vendredi 9 novembre 2018

Not Dead.

La mort, c'est une vaste plaisanterie pleine d'amertume. Personne ne peut y échapper mais on essaie toujours quand même, des fois que. Elle nous fout la trouille parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a après (si tant est qu'il y ait quelque chose) et on a peur d'une mort violente, douloureuse et prématurée. On s'entête à la percevoir comme un événement des plus moroses, tout ça à cause de notre société judéo-chrétienne si austère. Quand j'avais 13 ou 14 ans, j'avais une peur panique de mourir. J'en étais au point où je n'arrivais plus à m'endormir le soir parce que j'avais peur de ne pas me réveiller le lendemain. C'était totalement irrationnel, je n'avais aucune raison de mourir pendant la nuit, j'étais en pleine santé. Peu avant mes 18 ans, j'ai très fortement envisagé le suicide parce que je savais pertinemment que la mort ne pouvait certainement pas faire aussi mal que ma vision de la vie et de moi-même. Ces idées tenaces m'ont retraversée plusieurs fois depuis lors. Au début de l'été, je me suis fait tatouer la phrase Not dead sur l'avant-bras. C'est une chanson de Girls In Hawaii qui me touche particulièrement mais c'est aussi une façon de me souvenir que je suis toujours là. Et puis vous savez quoi ? Quand je serai morte, parce que ce jour arrivera, ce tatouage deviendra de l'humour par l'absurde (et j'adore l'humour). J'ai envie de me réconcilier avec la mort parce que je crois qu'après elle survient le néant absolu. Je pense qu'il est beaucoup plus facile de mourir quand on croit en un paradis quelconque ou en la réincarnation (et d'autres trucs mystiques encore). La géniale Taous Merakchi explique dans son podcast Mortel, dont le premier épisode est sorti aujourd'hui, que sont les endeuillé.e.s qui souffrent le plus de la mort. Bah oui, quand tu es mort, tu es mort. Je suis une psychothérapie depuis plusieurs mois et j'ai appris il y a trois semaines que je n'avais toujours pas surmonté le deuil d'une amie proche survenu il y a sept ans. Je pensais que j'avais mis trois ans à l'encaisser mais finalement ce n'est toujours pas terminé. Je m'en suis partiellement rendu compte en vivant de nouveau la mort d'une amie d'enfance l'année dernière. Je pense avoir réussi le deuil de celle-ci puisque sa mort ne m'a obsédée que quelques semaines. Parfois, la peur de mes 14 ans me revient en pleine face comme un uppercut : et si je mourrais soudainement, sans préavis ? Que se passerait-il ? Est-ce que les gens seraient tristes ? En combien de temps feraient-ils mon deuil ? Deux jours ? Trois semaines ? Sept ans ? A chaque fois que j'ai voulu mourir, c'est parce que je recherchais la paix de l'esprit (je la cherche toujours), un besoin plus que nécessaire de faire taire les bruits et s'allonger dans le noir, comme pour faire passer une migraine ophtalmique. J'ai aussi cette envie irrationnelle de tout annuler (m'annuler) pour tout recommencer, ma vie entière est un faux départ perpétuel : réagir autrement, répondre ça plutôt qu'autre chose, éviter les coups, rendre les insultes, larguer les démons sur le bord de la route. Alors que ça n'a aucun sens, le destin n'existe pas et pourtant rien de ce qui s'est passé n'aurait pu se dérouler autrement. La thérapie essaie de faire passer la pilule mais l'ampleur du chantier est telle que je ne la mesure que maintenant, alors pour l'instant on attend que ça passe.

Je vous parlais plus haut du podcast de Taous Merakchi (alias Jack Parker), Mortel. Je ne suis pas facilement impressionnable, blasée notoire que je suis, mais ceci me retourne.

2 commentaires:

  1. Tes mots me touchent particulièrement, je vais essayer d'écouter le podcast même si j'appréhende un peu. J'ai une certaine obsession pour ces questions aussi, alors même que je n'ai vécu aucun deuil de personne très proche de mon entourage, donc que j'ai été plutôt préservée... Mais il y a toujours cette angoisse qui revient parfois sans crier gare et qui fait paniquer (beaucoup moins quand je ne suis pas seule, la présence des autres, le fait de vivre avec quelqu'un clairement ça m'aide beaucoup). Récemment une petite fille, une amie de mon petit frère est décédée après de longs mois de lutte contre une saleté de maladie... et ça a relancé beaucoup de réflexions et d'angoisses forcément. paradoxalement, ça m'a obligée à regarder certaines choses en face et à les accepter un peu plus, non pas qu'elles soient moins douloureuses (au contraire elles sont bien plus "réelles" et je suis terriblement malheureuse pour cette famille), mais ces derniers mois m'ont aussi montré et fait lire des témoignages, des formes de "spiritualité" (tout à fait athées par ailleurs) et de relations instaurées avec les personnes qui nous ont quitté... J'ai parcouru des cimetières au Danemark lorsque j'y étais cet été aussi, j'ai du mal à mettre des mots dessus, mais je sentais qu'il y avait quelque chose de nécessaire là dedans. Merci de partager ça, ce n'est vraiment pas un sujet facile.

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    1. Je trouve que ce podcast, Mortel, est nécessaire dans le sens où ça nous met face à la mort, cette chose inévitable qu'on refuse de regarder dans les yeux la plupart du temps. Je ne dis pas que tout le monde doit absolument l'écouter parce que chacun.e ses sensibilités, et il faut dire qu'il bouscule beaucoup (moi qui suis pourtant blasée 23h/24. Il n'y a rien de pathologique à l'idée d'affronter la mort, les promenades dans les cimetières sont même parfois salvatrices, ce sont des endroits super apaisants. Mais il est vrai que le sujet est compliqué.

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