lundi 28 octobre 2019

La pilule magique

Mon humeur générale me fait quotidiennement marcher sur des œufs et c'est tellement fatigant... Si je trouve toujours ma psychothérapie pertinente au bout d'1 an et 9 mois de consultations hebdomadaires, ça fait un petit moment que j'éprouve un manque. Un manque que rien ni personne n'était en mesure de combler jusque là puisqu'il s'agit, encore et toujours, de mon humeur. J'ai un besoin crucial de régularité dans mon quotidien, surtout en ce qui concerne mon travail. Je ne peux pas bosser dans de bonnes conditions si je suis à plat de temps en temps sans jamais savoir à l'avance quand mes cuillères vont m'abandonner.

J'ai demandé de l'aide à ma nouvelle médecin généraliste. Elle m'a prescrit un traitement antidépresseurs ainsi que des anxiolytiques pour m'aider à dormir. Si j'ai passé l'été 2018 sous somnifères après la fin de ma mission traumatisante au collège, je n'avais jamais pris de médicaments pour réguler ma dépression. J'ai accueilli l'ordonnance à bras ouverts parce que, vraiment, je ne supporte plus les montagnes russes. Mon psy ne partage pas mon point de vue.

Je ne suis pas une grande utilisatrice de médicaments dans leur ensemble parce que je n'en ai pas besoin, je ne suis jamais malade. Mais j'ai une approche rationnelle des choses : c'est la science et la médecine qui sauvent des vies, pas les cailloux magiques ni les prières mystiques. A mon grand regret, je suis aussi une idéaliste. J'ai dû encore croire que les antidépresseurs allaient me guérir.

Je rejoins mon psy lorsqu'il me dit que les antidépresseurs ne font que repousser le problème. J'en suis pleinement consciente. Cependant je suis aussi désespérée, on me demande de puiser dans mes propres ressources pour trouver les solutions à ce qui m'inquiète sauf que je ne suis pas magicienne. J'ai pensé qu'avec un état mental au calme, ça serait plus facile (en plus de m'aider à travailler). Rien ne se passe comme prévu.

Évidemment, je souffre des effets secondaires des antidépresseurs qui me pourrissent la vie bien plus encore que mes idées noires. Je souffre d'une fatigue physique intense, je suis une loque. Je bâille toute la journée, je somnole et je dois faire des pauses sans arrêt. Les antidépresseurs m'ont transformée en personne du matin, je me couche et me lève tôt. L'avantage, c'est que je n'ai pas besoin d'avaler d'anxiolytique pour dormir. Une déficience visuelle par ci, des tremblements par là, et un pare-feu monumental entre mes pensées profondes et mon moi de tous les jours. Je suis complètement stone, en fait. Dans un sens, j'ai ce que je demandais, un rempart contre ma sale humeur.

Le plus drôle, c'est que je n'ai commencé que depuis une semaine. Je revois ma médecin dans trois semaines. Est-ce que tout ça va se réguler d'ici là ? Est-ce que je vais laisser tomber ? Pour le moment je me fais violence pour ne pas tout arrêter.

jeudi 5 septembre 2019

Le crachin breton n'existe pas

J'essaie de me fabriquer une nouvelle vie. J'ai beau (n')avoir (que) 33 ans, j'ai l'impression que mon existence a été scindée en trois parties. Comme si j'étais un Pokemon qui avait évolué (cette métaphore parlera à certain·es). L'évolution suggère l'amélioration, or je suis bien incapable de dire si je suis plus et mieux. J'ai d'abord été une enfant et une adolescente plutôt extravertie et pas tellement timide, toujours la goule en chemin. Je riais aussi beaucoup et aujourd'hui je me demande comment c'est possible, il faut croire qu'un boomerang met un temps fou à nous revenir en plein ventre. Puis il y a eu ma vie de jeune adulte pendant laquelle j'ai essayé de garder la tête hors de l'eau tout en faisant une succession de mauvais choix. Et j'ai eu 30 ans, j'ai décidé que j'en avais marre de toutes ces conneries et j'ai pris le taureau par les cornes. Mais c'est super dur.

Selon mon expérience personnelle, j'ai décrété que cette plage était la plus belle du monde. Le sable fin et blanc, l'eau turquoise, la falaise et les propriétaires chanceux des maisons qui ont vue sur ce paysage.

Je suis l'opposée de l'enfant que j'étais. Finis les sourires gratuits, terminées les robes à fleurs, exit l'extraversion. Je sais très bien que je suis dans le contrôle permanent de mon image : me vêtir de noir n'est pas anodin mais que voulez-vous, j'aime la discrétion. Je ne veux plus me faire remarquer, à tel point que c'est devenu pathologique et ça me dessert dans mon quotidien. J'ai créé ma micro-entreprise au début de l'été, imaginez-vous bien comme je galère un tantinet à me mettre en avant (j'en parlerai davantage si je comprends un jour comment me vendre et avoir confiance en mon travail). La vérité, c'est que j'ai passé ma vie entière à tenter d'être la fille parfaite tout en étant consciente de la déception engendrée par ma simple existence, allez lutter contre ça. Enfin c'est en cours. Oui mais c'est long et du temps, au risque d'être rabat-joie, on n'en a pas tant que ça.

J'ai assisté à la traversée de ce funambule de l'extrême, j'y ai vu une métaphore de ma vie (mais sans le legging Pacman du monsieur).

Je pourrais arrêter de voir les choses comme des vérités immuables, à commencer par le temps qu'il fait en Bretagne. Enfant, j'ai passé un certain nombre d'étés dans le Finistère avec mes parents ou juste ma mère et sa copine mère célibataire. Je ne suis pas vraiment sûre d'en avoir gardé des bons souvenirs. J'ai associé la région au mauvais temps, sûrement à cause de l'inondation de ce camping, et qui pourrait m'en vouloir ? J'imagine cependant que la pluie n'est qu'un détail quand on a une famille heureuse. Toujours est-il que je n'ai pas remis les pieds dans le Finistère depuis plus de vingt ans (j'aurais pu dire en Bretagne au sens large si je n'avais pas fait une halte à Saint-Malo il y a quelques temps). Jusqu'à cette année.

Quand j'étais enfant et en vacances plus au Nord avec mes parents, un autre enfant est tombé avec son vélo d'une falaise similaire. Je me souviendrai toujours de l'hélicoptère qui est venu le chercher.

En août, je suis partie trois jours autour de Quimper à faire notamment le tour de la presqu'île de Crozon et il a fait un temps splendide doublé d'une incroyable chaleur (j'ai brûlé). Je ne me souvenais pas que le coin puisse être aussi beau, c'est bête. La fabrication d'une nouvelle vie passerait donc également par la mise à jour de certains souvenirs. Une averse a eu lieu tandis que j'étais assise dans une crêperie à ingérer une crêpe baignant dans son caramel au beurre salé et j'ai compris que l'adage "En Bretagne, il ne peut que sur les cons." était vérifiable. Finalement je ne suis peut-être pas si conne.

jeudi 9 mai 2019

Ma petite crypte rien qu'à moi

Nous allons mourir. C'est ainsi, c'est la vie. On nous apprend à craindre la mort grâce à cet adage simple : "Profite de la vie !" qui sous-entend qu'une fois au bout du tunnel, si nous n'avons pas réalisé une liste de tâches, notre vie aura été gâchée. Or, il y a des milliards de façons de profiter de la vie et il n'est pas nécessaire d'avoir fait le tour du Pérou à vélo ou nagé avec des raies manta, peu importe ce que le·a premier·e citoyen·ne du monde auto-proclamé·e vous dira. Existe-t-il un·e juge des vies réussies et gâchées quelque part ? Et bien oui, il est partout et multiple, c'est peut-être un·e membre de votre famille, un·e ami·e, un·e citoyen·ne du monde à la con ou bien Dieu. Heureusement pour moi, je suis athée, c'est déjà ça de moins à gérer.

La mort me rend sarcastique parce qu'elle est très présente autour de moi. Elle est sur des photos, dans les murs et des évocations, elle est bien sûr dans mes souvenirs mais aussi dans ceux qu'on m'a implanté de force alors qu'ils ne m'appartiennent pas. La peine de ces autres incapables de faire leur deuil est devenue la mienne. Ça s'est accumulé et j'ai fini par accrocher à mes chevilles les boulets de mes ancêtres. Je me suis transformée en éponge au fil des années et je suis la seule à vouloir que ça s'arrête et à prendre mes responsabilités. Je n'ai jamais rien demandé et pourtant je suis gouvernée par des fantômes dont certains sont encore semi-vivants, ils aspirent mon énergie vitale comme des vampires et je vis dans le noir. C'est d'ailleurs ma (non-)couleur préférée. J'ai été mise au monde pour servir de ghost trap.
Si j'étais joueuse, je dirais que je suis L'Élue ; l'auguste réceptacle des amertumes passées et des ombres persistantes (c'est ce que je vais écrire sur mon CV). On ne me comprend pas, je pense donc être légitime dans ma quête de tranquillité. Je me demande à quoi mon sang a été mélangé, c'est comme si j'avais été frappée d'une malédiction à la naissance, un truc qui ressemble au mythe de la Tour de Babel. J'essaie de faire l'effort de n'en vouloir à personne mais c'est difficile quand on me manque de respect depuis toujours.

Je m'octroie le droit de rire de la mort sous toutes ses formes, même quand elle est souhaitée, même si ça met mal à l'aise, même si ça fait peur. C'est la seule façon de dédramatiser ce qui me traumatise depuis Mathusalem et ça me donne un peu de pouvoir sur les choses. Je me vois imposer des drames à tout bout de champ quand mon cœur réclame la légèreté d'être, j'ai alors une enclume à la place de mon cerveau. Je suis si épuisée que je n'ai pas la force de faire des choix, d'autant plus quand ils me concernent, j'ai peur de tout et surtout du moindre coup d'œil. A chaque fois que j'essaie, mon démon personnel, nourri par ses ancêtres, me rattrape et me donne un coup de batte de baseball dans les genoux.
D'aucuns diront que c'est ridicule. Et bien c'est fort possible.

jeudi 14 mars 2019

Atypique

S'il y a bien une chose qui n'est pas facile à gérer quand on est dépressive comme moi, c'est l'humeur. La mienne saute régulièrement, bien que pas suffisamment pour me faire éprouver d'autres pathologies. Disons que j'ai très vite fait de m'emballer pour quelque chose que je trouve super cool, mais je retombe tout aussi rapidement comme un soufflé crevé du poignard de la trahison (le traître est mon esprit vagabond). La chute est douloureuse avant même d'atteindre le sol, de par sa lenteur j'ai le temps de me souvenir à quel point je suis la reine du pays des nul·les. Une fois tombée, je récupère mon âme blasée sous le bras et la vie reprend son cours. L'autre jour j'ai lu quelque chose de très intéressant, il était question de la « dépression souriante », forme de dépression atypique, ou quand on sourit pour cacher son mal-être. Je me suis trouvé quelques points communs avec cette affliction même si je ne me considère pas comme une personne souriante. Ne pas sourire sur commande est même un petit acte militant. Enfant, j'étais caractérielle et j'avais une certaine facilité à faire la gueule, ça m'a suivi toute ma vie. On m'a très souvent répété cette phrase insupportable : "Souris, tu seras plus jolie !". Évidemment, plus on me le disait et moins j'avais envie de sourire, je pensais toujours : "Je t'emmerde, cesse de me prendre pour un clébard à qui on apprend à faire le beau.". Premièrement, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu envie un jour d'être jolie parce que j'ai toujours su que la beauté était subjective. Si on ne me trouve pas jolie, croyez-vous vraiment que ce soit mon problème ? Deuxièmement, le sourire est un mécanisme spontané, je n'ai jamais souhaité ni réussi à me forcer. Je souris simplement quand une occasion opportune se présente. Combien de fois ai-je entendu que j'avais « mauvais » caractère... et si vous saviez comme je m'en fous.

Mais revenons à cette histoire de « dépression souriante ». Il est simplement question d'avoir l'air heureux alors que le désespoir nous consume de l'intérieur. Je ne sais pas si j'ai réellement l'air heureux mais je doute fortement que le mot dépression soit affiché en néon clignotant sur mon front. On m'a dit plusieurs fois que je ne correspondais pas aux clichés de la dépressive : pas apathique, pas noyée dans mes larmes, pas en arrêt de travail, etc., je ne prends même pas d'antidépresseurs, c'est donc difficile à justifier, d'autant plus auprès de soi-même. Combien de fois me suis-je dit que je n'avais pas le droit d'aller mal quand j'arrivais à sortir de mon lit le matin ? La perversion s'est infiltrée dans le millier de questions que je me suis posées pour tester ma légitimité, qu'est-ce qui aurait pu faire de moi une bonne dépressive ? En cela ma thérapie m'a aidée, j'imagine que si je me rends chez un psy chaque semaine depuis quatorze mois, ce n'est pas pour équeuter des fraises.

Je crois qu'il est plus difficile de croire qu'une personne qui a « mauvais » caractère puisse être dépressive. On l'imagine plus forte que les autres parce qu'elle fait peut-être certaines choses différemment (lesquelles s'il vous plaît ?) mais c'est complètement con. On aimerait surtout uniformiser les gens et il est tellement mal vu pour une fille d'avoir un « sale » caractère. Dès la naissance, on exige de nous d'être douces, souriantes, pas bagarreuses et sans histoire, sinon nous sommes estampillées « garçon manqué », mais quel enfer ! Mon caractère, aussi sale et mauvais soit-il pour les autres, je le chéris parce que je pense qu'il m'a sauvé la vie à maintes occasions. Si je dois m'adoucir un jour, ce sera certainement par sagesse, résilience ou à cause de la fatigue, il n'existera aucune autre raison valable.

Je ne peux pas décrire ce qui se passe à l'intérieur de moi. J'aurais pu écrire dans mon cerveau, mais la dépression ne se loge pas que là, elle se nourrit du corps entier. C'est un tel merdier que les mots me manquent. Alors je n'en parle pas, sauf à qui de droit. J'aimerais être une artiste pour que mes talents m'aident à m'exprimer. J'ai beaucoup d'idées qui ne se réaliseront jamais car je manque de moyens, je suis dépassée. Écrire parfois sur le sujet sur ce blog me permet de désamorcer la bombe, je me focalise sur les problèmes et, curieusement, ça me détend. Quand bien même, si les mots sont disponibles pour m'exprimer à l'oral, je ne peux pas le faire sans sarcasme, ça doit sans doute faire partie de mon caractère de merde.

J'ai subi ma personnalité pendant très longtemps (encore aujourd'hui) parce qu'on m'a toujours reproché son existence. Toutefois, l'expérience m'a appris que tenter d'adopter l'image que les autres aimeraient que vous renvoyiez fait bien plus de mal que de bien. Je ne corresponds pas à l'idéal qu'on s'était imaginé, j'ai déçu même si c'est inconscient, et je dois vivre avec ça. C'est un peu comme si j'avais assassiné la petite Lucie qui n'a pourtant jamais existé, je dois porter le deuil de quelqu'un qui n'a jamais vécu et me construire à sa place. On aura connu plus reposant.

jeudi 28 février 2019

Je suis le bug de la matrice

« Vous êtes encore jeune... », c'est la phrase que mon conseiller Pôle Emploi m'a répété deux fois de suite lors de mon entretien de lundi. Il m'a dit ça en me regardant par-dessus ses lunettes, il avait les deux mains sur son clavier et j'ai trouvé la situation plutôt ridicule puisqu'il n'avait pas remonté sa chaise de bureau à sa taille, il y était donc tout ratatiné. Je suis encore jeune parce que j'ai l'âge d'être sa fille, c'est ce qu'il a dû penser. A mon avis il n'était pas si convaincu mais il a sans doute cherché à nous persuader tous les deux. Je crois que ça n'a pas marché.

En théorie oui, je suis encore jeune. J'ai 32 ans. Nous vivons dans une société dans laquelle avoir 32 ans quand on est une femme peut vite être inquiétant, ça s'est vérifié deux fois en quelques jours et ça m'a empêchée de dormir, je me considère donc comme traumatisée.

Avec mon conseiller, on a bien ravivé mon parcours étudiant et professionnel alors que les locaux de Pôle Emploi sont comme ma deuxième maison. Je ne peux pas oublier que mon seul diplôme est le bac (littéraire en plus) et que ma dernière expérience dans le monde du travail s'est soldée par un simili burn out qui m'a fait définitivement haïr mon job. Je ne peux pas non plus oublier le fait que je ne sais pas et n'ai jamais su à quoi je voulais consacrer ma vie. Sur ce dernier plan, ma thérapie m'aide beaucoup mais si je comprends petit à petit pourquoi j'en suis arrivée là, ce n'est pas pour autant que j'ai la solution à mes problèmes.

Pour ajouter à ce désastre, j'ai vécu en début de weekend une expérience extrêmement désagréable dont je suis relativement épargnée d'habitude grâce, je l'espère, à mon point de vue clair sur le sujet. J'ai rencontré par hasard une ancienne collègue prof qui m'a demandé ce que je devenais, ce que je comptais faire et j'ai été honnête : je suis au chômage, je ne sais pas, peut-être que je vais essayer ça. Je n'aime vraiment pas cette conversation mais elle est inévitable, les gens aiment papoter. Je me suis à moitié étranglée quand elle m'a répondu : « T'as qu'à faire un bébé, c'est maintenant ou jamais ! ». Cette sorte d'interjection pose évidemment plusieurs problèmes.

Premièrement, je n'ai pas l'intention de concevoir un enfant parce que je m'ennuie, par dépit. Ou alors si, je peux, mais autant commencer tout de suite à mettre de l'argent de côté pour sa future psychothérapie. Je ne suis pas moi-même suivie depuis plus d'un an pour infliger des souffrances à ma potentielle descendance.

Deuxièmement, j'ai beau être ouverte sur absolument tous les sujets, certaines choses relèvent de l'intime et si ça ne pose aucun souci à d'autres d'en parler, grand bien leur fasse. En ce qui me concerne, je n'aime pas le faire et ne le fais que très peu. Pas parce que ça me gêne mais parce que ça ne regarde personne d'autre que moi.

Troisièmement, mon utérus m'appartient, personne n'a le droit de discuter de ce que je dois ou peux en faire, pas même une femme de 50 ans qui a eu deux enfants. Le fait d'associer mon âge à tout ça m'a donné un coup de massue. Ça veut dire quoi, maintenant ou jamais ? C'est insultant, je n'ai que 32 ans.

Ce que les gens et la société m'expliquent frontalement, c'est que je ne suis pas conforme. Je suis une anomalie. J'ai passé l'âge de la rébellion, aussi je ne vais pas courir immédiatement me faire ligaturer les trompes juste pour emmerder mon monde (je dis ça comme s'il était facile pour une femme de mon âge de se faire ligaturer les trompes en étant nullipare, je ris toute seule de cette blague et voyez comme nous ne sommes pas à une contradiction près) mais il faut savoir que tout ça m'angoisse énormément. Je suis tout à fait consciente de mon âge, de tout ce que je n'ai pas accompli et de la pression que ça me met alors que ça ne devrait pas.

Nous sommes en 2019 et le modèle archaïque de la petite famille parfaite composée d'une mère, d'un père, d'une fille et d'un fils n'existe plus. D'une part, il est absurde de penser que l'on fait encore des enfants pour assurer la survie de l'espèce. L'avenir écologique infirme d'ailleurs cette idée. D'autre part, les femmes se battent pour leur droit à disposer de leur corps depuis tellement longtemps qu'il est totalement irresponsable d'exiger d'elles qu'elles aient des enfants à tout prix. De plus, les gens ne sont jamais satisfaits : quand une femme a un enfant, on lui demande d'en faire un deuxième. Si jamais le même sexe est représenté deux fois de suite, on lui demande d'en faire un troisième. Si le même sexe que les deux précédents est de nouveau représenté, on va plaindre la mère. Si toutefois cette dernière décide d'avoir un quatrième enfant (et plus), on lui demande ce qui ne va pas chez elle. Et puis bien entendu, si une femme décide de ne pas en avoir du tout, c'est qu'elle a un problème. Elle changera forcément d'avis, ou alors c'est qu'elle n'a pas trouvé le bon mec. Cette grosse égoïste. Les femmes sont toujours perdantes quoi qu'il arrive. Ayez cependant bien à l'esprit qu'on vous emmerde.

Quant à moi je suis là, j'ai 32 ans 1/2, pas d'enfant, pas de métier et en thérapie pour dépression tenace parce que je ne sais pas quoi faire de plus qu'attendre que le vent souffle dans mes voiles. J'aimerais pouvoir dire que je fais ce que je peux mais la vérité est ailleurs.