jeudi 13 décembre 2018

C'est la Sainte-Lucie, bitches.

Le 13 décembre, c'est le jour de la Sainte-Lucie. Si je me fiche royalement de l'origine chrétienne de nos saint.e.s ancêtres (en l'occurrence ici, sainte Lucie de Syracuse était, à priori, une martyre qui aurait péri sur un bûcher avec une épée dans la gorge après avoir été violée et s'être arraché les yeux, vraiment, quelle histoire délicieuse), j'aime l'idée que cette fête marque le début des festivités de Noël dans le nord de l'Europe (mais aussi en Italie et en Croatie), surtout en Suède, et c'est la lumière qui est célébrée. Le prénom Lucie vient du latin lux, qui veut dire lumière. C'est joli, vous ne trouvez pas ? C'est mon prénom.

Superbe et profonde photo d'illustration provenant d'une banque d'images. Son autrice s'appelle Kristine Weilert.
J'étais pressentie pour m'appeler Mathilde. Un veto a toutefois été prononcé dans la famille à cause de la chanson de Jacques Brel, il était insensé que je porte le prénom d'une chanson interprétée par un type pas spécialement apprécié. Si j'étais mystique, je dirais que ce jour-là, j'ai été maudite. Parce que je m'appelle Lucie et que je n'ai connu que dix ans de tranquillité musicale.
En CE1, l'institutrice a parlé de Lucy d'Éthiopie à toute la classe. Les regards se sont immédiatement tournés vers moi, les rires ont fusé, et ça a été le début de ma descente dans les enfers du harcèlement scolaire. C'est tout de même un comble que cette chère australopithèque ait été prénommée ainsi à cause d'une chanson. Lucy In The Sky With Diamonds des Beatles (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, 1967) passait sur la BBC le jour où les archéologues époussetaient les os. Pour rappel, Lucy, ou Dinqnesh en éthiopien, n'était pas homo sapiens puisqu'elle était australopithèque (australopithecus afarensis), en gros c'était un singe entièrement velu qui marchait debout toutefois. Objectivement, c'est plutôt cool. Mais enfin moi, j'ai du mal à être objective. Lucy-Dinqnesh étant clairement un singe, mes camarades de classe ont donc commencé à m'appeler Lucie le singe, puis le singe tout court.

Comme les planètes étaient visiblement alignées dans les années 1990, Pascal Obispo a sorti sa chanson fameuse en 1996, puis ces trous de balle d'Alliage ont remis le couvert avec Lucy Don't Cry en 1997. Ces années-là, j'étais encore à l'école primaire, Alliage avait donc plus de succès dans la cour de récré que Pascal Obispo. Mes congénères ont passé beaucoup trop de leur temps libre à réécrire les paroles de la chanson du boys band et on chantait Lucie le singe en lieu et place de Lucy Don't Cry. Ah ça, je ne pleurais pas, aucun risque que je leur montre mes émotions à ces sales bâtards. Ces conneries ont duré beaucoup trop longtemps à mon goût mais, selon mon psy, c'est parce que j'étais une enfant déprimée que j'attirais les moqueries. Je vous expliquais dans ce billet que les enfants sont des animaux sauvages, une fois qu'ils sentent l'odeur du sang, c'est cuit.

Ce qui devait arrivé arriva, j'ai profondément détesté mon prénom. Au collège, j'ai brièvement demandé à mes copines de m'appeler Joy (parce que pourquoi pas) et puis à force (ça a pris du temps) d'avoir entendu çà et là que mon prénom était super joli et constatant finalement que seul.e.s les petit.e.s con.ne.s de l'école communale avaient décrété ma déshumanisation, j'ai appris à aimer mon prénom. Que dis-je, à l'adorer. C'est l'unique morceau d'égo que je possède, au point de m'être fait tatouer un symbole de la lumière sur la poitrine (ouais, carrément). Toutefois, comme je ne suis pas à une contradiction près, je me sens évidemment super terne et je m'habille essentiellement en noir. Vous savez, si le noir est noir, c'est parce qu'il absorbe toutes les couleurs de la lumière qu'il reçoit. Le blanc, lui, la diffuse. Vous pensez bien qu'on mon fort intérieur, je me dis que je ne mérite pas mon prénom même s'il est mon identité propre.

Alors bonne fête de la lumière à toutes les Lucie et à toutes celles parmi vous qui irradient (les autres également). Peut-être qu'un jour, moi aussi je serai radieuse.



P.S. : cessez de chanter dès qu'une Lucie se présente à vous, ce n'est pas subversif, ce n'est pas agréable, ça nous donne envie de vous arracher les cordes vocales à mains nues.

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