vendredi 4 janvier 2019

Un gentleman à Moscou, d'Amor Towles.

En 2018, j'ai réussi à lire vingt livres et j'ai lu de tout : surtout des romans (allant de 150 à 700 pages), mais aussi un recueil de nouvelles, une pièce de théâtre, deux bandes dessinées, des mémoires, de la poésie, des lettres ou encore un beau livre (vous pouvez me retrouver sur Goodreads). C'est un nombre qui peut paraître dérisoire pour beaucoup mais auparavant, si je finissais un ou deux romans au cours de l'année, c'était un véritable exploit. Je lisais pourtant énormément quand j'étais plus jeune, je ne sais pas pourquoi j'ai fait cette longue pause. Je reprends désormais plaisir à la lecture, ce n'est pas un mal.

Je ne sais pas comment ça se passe chez vous mais moi, souvent, je me sens bête. Dans le cas qui va nous occuper ici, ce sentiment dure peu de temps puisque j'accepte volontiers de me remettre en question et de changer d'avis. Je m'exprime souvent un peu trop vite, c'est un problème, il faudrait que je réfléchisse davantage, mais mettons cela sur le compte d'une spontanéité innée. Voyez-vous, quand je commence un livre, j'ai la fâcheuse tendance à vouloir le finir même s'il m'ennuie dès les premières pages. Sa lecture peut donc parfois prendre un temps fou (allant jusqu'à plusieurs mois, déjà que je lis très lentement à la base). C'est un comportement assez curieux en ce qui me concerne puisque j'ai l'habitude de ne jamais terminer ce que je commence mais soit. Je ressens une forte culpabilité si je ne vais pas au bout d'un bouquin. Objectivement c'est plutôt con, notre temps est précieux, pourquoi le gâcher avec ce qui nous ennuie ? D'autant que j'ai connu des déconvenues avec, notamment, L'Éternel de Joann Sfar (450 pages d'enfer) et Dracula l'immortel de Dacre Stoker (500 pages terrifiantes) qui m'ont fait perdre des heures que jamais je ne récupèrerai. Cet automne, j'ai acheté en librairie un livre posé là parmi d'autres, il m'a pourtant sauté aux yeux à cause de sa magnifique couverture noire et dorée au style art déco. Le titre m'a plu, la quatrième de couverture aussi, je suis donc repartie avec.


Il faut dire que je suis plutôt faible : j'adore ce qui brille, les beaux objets et la Russie, il n'en fallait pas plus pour me convaincre. Sur la photo, la couverture est abimée et j'en suis navrée, j'aurais dû l'immortaliser (comme si un livre avait besoin d'un appareil photo pour être éternel...) avant de le triturer mais je ne pense jamais à faire ça (je dois sans doute être une blogueuse en carton). J'ai placé le livre devant une carte de la Russie qui, à priori, représente le territoire en 1907 et que j'ai trouvée en vide grenier. Ce n'est pas vraiment raccord avec l'histoire du livre puisque celle-ci se situe sous Lénine puis Staline (un indice sur la couverture toutefois) mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai ajouté ce mini globe en laiton acheté à Saint-Pétersbourg quand j'avais 16 ans.
Et donc ma bêtise sus évoquée réside dans l'erreur que j'ai faite en me plaignant des cent premières pages d'Un gentleman à Moscou d'Amor Towles sur Twitter. J'ai osé dire que c'était super chiant. J'ai honte. J'ai dû prendre peur, je ne me suis pas suffisamment laissée aller, j'ai peut-être eu du mal à entrer dans l'histoire, je ne sais pas ce qui s'est passé (j'ai dû oublier car ce roman est d'une rare perfection).
Au début des années 1920, le comte Alexandre Ilitch Rostov, aristocrate impénitent aux manières aussi désuètes qu'irrésistibles, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le compte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le sémillant comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l'hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée - officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski -, des diplomates étrangers de passage - dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d'esprit, et de vodka -, une belle actrice inaccessible - ou presque -, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie soviétique. Mais, plus que tout autre, c'est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.
Trois décennies durant, le comte vite retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les événements politiques de l'URSS.
Remise dans le contexte rapide : après la révolution de 1917, la famille impériale a été fusillée l'année suivante et il n'était pas hyper bien vu d'être aristocrate (un peu comme chez nous un siècle et demi auparavant, voyez). En lisant ce roman, j'avais un peu peur d'une prise de position impérialiste et anticommuniste (l'auteur, Amor Towles, est américain) mais en fait pas du tout. Il n'y a aucune prise de position pour quoi que ce soit, c'est juste une histoire excellemment bien racontée avec une solide documentation. L'hôtel Metropol existe réellement et on apprend bien des choses sur le fonctionnement de l'URSS (en place de décembre 1922 à décembre 1991). L'histoire est donc centrée sur le comte Alexandre Ilitch Rostov, depuis sa condamnation le 21 juin 1922 jusqu'en 1954, un an après la mort de Staline. C'est un personnage fabuleux parce qu'il accepte effectivement son sort sans discuter, il est condamné à l'âge de 32 ans et à perpétuité pour avoir écrit un poème antirévolutionnaire. La résidence surveillée dans un hôtel de luxe, quoique désormais dans une chambre de neuf mètres carrés et non plus dans sa suite, est évidemment moins difficile que de finir dans un camp de travail forcé. Il agit sans rébellion selon son ancienne classe sociale, c'est un homme élégant et aussi profondément gentil. Bien qu'il s'agisse d'un huis clos, on assiste à la transformation totale, sociale et politique, de la Russie. Pour ce faire, Amor Towles, formidablement traduit par Nathalie Cunnington, manie une plume extrêmement fine et gracieuse, avec de l'humour aussi, il écrit à la manière d'un dandy, ce qu'est le comte Rostov de toute façon. Je ne vous cache pas que ça m'a rappelé les manières d'Oscar Wilde et c'est loin d'être désagréable.

Du coup, faut-il lire Un gentleman à Moscou d'Amor Towles, resté 57 semaines dans la liste des best-sellers du New York Times ? Et bien oui. Ne faites pas comme moi, attendez d'avoir lu quelques pages avant de râler. J'ai adoré ce roman merveilleusement écrit et je suis d'autant plus contente qu'une adaptation télévisée est prévue par et avec Kenneth Branagh, le meilleur d'entre tous.

2 commentaires:

  1. Il me tente beaucoup ! Je suis contente d'être tombé sur ton article grâce à Inspilia ^^ Je vais te suivre sur goodreads aussi.
    En parlant couverture dorée, j'ai eu le même problème aussi avec l'homme chauve-souris de Jo Nesbo... Quel dommage ces couvertures si belles mais si fragiles !

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    1. Il faut dire que je ne ménage pas non plus mes livres quand je les lis... J'espère que ce roman te plaira autant qu'à moi !

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