mardi 16 juillet 2019

Les derniers tsars, le docu-fiction vite expédié de Netflix

Il y a quelques jours, j'ai lu sur Twitter : "Les derniers tsars sur Netflix c'est vraiment de la merde, ne regardez pas." (à une vache près). Ma première réaction a été : "Quoi ? Comment ? Une histoire de tsar sur Netflix ? Vite, je fonce !" et, au vu du titre de l'œuvre, il n'y avait pas beaucoup de doute permis sur le sujet abordé. Les derniers tsars sur Netflix est un docu-fiction de six épisodes sur le contexte politique et familial ayant abouti à la révolution de 1917 et à l'exécution de la famille impériale l'année suivante.

J'ai commencé à me passionner pour l'histoire russe en entrant au lycée où j'avais choisi d'apprendre la langue. Si je suis aujourd'hui bien incapable de soutenir une conversation, ça ne m'a pas empêchée de lire quelques bouquins sur la politique et la dynastie Romanov au fil des années. Parce que, vraiment, c'est fascinant. Malgré les mauvaises critiques de Twitter, ma curiosité l'a emporté et j'ai foncé sur Netflix. J'ai d'abord été déçue qu'il s'agisse d'un docu-fiction, ce n'est pas un format que j'apprécie. Soit on fait une bonne fiction, soit on réalise un bon documentaire. Et ici le propos est imprécis et affreusement bâclé. J'aurais vraiment apprécié une bonne série bien tournée avec un bon casting... et sans erreurs.

Les vrai.e.s Romanov : Maria, Olga et Tatiana en haut, Alexandra et Nicolas II au milieu, Anastasia à droite et Alexis en bas.


Synopsis et les faits, les vrais

La série débute avec la mort du tsar Alexandre III et le couronnement de son fils Nicolas II. Le mariage de ce dernier avec Alix de Hesse, future Alexandra Fedorovna, a lieu deux semaines après. On voit cela comme un mauvais présage parce que l'arrivée de la tsarine suit un cercueil (ah, le pouvoir des prémonitions...). Le couple impérial a cinq enfants, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et le tsarévitch Alexis, atteint d'hémophilie. On cache d'ailleurs la condition du petit au peuple afin de ne faire flipper personne (il est l'avenir à cause de cette saloperie de loi salique (en réalité semi-salique en Russie)). C'est alors que survient Grigori Raspoutine, un paysan reconverti en moine mi-sectaire, mi-pervers, qui exerce son influence sur la famille Romanov et notamment sur Alexandra, persuadée qu'il peut guérir son fils. Lassé de son omniprésence, le prince Félix Ioussoupov (lié aux Romanov par le mariage) l'assassine, non sans mal, en 1916. Peu de temps après c'est la débandade, la révolution arrive à coups de bottes dans les tronches, la famille impériale est arrêtée, séquestrée puis fusillée le 17 juillet 1918. En parallèle, nous suivons Anna, patiente d'un hôpital berlinois en 1925 qui semblerait être Anastasia Romanov. Ça alors, que de mystère (insérer ici une petite musique de mystère).

Le docu-fiction explique tout ça aussi rapidement que je viens de l'écrire. Je l'ai trouvé très cheap et les acteurs ne m'ont pas du tout convaincue. Il n'est même pas question du manque de ressemblance physique puisque, soyons honnêtes, mettons une barbe bien taillée à n'importe quel type et il peut jouer le rôle de Nicolas II. J'ai été choquée de voir l'acteur arborer un énorme tatouage de dragon sur le bras droit, je me suis dit qu'on avait définitivement voulu transformer le dernier tsar en premier hipster mais j'étais ignorante. Nicolas II s'est réellement fait tatouer au Japon en 1891. Il est donc sans nul doute le premier hipster de l'Histoire.

Mais des erreurs stupides apparaissent çà et là, notamment l'apparition du mausolée de Lénine sur une image censée représenter Moscou en 1905. Je ne vous apprends rien, Lénine est mort en 1924. D'autres grossièretés sont évoquées ici et c'est un vrai problème, la vocation d'un docu-fiction est d'être historiquement impeccable. L'accent est toutefois mis sur l'incompétence totale de Nicolas II en tant qu'empereur. Cet homme ne voulait pas être tsar. Il a passé sa carrière à prendre des mauvaises décisions, conduisant ainsi à plusieurs millions de morts parmi son peuple (et ce dès le jour de son couronnement, la bonne ambiance). Il a eu beau abdiquer (en son nom et au nom de son fils), sa famille et lui n'ont jamais percuté la réalité du terrain. Comme le dit la seule experte russe du programme : le choc pour un type qui se croyait consacré par Dieu. Les bolchéviks étaient, certes, vraiment super énervés mais Nicolas II est en partie responsable du sort de sa famille.

C'est con parce que la famille s'entendait vachement bien. Anastasia et Nicolas II ici qui font des blagues.


Le massacre et l'imposture

L'exécution des Romanov est absolument tragique même si en France, on s'y connaît bien en matière de mises à mort royales. Les enfants avaient entre 14 et 23 ans. Il a longtemps, très longtemps, encore aujourd'hui d'ailleurs, été question de la potentielle survie d'Anastasia, qui avait 17 ans lors de la fusillade. Ce fantasme n'a cessé de grossir avec la sortie du bois de nombreuses jeunes femmes qui clamaient être Anastasia Romanov. Pourquoi ? Comment ? Entre autres parce qu'Olga, Tatiana, Maria et Anastasia avaient cousu des pierres précieuses à l'intérieur de leurs sous-vêtements afin de les cacher, c'est tout ce que la famille a pu garder de ses possessions. On a donc pensé qu'elles avaient agi comme gilets pare-balles. Or, on oublie que la famille a été exécutée dans une cave sans aucune échappatoire et que les corps ont été dissous à la chaux vive avant d'être enterrés dans la forêt de Ekaterinbourg. Personne n'aurait pu survivre à un tel massacre. Je reste fascinée par le générique d'une autre série, The Romanoffs. L'association de la musique à cette exécution est incroyable. Cette série est à voir même si j'ai trouvé les épisodes affreusement inégaux (celui avec Christina Hendricks est, selon moi et de loin, le meilleur), certains sont même inutiles. Mais enfin ça a le mérite d'exister.

Anna Anderson est l'imposteuse la plus célèbre. Elle s'appelait en réalité Franziska Schanzkowska et après une tentative de suicide, elle s'est fait passer pour la grande-duchesse Anastasia. Des analyses ADN ont prouvé une dizaine d'années après sa mort qu'elle n'avait aucun lien avec la famille impériale. Analyses ADN également effectuées au début des années 1990 sur les premiers corps des Romanov exhumés mais il manquait ceux d'Alexis et d'Anastasia. On les a finalement retrouvés en 2007 et les ossements supposés d'Anastasia se sont avérés être ceux de Maria. Et bien vous savez quoi ? Ces tests ADN sont continuellement contestés, aussi bien par des historiens que par la gendarmerie française (oui, oui). Alors si vous voulez mon avis, on n'aura jamais fini d'en entendre parler.

Anna Anderson. Ressemblance avec Anastasia Romanov : zéro absolu.


Est-ce qu'on regarde Les derniers tsars ?

L'enfer est pavé de bonnes intentions alors oui, vous pouvez... En gardant à l'esprit les erreurs commises, ça vous évitera de les ressortir en société et de passer pour un gland si vous avez en face de vous quelqu'un de mieux renseigné. Au-delà de ça, cette série vulgarise pas trop mal le contexte politique et sociétal même si elle le survole atrocement. Disons que cela permet de suivre à peu près sans se farcir un énorme pavé indigeste (personne ne blâmera qui que ce soit ici). En revanche, ne regardez pas ce docu-fiction si vous êtes fans de l'imposture Anastasia, pour cela il y a le dessin-animé (totalement fantasmé mais hyper cool au demeurant).

Les faux.sses Romanov. Une autre erreur : la famille a été exécutée avec quatre de ses serviteurs et non pas un seul comme montré ici.