Critique foutraque d'un roman foutraque : Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian Holt.

Oh là là les ami.e.s, avant les vacances je me suis foutue dans un de ces bourbiers ! J'ai cru que je n'allais jamais m'en sortir, c'était effarant. Je vous expliquais le mois dernier que je souhaitais lire la suite officielle de Dracula de Bram Stoker suite à ma relecture de ce dernier. Le jour où j'ai pris cette décision, j'aurais mieux fait de me crever les yeux. Quand j'ai refermé le livre, je me suis posé mille questions et la pensée qui tournait en boucle dans mon cerveau était que Dacre Stoker avait juste envie de s'attribuer une petite place sous le soleil du succès de son aïeul. Ce qu'il a écrit est absolument imbuvable, je suis choquée parce que je ne pourrai plus jamais visualiser les personnages du roman original sans me souvenir de leur futur débilitant. En même temps, c'est un risque de l'on prend quand on s'attaque à un sequel. C'est aussi humain que barbare, on aimerait tant savoir ce que les personnages sont devenus et une fois qu'on est mis.e au courant, on pleure de déception. Avant-propos :
C'est de surcroît le seul et unique ouvrage à avoir reçu l'approbation de la famille Stoker, et c'est la première fois depuis le film de Todd Browning que celle-ci soutient une adaptation de l'œuvre originale de Bram.
Hahaha. Chez les Stoker il y a des gros problèmes de droits, c'est pour ça qu'il n'y a que le train qui n'est pas passé sur Dracula et son mythe, n'importe qui peut faire ce qu'il.elle veut de l'histoire. Dacre Stoker est juste un enfant gâté qui voulait se réapproprier le bousin et puis c'est tout. Vous savez ce qui me désole le plus ? C'est que j'ai commencé à écrire ce billet mais je ne sais même pas par quoi commencer tellement il y a à dire, j'ai pris sept pages de notes au cours de ma lecture, ça ne m'est jamais arrivé. Ce sera donc sûrement un article foutraque mais ça ne le sera pas autant que cet affreux roman. Que je vais spoiler, autant que vous soyez prévenu.e.s.


Voici donc de quoi on parle : Dracula l'Immortel que Dacre Stoker, arrière-petit-neveu de Bram Stoker, a écrit en collaboration avec Ian Holt, un expert de Dracula auto-proclamé (je n'ai aucun problème avec ça, je vous le dis tout de suite). A la fin, on peut lire la postface d'Elizabeth Miller, universitaire canadienne spécialiste de Dracula, qui dit :
Dracula l'Immortel est la suite à multiples facettes d'un roman donnant lieu à diverses interprétations. Dacre Stoker et Ian Holt ont embrayé sur la vie et la destinée des personnages survivants de l'histoire originale : le Dr John Seward, Arthur Holmwood, Abraham Van Helsing, Jonathan et Mina Harker. Pour avois jadis croisé le chemin de Dracula, tous ont souffert de préjudices irréparables dans leur existence personnelle et professionnelle. Seward a succombé à une dépendance totale à la morphine. Arthur a cherché en vain à se consoler de la perte de sa chère Lucy dans un autre mariage, et s'est ainsi isolé de ses anciens amis. Van Helsing, à présent un vieillard, est encore obsédé par l'idée de traquer à tout prix le monstre. Quant à Jonathan et Mina, leurs souvenirs respectifs de Dracula auront irrémédiablement souillé leur union.
Tout un programme. J'ai surtout eu l'impression de lire la suite du film de Francis Ford Coppola plutôt qu'autre chose tellement c'était romantique. C'est dommage, ça aurait presque pu être cool vu que ce film est merveilleux. Ce texte de presque 500 pages m'a rappelé ce que je pouvais écrire à 12 ans alors que j'étais hyper inspirée par les fictions que je regardais à la télé.

Outre les indices donnés plus haut via Elizabeth Miller, il faut savoir que le personnage central de ce bouquin est Quincey Harker, le fils unique de Mina et Jonathan. Il est question de sa naissance à la toute fin du roman de Bram Stoker. Il a désormais 25 ans et souhaite devenir acteur alors que son père, toujours notaire, est contre. Quant à Mina, elle est subitement devenue une ancienne aspirante journaliste alors qu'elle faisait en sorte de devenir institutrice chez Stoker Senior. Enfin peu importe, elle a de toute façon laissé ses rêves de côté, quoi qu'ils soient, pour devenir une bonne femme d'intérieur comme on aime. Publié en 1897 et sans indication réelle de date à l'intérieur du roman original, on suppose donc fortement que l'histoire est contemporaine mais Stoker Jr et Holt se sont dit que placer les événements en 1888 était judicieux. Vous aussi vous voyez venir la finesse du délire ? Et puis pourquoi on n'ajouterait pas un autre personnage sanguinaire tout aussi historique que légendaire ? Par exemple, une femme... hongroise... du XVIe siècle... qui prenait des bains du sang de jeunes filles vierges fraîchement assassinées... Oui, voilà, vous l'avez, Erzsébet Báthory. Mais enfin pourquoi faire bordel... Tant qu'on y est, il serait dommage de ne pas carrément ajouter le personnage de Bram Stoker pour solidifier ce marasme. Et puis quitte à parler de lui, autant ne pas dresser un portrait très reluisant. Et avec des raccourcis stupides pour justifier sa présence. Ah, on me dit dans l'oreillette que c'est le cas. OK vu.

Comme dans un bon film d'horreur classique, les personnages crèvent tous les uns après les autres. Par exemple, Jonathan se fait empaler sur un pieu en plein milieu de Piccadilly Circus mais personne n'a rien vu, c'est magique. On se retrouve dans une intrigue à la Scooby-Doo sans savoir où on va puisqu'on n'arrête pas de nommer Dracula en supposant qu'il est toujours vivant (wait for it) et sans savoir ce qui se passe et puis paf, en fait Dracula n'est pas mort. Au moment où j'en ai eu la preuve au cours de ma lecture, j'ai eu du mal à m'arrêter de rigoler. On apprend donc qu'il a mené sa petite vie de mec non-mort mais c'est seulement au bout de 25 ans que Mina recommence à se sentir sous son emprise (elle a été mordue dans le roman original mais sa transformation s'arrête à la mort de Dracula, on a donc du mal à piger tout ce qui arrive dans la suite). Voyez par vous-mêmes : "Elle reconnut la voix de son prince noir qui l'implorait [...] Mina sentit Dracula prendre le contrôle de son corps." Allo, c'est quoi ça ?! Son prince noir ? Alors qu'elle ne pouvait pas le voir en peinture dans le roman de Stoker Sr et qu'il avait même une haleine fétide ? Attendez Messieurs Stoker Jr et Holt, ne me faites pas rire, bientôt nous allons apprendre que Dracula est en fait un gentil, qu'il en a après Báthory et pas le petit groupe mené par Van Helsing, qu'il a couché avec Mina et qu'il est en fait le vrai père de Quincey, t'sais... Ah, c'est vraiment ce qui arrive ? Stoker et Holt écrivent même : "Dracula était certes un assassin, mais dénué de cruauté." Voilà, fin de la blague (qui n'en est pas une mais j'aurais préféré).

En plus de tout ce délire sous coke, c'est écrit avec le cul, blindé de phrases toutes faites et ridicules dignes d'un nanar hollywoodien des années 1980. Ah, et si vous vous posiez la question, oui, c'est tout aussi sexiste que l'œuvre de tonton : "Hormis ses pulsions charnelles, un homme agit avec sa tête et suit sa logique. Alors qu'une femme écoute son cœur et seules ses émotions lui dictent ses décisions." Quelles écervelées nous faisons, alors, pfiou !

Je ne sais même pas comment terminer ce billet, franchement ça ne mérite pas de conclusion tellement ça m'énerve. Tiens, allez, je me casse.

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