Daphné, Rachel et Rebecca.

Et voici le premier billet de juin le 20 de ce mois ! Des lustres que je veux l'écrire mais je manque de temps. Le peu que j'ai pour moi, je fais la sieste, me couche tôt et bad dans mon canapé, il est temps que je sois au chômage (ceci n'est pas une blague). Enfin je ne vais pas me plaindre, c'est grâce à mon job actuel que j'ai le pouvoir d'enchaîner les lectures (je vous expliquerai), c'est un point positif non négligeable pour la mauvaise lectrice que je suis généralement. Avant l'automne, si je lisais un livre par an c'était déjà une avancée. Depuis janvier, j'ai lu 10 livres et je suis actuellement en train d'en lire 4, allant du petit bouquin de 200 pages à la brique de 800. Alors oui, évidemment, si tu es booktubeur.se, tu peux te foutre de ma gueule et je ne t'en voudrais même pas, mais moi j'ai fait descendre drastiquement ma pile à lire et ce n'est pas dommage. D'autant que ma grande copine du moment s'appelle Daphné du Maurier et, grâce à elle, j'ai envie de lire toutes les autrices de la première moitié du XXe siècle, à commencer par Colette, Virginia Woolf ou encore Carson McCullers.

Voici donc Daphné du Maurier en train d'écrire un roman fabuleux, quoi d'autre ?

Daphné du Maurier (1907-1989) est une autrice britannique, fille d'un acteur et d'une actrice et petite-fille d'un écrivain. Elle connaît bien la France pour y avoir étudié et tombe amoureuse des Cornouailles où plusieurs de ses romans prennent place. Elle manie fort bien le suspense psychologique et ce n'est sans doute pas pour rien qu'elle a été adaptée au cinéma par Alfred Hitchcock grâce à Rebecca (écrit en 1938 et adapté en 1940) et Les Oiseaux (nouvelle écrite en 1953 et adaptée en 1963). Voyez bien que sans les femmes, les plus grands hommes ne sont rien, on ne le dira jamais assez (j'ai fini ma parenthèse féminazgûl, restez là). Daphné du Maurier était aussi bisexuelle mais elle n'a évidemment pas vécu ses relations avec des femmes au grand jour à cause de son père qui était - bien sûr - homophobe et possessif (= encore un homme malsain, c'est fou).

Du coup, en avril j'ai lu Ma cousine Rachel publié en 1951 après avoir vu l'affiche de son adaptation cinématographique dans mon cinéma de quartier. Oui, je suis le genre de connasse qui veut absolument lire un bouquin avant de voir le film et qui fréquente un cinéma de quartier. L'histoire se situe au début du XIXe siècle en Cornouailles où le jeune Philip Ashley a été élevé par son cousin de vingt ans son aîné. Les deux hommes vivent pépères entre couilles parce qu'il est hors de question qu'une femme mette les pieds dans leur demeure. Sauf qu'Ambroise (le cousin), doit partir en Italie car le climat y est meilleur pour sa santé. Là-bas, il rencontre Rachel, une cousine éloignée, et l'épouse. Il écrit à Philip pour lui annoncer la nouvelle, ce qui le contrarie fortement. Et puis les lettres deviennent de plus en plus inquiétantes, Ambroise se plaint de Rachel alors Philip se bouge jusqu'en Italie pour venir en aide à son cousin. Sauf qu'à son arrivée (trois semaines de voyage quand même), Ambroise est mort et Rachel partie. Philip rentre en Cornouailles (re-trois semaines de voyage, l'été est gâché) et déteste profondément Rachel. Sauf qu'elle finit par se pointer en Angleterre et tout ne se passe pas comme prévu. Phrase d'accroche hyper naze mais efficace, vous ne trouvez pas ? En ayant refermé le livre, je me suis sentie bien heureuse qu'il ait été écrit par une femme. J'ai l'impression qu'un tel thriller psychologique (parce qu'il s'agit bien de ça ici) conçu par un homme aurait pu manquer cruellement de subtilité. Daphné du Maurier apporte énormément de finesse dans la construction de l'histoire et des caractères des personnages qui sont ancrés dans la société de leur époque tout en étant singuliers. Philip et Rachel sont complexes, je les ai tour à tour aimé.e.s et détesté.e.s, ils ne sont pas manichéens et je me suis sentie un peu embêtée à la fin car j'ai eu l'impression qu'il me manquait des éléments pour tout bien saisir. Sauf que, dans la vie, on doit parfois se contenter de ce qu'on nous donne, ici les choses sont exposées telles quelles et débrouillez-vous avec ça. L'adaptation de Roger Michell sortie l'année dernière avec Rachel Weisz est vraiment bien. Il en existe une autre de 1952 par Henry Koster avec Olivia de Havilland et Richard Burton mais je ne l'ai pas vue, la flemme (vous comprendrez pourquoi avec Rebecca dans quelques lignes). La version de 2017 est d'une grande fidélité et a même amélioré un point selon moi, mais je ne peux pas vous dire de quoi il s'agit sous peine de vous spoiler l'histoire. Disons qu'il y a des choses écrites qui seraient fort mal passées à l'écran, le rendu aurait sans doute été sans intérêt. En revanche, Michell a ajouté un peu d'histoires de fesses, je ne suis pas sûre que c'était franchement nécessaire.

Et alors, venons-en à Rebecca qui est le chef-d'œuvre de Daphné du Maurier et un classique de la littérature anglaise publié en 1938. La narratrice n'a pas de nom et ça en dit long puisqu'elle est plutôt insipide (c'est plus ou moins ainsi qu'elle se décrit elle-même). Elle travaille comme demoiselle de compagnie auprès d'une vieille mondaine insupportable qui passe son temps à la basher. Elle rencontre Max de Winter, un autre mondain veuf et plus âgé qu'elle de vingt ans, avec lequel on sent qu'il y a anguille sous roche dès le départ. Ils copinent d'abord puis se marient rapidement et vont vivre à Manderley, la luxueuse propriété de Winter située dans les Cornouailles (forcément). La narratrice se retrouve malgré elle à vivre dans le souvenir de Rebecca, l'épouse défunte de Max, et ce n'est pas tellement évident, vous vous en doutez. Bien que la passion m'a emportée du début jusqu'à la fin, j'ai eu beaucoup de mal à m'attacher à l'héroïne que j'ai trouvée terriblement cruche, mais je crois que c'était voulu. Difficile aussi de se mettre dans un contexte qu'on ne connaît pas, à savoir la vie d'une jeune femme un peu prolo dans un univers aristocrate des années 1930. Toutefois, le pire est le personnage de Max. A aucun moment j'ai pu le saquer. Et l'adaptation d'Alfred Hitchcock ne m'a pas aidée dans ce sens. J'ai trouvé ce film terriblement pénible, il a fait n'importe quoi de la rencontre des protagonistes, m'a fait bailler comme devant la majorité des vieux films hollywoodiens en noir et blanc et m'a rendu Laurence Olivier plus antipathique que jamais. Le roman est, encore une fois, tellement fin, tellement subtil, on n'a jamais une opinion définitive sur les personnages. Pour preuve, j'ai presque ressenti de la pitié pour Max au fil des pages. Les bases sont posées dès le départ mais tout se délite peu à peu et je crois ne pas avoir ressenti ce que j'aurais dû ressentir pour Rebecca. Je me suis demandée si mon féminisme n'avait pas joué un rôle là-dedans parce que tout était fait pour que je haïsse Rebecca autant que la narratrice et Max mais je n'y suis pas arrivée.

Emportée dans mon élan, j'ai récemment acheté Le Bouc émissaire (1957) et L'amour dans l'âme (1931) afin d'occuper ma période de chômage à venir, il est probable que je vous donne mes impressions en temps voulu. Et si ce n'est pas ici, ce sera sans doute sur Instagram (je reviens en public à partir du 6 juillet, à la fin de mon contrat au collège, mais vous pouvez m'ajouter si vous avez plus de 14 ans) ou Facebook (où vous pouvez aussi m'ajouter sans problème).