dimanche 7 avril 2019

The Highwaymen, de John Lee Hancock.

Bonnie Parker et Clyde Barrow ont été abattu.e.s dans leur voiture le 23 mai 1934 après une longue traque à travers plusieurs états. Une embuscade leur a été tendue sur une petite route de campagne de Louisiane par un groupe de policiers menés par les Texas Rangers Frank Hamer et Maney Gault. Bonnie est morte à 23 ans, Clyde en avait 25. Plusieurs milliers de personnes ont assisté à leurs funérailles, c'étaient littéralement des rockstars. Certes, le couple (et ses acolytes) s'attaquait  aux symboles de la richesse que sont les banques, mais il a tout de même assassiné une dizaine de personnes (et pas que des flics). Comment ça s'explique ? Sans entrer dans une étude approfondie parce que je ne suis ni historienne, ni sociologue, je pense qu'il suffit de regarder quelques signaux : familles très modestes, ennui, bidonville et Grande Dépression. Je ne dis pas qu'être pauvre dirige forcément vers l'illégalité (ne sont-ce pas les riches les plus grands voleurs ?), mais dans ce cas présent, une chose en entraînant une autre... Bref, la crise de l'époque a anéanti les banques, augmenté le chômage et provoqué la ruine. Tel était le contexte pour Bonnie et Clyde, la petite vingtaine et l'envie d'autres horizons.

John Lee Hancock en a fait un film pour Netflix, The Highwaymen. Il est centré sur Hamer (joué par Kevin Costner) et Gault (joué par Woody Harrelson), les Texas Rangers qui ont stoppé la cavale de Bonnie et Clyde. Alors qu'ils étaient à la retraite, tous les deux sont recrutés par Ma Ferguson (jouée par Kathy Bates), première gouverneuse du Texas qui exerçait alors son second mandat. La dichotomie est tout de suite posée entre les deux retraités à la fois désabusés, dépassés et admiratifs des nouvelles technologies (communiquer par radio dans une voiture ou les premières lignes téléphoniques mises sur écoute) et la jeunesse incarnée par, à la fois les agents du FBI, mais aussi par Bonnie et Clyde. Ces deux-là, on ne les voit jamais. Enfin si, mais par petites touches, tel.le.s les fantômes qu'il.elle.s s'apprêtent à devenir (ce n'est pas un vrai spoiler). Une paire de jambes boiteuses par ci, un fusil à canon scié par là, jamais de visage (enfin presque) et on n'entend pas le son de leur voix. Au début, on a forcément peur d'un manichéisme un peu pénible à l'américaine mais finalement non, on essaie de comprendre pourquoi (rapidement tout de même, le film ne dure que 2h12) parce que Bonnie et Clyde sont perçu.e.s comme Robin des Bois, ce qui outrepasse les limites de Hamer, et ça les rend insaisissables. Là où le film est bien documenté, c'est que même si la réalisation se place du côté de la loi, ça ne rend pas tous les personnages moins humains et la réalité est prise en compte : Bonnie et Clyde sont les héroïne et héros de l'opinion publique, mais ils sont des assassins de sang froid avec une tendance à la toxicomanie.

Justement, j'ai bien aimé le réalisme du film et l'absence totale de surenchère. C'est une chasse à l'homme fine et élégante, du moins aussi fine et élégante qu'une telle traque peut laisser supposer. On a une belle photographie, un décor qui retranscrit magnifiquement les années 1930 et de l'humanité, c'est un peu un western moderne sans aucun portrait à charge.


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