lundi 10 décembre 2018

Leto, de Kirill Serebrennikov.

Originaire de Léningrad (Saint-Pétersbourg), Viktor Tsoi était le chanteur du groupe Kino, emblème du rock soviétique des années 1980. En URSS, le gouvernement n'avait pas envie d'entendre parler de ce style de musique. Il a fallu attendre la Perestroïka (1985-1991) et la Glasnost (1986), correspondant à l'arrivée au pouvoir de Mikhail Gorbatchev, pour qu'on apprenne à se détendre sur le sujet. En attendant, les disques se refilaient sous le manteau. Viktor Tsoi et ses copains sont arrivés au bon moment et ont rencontré un succès mérité. Hélas, Tsoi n'aura pas le temps de beaucoup en profiter puisqu'il est mort en 1990 dans un accident de la route, il n'avait que 28 ans.

Viktor Tsoi. Un vrai beau mec, quel gâchis !
Mercredi dernier est sorti en salle Leto de Kirill Serebrennikov. Leto, ou Лето, veut dire "été", c'est aussi une chanson de Kino (le titre entier est Кончится лето, littéralement "l'été est fini"), sortie en 1990 sur l'album éponyme du groupe, le dernier, aussi appelé "l'album noir" pour des raisons évidentes. Ce film en noir et blanc est un biopic centré sur Viktor Tsoi, mais il évoque également Mike Naoumenko, leader du groupe Zoopark, actif en même temps que Kino. Au tout début des années 1980, Tsoi et Naoumenko se sont produits au Leningrad's Rock Club qui était un des rares lieux où ils pouvaient jouer leur musique sans être trop inquiétés. C'est à partir de là qu'ils se sont entraidés, avec leur bande de punks et de métalleux. Ils sont fans de Marc Bolan (leader de T-Rex mort en 1977), Lou Reed, David Bowie et découvrent tout juste Blondie. Leur quotidien n'a strictement rien à voir avec ce qu'on connaît en Occident. Il est mal vu d'écouter la musique de l'ennemi alors la vie de la jeunesse un tant soit peu rebelle est un combat. Serebrennikov a réussi à rendre complètement pop son film monochrome grâce à quelques incrustations de Super 8 mais surtout aux (trop rares) scènes musicales. La meilleure scène étant, selon moi, celle qui se passe dans le train sur fond de Psycho Killer des Talking Heads (voir la vidéo ci-après). Ce joli combo nostalgico-mélancolique rend l'URSS bien moins grise et montre une jeunesse pas aussi fataliste qu'on pourrait le croire. L'amour du rock est aussi une ode à la liberté.



 On pourrait continuer à en parler pendant des heures mais vu que le film est tout frais, je ne peux que vous conseiller de vous rendre au ciné sans plus tarder parce que je l'ai vraiment trouvé fantastique.

La scène dont je vous parlais plus haut, la voici. Je présente mes excuses aux non russophones (une raison de plus d'aller le voir, au moins vous aurez des sous-titres en français) : en gros, le type au chapeau reproche au copain punk de Tsoi qu'il ferait mieux d'entrer dans le rang. Sauf que ledit punk se fout un peu de sa gueule, alors l'homme appelle la sécurité. Le mec avec les lunettes est le narrateur omniscient du film, on l'aperçoit de temps en temps pour expliquer ce qui est en train de se passer et pour dire que telle ou telle scène n'a pas réellement existé (notamment à la fin de celle-là puisque Tsoi et ses potes n'ont pas vraiment chanté Psycho Killer dans un train. D'ailleurs, le biopic est basé sur les écrits de Natalia Naoumenko, l'épouse de Mike, qui apparaît également dans le film).

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