Marie-Blanche, les Tuvache, Harry Quebert, un multi-suicidé : dernières lectures.

Avant d'aborder les dernières réjouissances littéraires (oui, je ne fais que lire en ce moment, c'est du jamais vu), j'aimerais vous présenter une nouvelle recrue de la blogosphère qui s'appelle Boule de Campagne. Pour ne rien vous cacher, il s'agit de ma copine Mélanie, il lui arrive d'intervenir dans notre émission de radio, et elle écrit très bien. Elle va cibler un certain auditoire mais je ne vous dirai pas lequel, vous vous en rendrez compte en vous rendant sur son blog et, comme ça, ça lui fera des vues.

Sinon oui, je vais encore vous parler de bouquins. En prenant mes petites photos des ouvrages en question, je me suis rendue compte qu'il ne s'agissait que d'auteurs masculins et j'ai réalisé qu'ils comptaient pour 90% de mes lectures, ce que je trouve plutôt dommage puisque je suis toujours plus féministe chaque jour durant et que je lis de plus en plus. C'est pourquoi j'ai accordé mes violons cette semaine et je suis allée m'offrir six nouveaux livres exclusivement écrits par des autrices, peut-être un peu mainstream mais j'ai besoin de consolider mes bases (de type Virginie Despentes, pour ne citer qu'elle). En attendant, il va s'agir de :



Marie-Blanche, de Jim Fergus (2011)

Voilà un roman qui m'a fait passer par tous les états émotionnels. Je l'avais depuis quelques années dans ma bibliothèque sans jamais avoir pris le temps de le lire, j'avais dû voir une critique quelque part et qui m'a ambiancée. Il faut dire que je peux assez facilement aimer les histoires familiales qui remontent sur plusieurs générations, d'autant plus quand il est question de femmes (sans déconner, me direz-vous). Marie-Blanche c'est ça, l'histoire complète, quoique très romancée, de la mère et la grand-mère maternelle de l'auteur. En 1995, Jim Fergus a visité cette dernière, très âgée et dépendante, dans le but de comprendre l'histoire et la vie de ses aïeules françaises ayant migré aux États-Unis. Marie-Blanche est le nom de la mère de l'auteur, morte en 1966 quand il avait 16 ans. Elle avait une relation très conflictuelle avec sa mère, Renée, qui elle-même a dû pas mal se battre pour se faire une place dans la société. L'aristocratie, même, ici pourrie jusqu'à la moelle. Alors, évidemment, ce n'est pas le livre rêvé pour une condition féminine optimale, loin s'en faut. Il y est notamment question d'un oncle pervers et dominateur, une pure ordure pédophile dont la dépravation n'est pas suffisamment clairement traitée comme telle selon moi. J'aurais aimé que l'auteur prenne davantage parti, ça m'a beaucoup gênée. Ça et un passage (page 515 précisément) qui justifie les violences faites aux femmes. Je veux bien m'adapter à un contexte mais tout de même, il ne faut pas trop pousser. Hormis ces défauts conséquents, je me suis attachée aux personnages et surtout à Marie-Blanche. Je l'ai prise en pitié et j'ai eu l'impression de la comprendre, son destin tragique (évoqué dès le départ) m'a bouleversée. Je reste toutefois convaincue que ce roman aurait pu être différent s'il avait été écrit par une femme (comme tant d'autres choses... ah, si seulement...).


Le Magasin des Suicides, de Jean Teulé (2007)

Celui-là, bien que le titre m'a tout de suite attirée, je m'en suis quand même méfiée. J'ai un vrai problème avec ce genre de dimension fantastique, j'ai d'ailleurs également douté d'Une parfaite journée parfaite de Martin Page, du même acabit, surtout après avoir dû refermé La Mécanique du cœur de Mathias Malzieu avant la fin car il m'avait bien saoulée. Alors oui, en effet, ne comparons pas l'incomparable, mais en fait si, je me permets de le faire, parce que ce genre de roman est, pour moi, à mettre dans le même panier. Le Magasin des Suicides est une sortie de petite dystopie et c'est surtout l'histoire d'un magasin qui vend des méthodes de suicide. Il est tenu par Lucrèce et Mishima Tuvache avec leurs trois enfants, Vincent, Marilyn et Alan. Une très grosse allure de famille Addams, c'est très clair. C'est un livre aussi drôle que cynique, confit à l'humour noir mais avec une fin qui m'a laissée sur le séant. Déjà, j'ai dû la relire parce que je n'avais pas compris la première fois. Ensuite il m'a fallu demander l'avis d'autres lecteur.ices et, enfin, chercher une explication de l'auteur. Même si j'ai compris cette dernière, ça ne m'a pas laissée moins déçue par ce choix de fin. Remboursée !


La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker (2012)

Ah ! Voilà un excellent roman sur toute la ligne ! Je l'avais acheté sur les conseils d'une amie et je crois savoir qu'il a remporté moult prix et distinctions, je comprends pourquoi. Avec ses 800 pages, j'aurais pu m'attendre à d'interminables logorrhées et autres descriptions chiantes pendant lesquelles l'auteur s'écoute parler (facteur qui arrive au moment où j'écris ces lignes puisque je suis en train de lire un roman un peu pénible, je vous en parlerai), mais pas du tout. J'ai trouvé cette enquête policière - car c'est une enquête policière - passionnante du début à la fin. Elle raconte comment Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, se voit affublé du syndrome de la page blanche pour son prochain roman, se confie à son mentor et tout aussi écrivain Harry Quebert mais constate que celui-ci est mêlé à la disparition d'une adolescente trente ans plus tôt. Là encore, il y a des choses gênantes, du genre relation inquiétante entre la disparue, 15 ans, et un type de deux fois son âge. C'est toutefois traité plus intelligemment que dans Marie-Blanche, m'évitant ainsi d'être horrifiée toutes les deux pages. Et puis ce que j'ai bien aimé, c'est que, en réussissant à ne pas en faire des caisses, l'auteur cumule les retournements de situation. En plus, comme je suis naïve, je ne devine jamais ce qui va se passer alors j'ai écarquillé les yeux un certain nombre de fois. En tout cas, je ne peux pas m'empêcher de me dire que l'auteur est franchement balèze, écrire un tel bouquin à seulement 27 ans, je dis bravo. Alors bravo Joël. De plus, le livre est en cours d'adaptation en série (par Jean-Jacques Annaud) et on peut suivre l'avancement sur le compte Instagram de l'auteur. Je ne suis pas tellement convaincue par le choix de l'acteur pour interpréter Harry Quebert mais j'attends de voir, j'imagine qu'il y a une explication.


Une parfaite journée parfaite, de Martin Page (2002)

Ce roman-là m'avait été conseillé par l'ex de ma meilleure amie et comme leur relation ne s'est pas terminée de façon très sereine, j'ai mis du temps à le lire. J'ai fait une fixette jusqu'à ce que j'oublie d'où il vienne et repose mes yeux dessus accidentellement. Je vais placer un petit trigger warning parce que le titre n'est pas aussi évident que Le Magasin des Suicides, or il est aussi question de... suicide. Mais de suicide cynique. C'est-à-dire que c'est l'histoire d'un type qui se suicide plusieurs fois dans la journée et puis qui reprend son train-train quotidien juste après. Et oui, parce que pas le temps de niaiser. D'autant que le protagoniste y met tout son cœur, quatrième de couverture : "Tenter de se suicider peut être une occupation très prenante. Une journée durant, un homme s'attèle à la tâche : bricolage de chaise électrique, cocktail explosif d'anti-dépresseurs, tout y passe. Pour celui qui collectionne les émotions de ses collègues et prend des vacances dans un ascenseur, rien n'est simple... On peut se sentir inadapté à la vie et, bizarrement, ne pas parvenir à la quitter." J'ai bien aimé ce livre parce que j'aime la dimension chimérique qu'on donne au suicide, à la mort, à la dépression même si celle-ci n'est pas toujours clairement évoquée, ça rend tout ce marasme moins pathétique et drôle. C'est tout à fait ce que je recherche, j'ai moi-même besoin de rire, ou, du moins, sourire, de toutes ces conneries. Donc Martin Page a eu toute ma bénédiction.