jeudi 17 janvier 2019

Pourquoi éduquer vos enfants de façon féministe est important.

Hier, lors de mon petit tour quasi quotidien sur la plateforme Hellocoton (mi-portail, mi-réseau social, une partie de la blogosphère majoritairement féminine y est recensée et des blogs sont mis en avant chaque jour selon des catégories) j'ai été très surprise de constater qu'un certain billet de blog a été placé à la une dans la catégorie famille. Volontairement racoleur ou non, le titre est : "Ma crainte de l'impact des dérives du féminisme sur l'éducation de mon fils." J'ai lu la suite et j'en ai tiré plusieurs conclusions.

Il s'agit ici d'un blog essentiellement porté sur la maternité sur lequel l'autrice, trentenaire et mère d'un petit garçon de presque 2 ans, évoque ses méthodes d'éducation.

Commençons par analyser le titre parce qu'il y a énormément de choses à dire. L'autrice insinue que le féminisme connaît des dérives. Or, quelles sont-elles ? On peut très vite s'apercevoir que ces fameuses "dérives" sont véhiculées par des anti-féministes, des masculinistes, l'extrême-droite, les traditionalistes, etc. Ces gens entendent par là qu'une femme qui cherche à s'émanciper du patriarcat s'égare. On croit, à tort, que les droits sont largement acquis parce que nous vivons en France et qu'en Occident, il n'y a plus aucun problème. Les féministes se battent depuis des siècles (que dis-je, des millénaires) pour être considérées comme les égales des hommes, des choses essentielles ont effectivement été acquises mais le combat est loin d'être terminé. Nous avons peut-être le droit de vote mais je vous rappelle que nous sommes toujours payées 24 % de moins que les hommes (je ne vais pas vous faire un topo complet sur le monde du travail parce que j'essaie d'être concise, mais sachez que c'est un vrai sujet) et que beaucoup trop de gens croient encore que si une femme a été violée, c'est forcément à cause de la tenue qu'elle portait. Nous ne pouvons pas comparer notre société à celle d'un autre pays (les Émirats Arabes Unis par exemple, puisque c'est celui qui tombe le plus souvent) parce que les modes de vie divergent (culture, politique, etc.). Il faut donc cesser.

L'autrice a peur. A priori, elle craint que les exemples de mon paragraphe précédent influent sur l'éducation de son fils. Il doit y avoir une croyance populaire dans l'air, les gens imaginent qu'une éducation féministe obligerait les garçons à porter des jupes et à jouer à la poupée. Les plus bas du front ont peur qu'ils deviennent homosexuels (quand le sexisme s'allie à l'homophobie). Déjà, il est très réducteur de penser qu'une jupe et une poupée sont des attributs nécessairement et forcément féminins. L'idée d'une éducation féministe est, si on cible vos fils, de les élever de façon à respecter les filles et à ne pas adhérer aux injonctions à la virilité. Ne pas être supérieurs aux filles du simple fait qu'ils sont des garçons. Des exemples concrets : le consentement (quand une fille dit non, c'est non), laisser ses enfants jouer avec ce qu'ils veulent (poupées ou camions, qu'est-ce que ça peut bien faire ?), leur montrer que les tâches ménagères doivent être partagées entre les femmes et les hommes, qu'il n'est pas avilissant pour un homme de passer l'aspirateur, ne pas diviser le monde en rose et bleu, etc.

Ensuite, l'autrice écrit des paradoxes. Son fils a récemment reçu en cadeau une petite cuisine et elle trouve ça très bien (moi aussi). Il faut savoir que celles et ceux cité.e.s plus haut qui parlent de "dérives" sont les premier.e.s à s'insurger de ce type de jouet pour un garçon. Je tiens à rassurer notre blogueuse, elle a l'esprit suffisamment ouvert pour ne pas considérer les "dérives" (je lui suggère donc de modifier son titre). De plus, elle écrit être pour l'égalité des sexes. Alors tout va bien ? Pas tant que ça...

L'autrice s'émeut du mot en lui-même, féminisme, à cause de sa racine qui vient du mot femme. Et bien oui, mais c'est un mouvement (au sens large) qui désigne les femmes, soyons cohérent.e.s ! Il est probable que le mot en lui-même, au départ un néologisme, nous vienne du philosophe Charles Fourier (1772-1837). Il aurait été mis en circulation au début du XIXe siècle, la date exacte est incertaine (sans doute est-ce 1837) (source). Toujours est-il qu'il est question ici de se battre pour nos droits au lieu d'être considérées comme des plantes vertes. Les plus frileux.ses préfèrent parler d'égalité alors que c'est exactement la même chose, il faut arrêter d'avoir peur d'un mot. Les mots existent pour désigner les choses, il va falloir vous y faire.

Oui, les différences physiques entre une femme et un homme existent (mais comparez Gwendoline Christie et Danny DeVito, vous verrez qu'on peut jouer à ce petit jeu très longtemps). Toutefois, il faut cesser de traiter les femmes comme des incapables. Elles peuvent aussi porter des charges lourdes et ouvrir un bocal de cornichons. Elles peuvent exercer un métier qu'on estime être un métier d'homme (alors que les métiers d'homme n'existent pas). Quant aux hommes, ils ne vont pas soudainement perdre leur paire de testicules (apparemment c'est ici que se situe la masculinité, la vraie) s'ils s'occupent de leurs enfants ou de celles et ceux des autres, ou encore s'ils exercent le métier de secrétaire. S'ils évoquent une fragilité quant à ces activités, c'est que ce sont des connards adeptes d'un masculinisme crasse qui croit aux "dérives" du féminisme. Je vous renvoie donc vers mon premier paragraphe.
Quant au sexisme envers les hommes, ça n'existe pas. Je comprends bien que vous vouliez que si, mais non. Pour une raison très simple : nous vivons dans une société patriarcale, elle est régie par et pour les hommes. Les femmes n'y sont pas valorisées puisqu'on les tue, viole, harcèle, agresse, contrôle, méprise, objectifie, paye moins, etc. Des exemples avec des chiffres : 96 % des violeurs sont des hommes, 91% des victimes de viol sont des femmes (source). A ne pas confondre avec les injonctions à la virilité. Je rappelle que contrairement au féminisme, le machisme tue chaque jour.

Revenons à notre blogueuse. Elle dit avoir peur que son fils se sente fautif de ce manque d'égalité entre les sexes. Je comprends, la plupart du temps on veut protéger ses enfants, c'est humain. Pourtant, l'éducation est primordiale. A elle seule, cette phrase suffit à contredire le titre du billet. Si on éduque son fils dans le respect des filles et des femmes, il ne se sentira pas concerné par la misogynie puisqu'il ne s'en servira jamais pour se faire une place dans la société.

C'est par l'éducation qu'on s'en sort. Les femmes n'en sont d'ailleurs pas exemptées puisque en plus de subir le patriarcat, elles peuvent avoir une misogynie intériorisée (je pense ici à notre blogueuse). Ça paraît incohérent mais souvenez-vous qu'on a vu des homosexuel.le.s aux côtés de La manif pour tous. Il faut juste cesser d'attribuer à la nature tout et n'importe quoi. Dame Nature n'a jamais demandé aux hommes de porter des très grosses boîtes pleines de cailloux en roulant des mécaniques (on pourrait d'ailleurs se pencher sur la thèse, soumise à la polémique, de l'anthropologue Priscille Touraille sous la direction de Françoise Héritier, sur le dimorphisme sexuel de taille, mais je ne suis pas spécialiste).

Je sais qu'il est très tentant de déballer ses opinions dès que possible, nous le faisons toutes et tous (je ne suis pas la dernière). Toutefois il est absolument nécessaire de se documenter. Oui, même si on écrit sur son blog. Ce matin, j'ai interpellé Hellocoton sur Twitter au sujet de la mise en une de l'article de cette blogueuse. J'ai trouvé ça fortement inopportun et des gens (que des mecs, vous pensez bien) ont débarqué dans mes mentions avec les mots-clés "liberté d'expression", "censure" et "#JeSuisCharlie". Hellocoton m'a répondu qu'il était normal de soumettre au débat des positions contraires, le site mettant aussi parfois en avant des billets à vocation féministe (plus ou moins militants selon les autrices). Voyez-vous, je ne suis pas d'accord avec ça et je trouve même que c'est dangereux. Je crois que la vie des femmes n'a pas a être soumise au débat, tout comme le droit à l'avortement ou encore le mariage entre homosexuel.le.s. De plus, il n'est pas question de censure, au fond l'autrice écrit bien ce qu'elle veut sur son blog, ici présent son texte ne contrevient à aucune loi, il n'est pas question de révoquer son droit à l'écriture. Les mots sont importants, je ne sais pas combien de fois il faudra le répéter avant que ça soit définitivement compris.

La statue Fearless Girl (Kristen Visbal, 2017) face au Taureau de Wall Street (Arturo Di Modica, 1989), bronze, New York.

7 commentaires:

  1. Je suis d'accord sur tout ce que tu as dit sauf sur le mot "féminisme". A moi, il fait penser "à machisme à l'envers" et j'utilise plutôt "égalité des sexes" parce que c'est de ça qu'il s'agit en fin de compte.

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    1. Et pourtant ce mot n'est pas incorrect puisque ce sont majoritairement les femmes qui se battent pour leurs droits (les hommes sont des alliés) et comme je l'ai écrit, il ne faut pas en avoir peur.

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    2. Je n'en ai pas peur du mot, c'est juste que je ne l'aime pas, comme je n'aime d'ailleurs pas beaucoup de mots qui se terminent en -isme et parmi lesquels on retrouve extrêmisme-totalitarisme-racisme, etc

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    3. Pourtant tu parles d'égalitarisme, en fait.
      Tu devrais peut-être faire attention parce que des gens pourraient croire que tu assimiles le féminisme à de l'extrémisme.

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  2. Je suis d'accord avec tout ce que dis et surtout le point où la vie des femmes ne doit pas être utilisée comme débat. J'ai un frère qui est très féministe, j'ai même été hallucinée par son discours sur les vêtements des femmes. En gros il disait que les femmes avaient le droit de porter ce qu'elles voulaient contre un discours de sexiste que ma mère proclamait. Je suis de plus en plus triste de voir que le sexisme et la misogynie on ne s'en débarrassé qu'avec plusieurs prises de consciences drastiques.

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  3. Je crois que le problème de cette madame c'est sa vision de l'éducation : conformer les enfants aux normes ambiantes. Au lieu de simplement l'aider à devenir lui-même. Tu parles d'homophobie, ce serait intéressant justement de savoir comment elle réagirait s'il s'avérait gay !

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