lundi 8 avril 2019

Ce concert de Mélissa Laveaux.

Je n'ai jamais rien fait toute seule et maintenant que je commence à goûter à l'expérience, j'ai du mal à comprendre pourquoi je ne l'ai pas davantage envisagée. Est-ce que c'est ça, avoir 30 ans ? Ou bien est-ce un résultat de ma psychothérapie ? Je ne pousserai sûrement pas le vice à aller au restaurant seule, c'est encore au-dessus de mes forces, mais à un concert, bien volontiers. Je parle de quelque chose qui est peut-être élémentaire, habituel chez vous autres, aussi vous aurez sans doute du mal à me comprendre. Je n'ai jamais eu l'idée de faire de cela un objectif, les deux fois où j'ai assisté à un concert seule étaient des concours de circonstances. Je remarque seulement aujourd'hui que la solitude en société (être seule chez moi ne me pose aucun problème, bien au contraire, tant que ça ne dure pas plusieurs jours) ne me pèse plus autant qu'avant. Je ne ressens plus le besoin de me donner une contenance, ni plus trop l'envie de présenter mes excuses quant à mon existence. Peut-être aussi que fréquenter régulièrement la même salle de concert aide. Toujours est-il que ce samedi-là je suis venue, j'ai vu et j'ai vaincu.

J'attendais ce concert de Mélissa Laveaux depuis des mois. Je l'ai découverte tardivement, à la sortie de son dernier album, Radyo Siwèl (février 2018). Nous avons eu l'opportunité de l'interviewer plus tôt dans la journée, vous pouvez écouter ça ici. Essentiellement en créole, cet album est composé de reprises de chants folkloriques haïtiens qui étaient entonnés lors de la domination américaine au début du XXe siècle. Mélissa Laveaux explique chaque chanson avant de la jouer, j'ai eu la sensation de suivre un cours d'Histoire en musique. Une partie de l'Histoire qui m'était totalement inconnue, je l'admets. C'était super bien.

Mélissa Laveaux au Fuzz'Yon le 30 mars 2019

Je suis entrée dans la salle et j'ai commandé ma bière tout de suite pour me placer au premier rang sans avoir à le quitter au cours du concert. Quand je suis seule, je fais plus facilement attention aux personnes qui m'entourent, je les observe en attendant que ça commence. A ma droite se trouvait une élève du dernier établissement où j'ai travaillé alors je me suis davantage concentrée sur ma gauche. Il y avait là un groupe de quinquagénaires qui faisaient sûrement leur sortie de l'année. J'ai l'impression de remarquer ces personnes-là assez facilement, elles sont particulièrement fofolles, trop heureuses d'avoir cette soirée de libre entre potes, comme au bon vieux temps. Cette liberté qui s'amenuise au fil des années à cause du boulot, des enfants et de la flemme aussi, un peu. Elles se photographiaient sous toutes les coutures avec un compact qui sert d'habitude aux repas de famille et aux vacances d'été, quelques selfies, et vas-y mets-toi à côté de Jean-Michel pour que tu sois au moins sur une photo ! Elles m'ont un peu saoulée, je me suis sentie gênée par cette exubérance. Une femme du groupe a cru pouvoir me regarder plusieurs fois discrètement mais je l'ai gaulée, elle fixait à tour de rôle ma bière et mon tatouage sur ma poitrine, j'imagine que j'avais l'air d'une délinquante.

La première partie était assurée par un musicien qui se fait appeler Charly Sanga. J'ai compris sur le tas que c'est un gars du coin et j'ai été très surprise de voir un blanc en face de moi. Il a chanté ses chansons d'inspiration africaine tout en jouant de la kora, le tout agrémenté d'un peu d'électro. Aussi gentil et bon musicien que ce garçon a l'air d'être, j'ai été médusée par ce que j'ai vu. Quand commence l'appropriation culturelle et quand s'arrête-elle ? J'ai ressenti un profond malaise et j'ai repensé à notre discussion avec Mélissa Laveaux quelques heures auparavant, je me demande encore aujourd'hui ce qu'elle a pensé de lui et de sa démarche. Quand son tour est arrivé, elle a demandé combien de Haïtiens se trouvaient dans la salle et il n'y en avait aucun, le public était d'ailleurs très blanc. J'ai réfléchi aux questions maladroites et à toutes celles que je ne lui ai pas posées, et si je n'en doutais pas, j'ai fortement réalisé qu'on ne peut décemment pas comprendre de façon optimale une cause, une histoire qui ne nous concernent pas. Cette soirée fut une belle leçon.

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