jeudi 6 décembre 2018

Bohemian Rhapsody, de Bryan Singer.

Je suis toute excitée parce que je sors tout juste du cinéma et, d'habitude, j'attends un peu avant de parler de quelque chose que j'ai vu ou entendu, histoire de tout bien assembler dans ma tête. Mais j'ai plein de trucs à faire demain alors je n'aurai probablement pas le temps d'écrire sur Bohemian fucking Rhapsody. Vous savez, j'ai peut-être l'air d'une snob comme ça (et j'en joue sans nul doute) mais je suis finalement très bon public. Je ne fais pas partie de ces gens qui râlent à propos d'un biopic sur Freddie Mercury alors qu'il n'est même pas encore sur les écrans, je ne spécule pas, j'attends avec joie. Je ne dis pas ça pour vous faire croire que je suis meilleure que les autres, ce n'est pas tellement ma façon de voir les choses, en revanche je crois que ce n'est pas un mal d'attendre de voir et d'entendre avant d'être formel.le sur un point précis.


Ce soir, c'était donc Bohemian Rhapsody dans ce cher cinéma de quartier que j'aime tant à 200 mètres de chez moi et qui organise des soirées spéciales à 4€ l'entrée, ça ne vaut pas le coup de rester à déprimer chez soi. J'attendais ce film depuis longtemps et je n'ai pas été déçue. Au cours de la soirée je réfléchissais, il y a tant d'artistes qui se révèlent à nous à un moment précis, on s'en souvient. Je me rappelle très bien de ma découverte de David Bowie. Ça a commencé doucement en entendant Velvet Goldmine, et puis ça s'est confirmé en regardant une interview de lui à la télé quand j'avais 15 ou 16 ans. J'ai eu l'impression de découvrir la dixième planète du système solaire. Avec Queen, c'est totalement différent. Je suis née avec. On a toujours écouté Queen à la maison et j'ai des bribes de souvenirs de la mort de Freddie Mercury alors que je n'avais que 5 ans. On écoutait principalement le Queen des années 80 et j'ai découvert la partie immergée de l'iceberg il y a une dizaine d'années en me mettant en couple avec un très grand connaisseur, les années 70 n'ont désormais plus aucun secret pour moi.

Je n'attends pas d'un biopic qu'il me révèle les choses avec exactitude. Je connais les dates, les chansons, les albums et les événements, pour ce faire j'ai regardé des documentaires, j'ai lu des articles et des livres, et, surtout, j'ai écouté les disques. C'est généralement ce qui arrive quand on s'intéresse de près à un.e artiste. Dans Bohemian Rhapsody, il y a diverses jongleries scénaristiques que je n'ai pas tellement comprises (je ne me considère pas vraiment comme une cinéphile, je n'y connais donc rien), ces inexactitudes concernent surtout les dates. Par exemple, We Will Rock You a en fait été composée en 1977 et le groupe a décidé de signer chaque morceau de ses quatre noms à partir de 1989 (et non pas en 1985 comme évoqué dans le film). Je ne sais pas non plus pourquoi Jim Hutton, le dernier compagnon de Freddie Mercury, est soudainement devenu un serveur alors qu'il était coiffeur. Il est aussi faux de dire de façon plus ou moins explicite que Queen s'est séparé à un moment donné, ça n'est jamais arrivé, même si Freddie Mercury a sorti des albums solo. Enfin, en ce qui concerne sa séropositivité, bien entendu que le film en parle, c'est d'ailleurs terriblement bouleversant. Dans les faits, Freddie Mercury n'a annoncé publiquement sa maladie qu'à la veille de sa mort. Remettons les choses dans leur contexte : dans les années 80, le SIDA explose. On ne sait pas vraiment ce qui se passe, c'est un déferlement. De plus, la dépénalisation de l'homosexualité au Royaume-Uni ne date que de 1967 (Freddie Mercury avait 21 ans) et elle n'était que partielle en plus de n'être appliquée qu'en Angleterre et au Pays de Galles (il faut attendre 1980 (!) en Écosse et 1982 (!!) en Irlande du Nord).


Les snobs diront que ces loopings sont scandaleux mais, très franchement, je ne suis pas sûre que ce soit si grave. Brian May et Roger Taylor (respectivement les guitariste et batteur de Queen), qui ont co-produit le film, ont souhaité que Freddie Mercury soit montré sous son meilleur jour et ce biopic n'est pas édulcoré pour autant. Le travail de Rami Malek pour lui ressembler est fabuleux, et si j'ai eu du mal à m'habituer à sa prothèse dentaire, j'ai été marquée par l'imitation de sa gestuelle. Toutefois, la palme du sosie parfait revient à l'acteur Gwilym Lee qui interprète Brian May. Il y avait déjà une prédisposition physique mais le moindre geste jusqu'à l'intonation de la voix m'ont bluffée. J'ai également été plus que ravie de voir Mike Myers jouer le rôle de Ray Foster, le patron du label, et j'ai bondi de mon siège quand il a dit ça : "We need a song teenagers can bang their heads to in a car. Bohemian Rhapsody is not that song.", j'étais littéralement extatique (et si tu ne vois pas de quoi on parle ici, révise tes classiques des années 90). C'est pour des petits moments comme ça que j'aime être en vie (oui, carrément).

J'aurais sans doute aimé que le film s'attarde davantage sur les années 70 parce qu'il y a tellement à dire ! L'enregistrement de Bohemian Rhapsody (la chanson) aurait mérité d'être plus étoffé tant il est incroyable d'un point de vue technique. Mais, encore une fois, ce n'est pas grave ! Le film n'est pas kitsch, il est intéressant, drôle et vraiment très émouvant, ça a été très compliqué de ne pas pleurer fort et vrai, je n'aurais certainement pas fait autant d'effort pour garder ma dignité si j'avais été seule chez moi. Alors oui, bien sûr que ce biopic est bien. Je rappelle à toutes fins utiles qu'il ne s'agit que d'un film et qu'il a pour vocation d'être populaire, si vous recherchez des informations de niche, tournez-vous vers d'autres biais.

2 commentaires:

  1. Merci pour ce billet à travers lequel je ressens le même enthousiasme que celui que j’ai ressenti en sortant du ciné !

    Dès que j’ai dit que j’avais apprécié ce film, on m’a rembarrée en me disant qu’il était problématique à plein de niveaux (Freddie Mercury y serait présenté de manière homophobe ?), mais ce n’est pas du tout ce que j’ai perçu (sans doute ne suis-je pas assez déconstruite à ce sujet).

    J’ai été bluffée par les reconstitutions des concerts, en particulier celui du Live Aid… C’était incroyable ! Et quelle bonne idée d’avoir, pour certains d’entre eux, utilisé des pistes live différentes de celles auxquelles on est habituées sur CD (ui, je suis une enfant des années 80, j’ai longtemps écouté Queen sur CD, ne me jugez pas).

    Bref, un moment de cinéma – et de musique ! – intense et émouvant, qui n’a fait que renforcer l’admiration que j’ai pour Queen et Freddie Mercury. J’ai également adoré le clin d’œil à Wayne’s World ! ;-)

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    1. Sans doute ne suis-je pas suffisamment concernée et peut-être me manque-t-il un peu de déconstruction également mais je n'ai pas trouvé ce film homophobe. J'ai cru lire çà et là que c'était la dualité bisexualité/homosexualité de Freddie Mercury qui posait un problème aux spectateurs. Certains le disent bi parce qu'il a été marié avec Mary Austin mais savait-il à l'époque qu'il aimait les hommes ? Voulait-il seulement l'admettre ? Tant de choses sont à remettre en perspective, et je crois qu'une seule personne serait à même de nous dire la vérité, c'est Mercury lui-même. Mais il est mort. Alors je propose qu'on cesse de spéculer sur sa vie et qu'on se contente de ce qu'il a bien voulu livrer.

      Je ne l'ai pas écrit mais j'ai trouvé les raccords avec la voix super bien foutus. Bien sûr, on sait que ce n'est pas Rami Malek qui chante mais c'est tellement bien fait qu'on pourrait y croire. En sortant du ciné, mon mec m'a dit avoir soupçonné des conversations de Freddie Mercury lui-même incorporées au film, en plus des parties chantées. Quant au Live Aid, j'ai adoré qu'on fasse durer le plaisir en intégrant la moitié de la prestation.

      Et puis je te rassure, j'ai écouté des CD toute ma vie, je n'ai commencé les vinyles qu'une fois adulte !

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