jeudi 15 novembre 2018

Quand j'étais agoraphobe.

Vous savez, ça peut être assez compliqué d'avoir une vie sociale quand on subi certaines névroses. C'est tendu de vivre tout court, en fait. Moi, par exemple, pendant des années j'ai souffert d'agoraphobie. On croit souvent qu'une personne agoraphobe a une peur irrationnelle de sortir de chez elle. C'est en fait plus complexe. L'agoraphobie, c'est plutôt la peur de ne pas se savoir en sécurité quelque part, un lieu d'où on ne peut s'enfuir, donc, par extension, pour éviter cela, la personne agoraphobe reste chez elle où elle se sent généralement bien (enfin mieux). En ce qui me concerne, je ne me sentais en sécurité que dans mon appartement et sur mon lieu de travail, qui se situait à l'époque de l'autre côté de la rue. Je ne pouvais tout simplement pas mettre un pied dans un cinéma, un restaurant ou un café sans que ça ne me rende malade. Alors bien sûr, comme je n'ai pas identifié tout de suite ce qui m'arrivait, j'ai tenté de contrer tout ça un nombre incalculable de fois. Je suis malgré tout sortie plusieurs fois mais il me fallait un temps de préparation conséquent avant de passer le seuil de ma porte. J'ai aussi voyagé, aussi étonnant que cela puisse paraître. Mais alors quel enfer... Mon pire séjour a été celui au Canada. Sur place, il me fallait du temps (beaucoup) pour sortir de l'hôtel et pour visiter les environs. Une fois, je suis allée au cinéma (quelle idée) dans une zone industrielle de la ville de Québec (pour aller voir Cowboys vs envahisseurs en plus, c'était vraiment débile). Quand il a fallu retourner à l'hôtel, j'ai paniqué parce que les magasins avaient fermé et que le bus tardait à arriver. Je me suis vue mourir sur le parking de ce centre commercial du bout du monde, c'était abominable. Mais je n'ai jamais autant cru que j'allais crever que dans l'avion. Je suis aussi claustrophobe, j'ai l'art de cumuler. Être enfermée dans un suppositoire géant en métal duquel il est impossible de sauter et ce pendant sept longues heures (en moyenne) m'était insupportable. Mais bon, je l'ai fait (ambiance : environ bof/10). Avant et après ce voyage, je n'ai plus jamais quitté l'Europe, les trajets étaient plus courts et donc beaucoup plus gérables. Mon dernier long voyage a été en direction d'Amsterdam. Les Pays-Bas ne sont pourtant pas bien loin mais j'ai fait le trajet exclusivement en train depuis La Roche-sur-Yon, il faut compter autant de temps que Nantes-Montréal en avion. C'était il y a deux ans et ça s'est très bien passé. J'ai alors compris que l'agoraphobie m'avait quittée.

Et ouais, cette névrose est (plus ou moins) repartie comme elle est venue, sans s'annoncer. J'ai retrouvé le plaisir d'aller au cinéma, au restaurant et dans les cafés. Aussi de me déplacer dans la rue sans la peur panique d'une attaque invisible (sensation pas facile). J'ai toutefois mis du temps à me réhabituer. Je suis restée très méfiante, j'ai déjà eu quelques retours de bâton. Mon plus gros changement a été de m'investir dans la vie associative. Je n'aurais jamais eu l'idée de le faire si on n'était pas venu me chercher et je crois que ça a sauvé une partie de ma vie sociale. Je suis donc bénévole dans une radio locale, qui se trouve donc être une association, qui organise des événements plusieurs fois dans l'année. Ces événements amènent toujours beaucoup de monde et quand j'arrive à y assister en étant à l'aise dans mes baskets, je suis vraiment contente. Mais quand je vous parlais de retours de bâton, ces derniers mois j'en ai connu deux : incapable d'affronter la foule, j'ai dû abandonner et rentrer chez moi.

La claustrophobie se gère bien plus facilement, il suffit de prendre l'escalier au lieu d'un ascenseur étroit (saloperie) ou bien de mettre un casque anti-bruit dans l'avion (je vous assure que le rapport de cause à effet est réel). L'agoraphobie c'est différent, les gens ne comprennent pas trop. On pourrait prendre le temps d'expliquer les choses à chaque personne qu'on fréquente mais honnêtement, c'est plus simple de dire qu'on a un imprévu pour éviter de sortir. Si je peux désormais me rendre dans un lieu précis sans contrainte, il m'est en revanche encore parfois un peu compliqué de marcher dans la rue, seule. Je le fais pourtant souvent parce que je n'ai pas envie de me laisser emmerder par ces conneries mais je rase les murs et, là encore, mon casque est indispensable. Et comme j'ai un cruel manque d'autonomie, dû à l'agoraphobie mais aussi plein d'autres choses, le simple fait de faire quelque chose (exemples : m'occuper d'une partie d'un projet, passer des vinyles dans une salle pleine de monde pendant une heure, je cite ceux-là car ils sont concrets et proches) est énorme. Tout le monde fait tout un tas de trucs dans sa vie mais moi, c'est comme si je réapprenais à faire du vélo après avoir oublié comment m'y prendre. Alors vous pensez bien que j'y vais à mon rythme.

Voilà, c'est tout. Juste un conseil, quand même : si vous montrez des signes d'agoraphobie, ne faites pas comme moi, n'attendez pas des années pour consulter. C'est vite chiant. Ah ça, l'anxiété c'est de la merde.

L'agoraphobie et la dépression représentées de manière minimaliste par le designer Patrick Smith.

4 commentaires:

  1. Bonjour,

    Cet article me parle car je m'y reconnais beaucoup. La semaine dernière, j'ai donné rdv à une amie au restaurant, mais celle-ci avait du retard et j'étais tellement mal à l'aise en rue, je faisais des aller-retours dans la rue du restaurant, en faisant semblant de m’intéresser aux vitrines des boutiques encore ouvertes, détaillant mentalement pièce par pièce ce qui y était exposé.
    Le pire reste le supermarché. Soit c'est mon compagnon qui y va, soit on y va à deux mais quand je dois y aller seule, je me prépare mentalement 10 minutes avant de sortir de chez moi, répétant les gestes que je dois faire. Et une fois sur place, je zappe la moitié de ma liste en me disant "tant pis, je peux m'en passer". Inutile de dire que je vais TOUJOURS dans le même supermarché. Et si un article est en rupture de stock, tant pis, je n'ose pas aller dans l'un des autres magasins qui sont sur ma route.
    Mon pire cauchemar est les "portes ouvertes/grande fête locale" où une boule au ventre terrible ne me quitte pas.

    Pour l'avion, c'est pareil. Mon vol le plus long est à présent de 4h, mais je vais à New-York en mars prochain et appréhende déjà A FOND ! Quand c'est possible, je me met coté couloir. Je ne sais pas rester assise immobile pendant des heures. Au cinéma ou au théâtre, j'insiste toujours pour me mettre en bord de rangée, sinon j'ai l'impression que j'étouffe et n'arrive pas à me concentrer sur le film/la pièce. Et encore, après une heure, j'ai la bougeotte, me dandine sur mon siège et meurs d'envie de partir, même si j'adore l’œuvre que je regarde.
    Et ne parlons pas de toutes les fois où je deviens dingue à cause de vêtement "trop moulant"...

    Enfin, ton article se termine par une note d'espoir, alors on y croit...même si j'ai l'impression que mon cas empire avec l'âge...

    Bonne journée !

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    1. Bonjour Musti,

      Tu sais, il n'y a pas de fatalité et les névroses arrivent pour une raison, c'est facile à dire pour moi maintenant que je me sens mieux qu'avant (vis-à-vis de l'agoraphobie) mais je crois vraiment qu'il ne faut pas se laisser envahir. J'ai passé des années à me demander par quelle putain de magie je ne pouvais pas rester dans un foutu cinéma. Quand j'allais quelque part, je faisais comme toi, je m'asseyais toujours là où il était plus facile de me barrer en courant sans déranger qui que ce soit. Je dis que ce n'est pas une vie.

      Soutien à toi !
      Bonne journée.

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  2. J'ai été agoraphobe et la TCC m'a sauvée. Enfin, la tcc et ma passion pour la voyage. J'ai lu un livre sur les thérapies comportementales, me suis faite aider par une psy vraiment géniale et investie et glané toutes les infos possibles et imaginables sur le site deploie-tes-ailes.org que je conseille pour la documentation qu'on peut y trouver mais pas pour le forum.

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    1. Il est intéressant ce site, j'ai fait le test sur l'agoraphobie (en conditions d'époque) pour connaître mon nombre de points, je suis arrivée au dernier stade (36 points). Comment ai-je pu supporter ça des années sans rien faire ? Incroyable. La thérapie c'est la vie !

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