jeudi 5 septembre 2019

Le crachin breton n'existe pas

J'essaie de me fabriquer une nouvelle vie. J'ai beau (n')avoir (que) 33 ans, j'ai l'impression que mon existence a été scindée en trois parties. Comme si j'étais un Pokemon qui avait évolué (cette métaphore parlera à certain·es). L'évolution suggère l'amélioration, or je suis bien incapable de dire si je suis plus et mieux. J'ai d'abord été une enfant et une adolescente plutôt extravertie et pas tellement timide, toujours la goule en chemin. Je riais aussi beaucoup et aujourd'hui je me demande comment c'est possible, il faut croire qu'un boomerang met un temps fou à nous revenir en plein ventre. Puis il y a eu ma vie de jeune adulte pendant laquelle j'ai essayé de garder la tête hors de l'eau tout en faisant une succession de mauvais choix. Et j'ai eu 30 ans, j'ai décidé que j'en avais marre de toutes ces conneries et j'ai pris le taureau par les cornes. Mais c'est super dur.

Selon mon expérience personnelle, j'ai décrété que cette plage était la plus belle du monde. Le sable fin et blanc, l'eau turquoise, la falaise et les propriétaires chanceux des maisons qui ont vue sur ce paysage.

Je suis l'opposée de l'enfant que j'étais. Finis les sourires gratuits, terminées les robes à fleurs, exit l'extraversion. Je sais très bien que je suis dans le contrôle permanent de mon image : me vêtir de noir n'est pas anodin mais que voulez-vous, j'aime la discrétion. Je ne veux plus me faire remarquer, à tel point que c'est devenu pathologique et ça me dessert dans mon quotidien. J'ai créé ma micro-entreprise au début de l'été, imaginez-vous bien comme je galère un tantinet à me mettre en avant (j'en parlerai davantage si je comprends un jour comment me vendre et avoir confiance en mon travail). La vérité, c'est que j'ai passé ma vie entière à tenter d'être la fille parfaite tout en étant consciente de la déception engendrée par ma simple existence, allez lutter contre ça. Enfin c'est en cours. Oui mais c'est long et du temps, au risque d'être rabat-joie, on n'en a pas tant que ça.

J'ai assisté à la traversée de ce funambule de l'extrême, j'y ai vu une métaphore de ma vie (mais sans le legging Pacman du monsieur).

Je pourrais arrêter de voir les choses comme des vérités immuables, à commencer par le temps qu'il fait en Bretagne. Enfant, j'ai passé un certain nombre d'étés dans le Finistère avec mes parents ou juste ma mère et sa copine mère célibataire. Je ne suis pas vraiment sûre d'en avoir gardé des bons souvenirs. J'ai associé la région au mauvais temps, sûrement à cause de l'inondation de ce camping, et qui pourrait m'en vouloir ? J'imagine cependant que la pluie n'est qu'un détail quand on a une famille heureuse. Toujours est-il que je n'ai pas remis les pieds dans le Finistère depuis plus de vingt ans (j'aurais pu dire en Bretagne au sens large si je n'avais pas fait une halte à Saint-Malo il y a quelques temps). Jusqu'à cette année.

Quand j'étais enfant et en vacances plus au Nord avec mes parents, un autre enfant est tombé avec son vélo d'une falaise similaire. Je me souviendrai toujours de l'hélicoptère qui est venu le chercher.

En août, je suis partie trois jours autour de Quimper à faire notamment le tour de la presqu'île de Crozon et il a fait un temps splendide doublé d'une incroyable chaleur (j'ai brûlé). Je ne me souvenais pas que le coin puisse être aussi beau, c'est bête. La fabrication d'une nouvelle vie passerait donc également par la mise à jour de certains souvenirs. Une averse a eu lieu tandis que j'étais assise dans une crêperie à ingérer une crêpe baignant dans son caramel au beurre salé et j'ai compris que l'adage "En Bretagne, il ne peut que sur les cons." était vérifiable. Finalement je ne suis peut-être pas si conne.