jeudi 18 avril 2019

La vie et ses duos : Simone et Raoul, Chloé et Lucie, et cetera.

Depuis que j'ai poussé les portes de la radio associative où je suis bénévole, j'ai déjà entendu une réflexion sur la synergie qui s'opère entre Chloé et moi. Cette réflexion est heureusement rare et sans mauvaise intention mais elle a eu le mérite de m'interpeller. Je ne lui donne aucunement raison mais me sentant parfois influençable, je me suis demandé pourquoi des gens pouvaient avoir une telle image de notre duo et, surtout, pourquoi ils restaient convaincus de leur idée malgré l'éclairage que je leur fournissais. J'ai donc évoqué la question avec mon rendez-vous hebdomadaire, il a confirmé qu'il n'y avait aucun problème et m'a même aidée à cerner des preuves. Avec le recul, je ne pense pas en avoir eu réellement besoin mais ça m'a permis d'apporter de l'eau à mon moulin.
Chloé et moi animons toutes les deux une émission de radio qui demande plus de travail qu'une simple présentation, il faut du contenu : actualités, sujets divers et variés, musique et interviews, c'est une veille quotidienne. Pendant la diffusion de l'émission, il faut savoir utiliser la console parce que nous sommes notre propre régie. Il y a aussi l'alimentation des réseaux sociaux parce qu'on doit vivre avec notre temps si on veut un minimum de visibilité. Et puis les interviews ne se font pas toutes seules, il faut démarcher les autorités compétentes et une fois qu'elles ont approuvé, préparer des questions pas trop connes et faire un montage audio. Dans ces exercices, Chloé et moi sommes parfaitement complémentaires et, de mon point de vue, les choses se font naturellement. Nous n'avons pas la même personnalité : Chloé est avenante, extravertie, elle a un culot qui est parfois nécessaire dans ce milieu et si elle n'a pas préparé une interview en amont, elle est capable de trouver un sujet de discussion au débotté, rebondir parfaitement sur la réponse à une question et reformuler immédiatement si besoin. Quant à moi, je suis plus en retrait car, sans être spécialement timide, je suis l'introvertie de la bande. J'ai besoin de passer un certain temps sur la préparation d'un sujet, une interview par exemple, parce que ça me rassure et je suis incapable d'improviser. Je ne dis pas que l'inverse est vrai pour Chloé mais en ce qui me concerne, je déteste me faire remarquer, c'est aussi pour ça que je trouve mon compte à la radio : être entendue sans être vue. Peut-être que Chloé a besoin de plus, c'est pour ça qu'elle excelle dans la présentation d'événements parallèles ou bien dans le théâtre. Elle sait y faire avec les relations publiques, moi ce n'est pas mon truc. Il n'y a jamais eu aucun malaise entre nous, jamais aucun problème, et la communication est optimale. Je souhaite notre symbiose à tous les groupes de travail.
Or, j'ai cru comprendre qu'il y a des personnes que ça défrise. On pense que je n'ai pas ma place, que je suis bouffée. Et bien non. Je vous le dis haut et fort : l'harmonie est totale. J'aimerais bien qu'on me croie, je n'ai pas besoin d'être sauvée. Bosser avec Chloé est une joie immense et je lui dois beaucoup.


Plus tôt je parlais de preuves et le fait d'avoir interviewé Simone Ringer (chanteuse du groupe Minuit) toute seule la semaine dernière en est une. Chloé a déjà réalisé plusieurs interviews sans moi mais pour moi, c'était la première fois. Je l'ai fait parce que cette rencontre-là me tenait à cœur mais en réalité ma voix intérieure me hurlait de ne surtout pas y aller. L'anxiété est une abjection. J'ai donc travaillé pendant des heures : écouter et réécouter l'album (Vertigo, 2018) et l'EP (éponyme, 2015) de Minuit, lire plusieurs interviews, rédiger et réécrire mes questions pas trop connes pour être pertinente et ne pas passer pour une imbécile. J'ai embarqué mon support moral sous le bras et parfois, une simple présence suffit à calmer les nerfs. L'interview s'est très bien passée (évidemment !) et la discussion avec Simone Ringer était très intéressante. J'ai eu face à moi une jeune femme drôle et pleine d'assurance, extrêmement sympathique. Un sourire qui transmet sa joie de vivre, elle m'a dit qu'elle était bien dans sa peau et ça m'a fait un bien fou. Elle ne portait pas encore sa tenue de scène (comprendre ici qu'elle était en semi-pyj' pour la citer) mais elle rayonnait quand même. C'est incroyable comme elle ressemble à sa mère, la fabuleuse Catherine Ringer, sa voix, son visage, sa gestuelle. Il en va de même pour Raoul Chichin, son petit frère et guitariste du groupe, qui, lui, m'a fait énormément penser à son père, Fred Chichin. C'est normal, les chiens ne font pas des chats. Toutefois, dans ce cas présent, c'est pour moi une explosion de joie. J'ai toujours adoré les Rita Mitsouko, c'est un groupe unique qui a inventé tellement de choses et, selon moi, Catherine Ringer est l'une des plus belles voix féminines qui existent. Pour tout vous dire, j'ai trouvé les enfants aussi charismatiques que leurs parents, il y a donc quelque chose dans le sang.

Et pourtant, musicalement, les disques de Minuit ne m'ont pas fait forte impression. Si j'apprécie beaucoup le revival des années 80 à la sauce funk-disco-rock, j'attendais bien plus du live. Je n'ai donc pas été déçue parce que j'ai reçu une énorme patate en pleine tête. Entre leurs morceaux, ils ont intégré des reprises de Donna Summer, des Bee Gees et de Gloria Estefan (j'ai d'ailleurs largement préféré leur version de Dr Beat à l'originale), ainsi qu'un riff de Pink Floyd. J'ai roulé du cul et des épaules, chose suffisamment rare pour être signalée. Il y a également un petit plus que j'adore voir en concert, c'est une introduction. La salle toute noire, le gros néon Minuit qui s'allume et la musique et le chant qui arrivent progressivement, ça a tendance à faire monter ma tension (dans le sens positif du terme). Enfin, si Minuit comporte quatre membres (Joseph Delmas et Klem Aubert pour les deux autres) et s'il y a finalement six personnes sur scène, le duo Simone et Raoul est particulièrement fascinant. J'ai adoré comment le frère regarde sa sœur, une certaine admiration s'est échappée.

Une chose est sûre, je garderai un excellent souvenir de cette journée. J'ai réussi à m'en sortir à peu près dans un exercice qui me terrifie, face à une femme que j'aime beaucoup. Je ne sais pas si je suis prête à recommencer une interview seule de sitôt parce qu'il faut être honnête, c'est épuisant.

Ce billet est finalement un énorme teasing mais sachez que vous pourrez écouter l'interview de Simone Ringer dans Les Fines Gueules jeudi 25 avril à 18h (elle sera disponible en podcast dès le lendemain). Vous m'en direz des nouvelles...



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