lundi 29 avril 2019

Je croyais la mode du miracle morning morte et enterrée.

Comme la vie n'est qu'une affaire de modes, je pensais naïvement que l'une d'elles était passée. Je ne voyais plus d'articles inspirés circuler çà et là, je me suis donc crue débarrassée de cette injonction à la con qu'est le "miracle morning". J'avais déjà écrit un billet sur mon aversion du phénomène il y a des mois de cela, billet qui n'est plus en ligne mais qui a eu son petit succès en son temps (à remettre en perspective avec la notoriété de mon blog qui est fort modeste). Parler ici d'injonction n'est pas exagéré puisqu'on essaie de nous faire croire, à coups de développement personnel savamment maîtrisé, que la solution ultime à la productivité existe et qu'elle réside dans le fait de nous lever le matin à une heure indécente pour faire des trucs. On nous enjoint à effectuer une double journée, dont la première se déroulera entre 5h et 7h et qui sera supposée nous aider à mieux supporter la deuxième. Voire la troisième, si vous êtes une femme avec une vie de famille et que vous êtes chargée mentalement à en crever le plafond.

Selon les expériences des différent.e.s blogueur.se.s qui nous expliquent comment ça marche, nous devons ainsi mettre notre réveil plus tôt que d'habitude et avoir l'amabilité d'être de bonne humeur. Pour ce faire, nous effectuons une séance de yoga ou de méditation, nous buvons d'une traite un verre d'eau chaude coupée à du citron (c'est détox car nous sommes toxiques) et nous notons quelques lignes dans notre journal de gratitudes. Après cela, notre cerveau est d'attaque pour fournir à notre boss (même si nous sommes notre propre chef.fe) toute notre productivité. C'est à se demander si le concept de "miracle morning" n'a pas été inventé par Emmanuel Macron lui-même afin de devenir une parfaite illustration de la start-up nation.

Faites du yoga, méditez, buvez de l'eau de chaude ou écrivez ce que vous voulez, là n'est pas la question. Ce qui m'ennuie profondément, c'est qu'on nous fasse croire que c'est le remède à tout, d'autant plus avant que le soleil ne se lève. Cette énorme blague nous vient de Hal Elrod, un californien optimiste qui en a fait un livre. De nos jours, on publie vraiment n'importe quoi alors un bouquin de plus ou de moins sur le marché, ne soyons pas bégueules. Elrod revient de loin, il a eu un très grave accident de voiture à 20 ans et il a profité de sa longue convalescence pour remettre en question la vie et la société, ce que nous pouvons toutes et tous faire à un moment donné (clef ou pas). Le point de départ est la chasse à l'épanouissement et je rejoins cela aisément dans le sens où ça peut se transformer en réel besoin.

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Comme beaucoup de choses et notamment dans le cadre du développement personnel au sens large, cessons de prendre des concepts pour des vérités absolues. Sur ce blog écrit à six mains (trois jeunes femmes adeptes de fitness et de nourriture saine), il y a un billet intitulé : « 5 raisons de devenir un(e) lève-tôt ». Le titre suffirait à me faire quitter la page immédiatement, n'étant pas une lève-tôt moi-même. Me lever de bonne heure est une réelle souffrance physiologique (je me suis suffisamment forcée depuis des années pour m'en rendre compte) et je ne suis pas seule dans ce cas, chaque organisme fonctionne différemment. Il y a donc les personnes du matin et celles du soir, je fais partie des secondes. Or, dans ce cas, il peut être très difficile de trouver du travail parce que la société considère qu'une journée type se déroule entre 8h et 18h, à moins que vous ne fassiez les 2x8. Vous n'arrivez pas à vous lever le matin ? Vous êtes une bien belle feignasse. Quant à l'idée de s'endormir à 22h, pardonnez-moi mais mon corps refuse simplement.
Revenons au blog des trois autrices. Ledit billet explique pourquoi il est nécessaire de gagner du temps puisqu'on ne voit que par le prisme de l'embauche très matinale. Bien sûr, comment faire autrement ? On ne peut pas, à moins d'exercer une activité qui vous permet de choisir votre emploi du temps (si tel est le cas, merci de partager votre secret en commentaire). A partir de cet état de fait, le concept de "miracle morning" est une injonction totalement injuste, on ne trouve pas de livre similaire sur le "miracle evening".

En vous levant à 5h du matin, « Vous bénificierez d'un potentiel créatif plus accru. » écrivent les blogueuses. C'est faux, ma propre créativité s'exprime le soir, à la nuit tombée. A la sortie du lit, quelle que soit l'heure, je peux régulièrement avoir des envies de meurtre car tout n'est qu'agression, et quand je suis réveillée très tôt, je suis bonne à rien l'après-midi. Que faire de ces heures "perdues" ? J'ai bien essayé de manger des fruits mais ça ne fonctionne pas mieux. Quid de ma productivité ? Ne me faites pas croire que je suis le seul contre-exemple de cette fumisterie. « Répétez-vous chaque matin que c'est pour votre bien. » peut-on lire encore. Je ne suis pas psychiatre mais je crois que si nous nous sentons obligé.e.s de nous répéter cette phrase quotidiennement, c'est que quelque chose ne va pas. Mon passage préféré reste la conclusion : « A vous de choisir si vous préférez dormir ou profiter des opportunités qui s'offrent à vous ! »... quelle violence ! Franchement, ne déconnez pas avec votre sommeil. S'il vous plaît.

De mon point de vue de trentenaire qui n'a pas d'autre diplôme qu'un bac littéraire et qui n'a fait que des jobs alimentaires en alternant avec des périodes de chômage, le boss final de l'épanouissement est de ne plus avoir envie de mourir dès qu'on sort de sous la couette. J'ai juste besoin de prendre le temps de boire ma tasse de thé, telle est mon unique exigence. Je ne me sens pas obligée de crier au monde que le thé est indispensable à la productivité et qu'il faut entre 45 et 60 minutes pour l'ingérer afin que le monde moderne ne s'écroule pas. L'expérience m'a appris que les deux principes fondamentaux à avoir sont d'apprendre à s'écouter et dormir. A partir de là, organisez-vous comme vous le souhaitez.

« L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. » dit-on. C'est faux et ce n'est pas parce que je suis du soir que je resterai sur le bord de la route.

10 commentaires:

  1. Merci pour cet article. J'ai pu en lire d'autres des critiques sur le life style qui n'en est pas un d'ailleurs mais juste une manifestions de plus du capitalisme. Alors il faut critiquer ce genre d'articles néfastes et culpabilisant. Merci à toi.

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    1. C'est tout à fait ça, une manifestation ultime du capitalisme. La productivité à tout prix !

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  2. Comme tu le dis, chacun a son propre rythme, et c'est super important de le respecter. Moi je suis plutôt une couche-tôt et une lève-tôt, il ne se passe rien de bon quand je me couche tard, et je suis plutôt active le matin (ménage, courses, travail, tout ça), après, j'ai plus envie de rien faire du tout x)

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    1. Si seulement on pouvait toutes et tous avoir une activité salariée (ou non) adaptée à notre rythme !

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  3. Perso je suis quelqu'un du matin, mon heure d'efficacité maximale c'est 9h, et à partir de 22h mon corps me dit hop va te coucher. Et pourtant, j'ai aucune envie de me lever aux aurores pour faire des trucs. Je me lève à 6h20 la semaine pour aller bosser, et bien ça me gave déjà. On m'a déjà demandé pourquoi je me maquillais pas le matin. Sans parler du fait que j'en ai rien à battre d'être maquillée pour aller à Ploucville, pour ça faudrait que je me lève 10 min plus tôt pour me préparer. Chaque minute de sommeil compte, je ne me lèverai pas à 6h10.

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  4. Merci pour cet article, j'ai le même fonctionnement que toi : mon sommeil est absolument essentiel, si je dois me lever tôt, je dois me coucher plus tôt. Et chaque réveil avant 7h ou avec moins de 8h de sommeil est une vraie souffrance ! Donc si c'est pour se lever plus tôt et être un zombie...

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    1. J'envie un peu les gens qui arrivent à être opérationnels avec moins de 7h de sommeil par nuit, à moi il en faut 9 dans un monde idéal. Et ça n'arrive jamais. L'heure à laquelle se lèvent les fans du miracle morning est plutôt celle à laquelle je me couche facilement. Quel bon vampire ! De toute façon j'en ai le teint.

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  5. Merci pour cet article qui reflète parfaitement tout le bien que je pense du MORNING MIRAAACLE et toutes ces injections à l'épanouissement personnel, à la gratitude et autres merdes à la mode. Perso, je suis team insomniaque (++ depuis que j'ai un beybey), j'ai un sommeil à chier, je suis une couche-tard, très très tard, bien malgré moi. Il est bien hors de question que je me lève à 5h, même 6h, puisque c'est souvent l'heure à laquelle je m'endors, lol. J'ai la chance d'avoir un job auquel je dois me rendre grand max à 9h30. J'arrive tous les matins à 9h30. C'est pas hyper bien vu, mais je m'en fous, je peux difficilement faire autrement. J'ai déjà fait des boulots en horaires alternés, à bosser nuit et jour, ça m'allait très bien. Commencer le taf à 23h, ou 4h du mat, c'était pile pour moi. Là, je morfle un peu. J'essaie de trouver le sommeil à coups de gélules de mélatonine à la con pour ne pas retomber dans la dépendance aux somnifères, et c'est pas évident. L'insomnie, c'est une sorte d'enfer, et je le pense sincèrement. Je crois que seuls ceux qui le vivent peuvent le comprendre. Quand tu dors pas, tu as beau t'occuper, te concentrer sur des trucs cools, tôt ou tard ce sont les idées noires qui arrivent. La sophro, la méditation, j'ai essayé, je n'y arrive pas. Si par bonheur je m'endors, ça sera d'épuisement ou de colère. Alors me lever tôt pour dire merci à la vie, boire du jus de chou kale dégueu, et faire du yoga avant d'aller accomplir son bullshit job,...bref, tu auras saisi que le concept du morning miracle, c'est clairement pas pour moi non plus.
    Allez, bonne journée !

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    1. Je connais aussi l'insomnie mais certainement moins intensément que toi. J'alterne toujours entre une période où je vais galérer à dormir (mon problème est l'endormissement, qui prend des heures, parce qu'une fois que je dors, j'écrase lourdement) et une autre où je vais avoir constamment sommeil. Quoiqu'il arrive, je suis toujours fatiguée. Mon humble avis est que le délire du miracle morning convient aux gens en bonne santé qui s'emmerdent.

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