lundi 29 avril 2019

Je croyais la mode du miracle morning morte et enterrée.

Comme la vie n'est qu'une affaire de modes, je pensais naïvement que l'une d'elles était passée. Je ne voyais plus d'articles inspirés circuler çà et là, je me suis donc crue débarrassée de cette injonction à la con qu'est le "miracle morning". J'avais déjà écrit un billet sur mon aversion du phénomène il y a des mois de cela, billet qui n'est plus en ligne mais qui a eu son petit succès en son temps (à remettre en perspective avec la notoriété de mon blog qui est fort modeste). Parler ici d'injonction n'est pas exagéré puisqu'on essaie de nous faire croire, à coups de développement personnel savamment maîtrisé, que la solution ultime à la productivité existe et qu'elle réside dans le fait de nous lever le matin à une heure indécente pour faire des trucs. On nous enjoint à effectuer une double journée, dont la première se déroulera entre 5h et 7h et qui sera supposée nous aider à mieux supporter la deuxième. Voire la troisième, si vous êtes une femme avec une vie de famille et que vous êtes chargée mentalement à en crever le plafond.

Selon les expériences des différent.e.s blogueur.se.s qui nous expliquent comment ça marche, nous devons ainsi mettre notre réveil plus tôt que d'habitude et avoir l'amabilité d'être de bonne humeur. Pour ce faire, nous effectuons une séance de yoga ou de méditation, nous buvons d'une traite un verre d'eau chaude coupée à du citron (c'est détox car nous sommes toxiques) et nous notons quelques lignes dans notre journal de gratitudes. Après cela, notre cerveau est d'attaque pour fournir à notre boss (même si nous sommes notre propre chef.fe) toute notre productivité. C'est à se demander si le concept de "miracle morning" n'a pas été inventé par Emmanuel Macron lui-même afin de devenir une parfaite illustration de la start-up nation.

Faites du yoga, méditez, buvez de l'eau de chaude ou écrivez ce que vous voulez, là n'est pas la question. Ce qui m'ennuie profondément, c'est qu'on nous fasse croire que c'est le remède à tout, d'autant plus avant que le soleil ne se lève. Cette énorme blague nous vient de Hal Elrod, un californien optimiste qui en a fait un livre. De nos jours, on publie vraiment n'importe quoi alors un bouquin de plus ou de moins sur le marché, ne soyons pas bégueules. Elrod revient de loin, il a eu un très grave accident de voiture à 20 ans et il a profité de sa longue convalescence pour remettre en question la vie et la société, ce que nous pouvons toutes et tous faire à un moment donné (clef ou pas). Le point de départ est la chasse à l'épanouissement et je rejoins cela aisément dans le sens où ça peut se transformer en réel besoin.

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Comme beaucoup de choses et notamment dans le cadre du développement personnel au sens large, cessons de prendre des concepts pour des vérités absolues. Sur ce blog écrit à six mains (trois jeunes femmes adeptes de fitness et de nourriture saine), il y a un billet intitulé : « 5 raisons de devenir un(e) lève-tôt ». Le titre suffirait à me faire quitter la page immédiatement, n'étant pas une lève-tôt moi-même. Me lever de bonne heure est une réelle souffrance physiologique (je me suis suffisamment forcée depuis des années pour m'en rendre compte) et je ne suis pas seule dans ce cas, chaque organisme fonctionne différemment. Il y a donc les personnes du matin et celles du soir, je fais partie des secondes. Or, dans ce cas, il peut être très difficile de trouver du travail parce que la société considère qu'une journée type se déroule entre 8h et 18h, à moins que vous ne fassiez les 2x8. Vous n'arrivez pas à vous lever le matin ? Vous êtes une bien belle feignasse. Quant à l'idée de s'endormir à 22h, pardonnez-moi mais mon corps refuse simplement.
Revenons au blog des trois autrices. Ledit billet explique pourquoi il est nécessaire de gagner du temps puisqu'on ne voit que par le prisme de l'embauche très matinale. Bien sûr, comment faire autrement ? On ne peut pas, à moins d'exercer une activité qui vous permet de choisir votre emploi du temps (si tel est le cas, merci de partager votre secret en commentaire). A partir de cet état de fait, le concept de "miracle morning" est une injonction totalement injuste, on ne trouve pas de livre similaire sur le "miracle evening".

En vous levant à 5h du matin, « Vous bénificierez d'un potentiel créatif plus accru. » écrivent les blogueuses. C'est faux, ma propre créativité s'exprime le soir, à la nuit tombée. A la sortie du lit, quelle que soit l'heure, je peux régulièrement avoir des envies de meurtre car tout n'est qu'agression, et quand je suis réveillée très tôt, je suis bonne à rien l'après-midi. Que faire de ces heures "perdues" ? J'ai bien essayé de manger des fruits mais ça ne fonctionne pas mieux. Quid de ma productivité ? Ne me faites pas croire que je suis le seul contre-exemple de cette fumisterie. « Répétez-vous chaque matin que c'est pour votre bien. » peut-on lire encore. Je ne suis pas psychiatre mais je crois que si nous nous sentons obligé.e.s de nous répéter cette phrase quotidiennement, c'est que quelque chose ne va pas. Mon passage préféré reste la conclusion : « A vous de choisir si vous préférez dormir ou profiter des opportunités qui s'offrent à vous ! »... quelle violence ! Franchement, ne déconnez pas avec votre sommeil. S'il vous plaît.

De mon point de vue de trentenaire qui n'a pas d'autre diplôme qu'un bac littéraire et qui n'a fait que des jobs alimentaires en alternant avec des périodes de chômage, le boss final de l'épanouissement est de ne plus avoir envie de mourir dès qu'on sort de sous la couette. J'ai juste besoin de prendre le temps de boire ma tasse de thé, telle est mon unique exigence. Je ne me sens pas obligée de crier au monde que le thé est indispensable à la productivité et qu'il faut entre 45 et 60 minutes pour l'ingérer afin que le monde moderne ne s'écroule pas. L'expérience m'a appris que les deux principes fondamentaux à avoir sont d'apprendre à s'écouter et dormir. A partir de là, organisez-vous comme vous le souhaitez.

« L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. » dit-on. C'est faux et ce n'est pas parce que je suis du soir que je resterai sur le bord de la route.

jeudi 18 avril 2019

La vie et ses duos : Simone et Raoul, Chloé et Lucie, et cetera.

Depuis que j'ai poussé les portes de la radio associative où je suis bénévole, j'ai déjà entendu une réflexion sur la synergie qui s'opère entre Chloé et moi. Cette réflexion est heureusement rare et sans mauvaise intention mais elle a eu le mérite de m'interpeller. Je ne lui donne aucunement raison mais me sentant parfois influençable, je me suis demandé pourquoi des gens pouvaient avoir une telle image de notre duo et, surtout, pourquoi ils restaient convaincus de leur idée malgré l'éclairage que je leur fournissais. J'ai donc évoqué la question avec mon rendez-vous hebdomadaire, il a confirmé qu'il n'y avait aucun problème et m'a même aidée à cerner des preuves. Avec le recul, je ne pense pas en avoir eu réellement besoin mais ça m'a permis d'apporter de l'eau à mon moulin.
Chloé et moi animons toutes les deux une émission de radio qui demande plus de travail qu'une simple présentation, il faut du contenu : actualités, sujets divers et variés, musique et interviews, c'est une veille quotidienne. Pendant la diffusion de l'émission, il faut savoir utiliser la console parce que nous sommes notre propre régie. Il y a aussi l'alimentation des réseaux sociaux parce qu'on doit vivre avec notre temps si on veut un minimum de visibilité. Et puis les interviews ne se font pas toutes seules, il faut démarcher les autorités compétentes et une fois qu'elles ont approuvé, préparer des questions pas trop connes et faire un montage audio. Dans ces exercices, Chloé et moi sommes parfaitement complémentaires et, de mon point de vue, les choses se font naturellement. Nous n'avons pas la même personnalité : Chloé est avenante, extravertie, elle a un culot qui est parfois nécessaire dans ce milieu et si elle n'a pas préparé une interview en amont, elle est capable de trouver un sujet de discussion au débotté, rebondir parfaitement sur la réponse à une question et reformuler immédiatement si besoin. Quant à moi, je suis plus en retrait car, sans être spécialement timide, je suis l'introvertie de la bande. J'ai besoin de passer un certain temps sur la préparation d'un sujet, une interview par exemple, parce que ça me rassure et je suis incapable d'improviser. Je ne dis pas que l'inverse est vrai pour Chloé mais en ce qui me concerne, je déteste me faire remarquer, c'est aussi pour ça que je trouve mon compte à la radio : être entendue sans être vue. Peut-être que Chloé a besoin de plus, c'est pour ça qu'elle excelle dans la présentation d'événements parallèles ou bien dans le théâtre. Elle sait y faire avec les relations publiques, moi ce n'est pas mon truc. Il n'y a jamais eu aucun malaise entre nous, jamais aucun problème, et la communication est optimale. Je souhaite notre symbiose à tous les groupes de travail.
Or, j'ai cru comprendre qu'il y a des personnes que ça défrise. On pense que je n'ai pas ma place, que je suis bouffée. Et bien non. Je vous le dis haut et fort : l'harmonie est totale. J'aimerais bien qu'on me croie, je n'ai pas besoin d'être sauvée. Bosser avec Chloé est une joie immense et je lui dois beaucoup.


Plus tôt je parlais de preuves et le fait d'avoir interviewé Simone Ringer (chanteuse du groupe Minuit) toute seule la semaine dernière en est une. Chloé a déjà réalisé plusieurs interviews sans moi mais pour moi, c'était la première fois. Je l'ai fait parce que cette rencontre-là me tenait à cœur mais en réalité ma voix intérieure me hurlait de ne surtout pas y aller. L'anxiété est une abjection. J'ai donc travaillé pendant des heures : écouter et réécouter l'album (Vertigo, 2018) et l'EP (éponyme, 2015) de Minuit, lire plusieurs interviews, rédiger et réécrire mes questions pas trop connes pour être pertinente et ne pas passer pour une imbécile. J'ai embarqué mon support moral sous le bras et parfois, une simple présence suffit à calmer les nerfs. L'interview s'est très bien passée (évidemment !) et la discussion avec Simone Ringer était très intéressante. J'ai eu face à moi une jeune femme drôle et pleine d'assurance, extrêmement sympathique. Un sourire qui transmet sa joie de vivre, elle m'a dit qu'elle était bien dans sa peau et ça m'a fait un bien fou. Elle ne portait pas encore sa tenue de scène (comprendre ici qu'elle était en semi-pyj' pour la citer) mais elle rayonnait quand même. C'est incroyable comme elle ressemble à sa mère, la fabuleuse Catherine Ringer, sa voix, son visage, sa gestuelle. Il en va de même pour Raoul Chichin, son petit frère et guitariste du groupe, qui, lui, m'a fait énormément penser à son père, Fred Chichin. C'est normal, les chiens ne font pas des chats. Toutefois, dans ce cas présent, c'est pour moi une explosion de joie. J'ai toujours adoré les Rita Mitsouko, c'est un groupe unique qui a inventé tellement de choses et, selon moi, Catherine Ringer est l'une des plus belles voix féminines qui existent. Pour tout vous dire, j'ai trouvé les enfants aussi charismatiques que leurs parents, il y a donc quelque chose dans le sang.

Et pourtant, musicalement, les disques de Minuit ne m'ont pas fait forte impression. Si j'apprécie beaucoup le revival des années 80 à la sauce funk-disco-rock, j'attendais bien plus du live. Je n'ai donc pas été déçue parce que j'ai reçu une énorme patate en pleine tête. Entre leurs morceaux, ils ont intégré des reprises de Donna Summer, des Bee Gees et de Gloria Estefan (j'ai d'ailleurs largement préféré leur version de Dr Beat à l'originale), ainsi qu'un riff de Pink Floyd. J'ai roulé du cul et des épaules, chose suffisamment rare pour être signalée. Il y a également un petit plus que j'adore voir en concert, c'est une introduction. La salle toute noire, le gros néon Minuit qui s'allume et la musique et le chant qui arrivent progressivement, ça a tendance à faire monter ma tension (dans le sens positif du terme). Enfin, si Minuit comporte quatre membres (Joseph Delmas et Klem Aubert pour les deux autres) et s'il y a finalement six personnes sur scène, le duo Simone et Raoul est particulièrement fascinant. J'ai adoré comment le frère regarde sa sœur, une certaine admiration s'est échappée.

Une chose est sûre, je garderai un excellent souvenir de cette journée. J'ai réussi à m'en sortir à peu près dans un exercice qui me terrifie, face à une femme que j'aime beaucoup. Je ne sais pas si je suis prête à recommencer une interview seule de sitôt parce qu'il faut être honnête, c'est épuisant.

Ce billet est finalement un énorme teasing mais sachez que vous pourrez écouter l'interview de Simone Ringer dans Les Fines Gueules jeudi 25 avril à 18h (elle sera disponible en podcast dès le lendemain). Vous m'en direz des nouvelles...



vendredi 12 avril 2019

Trois jours à Londres avec un but bien précis.

La plus grande frustration de ma jeunesse a été de ne pas pouvoir me déplacer aux concerts qui me faisaient rêver. J'ai toujours adoré la musique et je suis d'une génération où on s'y intéressait en achetant des disques, c'est désormais une pratique tombée quasiment en désuétude. "Quasiment" parce qu'il reste encore des irréductibles, comme moi, qui aiment posséder l'objet, même si j'achète désormais exclusivement des vinyles (sans pour autant me débarrasser de mes CD qui restent bien rangés sur leurs étagères dans mon salon). J'ai tendance à penser que les jeunes d'aujourd'hui (mettons les 12-19 ans) vont voir des concerts bien plus souvent que lorsque j'étais moi-même dans cette tranche d'âge (entre 1998 et 2005) mais je ne tiens pas à avancer quoi que ce soit, je n'ai rien lu qui pourrait confirmer ou infirmer mon ressenti. Dans mon cas personnel, j'ai passé mon adolescence en pleine campagne sans un rond et mes parents ne se sentaient pas franchement concerné.e.s par ce type d'activité, ça n'a donc pas facilité l'opération.


En témoigne A Reality Tour de David Bowie au début des années 2000, il s'est arrêté à Bercy en octobre 2003. Je l'écoutais beaucoup et depuis peu de temps, le voir en concert à ce moment-là était aussi impossible que douloureux de l'envisager. J'avais pourtant 17 ans, j'étais une grande fille, mais mes moyens étaient limités. David Bowie n'a jamais refait de tournée, aujourd'hui il est mort (enfin ça, c'est ce qu'on dit) et moi je l'ai dans l'os. Je détiens toutefois ma petite vengeance personnelle sur la vie puisque j'ai consacré un certain pourcentage de ma vie de jeune adulte à rattraper mon retard : petites et grandes salles, parisiennes ou non, quelques stades, des festivals, des groupes énormes et des plus confidentiels, et j'ai réussi à voir des artistes qui sont morts quelques années après (prends-ça Bowie). Maintenant que j'ai 30 ans (+ 2,5), je me suis calmée. Je ne vais plus à Paris et je déteste profondément les stades, ça me fatigue. Je préfère désormais les salles à taille humaine (et qué s'appelerio vieillir).

Non seulement je n'ai plus aucun frein pour aller voir un concert (enfin si : la thune, ça ne change pas) mais en plus je me paie le luxe d'aller voir des artistes plusieurs fois. Un exemple au hasard, KT Tunstall. Je l'ai vue trois fois à Paris il y a quelques années, la dernière remontait à 2011. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai découvert au pied du dernier sapin de Noël une place pour remettre ça... Oui mais pas n'importe où. A la Roundhouse de Londres. C'était le 25 mars.


L'Angleterre est le pays étranger où je suis le plus allée et jamais par hasard. D'abord en voyage scolaire, puis pour rendre visite à ma belle-mère qui y résidait alors, ensuite ce sont les copains qui s'y sont installés et enfin, trois jours à Londres dans le but bien précis d'aller voir KT Tunstall à la Roundhouse. J'y suis allée tous les quatre ans en moyenne et c'est toujours une grande joie, j'adore ce pays, j'adore Londres.
La Roundhouse se situe à Chalk Farm, juste à côté de Camden Town. C'est littéralement une rotonde construite au milieu du XIXe siècle qui a servi de dépôt de locomotives avant d'être rapidement abandonnée. Classé monument historique en 1954, le lieu a retrouvé une jeunesse dix ans plus tard quand il a été transformé en salle de spectacle. Elle compte 3.300 places debout et 1.700 assises, elle remplit donc mon cahier des charges et elle est absolument superbe.

C'était si chouette, on s'y est rendu à pied parce qu'on logeait à Camden, on est arrivé.e à une heure décente (ni trop tôt, ni trop tard) et on s'est retrouvé.e tout devant, n'est-ce pas fabuleux ? J'étais pile au milieu, face au micro de KT Tunstall pour n'admirer qu'elle. Non, c'est faux, elle était accompagnée de quatre musiciennes, un groupe entièrement composé de femmes, je ne savais plus où poser mes yeux, c'était incroyable. Rien que pour ça, s'il y a bien une tournée de KT Tunstall à ne pas manquer, c'est celle-ci.

Hattie Moran, Clare Uchima, KT Tunstall, Cat Myers et Mandy Clarke

Il y a toutefois eu deux premières parties. J'adore la musique mais je vous avoue que si je me déplace en ayant enclenché le mode grosse fan, je suis pressée d'en découdre. Nous avons d'abord subi, enfin écouté, le chanteur Gorran. Une certaine idée de l'enfer. C'est un jeune garçon sûrement très gentil et talentueux mais l'entendre geindre une demi-heure sur des amours perdues a failli me faire perdre patience. Peut-être n'étais-je pas dans mon état normal mais tout de même, j'ai un seuil de tolérance assez faible. Ensuite est arrivée Laurel. J'ai d'abord eu du mal à me réjouir parce que je l'avais déjà vue lors du festival R. Pop (qui se déroule chez moi chaque été) il y a deux ans, elle était seule sur scène avec sa guitare et je m'étais fortement ennuyée. Maintenant que je l'ai vue jouer avec son groupe et un set électrique qui m'a semblé bien plus déterminé, je suis convaincue (c'est ça aussi le London calling).


Et puis KT Tunstall est arrivée pour tout défoncer, "Are you ready to kick Monday up the arse ?" nous a-t-elle demandé (oui parce qu'on était lundi et que c'est un jour qui mérite de se faire botter le cul). Il y avait tellement de paillettes et de lamé sur scène, j'étais extatique. A côté de ce que j'avais devant les yeux, les Spice Girls de mes 12 ans peuvent aller se rhabiller, on était au-dessus. L'album Wax est bien plus rock que ce que KT Tunstall fait d'habitude et si elle a toujours eu une bien belle collection de guitares et d'effets, il fallait s'attendre ici à se prendre un mur de son en plein visage. C'est ce que je voulais vraiment et je n'ai pas été déçue, même pas par sa Supro rouge. Elle a joué toutes mes chansons préférées, y compris quelques anciennes, et nos esprits ont communié ensemble sur The Night That Bowie Died. Quelques minutes avant, ou bien était-ce après, elle faisait servir des shots de whisky aux premiers rangs ainsi qu'au reste du groupe parce que c'était l'anniversaire de sa bassiste, Mandy Clarke. Alors c'est donc ça le Paradis ? Aller à un concert dans un pays étranger, particulièrement à Londres, est une expérience que je ne suis pas prête d'oublier (car c'était ma première fois) tant le contexte était ici parfaitement parfait. Je vous souhaite la même limonade.


lundi 8 avril 2019

Ce concert de Mélissa Laveaux.

Je n'ai jamais rien fait toute seule et maintenant que je commence à goûter à l'expérience, j'ai du mal à comprendre pourquoi je ne l'ai pas davantage envisagée. Est-ce que c'est ça, avoir 30 ans ? Ou bien est-ce un résultat de ma psychothérapie ? Je ne pousserai sûrement pas le vice à aller au restaurant seule, c'est encore au-dessus de mes forces, mais à un concert, bien volontiers. Je parle de quelque chose qui est peut-être élémentaire, habituel chez vous autres, aussi vous aurez sans doute du mal à me comprendre. Je n'ai jamais eu l'idée de faire de cela un objectif, les deux fois où j'ai assisté à un concert seule étaient des concours de circonstances. Je remarque seulement aujourd'hui que la solitude en société (être seule chez moi ne me pose aucun problème, bien au contraire, tant que ça ne dure pas plusieurs jours) ne me pèse plus autant qu'avant. Je ne ressens plus le besoin de me donner une contenance, ni plus trop l'envie de présenter mes excuses quant à mon existence. Peut-être aussi que fréquenter régulièrement la même salle de concert aide. Toujours est-il que ce samedi-là je suis venue, j'ai vu et j'ai vaincu.

J'attendais ce concert de Mélissa Laveaux depuis des mois. Je l'ai découverte tardivement, à la sortie de son dernier album, Radyo Siwèl (février 2018). Nous avons eu l'opportunité de l'interviewer plus tôt dans la journée, vous pouvez écouter ça ici. Essentiellement en créole, cet album est composé de reprises de chants folkloriques haïtiens qui étaient entonnés lors de la domination américaine au début du XXe siècle. Mélissa Laveaux explique chaque chanson avant de la jouer, j'ai eu la sensation de suivre un cours d'Histoire en musique. Une partie de l'Histoire qui m'était totalement inconnue, je l'admets. C'était super bien.

Mélissa Laveaux au Fuzz'Yon le 30 mars 2019

Je suis entrée dans la salle et j'ai commandé ma bière tout de suite pour me placer au premier rang sans avoir à le quitter au cours du concert. Quand je suis seule, je fais plus facilement attention aux personnes qui m'entourent, je les observe en attendant que ça commence. A ma droite se trouvait une élève du dernier établissement où j'ai travaillé alors je me suis davantage concentrée sur ma gauche. Il y avait là un groupe de quinquagénaires qui faisaient sûrement leur sortie de l'année. J'ai l'impression de remarquer ces personnes-là assez facilement, elles sont particulièrement fofolles, trop heureuses d'avoir cette soirée de libre entre potes, comme au bon vieux temps. Cette liberté qui s'amenuise au fil des années à cause du boulot, des enfants et de la flemme aussi, un peu. Elles se photographiaient sous toutes les coutures avec un compact qui sert d'habitude aux repas de famille et aux vacances d'été, quelques selfies, et vas-y mets-toi à côté de Jean-Michel pour que tu sois au moins sur une photo ! Elles m'ont un peu saoulée, je me suis sentie gênée par cette exubérance. Une femme du groupe a cru pouvoir me regarder plusieurs fois discrètement mais je l'ai gaulée, elle fixait à tour de rôle ma bière et mon tatouage sur ma poitrine, j'imagine que j'avais l'air d'une délinquante.

La première partie était assurée par un musicien qui se fait appeler Charly Sanga. J'ai compris sur le tas que c'est un gars du coin et j'ai été très surprise de voir un blanc en face de moi. Il a chanté ses chansons d'inspiration africaine tout en jouant de la kora, le tout agrémenté d'un peu d'électro. Aussi gentil et bon musicien que ce garçon a l'air d'être, j'ai été médusée par ce que j'ai vu. Quand commence l'appropriation culturelle et quand s'arrête-elle ? J'ai ressenti un profond malaise et j'ai repensé à notre discussion avec Mélissa Laveaux quelques heures auparavant, je me demande encore aujourd'hui ce qu'elle a pensé de lui et de sa démarche. Quand son tour est arrivé, elle a demandé combien de Haïtiens se trouvaient dans la salle et il n'y en avait aucun, le public était d'ailleurs très blanc. J'ai réfléchi aux questions maladroites et à toutes celles que je ne lui ai pas posées, et si je n'en doutais pas, j'ai fortement réalisé qu'on ne peut décemment pas comprendre de façon optimale une cause, une histoire qui ne nous concernent pas. Cette soirée fut une belle leçon.

dimanche 7 avril 2019

The Highwaymen, de John Lee Hancock.

Bonnie Parker et Clyde Barrow ont été abattu.e.s dans leur voiture le 23 mai 1934 après une longue traque à travers plusieurs états. Une embuscade leur a été tendue sur une petite route de campagne de Louisiane par un groupe de policiers menés par les Texas Rangers Frank Hamer et Maney Gault. Bonnie est morte à 23 ans, Clyde en avait 25. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à leurs funérailles, c'étaient littéralement des rockstars. Certes, le couple (et ses acolytes) s'attaquait  aux symboles de la richesse que sont les banques, mais il a tout de même assassiné une dizaine de personnes (et pas que des flics). Comment ça s'explique ? Sans entrer dans une étude approfondie parce que je ne suis ni historienne, ni sociologue, je pense qu'il suffit de regarder quelques signaux : familles très modestes, ennui, bidonville et Grande Dépression. Je ne dis pas qu'être pauvre dirige forcément vers l'illégalité (ne sont-ce pas les riches les plus grands voleurs ?), mais dans ce cas présent, une chose en entraînant une autre... Bref, la crise de l'époque a anéanti les banques, augmenté le chômage et provoqué la ruine. Tel était le contexte pour Bonnie et Clyde, la petite vingtaine et l'envie d'autres horizons.

John Lee Hancock en a fait un film pour Netflix, The Highwaymen. Il est centré sur Hamer (joué par Kevin Costner) et Gault (joué par Woody Harrelson), les Texas Rangers qui ont stoppé la cavale de Bonnie et Clyde. Alors qu'ils étaient à la retraite, tous les deux sont recrutés par Ma Ferguson (jouée par Kathy Bates), première gouverneuse du Texas qui exerçait alors son second mandat. La dichotomie est tout de suite posée entre les deux retraités à la fois désabusés, dépassés et admiratifs des nouvelles technologies (communiquer par radio dans une voiture ou les premières lignes téléphoniques mises sur écoute) et la jeunesse incarnée par, à la fois les agents du FBI, mais aussi par Bonnie et Clyde. Ces deux-là, on ne les voit jamais. Enfin si, mais par petites touches, tel.le.s les fantômes qu'il.elle.s s'apprêtent à devenir (ce n'est pas un vrai spoiler). Une paire de jambes boiteuses par ci, un fusil à canon scié par là, jamais de visage (enfin presque) et on n'entend pas le son de leur voix. Au début, on a forcément peur d'un manichéisme un peu pénible à l'américaine mais finalement non, on essaie de comprendre pourquoi (rapidement tout de même, le film ne dure que 2h12) parce que Bonnie et Clyde sont perçu.e.s comme Robin des Bois, ce qui outrepasse les limites de Hamer, et ça les rend insaisissables. Là où le film est bien documenté, c'est que même si la réalisation se place du côté de la loi, ça ne rend pas tous les personnages moins humains et la réalité est prise en compte : Bonnie et Clyde sont les héroïne et héros de l'opinion publique, mais ils sont des assassins de sang froid avec une tendance à la toxicomanie.

Justement, j'ai bien aimé le réalisme du film et l'absence totale de surenchère. C'est une chasse à l'homme fine et élégante, du moins aussi fine et élégante qu'une telle traque peut laisser supposer. On a une belle photographie, un décor qui retranscrit magnifiquement les années 1930 et de l'humanité, c'est un peu un western moderne sans aucun portrait à charge.