Un de plus.


Je me suis couchée tôt hier soir. Si j'avais osé, j'y serais allée dès 20h45. C'est moins acceptable en cette saison parce qu'il ne fait pas encore nuit. J'ai finalement zoné dans le canapé jusqu'à 21h30 puis je suis montée. J'ai avancé dans Rebecca de Daphné du Maurier pendant 1h30 et j'ai éteint. Je ne suis pas sûre d'avoir eu un sommeil reposant car j'ai rêvé toute la nuit, ça m'a donné l'impression de vivre une double journée. Le fait est, je me suis réveillée une première fois à 8h puis une seconde vers 10h et une chape de plomb s'est appuyée sur moi jusqu'à 11h30. Impossible de sortir du lit. Je suis épuisée. Je suis éreintée depuis des mois, je n'ai jamais connu une telle fatigue, pas même lorsque j'ai attrapé la mononucléose à 20 ans. Je cumule une fatigue physique et psychologique qui m'empêche tout mouvement.

Ce matin, en ouvrant définitivement les yeux, j'ai fixé mon rideau. J'ai compté les demi-cercles qui forment des feuilles d'arbres. Ils ont d'ailleurs chacun cinq branches doubles. J'ai entendu le même oiseau qui fait un boucan incroyable dans le jardin, chaque soir et chaque matin. Je me demande quel volatile peut brailler comme ça. J'ai constaté que je n'avais plus autant mal aux jambes qu'hier soir. Une larme a coulé, je l'ai essuyée avant que d'autres ne pensent le champ libre. Je me suis finalement levée avec un nuage de brouillard autour de la tête et j'ai enfilé mon pantalon de pyjama, celui qui a des étoiles. Je suis descendue, j'ai fait chauffer de l'eau pour mon thé et j'ai écouté le silence. Pas de télé, pas de musique, surtout pas. Je ne supporte pas le bruit. Je ne l'ai jamais aimé mais je l'ai désormais en horreur. C'est un parasite qui me gêne, m'use et il est tellement présent au quotidien qu'il me fait mal.

Il fait beau, il fait chaud, je pourrais sortir. Je vais donc rester à l'intérieur. Je ne travaille pas le mercredi et est une journée qui passe vite, il n'y a aucune raison pour que celui-ci déroge à la règle. C'est mon anniversaire. J'ai 32 ans. Comme je suis complètement à côté de mes pompes, je ne me suis jamais sentie aussi peu concernée que cette année. J'ai un problème avec cette date. Je sais depuis quand mais je n'en connais pas la cause. Je ressens simplement une tristesse infinie et un malaise profond. J'aime autant que je déteste qu'on pense à moi. C'est juste que je ne sais pas quoi faire de moi, ni de mes réactions. Je ne sais pas recevoir sans me forcer à avoir l'air socialement acceptable, je pense que je ne mérite pas.

A 18h, comme chaque semaine depuis la fin du mois de janvier, j'ai rendez-vous chez le psychiatre. Je souhaite qu'il me répare mais ça prend plus de temps que je ne l'avais imaginé. Je crois que mon état a empiré maintenant que j'ai ouvert les yeux sur des choses, et je ne pourrai jamais faire marche arrière. Le seul point où j'ai avancé, c'est que je me sais porteuse d'une maladie et que j'ai le droit et des raisons de me sentir mal.

A 18h30, comme chaque semaine depuis la fin du mois de janvier, je suis sortie de chez le psychiatre. Cette fois avec une véritable nausée, au point d'avoir les lèvres qui tremblent. Je me suis dit qu'aller chez le psy le jour de mon anniversaire était cocasse et, bizarrement, j'ai ressenti de la fierté. Je ne sais pas d'où me vient ce sentiment.

Il fut un temps où j'étais pleine de névroses. Pendant des années j'ai enchaîné les peurs irrationnelles avec un passage par les troubles du comportement alimentaire. C'est toujours reparti comme c'était arrivé et si désormais ça va mieux de ce côté-là, j'ai le cynisme de penser que ça mettait un peu de piment dans ma vie. Aujourd'hui je suis vide. Je ne pleure plus et je n'arrive plus à m'énerver, j'ai perdu la force de me rebeller. Je suis totalement blasée.

Demain je vais retourner travailler. C'est un contrat qui a fini de bien me défoncer mais qui se termine au tout début de l'été.

Bref, j'ai 32 ans aujourd'hui et je ne suis pas sortie de l'auberge car je vis un raz-de-marée intérieur perpétuel.

4 commentaires:

  1. Parpaing confus23 mai 2018 à 23:47

    Pour ce que ça vaut, je trouve que tu écris de mieux en mieux. J'ai toujours aimé ta plume mais cet article est particulièrement bien rédigé.
    Bon anniversaire <3

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  2. Je te souhaite un joyeux anniversaire et que te souhaite également de te de sentir mieux :)

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  3. Je t'envoie toute ma sympathie et plein de bisous virtuels (ils bavent pas et ils ont pas de microbes) ♥

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  4. Ananas sudiste31 mai 2018 à 02:55

    J'ai bien aimé cette façon d'écrire ta journée. Des anniversaires chez le psy, ça me parle aussi.
    Tu ne te sens pas un tout petit peu soulagée de savoir (même si tu l'as peut être toujours senti) que ce n'est pas de ta faute, ce mal être? C'est peu de choses de le savoir et pourtant ça fait une différence énorme dans le regard que tu peux porter sur toi... je te souhaite des moments tranquilles pour "faire avec" toi.

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