mardi 27 novembre 2018

Ça tire.

Moi qui suis archi nulle en maths, je me suis fendu d'un petit calcul savant. Je voulais savoir combien de temps précisément j'avais passé chez le psychiatre depuis que j'ai commencé ma psychothérapie (préalablement évoquée début juillet). J'ai l'impression que ça dure depuis un siècle, que je devrais déjà être guérie malgré les dires de celles qui ont bien voulu me faire part de leur expérience similaire. J'ai commencé le 24 janvier de cette année à raison d'une séance de trente minutes hebdomadaire, avec seulement cinq semaines de pause (une lorsque je suis partie en vacances au Portugal au mois de mai, les quatre autres quand mon médecin est parti en congé estival). Cette semaine, j'arriverai donc au nombre de 40 séances, soit 20 heures précisément. Je ne m'en rendais pas compte, c'est extrêmement peu, moins d'une journée entière. Mes compagnes de galère avaient raison (je n'en ai jamais douté, je ne les ai juste écoutées qu'à moitié) : une psychothérapie, c'est long.

Je pense que j'en suis à un stade où j'ai cerné tous mes problèmes (je trouve d'ailleurs que c'est beaucoup trop pour une seule personne, mais bon). J'avais déjà conscience de la moitié d'entre eux, je suis tombée des nues en découvrant le reste. J'ai mis un peu de temps à en accepter certains, en fait je ne suis même pas sûre de tout encaisser encore. Ma vie est une paire d'écouteurs mêlés tout au fond de la poche d'un manteau, un putain de sac de nœuds depuis ma naissance. Et, initialement, ce n'est même pas de ma faute. J'ai dit oui à tout, j'ai tendu l'autre joue. A chaque fois que j'ai commencé à l'ouvrir, on m'a sommée de me taire. Je pense que je dois ma survie à mon caractère de merde (ce qui est assez paradoxal au vu de ma situation) mais le fait est que je me suis toujours laissée porter, je n'ai aucune autonomie. Alors je suis encore bien incapable de trouver une solution à une vie meilleure, et ça m'inquiète. J'ai toutes les clefs en main, je sais pourquoi je n'arrive à rien et de quelle façon je m'y prends pour me griller quasi systématiquement... j'attends quoi pour arrêter ce cinéma, le dégel ?

Il y a deux semaines, je croyais qu'il fallait simplement que je fasse pour prendre l'habitude de faire. Il suffisait juste que je me fasse un peu violence au début et puis ça allait rouler tout seul, en toute logique. En fait c'est une arnaque, c'est un résumé de cette infâme légende sur la zone de confort, ce truc qui ne veut strictement rien dire. Je n'ai pas envie de sortir d'une prétendue zone de confort qui n'existe pas, j'ai plutôt besoin d'y entrer. Et donc en fait non, il ne suffit pas que je fasse. Tout simplement parce que, parmi les très rares choses que je fais de manière constante, si ça vient de moi c'est forcément nul et on aura beau me dire le contraire, je suis ma seule juge. Je préfèrerais que ça ne soit que du perfectionnisme mais on est au-delà d'une insatisfaction permanente : ce n'est pas que ce n'est pas assez bien, non, c'est juste à chier. Et ça me pourrit la vie.

Alors j'attends. J'attends quoi, je ne sais pas, personne n'est foutu de me le dire. Mais quand j'aurais compris que ce n'est pas à une tierce personne de me dire quoi que ce soit, j'aurais sûrement avancé. Alors j'attends. J'attends que mon inconscient cesse de dresser des barrières invisibles. Je n'ai aucune solution matérielle parce que je ne maîtrise pas du tout la situation. Comme je ne sais pas quoi faire, j'attends.

Hannah Gadsby, dont il faut absolument voir le spectacle Nanette si ce n'est pas déjà fait (disponible sur Netflix).

2 commentaires:

  1. Bon jusqu'ici j'ai eu la flemme je l'avoue de commenter parce que je devais me déconnecter de mes comptes Google (alors que j'adore ton blog, ton style et ton univers), mais là je ne peux rester dans l'ombre...
    J'ai entamé ma psychothérapie en octobre 2015 car je me suis retrouvée au pied du mur. Les entretiens avec ma psychologue (un par semaine d'une durée de 45 minutes), m'évitaient de ne pas me foutre en l'air. M'enfin ça n'a pas suffit. Après un an de psychothérapie et de chômage j'ai retrouvé du travail et suis passée aux antidépresseurs et anxiolytiques. Je continuais de voir ma psychologue une fois par semaine en plus d'être suivie par une doc généraliste qui me conseillait vivement d'aller voir un-e psychiatre mais j'y arrivais pas. Six mois en multinationale, les doses légales de médocs atteintes et un burn out plus tard j'ai fini par atterrir en urgence chez une super psychiatre mais il était trop tard. Une semaine après je me retrouvais en HP dans un état pitoyable.
    Depuis je vais beaucoup mieux. J'ai l'impression d'avoir traversé l'enfer et vieilli ou rajeuni de 10 ans. Mon traitement a été ajusté, j'ai pris le temps de me soigner, de me rétablir et surtout de m'aimer. J'ai arrêté de voir ma psychologue en août en revanche je vois toujours ma psychiatre une fois par mois. Je ne serais peut-être jamais guérie mais au moins je vis au lieu de survivre. Et c'est énorme. Tout ce blabla pour dire que prendre soin de son âme et de santé mentale c'est vitale, que tout le monde devrait avoir un suivi psy car tout le monde est plus ou moins conditionné, influencé, paumé, meurtri, qu'il n'y a pas de honte ou de culpabilité à avoir et que les suivis psy devraient être gratuits.
    Tu ne t'en rends pas encore compte mais les pas que tu fais sont géants. Même si tu ne sais pas où tu vas, tu y vas. Affronter ses démons, ses fantômes et faiblesses est l'un des actes les plus courageux.
    HOLD ON GURL !

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    1. J'ai entamé ma thérapie parce que j'étais au pied du mur également, je sortais (un peu) d'une grosse période dépressive où je me suis fait super peur. Il était grand temps (j'y pensais depuis des années). Même si je suis quelqu'un de blasé et de pas franchement optimiste, j'essaie de prendre du recul autant que faire se peut et je me dis que ça ne peut qu'aller de mieux en mieux. Mon état ne peut pas empirer, j'ai déjà touché le fond plusieurs fois, je sais donc à quoi ça ressemble.

      Je pense la même chose que toi, on doit prendre soin de sa santé mentale. On m'a déjà dit plusieurs fois que j'étais courageuse (mon psy aussi me l'a dit plus ou moins de cette façon là), j'ai du mal à l'entendre pour x raisons mais je finirais bien par l'encaisser. Il le faut !

      Merci pour ton commentaire, il me touche beaucoup !

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