Hannah Gadsby, Nanette : à voir absolument.

Il y a parfois des trucs dont tout le monde parle et ça peut paraître lourdingue pour bien des gens (exemples : le foot, PNL, la mogette quand tu vis en Vendée, liste non exhaustive) mais il y a d'autres trucs qui sont élémentaires. Là, comme ça, l'idée qui me vient au débotté (en fait non, tout ceci est calculé), c'est Nanette de Hannah Gadsby. De qui et de quoi parle-t-on ? Je vous explique.

Hannah Gadsby est une comédienne australienne (de Tasmanie précisément) de 40 ans qui a quand même bien roulé sa bosse dans le stand up. A part peut-être des inconditionnel•le•s du genre, je ne sais pas si on la connaît beaucoup en France. Enfin si, depuis que son spectacle Nanette est disponible sur Netflix. Si j'en crois ma timeline Twitter, presque tout le monde l'a regardé alors si vous ne l'avez pas encore fait, franchement faites-le. Je sais que ça ressemble à une énième injonction mais je crois sincèrement que Nanette est d'utilité publique car c'est éducatif.

En une heure, Hannah Gadsby évoque tellement de choses, son homosexualité, son coming out, l'homophobie qu'elle a vécue, les hommes et leurs plus gros problèmes, Van Gogh et Picasso, son autodérision. Elle fait tout ça avec humour, un humour fin, subtil, délicat. Elle parle de sa situation personnelle, de ses ressentis et son vécu, elle ne donne pas de leçon à qui que ce soit, enfin sauf aux hommes blancs cis hétéros qui ont bien besoin de se faire secouer le prunier (le premier qui vient chouiner not all men en commentaire, je lui fracasse la tête, j'espère que c'est bien clair). Elle est vraiment touchante, je suis passée par toutes les émotions. Elle ne pouvait pas être plus juste sur les problématiques qu'elle aborde, tout semble d'une fabuleuse évidence et pourtant, il existe encore tant d'atrophié•e•s du bulbe. J'ai été interpellée par absolument tout mais davantage encore par ce qu'elle dit sur la colère : "J'ai du mal à maîtriser ma colère. [...] Je dois faire de l'autodérision. [...] Personne n'oserait me mettre à l'épreuve parce qu'il n'y a rien de plus fort qu'une femme brisée qui s'est reconstruite. [...] Je suis en colère et je pense en avoir le droit ! Mais je n'ai pas le droit de répandre cette colère. Parce que la colère, tout comme le rire, a le pouvoir de lier une salle pleine d'inconnus. Mais la colère, même dans un cadre humoristique, n'apaise pas les tensions. La colère est une tension. Une tension toxique, infectieuse. Et elle n'a aucun autre but que de propager une haine aveugle et je refuse d'y contribuer. Ma liberté d'expression est une responsabilité et le fait que je puisse parler en tant que victime ne rend pas ma colère constructive. Elle ne l'est jamais. Le rire n'est pas un remède. Les histoires le sont. Le rire n'est que le miel qui adoucit l'amertume. Je ne veux pas vous unir avec le rire ni avec la colère. Je veux que mon histoire soit entendue, ressentie et comprise par des individus qui pensent par eux-mêmes."

Nanette, ce n'est donc pas si drôle. Comme je vous l'ai dit, Hannah Gadsby pratique l'humour avec finesse mais elle explique surtout très bien le procédé de tension et de punchline utilisé par l'humoriste. Et puis elle dit aussi qu'elle doit cesser la comédie, c'est une façon de nous dire aussi que l'humour n'en est pas forcément. L'humour n'est pas universel. N'oublions jamais que le rire doit se diriger vers les puissants, si on se moque des opprimé•e•s, des minorités, ce n'est jamais de l'humour mais de l'humiliation. Oh ici j'ai bien ri aux moments opportuns, mais c'est parce que Hannah Gadsby sait s'y prendre. Nanette n'est même pas cynique, même pas sarcastique, Nanette est terrible. Mais qu'est-ce que c'est bien ! C'est pour ça que tout le monde devrait regarder ce one woman show et que vous devriez le montrer à toutes les personnes que vous connaissez, surtout les plus retorses.


2 commentaires:

  1. 1000 ans après tout le monde j'ai regardé et j'ai bcp pleuré.

    MAIS VIVE LA MOGETTE

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    1. ATTAQUE FRONTALE !

      Hannah Gadsby for president, please.

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