Cinéma #22 - Répétez après moi : "je suis canon et je vous emmerde".

Parmi les moult questionnements sur l'humanité qui stagnent dans mon cerveau au moment de dormir, il y une énigme dont, je suis sûre, je n'obtiendrai jamais la clef : pourquoi êtes-vous aussi prompts à détester les gens qui s'aiment ? Je parle de narcissisme, d'ego trip, de selfies sur Instagram, qu'importe la dose. N'allez pas croire, je ne suis pas une vraie social justice warrior, moi aussi je me suis moquée de personnes qui embrassaient leur reflet dans le miroir, mais j'ai arrêté parce que c'était de la jalousie pure et dure. Aujourd'hui je fais encore mieux que ça, j'encourage. Je dis amen parce que c'est quelque chose que je n'arrive pas à faire, je me déteste tellement que chaque selfie de moi-même posté sur Instagram est une forme de militantisme pour apprendre à m'aimer (plus il y a de likes et moins j'ai envie de l'effacer). Est-ce que toutes celles et tous ceux qui se foutent de la gueule de ces autres qui s'apprécient ont forcément un pet au casque et manquent cruellement de confiance en elles•eux ? Qu'est-ce que ça peut vous foutre, en fait ? J'ai besoin qu'on m'explique tout ça de manière solide.


Sur Netflix vient d'arriver le film I Feel Pretty de Marc Silverstein et Abby Kohn. Je l'ai tout de suite regardé ! Après l'avoir vu j'ai trouvé ça un peu cucul la praline mais avec du recul (comme quoi j'ai encore des efforts à faire), j'ai compris qu'il était quand même super bien. C'est une comédie feel good vraiment bien traitée et avec beaucoup de respect, c'est tellement rare de nos jours. Renee Bennett (Amy Schumer) est une jeune femme dynamique qui s'occupe du site Internet d'une grande marque de maquillage. Son service ne se trouve pas dans les locaux du groupe mais est délocalisé dans un autre quartier, elle est en quelque sorte placardisée. Elle manque franchement de confiance en elle jusqu'à ce qu'elle prenne un coup sur la tête et change du tout au tout. Elle perd connaissance et se réveille en se trouvant top bonne. Elle constate qu'elle vaut beaucoup mieux et vise plus haut. Spoiler : ça marche.

Il est extrêmement agréable de voir que les réalisateur•ice•s ont (enfin !) fait le choix de ne pas rendre leur protagoniste moche sous prétexte qu'elle n'a pas confiance en elle. On n'a pas besoin de porter des guenilles et d'avoir les cheveux plats pour ne pas s'aimer, on peut aussi faire gaffe à notre allure. C'est le cas de Renee qui a un syle affirmé du début à la fin sans jamais en changer. Peut-être qu'elle ose davantage les décolletés mais on reste dans le domaine du plausible. Elle ne change donc pas physiquement, c'est son état d'esprit qui vrille à 180°C. A aucun moment les personnages emploient des termes grossophobes ou sexistes, on repère vite les imbéciles dont c'est écrit dans le regard et qui passent de toute façon pour les "méchant•e•s" du film, ces dernier•e•s sont d'ailleurs caricaturé•e•s. Les employé•e•s de Lily LeClaire manquent de réalité mais c'est justement pour appuyer les défauts de notre société.


Alors forcément, tout ça remet les choses en perspective. Arrive-t-on à abattre autant de murs en ayant juste confiance en soi ? La Renee avec commotion ne manque pas de culot mais elle s'en fout, si ça fonctionne tant mieux et sinon tant pis, c'est aussi simple que ça. Quand on ne s'aime pas on élève des barrières invisibles, on a l'impression d'être un poids pour la société et que tout le monde nous en veut pour notre simple existence, c'est un véritable drame. I Feel Pretty bouleverse des codes pré-établis : et pourquoi on ne pourrait pas bosser pour Lily LeClaire si on n'a pas le physique mannequin type, d'abord ? Qui représente les vraies femmes ? Bah oui, tout le monde en fait. Chaque corps est un standard, on ne doit pas laisser les podiums, les magazines et les abruti•e•s nous dicter le contraire. Je n'ai évidemment pas la solution au problème majeur de la confiance en soi mais ma quête ultime est bien celle-là, apprendre à me tolérer et, peut-être un jour, embrasser mon reflet dans le miroir.

3 commentaires:

  1. J'ai vu la BA aussi sur Netflix et j'avais trouvé le discours de base vraiment bien fait, qui apportait un plus dans nos luttes féministes contre la grossophobie et le diktat des corps.

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  2. Ah c'est marrant que tu aies cet avis là parce qu'à l'inverse Bérengère a détesté très fortement. Moi chaipa je l'ai pas vu.

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    1. Après en avoir discuté avec Cholay (après l'écriture de ce billet), elle a mis en lumière des points saoulants que j'avais occulté bizarrement. Alors ouais, je sais pas. Toujours est-il qu'il ne marquera pas plus les esprits que ça, je pense.

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