. Ma chronique à moi concerne le féminisme, évidemment, parce que ces deux choses-là sont loin, très loin, fort loin, d'être incompatibles, voyez-vous. Toutes les infos et les podcasts ici !


   LE MOT DE LA FIN

On va terminer cette sélection en musique, presque comme d'habitude. Je devrais sans doute renommer ce dernier paragraphe. Bref, grâce à Nova on découvre plein de belles personnes qui font de bien jolies choses. C'est notamment le cas de Pongo, artiste angolaise arrivée au Portugal quand elle était enfant. Au passage je découvre également le kuduro :

Daphné, Rachel et Rebecca.

Et voici le premier billet de juin le 20 de ce mois ! Des lustres que je veux l'écrire mais je manque de temps. Le peu que j'ai pour moi, je fais la sieste, me couche tôt et bad dans mon canapé, il est temps que je sois au chômage (ceci n'est pas une blague). Enfin je ne vais pas me plaindre, c'est grâce à mon job actuel que j'ai le pouvoir d'enchaîner les lectures (je vous expliquerai), c'est un point positif non négligeable pour la mauvaise lectrice que je suis généralement. Avant l'automne, si je lisais un livre par an c'était déjà une avancée. Depuis janvier, j'ai lu 10 livres et je suis actuellement en train d'en lire 4, allant du petit bouquin de 200 pages à la brique de 800. Alors oui, évidemment, si tu es booktubeur.se, tu peux te foutre de ma gueule et je ne t'en voudrais même pas, mais moi j'ai fait descendre drastiquement ma pile à lire et ce n'est pas dommage. D'autant que ma grande copine du moment s'appelle Daphné du Maurier et, grâce à elle, j'ai envie de lire toutes les autrices de la première moitié du XXe siècle, à commencer par Colette, Virginia Woolf ou encore Carson McCullers.

Voici donc Daphné du Maurier en train d'écrire un roman fabuleux, quoi d'autre ?

Daphné du Maurier (1907-1989) est une autrice britannique, fille d'un acteur et d'une actrice et petite-fille d'un écrivain. Elle connaît bien la France pour y avoir étudié et tombe amoureuse des Cornouailles où plusieurs de ses romans prennent place. Elle manie fort bien le suspense psychologique et ce n'est sans doute pas pour rien qu'elle a été adaptée au cinéma par Alfred Hitchcock grâce à Rebecca (écrit en 1938 et adapté en 1940) et Les Oiseaux (nouvelle écrite en 1953 et adaptée en 1963). Voyez bien que sans les femmes, les plus grands hommes ne sont rien, on ne le dira jamais assez (j'ai fini ma parenthèse féminazgûl, restez là). Daphné du Maurier était aussi bisexuelle mais elle n'a évidemment pas vécu ses relations avec des femmes au grand jour à cause de son père qui était - bien sûr - homophobe et possessif (= encore un homme malsain, c'est fou).

Du coup, en avril j'ai lu Ma cousine Rachel publié en 1951 après avoir vu l'affiche de son adaptation cinématographique dans mon cinéma de quartier. Oui, je suis le genre de connasse qui veut absolument lire un bouquin avant de voir le film et qui fréquente un cinéma de quartier. L'histoire se situe au début du XIXe siècle en Cornouailles où le jeune Philip Ashley a été élevé par son cousin de vingt ans son aîné. Les deux hommes vivent pépères entre couilles parce qu'il est hors de question qu'une femme mette les pieds dans leur demeure. Sauf qu'Ambroise (le cousin), doit partir en Italie car le climat y est meilleur pour sa santé. Là-bas, il rencontre Rachel, une cousine éloignée, et l'épouse. Il écrit à Philip pour lui annoncer la nouvelle, ce qui le contrarie fortement. Et puis les lettres deviennent de plus en plus inquiétantes, Ambroise se plaint de Rachel alors Philip se bouge jusqu'en Italie pour venir en aide à son cousin. Sauf qu'à son arrivée (trois semaines de voyage quand même), Ambroise est mort et Rachel partie. Philip rentre en Cornouailles (re-trois semaines de voyage, l'été est gâché) et déteste profondément Rachel. Sauf qu'elle finit par se pointer en Angleterre et tout ne se passe pas comme prévu. Phrase d'accroche hyper naze mais efficace, vous ne trouvez pas ? En ayant refermé le livre, je me suis sentie bien heureuse qu'il ait été écrit par une femme. J'ai l'impression qu'un tel thriller psychologique (parce qu'il s'agit bien de ça ici) conçu par un homme aurait pu manquer cruellement de subtilité. Daphné du Maurier apporte énormément de finesse dans la construction de l'histoire et des caractères des personnages qui sont ancrés dans la société de leur époque tout en étant singuliers. Philip et Rachel sont complexes, je les ai tour à tour aimé.e.s et détesté.e.s, ils ne sont pas manichéens et je me suis sentie un peu embêtée à la fin car j'ai eu l'impression qu'il me manquait des éléments pour tout bien saisir. Sauf que, dans la vie, on doit parfois se contenter de ce qu'on nous donne, ici les choses sont exposées telles quelles et débrouillez-vous avec ça. L'adaptation de Roger Michell sortie l'année dernière avec Rachel Weisz est vraiment bien. Il en existe une autre de 1952 par Henry Koster avec Olivia de Havilland et Richard Burton mais je ne l'ai pas vue, la flemme (vous comprendrez pourquoi avec Rebecca dans quelques lignes). La version de 2017 est d'une grande fidélité et a même amélioré un point selon moi, mais je ne peux pas vous dire de quoi il s'agit sous peine de vous spoiler l'histoire. Disons qu'il y a des choses écrites qui seraient fort mal passées à l'écran, le rendu aurait sans doute été sans intérêt. En revanche, Michell a ajouté un peu d'histoires de fesses, je ne suis pas sûre que c'était franchement nécessaire.

Et alors, venons-en à Rebecca qui est le chef-d'œuvre de Daphné du Maurier et un classique de la littérature anglaise publié en 1938. La narratrice n'a pas de nom et ça en dit long puisqu'elle est plutôt insipide (c'est plus ou moins ainsi qu'elle se décrit elle-même). Elle travaille comme demoiselle de compagnie auprès d'une vieille mondaine insupportable qui passe son temps à la basher. Elle rencontre Max de Winter, un autre mondain veuf et plus âgé qu'elle de vingt ans, avec lequel on sent qu'il y a anguille sous roche dès le départ. Ils copinent d'abord puis se marient rapidement et vont vivre à Manderley, la luxueuse propriété de Winter située dans les Cornouailles (forcément). La narratrice se retrouve malgré elle à vivre dans le souvenir de Rebecca, l'épouse défunte de Max, et ce n'est pas tellement évident, vous vous en doutez. Bien que la passion m'a emportée du début jusqu'à la fin, j'ai eu beaucoup de mal à m'attacher à l'héroïne que j'ai trouvée terriblement cruche, mais je crois que c'était voulu. Difficile aussi de se mettre dans un contexte qu'on ne connaît pas, à savoir la vie d'une jeune femme un peu prolo dans un univers aristocrate des années 1930. Toutefois, le pire est le personnage de Max. A aucun moment j'ai pu le saquer. Et l'adaptation d'Alfred Hitchcock ne m'a pas aidée dans ce sens. J'ai trouvé ce film terriblement pénible, il a fait n'importe quoi de la rencontre des protagonistes, m'a fait bailler comme devant la majorité des vieux films hollywoodiens en noir et blanc et m'a rendu Laurence Olivier plus antipathique que jamais. Le roman est, encore une fois, tellement fin, tellement subtil, on n'a jamais une opinion définitive sur les personnages. Pour preuve, j'ai presque ressenti de la pitié pour Max au fil des pages. Les bases sont posées dès le départ mais tout se délite peu à peu et je crois ne pas avoir ressenti ce que j'aurais dû ressentir pour Rebecca. Je me suis demandée si mon féminisme n'avait pas joué un rôle là-dedans parce que tout était fait pour que je haïsse Rebecca autant que la narratrice et Max mais je n'y suis pas arrivée.

Emportée dans mon élan, j'ai récemment acheté Le Bouc émissaire (1957) et L'amour dans l'âme (1931) afin d'occuper ma période de chômage à venir, il est probable que je vous donne mes impressions en temps voulu. Et si ce n'est pas ici, ce sera sans doute sur Instagram (je reviens en public à partir du 6 juillet, à la fin de mon contrat au collège, mais vous pouvez m'ajouter si vous avez plus de 14 ans) ou Facebook (où vous pouvez aussi m'ajouter sans problème).

La sélection du mois #3 (mai 2018)

Coucou mes petites licornes arc-en-ciel ! Aujourd'hui on se retrouve pour un nouvel article, 4 astuces pour se cultiver pendant le mois, hihi !

Ça vous agace que j'écrive ainsi ? C'est normal, vous êtes sain.e.s d'esprit. Je ne supporte plus cette façon que les blogueur.se.s ont de débuter leurs billets. Ce n'est pas parce que c'est l'usage sur YouTube que ça doit l'être à l'écrit, je ne comprends pas cette mode. Il faut vraiment que le titre soit prometteur pour me faire aller plus loin que cette phrase d'accroche, ça a tendance à me faire fuir. Premièrement, commencer un article de blog par dire bonjour m'exaspère. Eh oui, je suis impolie, que voulez-vous que j'y fasse ? Deuxièmement, les surnoms débiles me tapent sur le système, je vous demande de respecter votre lectorat. Troisièmement, encore une fois, cessez de tout quantifier et d'utiliser ce vocabulaire insupportable à base de astuce et conseil, ça me donne des bouffées de chaleur.

Voilà, c'était mon quart d'heure râleuse, je ne vous présente pas mes excuses. Cependant continuez à faire ce que vous voulez, mais ce sera sans moi (et bah tant mieux ! diront les rageux.ses). Bref, c'est parti pour une troisième salve : la sélection du mois.


   RÉFLÉXIONS
Tant de gens énervés et à raison, ici Alena Gaponova dit stop. Stop à toutes celles et tous ceux qui viennent lui mettre des bâtons dans les roues, l'empêcher de faire ce que bon lui semble. L'être humain a toujours cherché à disposer du corps des autres (à fortiori les hommes du corps des femmes), sauf que nous sommes en 2018 et si tout est loin d'être gagné, il est grand temps que chacun.e se mêle de ce qui le.a regarde tout en arrêtant de distribuer son avis comme la carte de visite d'un jeune start-upeur macroniste.

Promenade dans les pensées de la Lune Mauve
Je suis tombée sur le billet d'Alena Gaponova via ce post de kReEsTaL. Et du coup voilà, peut-on encore se permettre de se livrer sur Internet ? C'est difficile à dire, moi-même je freine désormais des quatre fers et c'est qu'il faut une couenne solide pour supporter le jugement des autres, aussi infime soit-il.


   MUSIQUE

La musique pop devient de moins en moins joyeuse
Je cite : "Dans un rapport paru dans la revue Royal Society Open Science, des chercheurs de l'université de Californie à Irvine ont analysé 500.000 chansons sorties au Royaume-Uni entre 1985 et 2015 et les ont catégorisées en fonction de l'émotion qu'elles procuraient. Et le résultat n'est pas joyeux." Je vous laisse bien évidemment lire la suite de cet article de Nicolas pour Sourdoreille.

Heureusement que KT Tunstall est là pour nous rendre heureux.ses !
Elle, Mike McCready, guitariste de Pearl Jam, et Leah Julius, bassiste de Thunderpussy (meilleur nom de groupe), ont enregistré une cover de Tom Petty, disparu cet automne, et c'est chouette parce que c'est militant.


Backstages (en anglais)
A quoi ressemblaient les backstages dans les années 1970 ? Esquire nous montre 50 exemples en photos.



   FÉMINISME

C'est un classique qui nous gonfle toutes (et si ça ne vous gonfle pas, soit vous êtes extrêmement patientes, soit vous n'être pas conscientes de votre féminisme), l'injonction à la maternité. Lâchez-nous l'utérus (entre autres). Nadia Daam fait notamment ici référence au livre de Myriam Levain, fondatrice du pure player Cheek Magazine, qui raconte comment elle a décidé de faire congeler ses ovocytes en Espagne.

Le "Vocal Fry", cet effet de voix que l'on reproche aux jeunes Américaines
C'est marrant parce que "j'étudie" le féminisme de près depuis un petit bout de temps maintenant (j'emploie les guillemets parce qu'il ne s'agit pas d'études dans le sens scolaire du terme), je me dis parfois que je sais tout ce qu'il y a à savoir. En fait non, c'est absolument faux, je tombe des nues régulièrement même quand je pense ne plus pouvoir être surprise. J'étais passée à côté de cet article d'Adrienne Rey pour Slate publié en février dans lequel il est question de cet effet de voix de ces femmes qui parlent anglais (les Américaines surtout) qui peut nous faire penser à une sorte de grincement lorsque la voix tombe dans les graves. C'est quelque chose qui peut nous sembler agaçant mais la lecture de cet article m'a sciée, si je m'attendais au pourquoi du comment...


   CULTURE

• Pourquoi j'aime Twitter ?
Notamment pour ce genre de fil, ici Chouquette nous compile les dernières paroles que l'on prête à certains grands écrivains, poètes ou compositeurs.

• Histoire macabre
Sur son blog, Alexandrine nous conte la vie pas très rose de ces femmes, Éléonore de Tolède d'abord, et désormais Kay Sage, artiste et surréaliste. Passionnant !

Arabesques et ballonnés
Le photographe Dean Alexander a réalisé une série de clichés pour une campagne promotionnelle pour le Hong Kong Ballet. Ils ont déjà fait le tour de Twitter mais je les trouve tellement splendides que je ne résiste pas à en publier quelques uns ici.





   LE MOT DE LA FIN

Il y a dix ans, il était hors de question que je mette mon nez dans la musique d'Arctic Monkeys. J'avais une sainte horreur du rock minimaliste et brouillon de jeunes loups fougueux. Heureusement, les gens évoluent. En 2013, l'album AM est sorti et j'étais tombée par hasard sur quelques extraits, ça m'avait un peu réconciliée avec le groupe. Ce mois-ci est sorti Tranquility Base Hotel + Casino et OK, shut up and take my money, c'est hyper imprégné de tout ce que j'aime (à commencer par David Bowie car il faudrait être sourd.e pour ne pas s'en rendre compte).

Un de plus.


Je me suis couchée tôt hier soir. Si j'avais osé, j'y serais allée dès 20h45. C'est moins acceptable en cette saison parce qu'il ne fait pas encore nuit. J'ai finalement zoné dans le canapé jusqu'à 21h30 puis je suis montée. J'ai avancé dans Rebecca de Daphné du Maurier pendant 1h30 et j'ai éteint. Je ne suis pas sûre d'avoir eu un sommeil reposant car j'ai rêvé toute la nuit, ça m'a donné l'impression de vivre une double journée. Le fait est, je me suis réveillée une première fois à 8h puis une seconde vers 10h et une chape de plomb s'est appuyée sur moi jusqu'à 11h30. Impossible de sortir du lit. Je suis épuisée. Je suis éreintée depuis des mois, je n'ai jamais connu une telle fatigue, pas même lorsque j'ai attrapé la mononucléose à 20 ans. Je cumule une fatigue physique et psychologique qui m'empêche tout mouvement.

Ce matin, en ouvrant définitivement les yeux, j'ai fixé mon rideau. J'ai compté les demi-cercles qui forment des feuilles d'arbres. Ils ont d'ailleurs chacun cinq branches doubles. J'ai entendu le même oiseau qui fait un boucan incroyable dans le jardin, chaque soir et chaque matin. Je me demande quel volatile peut brailler comme ça. J'ai constaté que je n'avais plus autant mal aux jambes qu'hier soir. Une larme a coulé, je l'ai essuyée avant que d'autres ne pensent le champ libre. Je me suis finalement levée avec un nuage de brouillard autour de la tête et j'ai enfilé mon pantalon de pyjama, celui qui a des étoiles. Je suis descendue, j'ai fait chauffer de l'eau pour mon thé et j'ai écouté le silence. Pas de télé, pas de musique, surtout pas. Je ne supporte pas le bruit. Je ne l'ai jamais aimé mais je l'ai désormais en horreur. C'est un parasite qui me gêne, m'use et il est tellement présent au quotidien qu'il me fait mal.

Il fait beau, il fait chaud, je pourrais sortir. Je vais donc rester à l'intérieur. Je ne travaille pas le mercredi et est une journée qui passe vite, il n'y a aucune raison pour que celui-ci déroge à la règle. C'est mon anniversaire. J'ai 32 ans. Comme je suis complètement à côté de mes pompes, je ne me suis jamais sentie aussi peu concernée que cette année. J'ai un problème avec cette date. Je sais depuis quand mais je n'en connais pas la cause. Je ressens simplement une tristesse infinie et un malaise profond. J'aime autant que je déteste qu'on pense à moi. C'est juste que je ne sais pas quoi faire de moi, ni de mes réactions. Je ne sais pas recevoir sans me forcer à avoir l'air socialement acceptable, je pense que je ne mérite pas.

A 18h, comme chaque semaine depuis la fin du mois de janvier, j'ai rendez-vous chez le psychiatre. Je souhaite qu'il me répare mais ça prend plus de temps que je ne l'avais imaginé. Je crois que mon état a empiré maintenant que j'ai ouvert les yeux sur des choses, et je ne pourrai jamais faire marche arrière. Le seul point où j'ai avancé, c'est que je me sais porteuse d'une maladie et que j'ai le droit et des raisons de me sentir mal.

A 18h30, comme chaque semaine depuis la fin du mois de janvier, je suis sortie de chez le psychiatre. Cette fois avec une véritable nausée, au point d'avoir les lèvres qui tremblent. Je me suis dit qu'aller chez le psy le jour de mon anniversaire était cocasse et, bizarrement, j'ai ressenti de la fierté. Je ne sais pas d'où me vient ce sentiment.

Il fut un temps où j'étais pleine de névroses. Pendant des années j'ai enchaîné les peurs irrationnelles avec un passage par les troubles du comportement alimentaire. C'est toujours reparti comme c'était arrivé et si désormais ça va mieux de ce côté-là, j'ai le cynisme de penser que ça mettait un peu de piment dans ma vie. Aujourd'hui je suis vide. Je ne pleure plus et je n'arrive plus à m'énerver, j'ai perdu la force de me rebeller. Je suis totalement blasée.

Demain je vais retourner travailler. C'est un contrat qui a fini de bien me défoncer mais qui se termine au tout début de l'été.

Bref, j'ai 32 ans aujourd'hui et je ne suis pas sortie de l'auberge car je vis un raz-de-marée intérieur perpétuel.

J'emmerde le développement personnel.

Salut, c'est le retour de Lucie la râleuse. Avouez que ça vous avait manqué ! Je sais que le titre de cet article est racoleur mais c'est volontaire, il paraît que si on veut faire le buzz (j'ai cette expression en horreur... "faire le buzz", elle me donne des boutons) c'est comme ça qu'il faut faire. D'autant que le terme "développement personnel" est assez large, du moins il l'est devenu. Concrètement qu'est-ce que c'est ? Il s'agit tout simplement d'un ensemble de méthodes consistant à s'améliorer. S'améliorer. Le culte de la performance. Start up nation. Bon, en vrai, ça ne date pas d'hier. Des travaux sur le sujet existent depuis longtemps mais cela reste souvent lié de près ou de loin au courant New Age.

Et le courant New Age, je ne lui veux aucun mal. Si vous croyez à l'existence des anges gardiens et des chakras, que vous soyez adeptes du tarot divinatoire ou de lithothérapie, ça vous regarde et surtout, tant que ça vous fait du bien et que ça vous fait plaisir, c'est tout ce qui compte. Ce qui est dangereux, c'est quand ça dérive vers le charlatanisme. Tant que vous n'essayez pas de me convaincre que l'homéopathie vous soigne, nous resterons ami.e.s. Enfin on s'éloigne du sujet initial que je souhaite aborder aujourd'hui.

Le développement personnel est animé par divers acteurs tels que des coachs. En 2018 il est tout à fait naturel de marcher dans la rue et d'apercevoir une plaque sur un bâtiment sur laquelle est écrit : "Untel, coach en bonheur". Le coaching en bonheur est, à mon sens, une des plus grandes supercheries du XXIe siècle. Recevoir des honoraires pour ça me met très en colère. J'ai eu l'occasion d'assister à une conférence avec une coach en bonheur dans le cadre de mon travail. C'était un vendredi 13, j'ai cru à une blague mais non. J'ai passé deux heures à rouler des yeux tellement loin dans mes orbites que j'ai failli rester coincée, c'était la grande réunion du bullshit. Une farce. J'ai notamment été passablement énervée quand cette femme a expliqué à des gosses de 12 ans (c'était le public visé à ce moment précis) qu'il suffisait d'y croire pour y arriver. Arriver à quoi ? A tout, enfin ! Prenez l'exemple de cet Américain (on a oublié son nom mais existe-t-il vraiment ? J'avoue ne pas avoir vérifié) qui a fini tétraplégique après un accident. La médecine était formelle, jamais il ne remarcherait. Sauf que cet homme n'a pas cru les médecins, il croyait en lui, très, très, très profond, il s'est dit : "Je peux le faire !", et devinez quoi ? Il n'était plus tétraplégique. Ceci est déjà très gênant en soi, mais quand elle a enchaîné sur l'histoire d'une agression physique qu'elle a subie par le passé et qu'elle remerciait cet événement d'avoir eu lieu sans lequel elle ne serait pas devenue la personne qu'elle est aujourd'hui, j'étais livide.


Outre le pognon que brasse le développement personnel grâce à l'édition de tout un tas de bouquins tous aussi profondément indigents les uns que les autres, il y a l'avènement des conseils dispensés par vous, mes ami.e.s blogueur.se.s. Il ne se passe pas une journée sans que je vois un (des !) énième article de blog surgir de la rubrique humeurs ou lifestyle d'Hellocoton, c'est tragique. Voici des exemples concrets :

• le 6 mai, ceci a été publié : "20 choses à faire pour lutter contre la déprime." Parmi ces fameuses choses, la blogueuse nous conseille de voir des gens qu'on aime. Excusez-moi mais quand on déprime pour de vrai, on a envie de voir personne. Elle nous conseille également de pratiquer notre activité préférée, d'écouter de la musique, de lire, bref, ce qu'on fait habituellement quand on n'est pas au taf et que les gosses sont couché.e.s. Le pire est à venir et ce sont aussi mes deux points favoris : noter des pensées reconnaissantes (ou faire preuve de gratitude, la fameuse gratitude à qui j'ai envie de dire nique ta mère) et positiver. Ta gueule. C'est insupportable ! Je n'adresse évidemment pas ces grossièretés à l'autrice de ce blog car il n'y a strictement rien de personnel (hormis le développement (j'adore l'humour)), d'autant que chaque personne qui rédige un article de blog de cet acabit balance les mêmes salades. Non, mon ta gueule s'adresse à cette idéologie infecte, cette croyance que tout peut soudainement aller mieux si on pratique la pensée positive. Mais qu'est-ce que c'est, la pensée positive ? Ça veut dire quoi ? Chouette, il fait beau ! Excellent, aucune trace de vomi de chat dans la cuisine au petit matin ! Génial, j'ai moins d'acné que d'habitude ! D'un coup la vie va mieux, ma dépression est oubliée, je peux enfin vivre une existence normale. Époustouflant.


• le 28 avril, ceci a été publié : "5 conseils pour une vie plus positive !" J'ai envie de casser des trucs. Je ne comprends déjà pas pourquoi il y a cette réelle obsession à tout quantifier, 37 astuces par ci, 92 conseils par là, arrêtez de faire ça. Si votre but est simplement de faire une liste, écrivez des gros points ou bien faites l'effort de construire un texte, c'est dingue ce besoin aussi viscéral de chercher l'essentiel dans la pauvreté. Parmi ces 5 conseils, l'autrice nous dit de prendre sa vie en main. S'accomplir est important, elle l'a écrit noir sur blanc. Je suis certaine qu'elle a voté pour Macron. Elle nous demande également d'arrêter de nous plaindre et de râler. Ah, putain. Je boue tel Vegeta. D'un côté, on nous demande, à nous les dépressif.ve.s (ceci est mon coming out) et autres déprimé.e.s de dire ce qui ne va pas et quand on le fait, on nous demande de ne pas nous plaindre et de ne pas râler. Et la cohérence dans tout ça ? Savez-vous seulement faire la différence entre quelqu'un qui exprime un mal-être et le fait de se plaindre ? Soyez sympas, réfléchissez-y.

Le vrai problème, c'est que les gens ont l'irrépressible envie de toujours donner leur avis et leurs conseils alors qu'on ne les a pas demandés. C'est ainsi qu'on se retrouve avec un méli-mélo de professionnel.le.s auto-revendiqué.e.s et d'amateur.ice.s qui tentent de vous convaincre que votre vie deviendra meilleure en pratiquant l'attitude positive, la grattitude et en arrêtant de se plaindre (je roule encore des yeux en écrivant "se plaindre", je vais finir par aggraver mon strabisme). Sauf que parmi elles et eux, il y en a beaucoup qui sont incapables de faire la différence entre déprime et dépression. Bien qu'elle ne soit pas à négliger, la déprime est un coup de mou passager et connaît des symptômes moins enfoncés que la dépression qui est une maladie et qui ne dure pas quinze jours. Si le fait d'écrire quotidiennement des pensées positives dans un joli carnet vous aide, allez-y, foncez, ce n'est pas le souci. Je suis toutefois très dérangée quand vous ne savez pas de quoi vous parlez, figurez-vous que ça se voit ! Soyez mièvres si ça vous chante mais cessez de croire que ce qui est bon pour vous l'est forcément pour les autres.


Je revendique le droit d'aller mal et de faire ce qu'on peut pour s'en sortir. "Quand on veut, on peut." est une phrase qui ne devrait pas exister, elle n'a aucun sens, elle est fausse. Je vous demande d'arrêter vos injonctions au bonheur, au bien-être, au positivisme. On n'en est pas tou.te.s capables. Par exemple, moi j'adore le soleil. Quand il pleut, j'attends qu'il revienne avec impatience. Mais quand je vais mal (c'est-à-dire souvent) et que le soleil apparaît, je suis un peu contente qu'il soit là mais je baisse les volets parce qu'au fond, il me gêne. Je refuse qu'on m'explique par a+b qu'il est bénéfique pour moi de sortir et de porter des imprimés fleuris, vous n'y connaissez rien. Quand je vous dis que j'ai mal à la tête, je ne me plains pas, je minimise simplement l'explosion qui a actuellement lieu dans mon cerveau. Quant à ma gratitude, je la réserve aux personnes qui m'aident vraiment et ne s'adressent pas à moi comme à une demeurée, à savoir mon mec, mes ami.e.s et mon psy.

N'irait-on pas faire un tour à Porto ? Et bien si.

2018, c'est la première année où je suis vraiment contente de faire partie de la zone B. Nous sommes les derniers du cycle des vacances scolaires et à cause des multiples jours fériés du mois de mai, nos deux semaines se sont transformées en deux semaines et demi et je ne reprends le boulot que le 14 mai. On pourrait penser que j'ai de la chance, que c'est le petit bonheur de l'Éducation Nationale, mais c'est beaucoup plus compliqué qu'il n'y paraît. J'aurai bien l'occasion de vous raconter mes conditions de travail une fois que le glas de mon CDD aura retenti (can't wait).

Alors étant donné que la santé ça va pas fort et que, surtout, nous avons subi (dans ma région du moins) beaucoup trop de pluie, de froid et de grisaille depuis le mois de janvier (au moins), avec mon très cher partenaire de vie nous avons mis les voiles vers le Portugal, à Porto très exactement. Pourquoi ce choix ? Parce que j'avais besoin de soleil et que cette région est réputée pour son ensoleillement quasi permanent (CQFD), parce que je connais plusieurs personnes qui y sont allées et qui ont adoré, parce que c'était pas cher en partant de l'aéroport de La Rochelle (soit à 1h10 de chez moi en voiture) et parce que je ne connais pas du tout le Sud de l'Europe, je n'avais d'ailleurs jamais été plus au Sud que Fréjus (par contre j'ai pas mal visité le Nord et l'Est).


On n'est pas resté très longtemps, on a passé trois jours pleins sur place, et ça a été suffisant pour faire une bonne grosse déconnexion. C'est la première fois de ma vie que je voyage sans stress ni angoisse du début à la fin et que je prends le temps d'apprécier ce que je fais, vois et vis. Et, alors que je ne suis pas superstitieuse pour un sou, une succession de choses sympathiques, comme des signes, se sont déroulées tout au long de mon séjour me donnant ainsi l'impression que cette ville et ce pays m'accueillaient à bras ouverts en mode "Viens-là ma caille que je te fasse un gros câlin.". Exemples concrets : à chaque fois qu'on arrivait dans un resto pour manger et qu'il était plein, deux personnes libéraient une table pile au moment où on entrait. Ou encore : un resto qu'on nous avait conseillé diffusait mon album préféré de David Bowie pendant qu'on mangeait. Et aussi : on s'est décidé au dernier moment à faire une petite croisière d'une heure sur le Douro, on est arrivé 10 minutes avant le départ du bateau. Ça et le simple fait de décoller à chaque fois d'une piste très proche de la mer (La Rochelle et Porto, donc) me suffit à me faire du bien parce que, sans aucun nuage, la vue est vraiment splendide.

Là où on a bien mangé et bien bu et que, vivement, je recommande :

Restaurant Caldeireiros (conseillé par Clémentine)
Rua dos Caldeireiros 139
4050-140 Porto
Nous avons dîné ici le soir de notre arrivée. Une fois assis, l'attente des plats était assez longue. Ça ne nous a pas posé de problème parce que d'une part, nous étions en vacances et, d'autre part, le serveur était ultra gentil et nous a offert l'apéro et le dessert, et il nous a surclassés en vin parce que celui qu'on avait choisi n'était plus disponible. J'ai directement pris la fameuse Francesinha dont tout le monde me parlait tant mais je n'ai pas été convaincue. Beaucoup trop de viande et un trop gros goût de ravioli à mon sens (j'aime pas trop les raviolis). Toutefois, je suis sortie du resto complètement pompette à cause de la bouteille de vin Kopke qu'on s'est bu entièrement à deux et je suis rentrée dans notre Airbnb en chantant "lalala".

Restaurant A Sandeira (conseillé par Lyonel)
Rua dos Caldeireiros 85
4050-140 Porto
Alors là, s'il ne devait en rester qu'un, ce serait celui-là. Premièrement, le resto est tenu par des filles badass. Deuxièmement, c'est ici qu'on mange au son de David Bowie. Troisièmement, j'ai jamais mangé un sandwich à la sardine aussi délicieux et bu une citronnade maison aussi excellente (les produits sont frais et de qualité !). De plus, le rapport qualité-prix est exceptionnel et, de manière générale, il est tout à fait normal à Porto de boire un café à 80 cts (ça vous en bouche un coin, n'est-ce pas ?).

Les chais et les caves Taylor's
Rua do Choupelo 250
4400-088 Vila Nova de Gaia
Évidemment, quand on va à Porto et qu'on aime en boire, il est crucial de visiter des caves. Le Guide du Routard conseillait d'aller chez Taylor's parce que les caves sont à priori les plus impressionnantes. Vous allez me dire que Taylor est un nom qui ne sonne pas très portugais et vous aurez raison car c'est totalement anglo-saxon. C'est parce que les Anglais aimaient bien boire du vin de Porto il y a quelques siècles et qu'ils s'étaient mal mis avec nous autres Français alors ils ont débarqué au Portugal pour leur petit business. Je vous la fais courte car je n'ai pas été très attentive à ce que me racontait l'audio-guide, j'attendais la dégustation en fin de parcours. Le fait est qu'on arrive dans une cour où il y a des paons (des paons !!!) et où on vous sert deux verres de Porto, du rouge et du blanc, à siroter au soleil avec vue sur les palmiers. Croyez-moi, ça valait le coup de se coltiner toutes les petites rues à monter à pied (oui, ça monte, et pas qu'un peu. J'ai beau avoir été prévenue, ça surprend quand même).


Restaurant Peebz
Rua da Sra. da Luz 448
4150-274 Porto
Autant j'ai bu et mangé local un maximum, autant ici l'appel du burger a été trop tentant. Situé en bord de mer, ce fast food propose une carte pas forcément hyper fournie mais la moitié des burgers sont disponibles en version végétarienne. J'ai mangé un truc à base d'huile de truffe et il y avait des copeaux de parmesan dans mes frites, j'ai rarement ingéré un burger aussi bon de toute ma vie. Je bave encore rien que d'y repenser. On peut aussi y boire de la bière portugaise et (encore !) de la citronnade maison. C'est un vrai bonheur parce que j'ai été marquée par tous les citronniers lourds de leurs citrons vus dans tous les jardins, ça m'a vraiment rendue heureuse. Depuis, je rêve d'avoir mon propre citronnier (j'ai des plaisirs simples).

Marché temporaire do Bolhão
Temporaire parce qu'à l'origine, ce marché se trouve rua Formosa (4000-214) mais il est actuellement en travaux, il se trouve donc en attendant près d'un centre commercial. Dans l'absolu il n'y a pas grand chose de fou, c'est un marché classique, mais c'est l'occasion d'acheter des produits frais, locaux et fortement délicieux. Un soir on s'est fait nos petites courses, on a acheté un chorizo, un fromage de brebis pimenté et un putain de kilo de fraises. Pendant qu'on déambulait, j'ai frôlé l'orgasme en buvant un smoothie à la pastèque, vous imaginez bien comme il était grand temps pour moi qu'on sorte de l'hiver.

Voilà pour ce qui est de boire et manger. Pour le reste, le meilleur des plans reste la balade à pieds parce qu'il y a moult choses à voir. Mes yeux se sont posés sur chaque palmier, chaque citronnier et chaque azulejo sur les murs des maisons et des églises. Il est cool de passer par la cathédrale Sé qui est en hauteur (une vraie forteresse) parce que non seulement la vue sur Porto est fantastique mais aussi parce qu'il y a un type qui joue de la trompette et l'acoustique est extraordinaire. On peut aussi visiter la librairie Lello qui m'a un poil déçue, je le confesse. Je m'attendais à un lieu gigantesque et c'est assez petit et blindé de monde. Elle date de 1869 et conserve son look d'origine, c'est sûrement une des plus belles librairies d'Europe (et de toute façon réputée comme telle) et elle a inspiré J.K. Rowling pour Harry Potter. Passer par la gare São Bento est aussi un must. Une gare peut déjà être un lieu assez cool, alors si en plus elle est belle... Traverser le Douro par le pont Dom Luís (conçu par un collaborateur de Gustave Eiffel donc imaginez une tour Eiffel horizontale) est une expérience certaine, pas facile toutefois si on a le vertige. Le métro passe au milieu laissant ainsi les piétons sur les bords, autant vous dire que les sensations sont garanties. Mais ça vaut le coup parce que là encore, c'est l'occasion de prendre de belles photos de la vue avec neuf chances sur dix d'immortaliser un goéland en plein vol.

Enfin, il faut bien dormir quelque part. Première fois que nous testions Airbnb et c'était la meilleure idée du siècle. On a été accueillis chez Maria pour 35€ la nuit avec tout le confort, toute la propreté et toute la gentillesse de notre hôte qu'il est possible d'avoir. Je ne peux que recommander cet appartement, c'était royal.

Moi qui n'ai longtemps juré que par l'Europe du Nord et de l'Est, me voici donc à la découverte du Sud et je suis ravie. Je ne regrette pas d'être partie au mois de mai parce qu'il y avait un peu de monde, certes, mais habituellement je pars l'été et c'est surpeuplé où qu'on aille. Ce voyage m'a fait un bien fou et je pense même que c'est un des meilleurs que j'ai fait.

Vue sur la Ribeira depuis le pont Dom Luís.

Gare São Bento.


Librairie Lello.





Je peux vous dire que tous les palmiers de La Roche-sur-Yon ne font certainement pas cette taille.


Le clin d'œil de la fin du séjour.