jeudi 14 mars 2019

Atypique.

S'il y a bien une chose qui n'est pas facile à gérer quand on est dépressive comme moi, c'est l'humeur. La mienne saute régulièrement, bien que pas suffisamment pour me faire éprouver d'autres pathologies. Disons que j'ai très vite fait de m'emballer pour quelque chose que je trouve super cool, mais je retombe tout aussi rapidement comme un soufflé crevé du poignard de la trahison (le traître est mon esprit vagabond). La chute est douloureuse avant même d'atteindre le sol, de par sa lenteur j'ai le temps de me souvenir à quel point je suis la reine du pays des gros nuls. Une fois tombée, je récupère mon âme blasée sous le bras et la vie reprend son cours. L'autre jour j'ai lu quelque chose de très intéressant, il était question de la « dépression souriante », forme de dépression atypique, ou quand on sourit pour cacher son mal-être. Je me suis trouvé quelques points communs avec cette affliction même si je ne me considère pas comme une personne souriante. Ne pas sourire sur commande est même un petit acte militant. Enfant, j'étais caractérielle et j'avais une certaine facilité à faire la gueule, ça m'a suivi toute ma vie. On m'a très souvent répété cette phrase insupportable : "Souris, tu seras plus jolie !". Évidemment, plus on me le disait et moins j'avais envie de sourire, je pensais toujours : "Je t'emmerde, cesse de me prendre pour un clébard à qui on apprend à faire le beau.". Premièrement, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu envie un jour d'être jolie parce que j'ai toujours su que la beauté était subjective. Si on ne me trouve pas jolie, croyez-vous vraiment que ce soit mon problème ? Deuxièmement, le sourire est un mécanisme spontané, je n'ai jamais souhaité ni réussi à me forcer. Je souris simplement quand une occasion opportune se présente. Combien de fois ai-je entendu que j'avais « mauvais » caractère... et si vous saviez comme je m'en fous.

Mais revenons à cette histoire de « dépression souriante ». Il est simplement question d'avoir l'air heureux alors que le désespoir nous consume de l'intérieur. Je ne sais pas si j'ai réellement l'air heureux mais je doute fortement que le mot dépression soit affiché en néon clignotant sur mon front. On m'a dit plusieurs fois que je ne correspondais pas aux clichés de la dépressive : pas apathique, pas noyée dans mes larmes, pas en arrêt de travail, etc., je ne prends même pas d'antidépresseurs, c'est donc difficile à justifier, d'autant plus auprès de soi-même. Combien de fois me suis-je dit que je n'avais pas le droit d'aller mal parce que j'arrivais à sortir de mon lit le matin ? La perversion s'est infiltrée dans le millier de questions que je me suis posées pour tester ma légitimité, qu'est-ce qui aurait pu faire de moi une bonne dépressive ? En cela ma thérapie m'a aidée, j'imagine que si je me rends chez un psy chaque semaine depuis quatorze mois, ce n'est pas pour équeuter des fraises.

Je crois qu'il est plus difficile de croire qu'une personne qui a « mauvais » caractère puisse être dépressive. On l'imagine plus forte que les autres parce qu'elle fait peut-être certaines choses différemment (lesquelles s'il vous plaît ?) mais c'est complètement con. On aimerait surtout uniformiser les gens et il est tellement mal vu pour une fille d'avoir un « sale » caractère. Dès la naissance, on exige de nous d'être douces, souriantes, pas bagarreuses et sans histoire, sinon nous sommes estampillées « garçon manqué », mais quel enfer. Mon caractère, aussi sale et mauvais soit-il pour les autres, je le chéris parce que je pense qu'il m'a sauvé la vie à maintes occasions. Si je dois m'adoucir un jour, ce sera certainement par sagesse ou à cause de la fatigue, il n'existe aucune autre raison valable.

Je ne peux pas décrire ce qui se passe à l'intérieur de moi. J'aurais pu écrire dans mon cerveau, mais la dépression ne se loge pas que là, elle se nourrit du corps entier. C'est un tel merdier que les mots me manquent. Alors je n'en parle pas, sauf à qui de droit. J'aimerais être une artiste pour que mes talents m'aident à m'exprimer. J'ai beaucoup d'idées qui ne se réaliseront jamais car je manque de moyens, je suis dépassée. Écrire parfois sur le sujet sur ce blog me permet de désamorcer la bombe, je me focalise sur les problèmes et, curieusement, ça me détend. Quand bien même, si les mots sont disponibles pour m'exprimer à l'oral, je ne peux pas le faire sans sarcasme, ça doit sans doute faire partie de mon caractère de merde.

J'ai subi ma personnalité pendant très longtemps (encore aujourd'hui) parce qu'on m'a toujours reproché son existence. Toutefois, l'expérience m'a appris que tenter d'adopter l'image que les autres aimeraient que vous renvoyiez fait bien plus de mal que de bien. Je ne corresponds pas à l'idéal qu'on s'était imaginé, j'ai déçu même si c'est inconscient, et je dois vivre avec ça. C'est un peu comme si j'avais assassiné la petite Lucie qui n'a pourtant jamais existé, je dois porter le deuil de quelqu'un qui n'a jamais vécu et me construire à sa place. On aura connu plus reposant.