mardi 4 décembre 2018

Mary Shelley, d'Haifaa Al Mansour.

Il y a ce film que je voulais voir depuis un petit moment, c'est le biopic d'Haifaa Al Mansour sur Mary Shelley. C'est une femme que j'ai toujours trouvé fascinante, d'autant plus après avoir lu Frankenstein ou le Prométhée moderne il y a quelques années. On la connaît sous son nom d'épouse puisqu'elle s'est mariée (tardivement) avec le poète Percy Byssche Shelley mais elle est née Mary Wollstonecraft Godwin, fille de l'écrivain William Godwin et de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft. Le terrain était un peu préparé, même si on se situe au début du XIXe siècle.


Mary et Percy Shelley étaient des contemporains de Lord Byron, grand poète romantique et père d'Ada Lovelace, pionnière de l'informatique, et de John Polidori, à qui on doit la nouvelle Le Vampire, classique du genre (il est aussi accessoirement l'oncle de l'artiste préraphaélite Dante Gabriel Rossetti). Tout ce petit monde ensemble à Genève pendant quelques mois, c'est à ce moment que Mary Shelley a imaginé Frankenstein. Chez Lord Byron, on retrouve d'ailleurs Le Cauchemar de Füssli au dessus de la cheminée. Coïncidence ? Je ne crois pas. Outre son imagination débordante et les histoires de fantômes dont elle était friande, elle a notamment été inspirée par le galvanisme (quand un muscle est contracté grâce à un courant électrique), notion étudiée à partir des années 1780. Peut-on ramener un cadavre à la vie si on lui injecte suffisamment d'électricité dans le corps ? Ah.

Frankenstein ou le Prométhée moderne (dans la mythologie grecque, Prométhée est celui dont le foie était continuellement dévoré par un l'Aigle du Caucase, condamné à ce châtiment par Zeus car il a donné le feu sacré du mont Olympe aux humains) est un chef-d'œuvre de la littérature gothique, mouvement principalement anglais qui a commencé au milieu du XVIIIe siècle (je ne prends pas de risque à donner une année) et qui a duré tout le siècle suivant. La clé de la réussite d'un bon roman gothique : de la noirceur, un vieux château mystérieux, des personnages mystiques, un cimetière, etc., bref, les ténèbres absolues. J'adore ça, c'est mon genre préféré depuis l'adolescence.

J'avais un peu peur que le biopic sur Mary Shelley se concentre davantage sur sa relation avec Percy que sur l'écriture de son roman et c'est ce qui s'est passé. Toutefois, ça ne m'a finalement pas déçue. Je ne suis pas une spécialiste de cette grande autrice, mais il est important de savoir comment le couple fonctionnait pour comprendre ce qui gravitait autour. Percy Shelley était déjà marié et père de deux enfants quand il a rencontré Mary (il avait 21 ans, elle 16). Le film nous le montre comme un type gentil et grand romantique, mais il était sans doute plus amoureux de la notion d'amour que des femmes en général. Bien que Mary était pleine d'idées radicales sur le plan politique (grâce à ses parents), elle était à priori plus exclusive que Percy, amenant leur relation à devenir électrique (humour). Tous les deux ont répondu aux sirènes du mariage une fois que la première épouse de Percy, Harriet, s'est suicidée. Plusieurs enfants étaient déjà né.e.s...
... et décédés. La mort, c'est ce qui a régi la vie de Mary Shelley. D'abord, sa mère est décédée dix jours après sa naissance. Sa sœur aînée, Fanny Imlay (première fille de sa mère), s'est suicidée à 21 ans. Puis elle a perdu ses trois premiers enfants en bas âge (seul un fils a survécu). Sa nièce, fruit illégitime de sa sœur cadette, Claire Clairmont, et de Lord Byron, est morte à 10 ans. Puis Percy Shelley s'est noyé à 29 ans, Mary s'est retrouvée veuve à 24 ans. Elle a écrit Frankenstein après avoir perdu sa mère et deux de ses enfants, et avec sa relation tumultueuse avec Percy, on peut donc facilement saisir d'où provient l'idée de la créature abandonnée. Le film nous montre une jeune femme plutôt résiliente, et j'ai trouvé intéressant de la voir écrire les pires horreurs (dans le contexte de l'époque, et le mot "horreurs" a ici un sens positif) en ayant autant la tête sur les épaules, quand Percy Shelley et Lord Byron sont si expansifs dans leurs émotions, dans l'excès pour tout, et écrivent les plus beaux vers. Après tout, si la littérature gothique est en plein épanouissement, il en va de même pour le romantisme.

Mary Wollstonecraft Godwin (Elle Fanning), Claire Clairmont (Bel Powley), Lord Byron (Tom Sturridge), John Polidori (Ben Hardy) et Percy Shelley (Douglas Booth). Image superbe.

Si le film est évidemment très romancé, il est percutant parce qu'il retrace subtilement ces deux années décisives de Mary Shelley, entre 16 et 18 ans, qui ont été marquées par sa rencontre avec Percy Shelley et l'écriture de Frankenstein. Ou comment parler d'amour et de passion sans faire passer cette (si jeune !) femme pour une imbécile, ça fait du bien.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire