Cinéma #21 - The Post (Pentagon Papers), célébration d'une femme forte et de la liberté de la presse.

En cette délicieuse journée internationale des droits des femmes (et non pas "journée de la femme" ou "journée internationale des droits de la femme", je vous rappelle que nous ne sommes ni des objets uniquement aptes à sourire en recevant des fleurs et que, en plus, il n'existe pas qu'un seul type de femme) j'avais décidé de me tenir éloignée des réseaux sociaux et de toute source d'agacement. Sauf que je n'ai pas tenu, évidemment. N'étant pas patiente de nature et l'étant de moins en moins en vieillissant, ma contribution la plus élaborée a été de distribuer des ta gueule sur Twitter. Je n'ai pas pris de grand risque étant donné que je me suis obligée à protéger mon compte depuis hier, en effet un abruti de fond de cuve des Internets essaie tant bien que mal de me foutre la trouille à base de vaines menaces en ne sachant absolument pas de quoi il parle (je pense qu'il a 12 ans grand max). A part m'imposer l'incohérence de sa présence, il ne se passe pas grand chose de plus. Mais enfin, si je veux avoir un peu la paix... Du coup j'ai tenté de glander toute la journée et puis ce soir, je me suis rendue dans mon cinéma préféré, Le Concorde, pour un ciné-débat autour de The Post (Pentagon Papers) de Steven Spielberg et de la liberté de la presse, en partenariat avec Le Club de la Presse de Vendée.


L'histoire se déroule en 1971, quatre ans avant la fin de la guerre du Vietnam. Katharine Graham (Meryl Streep) est la première femme directrice de la publication d'un plutôt gros quotidien américain, à savoir le Washington Post. Elle a succédé à son défunt mari, Phil Graham, lui-même ayant succédé au père de son épouse (sic), Eugene Meyer, qui avait acheté aux enchères en 1933 ce qui n'était alors qu'un petit quotidien régional en faillite. Ce n'était pas le destin prévu de Katharine Graham puisque, comme vous le savez tou.te.s, la place d'une femme n'est certainement pas ailleurs que dans une cuisine ou une nursery (sic bis), mais le suicide de Phil a changé la donne. Le film illustre parfaitement son changement de place : elle a beau être une femme influente, elle manque cruellement de confiance en elle (comment faire autrement quand tout le monde (= les hommes) croit, dit et répète que ce n'est pas votre place ?), a de la peine à faire entendre sa voix et demande toujours conseil à ses homologues masculins. On la voit prendre du galon dans son cheminement personnel, non sans la trouille au ventre, et en tant que femme, ça m'a fait un bien fou. Je repense à cette scène superbe où elle sort du tribunal dans l'indifférence générale des hommes et où les femmes, en retrait, la regardent toutes descendre les marches avec admiration... J'ai eu des frissons.

Et puis aussi, quelle vérole ce Nixon ! Car si nous assistons à une progression féministe, il est aussi question de la liberté de la presse. Je vous le disais plus haut, nous sommes en plein dans la guerre du Vietnam, sous la présidence de Richard Nixon. Un énorme scandale éclate, le gouvernement savait depuis longtemps que cette guerre était une cause perdue mais continuait quand même à mettre la zone au Vietnam. C'est Katharine Graham qui doit prendre la décision de publier ou non le scandale et c'est compliqué parce qu'elle et son journal risquent la cour suprême alors qu'elle essaie de le redresser financièrement.
Une phrase ressort dans le film et a été soulignée pendant le débat : "La presse doit aider les gouvernés, pas les gouvernants." En effet, les pontes du journal ont des accointances avec les politiques, ainsi Ben Bradlee (Tom Hanks), le rédacteur en chef du Washington Post, a copiné avec John Fitzgerald Kennedy. Entre autres. Je vous laisse imaginer son ressenti quand il apprend que tous les présidents américains mentent au peuple depuis trente ans... Toutefois ce film est une ode à la démocratie et démontre l'indépendance de la presse ainsi que son engagement envers le peuple. De plus, tout est bien expliqué, le scénario est accessible sans nous prendre pour des neuneus et j'apprécie. Je parle de ça parce que je ne me suis jamais autant sentie laissée sur le bas-côté que quand j'ai regardé The Big Short : je n'ai absolument rien compris.

Alors voilà, il faut voir The Post (Pentagon Papers) pour toutes ces raisons-là, et aussi parce que Meryl Streep est une femme exceptionnelle. Si avec tout ça je ne vous ai pas donné envie, je ferme ce blog.

Katharine Graham (1917-2001)

4 commentaires:

  1. Tu m'as donné envie d'aller le voir :)

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    1. En digne héritière de la Meryl Streep way of life que tu es, j'espère bien !

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  2. J'ai beaucoup aimé ce film alors que j'y suis allée sans grande conviction : je trouve les films de Spielberg toujours un peu chiant et convenu. Pas de ça ici! Si le film est très classique dans sa forme, on ne s'y ennuie pas une seule seconde. J'ai beaucoup apprécié le jeu de Meryl Streep, tout en retenu, qui nous fait bien ressentir ce que c'était que d'être une femme à cette époque, dans ce milieu.
    Et bien sur, voir des journalistes se battre pour faire leur boulot avec intégrité et informer vraiment le public, à l'heure où BFM et cie ne servent plus qu'à assurer le SAV du pouvoir en place, ça fait plaisir et ça nous rappelle ce qu'est vraiment le métier de journaliste et sa nécessité dans tout pays qui se dit démocratique.
    Un film à voir.

    Dommage que ton concours ne remporte pas plus de succès, c'est original. Si j'étais à Paris ça m'aurait bien dit.

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    1. C'est marrant que tu soulèves ce point parce que pendant le débat (qui a eu lieu après le film), un spectateur a évoqué le "journalisme de complaisance". Le journalisme convaincu avec convictions politiques ne date pas d'hier et les journaux ne s'en cachent pas, après il y a une vraie question du traitement de l'information, notamment avec BFM par exemple en effet, qui peut nous sembler problématique. Après, de là à différencier vrai et faux journaliste, je ne m'engagerai pas là-dedans, n'étant pas du métier et n'ayant certainement pas toutes les cartes en main :)

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